Halsey

Elma Hilde · Chapitre 31 sur 48

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Halsey

Aidan

 

Mon cœur bat à cent à l'heure quand je me gare au pied de la maison familiale. Tout le monde semble être là et je sais déjà qu'ils vont me passer un savon. Je suis parti depuis presque sept mois. Je n'ose pas imaginer leur peine et leur inquiétude. Je pousse la porte d'entrée et l'odeur familière de la maison me fait un bien fou.

J'entends le poste de télévision et des bruits de couverts. Ils doivent être à table. Vu l’heure, je devine qu’ils doivent regarder le journal. Je traverse le couloir jusqu'à la pièce principale. Comme je le pensais, ma mère, mon père, Devon et Emma sont assis autour de la table de salle à manger de forme ronde, ils ont les yeux rivés vers la télévision.

—Bonsoir, dis-je prudemment.

Immédiatement, ils se tournent tous dans ma direction. Instinctivement, je regarde d’abord ma mère. L’expression sur son visage me déchire les entrailles. Elle souffre, c’est évident. La culpabilité m’envahit avec une violence inouïe. Ma gorge se noue. J’ai l’impression d’être de nouveau un petit garçon de huit ans qui craint de se faire houspiller par sa maman.

— Je te demande pardon, murmuré-je ému, en plongeant mes yeux dans les siens.

Elle se lève et se précipite dans mes bras. Je la serre fort contre moi en pleurant.

— Maman, je suis désolé…

— Mon bébé, je sais que tu l’es. Je me suis fait un sang d’encre pour toi Aidan, mais tu es là et rien d’autre ne compte.

— Il fallait que je parte, je devenais fou.

— Chut… je comprends que tu en aies eu besoin. Tu as souffert, je le sais et je suis navrée pour toi mon chéri.

Ma maman sèche mes larmes du revers de sa main et m'embrasse tendrement. Je la lâche pour éteindre mon père. C’est fou ce qu’ils m’ont manqués.

— Papa, je te demande pardon.

— Je sais mon grand. Tu aurais dû nous appeler. Nous étions morts d’inquiétude pour toi.

— Pardon. Je n’ai pas réfléchi. Une fois que j’étais parti, je n’ai pas trouvé la force de faire demi-tour. J’étais trop malheureux.

Je m’éloigne et me tourne vers Devon qui me saisit par la nuque et m'attire à lui.

— Mon petit frère, dit-il gentiment.

— J'avais besoin de prendre le large.

— Je sais.

Je salue chaleureusement Emma.

— Tu as faim mon chéri ?

— Oui, maman.

Elle se précipite à la cuisine pour aller me chercher un couvert. Je m'installe à ma place habituelle. Le petit garçon au fond de moi est heureux d'être à la maison, de retrouver les siens.

Nous reprenons le cours du repas. Je sens leurs regards interrogateurs sur moi, mais ils ne m’assaillent pas de questions pour autant et j’apprécie, car je ne me sens pas prêt à parler de tout ce qui s’est passé depuis mon départ.

Après le dîner, je sors dans le jardin pour prendre l'air. Je suis enfin à la maison et c’est un grand soulagement, cependant, je devine que de reprendre mes marques dans cette vie, que j’ai rejetée pendant si longtemps, ne sera pas chose aisée.

— Je peux me joindre à toi ? Me demande Devon qui se tient sur le perron.

— Oui, bien sûr.

Il s’assied à son tour sur la dernière marche du petit escalier en pierre.

— C'est un peu étrange, tu ne trouves pas ?

— Si, je suis bien d'accord. C'est de ma faute, dis-je coupable.

— Ne dis pas n'importe quoi ! Ce n'est la faute de personne.

Je hausse les épaules.

— Tu as peut-être raison.

— Personne ne sait ce par quoi tu es passé Aidan et on ne te juge pas. Le principal est que tu sois là !

— Je devenais dingue dans cet appart. J’ai pensé dans un premier temps à m’en débarrasser, mais je ne suis pas parvenu à m’y résigner. C’était chez nous…

— Je comprends ce que tu as ressenti.

— Je croyais que j'étais amoureux d'elle, mais je me suis bien planté.

— Comment ça ? Me demande-t-il étonné.

— Ce n’est pas de l’amour, c’est au bien au-delà de ça. Hal, c'est mon putain d’oxygène. J'ai fini par suffoquer sans elle. Je n’ai pas su gérer notre séparation, et encore moins le fait que nous soyons en froid. Je sais que j’ai voulu qu’elle parte, que je ne voulais plus la voir. Même si j’ai eu l’impression de subir tous les tourments de l’enfer depuis cette journée à New Haven, je n’aurais pas supporter de faire comme si rien ne s’était passé. Vivre avec elle alors qu’elle en aime un autre est bien plus douloureux.

