Halsey

Elma Hilde · Chapitre 2 sur 48

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Halsey

Halsey

 

 

— Mais dépêche bordel !

Je me bats avec le contenu de mon sac à la recherche de mon trousseau de clefs, mais ce n'est pas chose aisée, vu le bazar qui y règne.

— Je t'en prie, fais comme si ce putain de carton était léger.

— Cesse de me mettre la pression !

— Si tu ne trouves pas cette foutue clef dans la seconde, je te jure que tu vas te démerder pour vider ta caisse.

— Ça y est ! m'exclamé-je, en les brandissant fièrement. Alors, tu vois que je ne suis pas si empotée.

— Et elle n'ouvre toujours pas la porte...

— Pardon.

Je glisse la clef dans la serrure avant d'ouvrir la porte. Je me pousse pour laisser Aidan passer. Il pose bruyamment le carton par terre.

— La pression, il y a que ça qui marche avec toi.

— Heureusement qu'il n'y avait pas de vaisselle dans cette boîte.

— Ça aurait été de ta faute ! Ton sac est une vraie poubelle, sérieux, dit-il, en s'affalant sur le canapé en tissu bleu qui se trouve au milieu de la pièce.

— Aidan, il y a deux voitures pleines à craquer à vider alors, lève-toi !

— Hal, on vient de mettre les pieds chez nous. On a notre appart, alors viens poser ton cul.

Je souris en regardant mon ami de toujours avachi avec décontraction sur le sofa. Je le rejoins. Une fois à ses côtés, il m'ouvre ses bras. Je m'y blottis.

— C'est moi, où cet appartement a rétréci depuis que nous l'avons visité ?

— Tu es toujours en train de te plaindre. Il est parfait.

— Moi, je le trouve nul, mais bon si tu l'aimes bien…

— Tu n'as aucun goût !

— Et toi, tu as trop regardé Friends.

Je lui lance un regard courroucé.

— Ne te fiche pas de moi, tu l'as voulu parce que c'est la réplique parfaite de l'appart de Monica et Rachel.

— C'est faux ! Il y a quelques similitudes tout au plus.

— C'est ça !

— Je l'ai aimé parce qu'il est lumineux grâce à la verrière. Et puis, les chambres sont grandes, ce qui est parfait vu que j'ai besoin d'espace dans la mienne, elle me fera office de bureau également.

— Je t'ai dit de t'installer dans le salon.

— Non !

— Je ne vais pas foutre le foutoir dans tes affaires !

— Je préfère être tranquille quand je travaille.

— Comme si j'étais bruyant, ironise-t-il.

— Tu seras bien content que je bosse dans ma chambre quand tu voudras inviter des gens à la maison.

— On ne connaît personne à New York, ce n'est pas près d'arriver.

— Je n'ai aucun doute sur le fait qu'il ne te faudra pas longtemps pour te faire des amis. Je peux même te dire qu’ils seront du genre féminin.

Il rit.

— C'est certain !

— À ce sujet, je tiens à imposer quelques règles de vie…

Sa réaction est instantanée, il me repousse doucement et se lève pour fuir cette conversation que je veux lui imposer. Je me doutais bien qu’aborder ce sujet allait lui déplaire.

— Aidan !

— Tu ne vas pas commencer à me prendre la tête, Hal !

— Non, justement ! On met les choses à plat d’entrée, comme ça, nous débutons notre cohabitation sur de bonnes bases.

— Qu'est-ce que tu veux ?

— Simplement que tu ne fasses pas de cet appartement un hôtel de passe. Tu peux avoir la vie sexuelle que tu veux, mais respecte le fait que tu vives avec un autre être humain, s’il te plaît !

— Je n'aime pas les humains.

— Mais moi tu m'aimes ?

— C'est que je te fais croire et toi, tu es tellement naïve que tu as fini par gober cette connerie.

— Aidan...

— D'accord, je ferai attention.

— La nuit, je dors ! Je n'assiste pas à un film porno par cloison interposée.

— Je t'offrirai des bouchons d'oreilles.

Je souffle grossièrement.

— Tu veux ajouter autre chose ?

— Je suis la seule femme assez folle pour vivre avec un enfoiré tel que toi, ne me donne pas envie de fuir.

— Tu n’es pas une femme toi.

— Ah non ?

— Non, je n'aime pas les humains et encore moins les femmes.

— Eclaire-moi, que suis-je dans les abysses d’Aidan ?

— Tu es Hal, dit-il nonchalamment.

— Un spécimen rare...

— Unique ! me dit-il dans un clin d’œil.

Je le vois alors se diriger vers la porte d’entrée, restée entrouverte.

— Bouge ton cul ! On a du boulot.

