Halsey
Aidan
Le taxi, que m'a réservé l'agence de mannequins, vient de me déposer devant un des nombreux hôtels de Copacabana. Le Miramar Hôtel. L'endroit est vraiment cool. J’aime beaucoup le style épuré et moderne de l’établissement. Je n'ai jamais séjourné dans un lieu aussi classe. Je m’empresse de prendre des photos ; Hal va être folle de jalousie.
Je souris en revoyant ma petite chose me dire au revoir dans la salle d’embarquement. Elle était totalement chamboulée. On aurait pu penser que je partais six mois au combat. C'est vrai que nous n'avons pas vraiment l'habitude de nous séparer. Dans le hall, je me dirige vers une des hôtesses de l'accueil afin de récupérer la carte de ma chambre. C’est une jolie brésilienne, d’une vingtaine années, aux mensurations absolument parfaites. Son sourire enjôleur ne m’échappe pas, mais je n’y prête aucun intérêt et je m’éloigne en saluant poliment.
Je monte au troisième étage en suivant les instructions que la jeune femme vient de me donner. Arrivé sur place, je constate alors que la porte est ouverte. Je m'approche et découvre une pièce grande et lumineuse. Il y a deux lits doubles et, sur l'un, est posé une valise. Nous sommes plusieurs tops sur cette séance photo et l’agence m’avait prévenu que je ne serai pas seul dans la chambre. Je toque et un jeune homme sort de la salle de bains. Tout comme moi, il est assez massif, mais nos styles sont très différents. Lui, est bien plus classique : les cheveux courts, un teint hâlé, des traits fins et parfaitement dessinés.
— Salut.
Il me tend la main.
— Owen.
— Aidan.
— Ravi de te rencontrer.
— Moi aussi.
— J'ai pris le lit de gauche, mais si tu veux que nous échangions...
— Non, c'est cool !
— OK !
Je pose mon sac sur le fauteuil en tissu beige qui se trouve près de mon lit. Mon téléphone se met à sonner. Je décroche.
— Hal !
— Ravi d'apprendre que tu n'es pas mort. Salut !
— Attends Halsey !
— Tu devais m’appeler quand tu descendais de l'avion, s’agace-t-elle.
— Mon taxi m'attendait à ma sortie de l’avion et je viens seulement d'arriver à l'hôtel.
— OK !
— Tu fais quoi de beau ? Demandé-je, en m'allongeant sur mon lit.
— Je bosse.
— Et la nana qui t'a téléphonée l'autre soir, ça donne quoi ?
— Oh... euh, rien pour le moment.
— Ne te fais pas de souci, OK !
— J'aimerais bien décrocher un mariage.
— Je suis là, j'assure pour nous.
— Aidan, je ne peux...
— C'est mon job Hal.
— Vraiment ?
— Mais oui, tu l'as dit toi-même, je suis ton ange.
— Un ange diabolique !
— C'est tout ce qui fait mon charme. Tu vas faire quoi pendant mon absence ?
— Je vais travailler. Oh ! Jefferson m'a proposée de dîner avec lui ce soir, car Hunter travaille tard.
— C'est sympa. Je préfère que tu ne sois pas seule.
— Je n'ai plus peur du noir, tu sais.
— Mais la solitude, ce n'est pas trop ton truc.
— Oui, c'est vrai.
— Je dois te laisser, il faut que je me prépare.
— D'accord. Amuse-toi bien cet après-midi.
— Merci. Fais attention à toi.
— Tu m'appelles quand tu as cinq minutes.
— Promis.
— À plus tard.
— Bye ma puce.
Je raccroche à contrecœur. Je n'ai pas envie de la laisser. J'ai hâte de rentrer à la maison et de repeindre notre appart. Nous avons enfin réussi à nous mettre d'accord, et nous avons choisi de faire un mélange entre la couleur taupe et le vert anis.