— Je suis désolé que tu aies eu à endurer tout ça Aidan. Tout le monde aurait voulu que les choses finissent autrement entre vous. 

Il me fait alors une petite tape dans le dos.

— Qu'est-ce que tu as fait tout ce temps ?

— J'ai été à droite et à gauche. J'ai voyagé, je me suis trouvé des petits boulots.

— Et tu as rencontré des nanas ?

— Tu parles ! J'ai l'impression d'être un eunuque. Il y a que Hal, je ne veux personne d'autre.

— Ça te dit que l'on sorte un de ces soirs ? On pourrait aller boire un coup.

— Je ne sais pas. Je ne suis pas très à l’aise à l’idée de revoir tout le monde encore. J’ai envie de faire profil bas encore quelques temps.

— D’accord. Prends ton temps. Tu iras les voir quand tu te sentiras prêt.

— Merci Devon. Tu m'as manqué.

— Toi aussi. Je t'aime frangin, dit-il, en me faisant une accolade.

— Moi aussi.

Après ce moment de complicité avec mon frère aîné, je retourne à l’intérieur. Là, je salue mes parents. La route m’a exténué. Il faut dire que je viens de traverser tout le pays pour rentrer.

Quand je pousse la porte de ma chambre, je constate alors qu’elle n’est pas comme lorsque je l’ai quittée. De toute évidence, ma mère est venue y mettre de l’ordre. La pensée qu’elle soit entrée ici, qu’elle y fait le ménage, en se posant une multitude de questions sur l’endroit où je me trouvais, et sur l’état d’esprit dans lequel je me trouvais, me fait me sentir vraiment mal. J’ai pris un sac de fringues, les clefs de ma caisse et je me suis tiré sans réfléchir à ce que j’allais faire, et encore moins à la réaction qu’aurait ma famille en comprenant que j’étais parti. Mais qu’est-ce qui m’est passé par la tête ?

**

Le lendemain, je me réveille en milieu de matinée. J’ai passé une nuit excellente dans le confort rassurant de la maison familiale. Mon retour me fait réaliser à quel point j’ai souffert d’être si loin d’eux. Après quelques minutes à savourer l’instant de se réveiller dans un endroit si coutumier, je descends au rez-de-chaussée, enchanté à l'idée de prendre un bon petit-déjeuner préparé par les bons soins de maman. Mais arrivé en bas de l'escalier, je perçois deux voix en provenance de la cuisine. Je distingue celle de ma mère et de mon frère. Je me stoppe net et tends l'oreille pour les écouter.

— Il faut lui dire.

— Je sais maman, mais il va mal le vivre. Il vient seulement de rentrer.

— J’ai aussi très peur que cette nouvelle le fasse fuir de nouveau, mais je ne veux pas lui cacher une telle chose.

Je me précipite vers la cuisine et retrouve Devon assis autour de la petite table de la cuisine. Ma mère, quant à elle, est appuyée au plan de travail.

— Me dire quoi ? Demandé-je brusquement.

Ils se tournent vers moi, visiblement surpris de mon apparition.

— Devon ?

Mon frère me fixe avec un air inquiet collé au visage. Je me tourne vers ma mère.

— Maman, s'il te plaît...

— C'est au sujet d'Halsey, dit-elle prudemment.

Mon rythme cardiaque s’emballe lorsqu’elle l’évoque. Je suis totalement terrifié de ce qu’elle a à m’avouer. 

— Qu'est-ce qu'elle a ?

Elle s’approche de moi et prend mes mains dans les siennes.

— Aidan, Hal va se marier, continue-t-elle.

— Pardon ?!

— Je suis profondément désolée mon chéri.

—Ce n'est pas vrai !!!

Je reporte mon attention vers Devon dans l'espoir qu'il démente ce que vient de me dire ma mère.

— Je voulais t’en parler hier soir, mais je ne savais pas comment te le dire.

— Quand ?

— Dans un mois.

— Comment peut-elle nous faire ça ?

— Mon chéri, je suis tellement désolée pour toi.

J’étreins ma mère dans mes bras.

— Tu n’as pas l’être, tu n'y es pour rien. Ne te fais pas de soucis, je n’ai pas l’intention de partir, sois tranquille.

Après avoir relâché ma mère, je m'assieds près de mon frère.

— Depuis quand ?

— Je crois qu’il lui a fait sa demande à Noël.

— Et elle a dit oui…

Il pose sa main sur mon épaule.

— Je sais, moi aussi, je n’ai pas voulu y croire.

— Je l’ai vraiment perdue alors, lâché-je dans un murmure.

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