Je secoue la tête avec désespoir. Je sais que je me suis lancée dans une drôle d'aventure en vivant avec Aidan. Pourtant, je n'ai pas hésité une seule seconde quand il m'a appris qu'il partait vivre à New York pour faire décoller sa carrière de mannequin et qu'il m’a proposé de l’accompagner. Une agence de top model l'a repéré, il y a quelques mois lors d'un défilé auquel il avait participé ici-même. Il fallait qu'il saisisse la chance qui s'offrait à lui.

De mon côté, je désire me lancer dans l'événementiel et plus particulièrement dans l'organisation de mariages. Étant une romantique dans l’âme, je rêve d’orchestrer l'élaboration d'un moment aussi magique pour un couple. C'est un des instants les plus importants d'une vie et l'idée de faire partie de cette magie m'a séduite. J'ai donc fait les études nécessaires et, depuis quelques mois, je cherche à me faire connaître et à trouver quelques clients. J'ai déjà deux mariages à mon actif, mais cela n'a pas été de tout repos, car j'ai dû élargir ma zone de recherches et parcourir un certain nombre de kilomètres pour les obtenir. Mais dans une grande ville comme New York, cela sera nettement plus évident.

Aidan m’a parlé de son projet, il y a trois mois maintenant, et depuis nous organisons notre départ de Woodbury, et le moins que l’on puisse dire, c’est que cela n’a pas été chose aisée. Naturellement, nous nous sommes lancés à la recherche d'un logement, mais nous avons vite perdu l’espoir de trouver un lieu de vie correct doté d’un loyer raisonnable. Alors, quand je suis tombée sur l'annonce de notre logement, j'ai sauté dans ma voiture, récupéré Aidan sur le chemin et pris la direction de la grande pomme.

On nous proposait enfin un endroit qui semblait agréable à vivre et dont nous pouvions assumer la charge financière.

D’ailleurs, mon meilleur ami, qui est d’une nature pessimiste, était persuadé que c'était une arnaque et pour être parfaitement honnête, j’avais moi aussi du mal à croire en la véracité de cette annonce. Notre surprise a été de taille lors de la visite. Il était très propre, beau et fonctionnel alors nous avons dit « oui » tout de suite.

J’ai bien compris que mes parents n’étaient pas ravis d’apprendre la nouvelle. J'imagine que c'était une déception supplémentaire pour eux. Apparemment, cela devient une fâcheuse habitude chez moi. Entre mon choix de carrière qui ne semble pas leur convenir, ma décision de partir pour New York et d’y vivre avec Aidan, j’ai conscience de les avoir déçus. Je ne pense pas qu’ils n’aiment pas mon meilleur ami, cependant, il ne fait aucun doute qu’ils ne verraient pas d’un bon œil que notre relation soit plus intime. Le problème est qu’Aidan fait rarement bonne impression. Il est un peu bourru, mais il n'est pas méchant, bien au contraire ! Il a toujours pris soin de moi, il veillait sur moi et ce depuis nos dix ans. Autant dire que personne à Woodbury n’a osé poser de problèmes à la meilleure amie d’Aidan.

Je vide quelques boîtes destinées au salon avant de m'occuper d'un carton qui porte l'inscription « salle de bain ». Je m'en empare et me dirige vers la pièce d'eau. Elle n'est pas très grande, mais ça fera l'affaire. Il y a une baignoire avec un rideau de douche dans le fond de la pièce, un petit lavabo à gauche de la porte et une toilette à droite. Je commence alors à ranger nos affaires dans le placard prévu à cet effet.

— C'est bon, j'ai fini ! lance Aidan à travers le salon. 

— Merci.

— Hal ! Ramène tes fesses !

Je comprends à son ton cinglant que quelque chose le contrarie. Je me précipite au salon.

— Qu'est-ce qu'il y a ?

— C'est quoi ça ?

Il m'indique un tableau représentant un paysage fleuri que j’ai posé là.

— Il faut que tu l'accroches.

— Dans ta chambre ?

— Non, au-dessus de la télévision.

— Tu te rends compte que ça ne va pas être possible !

— Et pourquoi ça ?

— Tu veux que je te respecte en tant qu'être humain alors respecte-moi en tant que mec et vire-moi ça d'ici.

— Mais...

— Les bougies aussi ! T'es trop cul-cul quand tu t'y mets.

— Moi, je suis cul-cul...

— Oui Halsey Atkins, tu l'es et très souvent d'ailleurs.

Je me rue sur lui en saisissant au passage un des coussins du canapé, avec lequel je le frappe en y mettant toute ma force. 

— Retire ça tout de suite Aidan, dis-je, les dents serrées.

— Tu vas te blesser, ou pire encore, te péter un ongle, plaisante-t-il sans sourciller.