En attendant, je vais profiter de ces trois jours pour réfléchir au meilleur moyen de lui faire envisager notre relation autrement. Hal flippe pour un oui ou pour un non, si je n'y mets pas les formes, elle va paniquer. Comment lui dire que je l'aime sans tout foutre en l'air ?
Le shoot photo d'aujourd'hui s'annonce vraiment bien. Il se déroulera dans une petite crique de Copacabana. Nous avons commencé en début de soirée, car ils veulent prendre des photos de nuit. Demain, nous irons à Rio pour une séance sur un site en ville. Nous sommes huit tops à poser pour cette séance et trois d'entre nous sont des femmes. Je les vois bavarder entre eux, mais pour ma part, j’ai du mal à m’intégrer. Je ne suis pas de nature très sociable, mais je suis surtout soucieux. Je ne cesse de penser à Hal et à notre histoire. C’est alors que je suis rejoint par Taylor, une belle métisse avec des beaux cheveux bouclés et des yeux verts assez impressionnants. Forcément, elle a un corps de rêve.
— C'était sympa, non ? Me demande-t-elle gentiment.
— Oui, l'endroit est très beau.
— On va manger, tu veux venir avec nous ?
— Je n'ai pas beaucoup de temps.
— Tu es libre de partir quand tu le souhaites. En même temps, je crois que tout le monde est un peu fatigué, nous n’allons pas nous éterniser.
— OK !
Nous prenons la direction de l'hôtel avant de nous rendre dans la salle de restaurant qui est presque vide. La soirée est déjà bien entamée. Nous prenons place autour d’une grande table et la serveuse note notre commande. Je profite d’attendre mon plat pour m’emparer de mon téléphone et d’envoyer un SMS à Halsey.
« Tu dors ? »
« Non, je viens de rentrer de chez Jeff. »
Je me tourne vers mes collègues et m'excuse avant de m'éloigner pour l’appeler.
— Coucou ma puce.
— Salut.
— Alors, ce repas en tête-à-tête avec le voisin ?
— Mon Dieu, Jefferson m'a fait un dîner succulent.
— Oh, oui ! C'est vrai que ça n'arrive jamais qu'un mec te prépare à manger.
— Je n'ai pas dit ça. Arrête. Et toi ?
— Tout va bien. On vient de finir la séance photo.
— Si tard ?
— Oui, l’agence voulait des photos de nuit.
— Alors, elles sont jolies les brésiliennes ?
— Hal, je m'en tape.
Elle rit.
— Tu es au lit ?
— Je me couche à l'instant.
— Tu as bien fermé la porte ?
— Aidan, tu es chiant. Maintenant, je vais avoir le doute.
— Eh bien, lève ton joli fessier et va vérifier.
Je l'entends gronder dans le téléphone.
— Tu vois, je le savais. Elle est fermée !
— Tu peux dormir dans mon lit, si tu as trop peur, plaisanté-je.
— Je n'ai pas envie de choper une cochonnerie.
Je vois alors la serveuse nous apporter notre repas.
— Il faut que j'y aille, je dois aller manger.
— D'accord. Bon appétit.
— Merci. Dors bien ma petite chose.
— Toi aussi.
— Je t'appelle demain.
— OK ! Bye.
— Salut.
Je retourne à table où je suis accueilli par le grand sourire aguicheur de Taylor. Je lui réponds brièvement avant de commencer mon repas que j'engloutis précipitamment. Entre mon vol et la séance de ce soir, j’ai hâte d'aller me coucher. Une fois mon assiette finie, je me lève et salue les gens autour de moi. Taylor, qui était assise en face de moi, me regarde.
— Tu montes ?
— Oui.
— Je peux t'accompagner ?
— Euh... si tu veux.
Nous retournons dans le hall, vers les ascenseurs. À l’intérieur de l’un d’eux, j'appuie sur le bouton du troisième. Il vient à peine de commencer sa montée quand elle se colle à moi et m'embrasse. La sensation que j’éprouve alors est fortement désagréable. Pourtant, elle est jolie et attirante. D’ordinaire, je ne dirai pas non à une fille comme elle et puis, je ne me suis pas tapé de nanas depuis un moment. Mais je suis trop obsédé par Hal, elle est en train de me mettre à terre. Je saisis doucement Taylor par les bras et l'éloigne de moi. Elle semble très déçue de cette distance que je place entre nous.
— Aidan ?
— Je ne suis pas intéressé Taylor, désolé.
— Mais pourquoi ? C'est juste pour une nuit. On pourrait bien s'amuser.
— C'est probable, mais j'ai quelqu'un dans ma vie.
— Oh ! Je comprends. Tu es un mec fidèle.
— Avec elle, oui.
— Elle est si particulière ?
— Unique...
Les portes de l'ascenseur s'ouvrent et nous sortons.
— Alors, bonne nuit Taylor.
— Bonne nuit Aidan, dit-elle après avoir déposé un baiser sur ma joue.
Je la regarde se diriger vers sa chambre. Cette fille est vraiment canon et je m'en fiche sincèrement. Je devrais flipper, sauf que ce n'est pas le cas. Je me sens bien.
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Souvenir d'enfance
Comme tous les matins, j'attends Aidan sur les marches du lycée. Il est incapable d'arriver en avance.
— Salut Halsey.
Je lève les yeux de mon livre de maths et découvre Bobby Brooks, un élève de deuxième année en face moi.
— Euh... salut, dis-je prudemment.
— Tu joues ce week-end ?
— Oui, je suis dans l'équipe.
— C'est cool ! Je passerai te voir alors...
— Vraiment ?
— Oui, je te trouve très douée.
Il s'éloigne me laissant perplexe. Bobby ne m'a jamais adressé la parole avant aujourd'hui alors que nous vivons à quelques mètres l'un de l'autre et maintenant, il veut venir me voir jouer au base-ball. Étrange…
— Hal !
Je jette un regard par-dessus mon épaule et découvre mon meilleur ami qui avance vers moi, entouré de ses deux acolytes Kyle et Will.
— Salut les garçons.
— Qu'est-ce que ce gros con de Bobby te voulait ?
Je hausse les épaules.
— Rien.
— C'est un crétin ce gars-là.
Aidan me tend la main pour m'aider à me relever puis, nous partons vers la grande bâtisse qui se trouve derrière nous. J'ai deux heures de chimie et un gros contrôle de maths aujourd’hui. Je vais finir cette journée avec une grosse migraine.
**
Le lendemain, c’est le jour de ce match de base-ball très attendu pour l’équipe. Nous affrontons Waterbury, et leur équipe est excellente cette saison, personne ne les a encore tenus en échec et nous avons bien l’intention de changer cela cet après-midi. L’avantage à être la seule fille de l'équipe est d’avoir une salle et une douche uniquement pour moi. Je peux ainsi me préparer tranquillement sans avoir à subir les braillements de tous mes coéquipiers. Je sais que certains seraient ravis de pouvoir me charrier, mais Aidan, Kyle et Will sont toujours dans les parages pour s'assurer que ce ne soit pas le cas. J'ai de la chance d'avoir ces trois chevaliers servants à mes côtés.
Une fois que je suis prête, je sors et rejoins les garçons qui m'attendent à l'entrée. Je récupère ma batte et me dirige vers le terrain. Il y a du monde en ce samedi après-midi dans les petites tribunes, et la pression commence à monter au sein des membres de l’équipe. Je suis encore aux abords du terrain alors que tout le monde se met en place quand Bobby se précipite vers moi. Je regarde derrière moi, persuadée que ce n'est pas moi qu'il vient voir.
— Eh Halsey, me salue-t-il.
— Salut Bobby.
— Tu es en forme pour ton match ?
— J'espère en tout cas.
— Je suis sûr que vous allez gagner.
— Nous allons tout faire pour.
— Je suis confiant, on a une bonne batteuse.
— Merci, dis-je mal à l'aise.