Bien évidemment, c’est une force de la nature. Cependant, je n’abandonne pas et je continue de lutter contre lui.

— Hal !

— Retire ce que tu as dit !

L'instant d'après, il me fait basculer sur son épaule avant de me jeter sur le canapé sans ménagement.

— Eh !

— Reste tranquille petite chose.

— Je n'ai pas peur de toi.

— Tu devrais pourtant.

Il me rejoint et se penche dans ma direction avant de commencer à me chatouiller. Je me mets à me tortiller dans tous les sens en m’esclaffant.

— Tu vas me virer tes trucs à la con ?

— Non !

Il continue de plus bel.

— Tu es certaine de ça ?

— D'accord, d'accord ! Arrête, s'il te plaît !

— Voilà qui est mieux !

— Tu n'es qu'un sauvage, dis-je à bout de souffle, en m’asseyant grossièrement sur le sofa.

— Et alors ! Allez, viens.

Il tend la main vers moi. 

— Tu as encore une quantité de conneries à déballer.

— Tu ne crois pas que je vais tout faire toute seule ?

— Non, j'en suis sûr !

Je retourne à mon ouvrage sans rétorquer quoi que ce soit. Je le connais assez pour savoir qu'il est toujours dans la provocation et j'ai fini par ne plus y prêter attention. Je me suis habituée à la noirceur de mon ami. Je ne crois pas qu'il y ait une raison à cela, c'est juste son tempérament. S'il en est autrement, alors c'est le secret le mieux gardé de la côte Est des États-Unis. Mais contrairement à ce que l'on pourrait croire, il n'est pas réservé. En tout cas, pas avec moi. Nous parlons beaucoup tous les deux. Il sait tout de ma vie et inversement.

Une fois ma besogne terminée, je retourne dans la pièce principale. Je ne suis pas vraiment étonnée de le trouver dans la cuisine en pleine organisation de nos placards de rangement en bois rouge, recouvert d’un plan de travail en carrelage blanc. Elle est très exiguë et ouvre directement sur le salon. L'ensemble de notre pièce à vivre est peint en beige et le parquet en bois, même s’il est d’origine, est en très bon état. Le bâtiment dans lequel nous vivons n'est pas récent. Il est situé dans un des quartiers les plus anciens de Manhattan et son architecture est typique de ce côté de New York.

— Cette cuisine est moche.

J'ai un rictus discret dans son dos en l’entendant bougonner. Quel râleur !

— Eh bien, sors ta salopette et tes pinceaux et résous ce problème.

— J'en ai bien l'intention ! Et pour info, je ne porterai pas de salopette, seulement un jean, si tu veux te repaître du spectacle.

— Je laisse ça aux autres filles de cette ville qui ne connaissent pas encore la merveille qu'est ton corps.

— Elles ne vont pas s'en remettre.

— Les pauvres...

Je traverse la distance qui me sépare de lui avant de me blottir contre son corps.

— Je suis exténuée.

— La journée a été longue.

— Je vais aller faire un petit tour à l'épicerie qui se trouve au coin de la rue pour nous chercher quelque chose à manger.

— Attends, tu as assez bossé pour aujourd’hui, tu ne vas te taper la bouffe ! On va se faire livrer.

—Ça ne me dérange pas, je t’assure. Par contre n’espère pas de la grande cuisine.

— Crois-moi, si j’ai voulu vivre avec toi, ce n’est pas pour tes talents culinaires.

Sa remarque n'a que pour résultat de me faire rire, car je sais à quel point il a raison. Je suis indéfendable sur ce sujet.

— Tu es méchant !

— Le problème c'est qu'il n'y a aucun compliment à te faire à ce niveau-là.

— Je vais cuisiner plus souvent, je devrais m'améliorer.

—On va commencer en douceur. Premier objectif : tu as un mois pour me faire des œufs brouillés sans coquilles, ça te paraît réalisable ?

— Bon j'y vais, parce que là, j'ai envie de t'étriper.

J’avance jusqu’à la console qui se trouve près de la porte d’entrée et je m’empare de mon sac à main. 

— Prends ton portable !

Je me tourne vers lui les poings posés fermement sur les hanches.

— Aidan, si tu m'appelles toutes les deux secondes pour me dire, achète si, achète ça, je monte dans ma voiture et je rentre chez mes parents.

— Hal, New York ce n’est pas Woodbury, c’est une grande ville avec ses dangers. Soit prudente et toujours joignable.

— Oh…

— Tu as toujours ta bombe lacrymo ?

— Oui, je l’ai.

— Bien ! Ne sors jamais sans elle.

— D’accord.

— J'ai ta parole ?

— Tu l'as.

 

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