— Je pourrai te raccompagner chez toi après le match.
— Euh...
Instinctivement, je cherche Aidan du regard. Il parle avec Jodie, la fille de notre coach. Elle est collée à lui et rigole comme une bécasse à chaque mot qui sort de sa bouche.
— D'accord, réponds-je à Bobby.
— Super !
Notre capitaine nous appelle depuis le banc de touche.
— Il faut que j'y aille.
— D'accord ! Bon match.
— Mer...
Je n'ai pas le temps de finir de le remercier, car il dépose un baiser sur ma joue, geste qui me surprend tellement que j'en reste bouche bée.
Il retourne à sa place en courant. Enfin, il donne plus l'impression de voler.
Je rejoins mon équipe, un peu choquée par ce qui vient de se passer.
Ce match était une vraie folie. Nos adversaires étaient très forts et nous avons eu du mal à leur tenir tête. De ce fait, notre victoire n'en est que plus belle. Nous avons fait preuve d'un bon esprit d’équipe. Chaque joueur a été très réactif et a agi avec brio. Au coup de sifflet final, chacun d’entre-nous laisse libre cours à sa joie. Nous nous congratulons chaleureusement.
— Ma petite chose, tu as été excellente, me dit Aidan, en me faisant basculer sur son épaule.
J'éclate de rire alors qu'il me repose au sol.
— J'ai eu un bon prof !
— C'est vrai que ça aide.
Nous retournons vers le complexe sportif. J'abandonne Aidan pour aller prendre ma douche. Je la prends le plus rapidement possible et me faufile discrètement en dehors de ces murs. Bobby doit m'attendre et, vu la réaction qu'Aidan a eue quand il m'a vu lui parler, je préfère qu'il ne me voie pas partir en sa compagnie. Et puis, j'imagine que Jodie va l'attendre aussi, autant que je laisse Bobby me ramener.
— Je suis prête, lui dis-je avec entrain quand je le rejoins à l'extérieur.
— OK ! On fait un petit tour du parc avant que je te ramène chez toi.
— D'accord.
— Cool !
Nous nous mettons en route.
— Ton équipe doit être heureuse de cette victoire.
— Oui, Waterbury est un gros challenger.
— Je suis d'accord.
— Toi et Aidan, vous n'êtes pas ensemble ? Me demande-t-il gêné.
— Non, nous sommes amis, rien de plus.
— OK ! On ne sait pas vraiment avec vous deux.
Nous marchons quelques minutes en silence quand :
— Tu veux bien sortir avec moi ?
Je me stoppe net face à sa question. Il se tourne vers moi.
— Je te trouve très jolie et je t'aime bien.
— Euh...
Je n'ai plus de mot. Bobby est un très beau garçon avec son regard gris et ses cheveux blonds bouclés. Même si Aidan ne l'aime pas, il est très populaire, surtout grâce à sa place dans l'équipe de football américain. Il est très apprécié, bien qu'il ne réponde pas aux critères standards d'un capitaine sortant avec la meneuse des pom-pom girls. Non, il est plus discret, et très studieux dans ses études. Je le croise souvent à la bibliothèque.
— J'aimerais que tu sois ma copine.
Il s'approche doucement de moi. Je vois qu'il est un peu craintif. En quelques secondes, nous sommes très près l'un de l'autre. Nous sommes au milieu du parc, sous le feuillage d'un grand arbre. Des enfants jouent à quelques mètres de là. Il fait un temps très agréable pour un début d'automne. Bobby plonge ses yeux dans les miens. Il a un sourire timide sur les lèvres. Lentement, son nez vient titiller le mien. Il penche très légèrement son visage et sa bouche épouse la mienne. Ce contact me procure un effet très imprévisible. Je me sens vraiment bien. Il joint ses mains aux miennes et accentue un peu plus notre baiser. Je me laisse faire.
— Halsey, chuchote-t-il, contre mes lèvres. Dis oui.
Je le fixe avec amusement.
— Oui Bobby.
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