Halsey
Pédaler sur mon vélo se révèle difficile…
Souvenir d'enfance
Pédaler sur mon vélo se révèle difficile sous cette chaleur estivale qui se veut lourde et étouffante. Nous avons un quart d'heure pour traverser la distance qui sépare la maison de mes parents du lac de Ricker pond.
— Mais grouille Hal, me gronde Aidan, qui roule comme un fou, plusieurs mètres devant moi.
— Laisse-moi tranquille ! Si tu en as marre de m’attendre, pars devant !
Il ralentit en vociférant jusqu’à être à mes côtés.
— Tu pédales en marche arrière ou quoi ?
— Tu as vu la chaleur qu'il fait...
— Mais quelle chochotte ! Tu es bien une nana, grogne-t-il.
Sa remarque me blesse profondément. Ce n'est pas toujours facile d'être amie avec Aidan. Je dois le suivre sans ciller et ce n'est pas évident. Du haut de ses treize ans, mon meilleur ami est une force de la nature. Il est aussi grand que son frère Devon qui a deux ans de plus que lui. Moi, je suis frêle et de taille moyenne.
— La prochaine fois, va chercher les garçons et fiche-moi la paix si je suis un tel boulet !
— Putain ! T'es de mauvaise humeur ou quoi ?
— Tu es toujours méchant avec moi...
— Je suis méchant avec toi ! C'est une blague.
— Non ! Même ma façon de faire du vélo ne te convient pas...
— J'ai juste dit que tu étais bien une nana, c'est la vérité, non ?
— Tu m'agaces !
— Ne fais pas ta mauvaise tête Hal.
Je reste silencieuse en fixant la route devant moi. C’est Aidan qui le brise après un moment.
— Ce n’est pas si mal d'y aller doucement.
Je ne sourcille pas devant son ton plus doux. Ses mains abandonnent le guidon pour venir me chatouiller doucement.
— Aidan, râlé-je, en rectifiant mon équilibre que son geste a ébranlé.
— Souris ou je continue !
— Tu vas me faire tomber.
— Tu sais ce qu’il te reste à faire si tu ne veux pas te retrouver le cul par terre.
Je lui tire la langue pour seule réponse.
— Allez, Hal ! Il n'y a pas de plaisir à vivre dans un monde où tu ne souris pas.
— Ce que tu peux être bête ! Dis-je plus gentiment.
Nous arrivons aux abords du lac et, vu le nombre impressionnant de voitures, il est évidement que nous ne serons pas les seuls à vouloir nous baigner.
— J'en étais sûr, il va être blindé.
Nous accrochons nos vélos autour d'un arbre avant de partir vers l'étendue d'eau.
Effectivement, il y a bon nombre de gens qui ont eu la même idée que nous. Certains se baignent, d'autres bronzent sur l'herbe. J'aperçois au loin Travis et sa bande qui jouent à la balle dans l'eau.
— Tu veux aller te baigner, Hal ?
— Non, plus tellement.
— On va dans les bois ?
— OK !
Nous progressons au milieu des arbres pour trouver un coin de fraîcheur au calme. Après quelques minutes de marche, nous optons pour un petit carré d'herbe entre deux grands arbres centenaires.
Je m'allonge pendant qu'Aidan joue nerveusement avec un bâton.
— Ce mec est un abruti !
Je me redresse légèrement et je vois qu'à travers les feuillages nous pouvons apercevoir Travis à quelques mètres de nous. Puis, je me rallonge.
— Oublie-le, c'est un nul !
— Il dit à tout le monde qu'il veut sortir avec toi.
— Je m'en fiche, je n’en ai pas envie.
— J'ai ta parole ?
— Oui, tu l'as.
— Il y a plutôt intérêt ! Il veut te faire comme à Melissa Howard.
— Qu'a-t-il fait avec Melissa ?
— Il l'a embrassée avant de s'en vanter partout à l’école.
— Beurk ! Je ne laisserai jamais Travis m'embrasser.
— Sûre ?
— Bah oui ! C'est dégueu.
— Tu l'as déjà fait ?
— Quoi embrasser un garçon ?
— Oui.
— Non, jamais. Et toi ?
Il secoue doucement la tête. Aidan reste immobile un moment. Je profite de cet instant de calme pour écouter les bruits de la forêt autour de nous ; les battements d'ailes des oiseaux qui volent d'arbre en arbre en chantonnant, le rire des gens qui s'amusent bruyamment à proximité, la légère brise qui fait bouger les branches et les feuillages, les rayons du soleil brûlant qui se frayent un chemin jusqu'à ma peau déjà dorée sous leurs effets. Je ferme les yeux pour ressentir plus profondément les bienfaits de cette belle nature qui nous entoure. Je sens alors une main se poser doucement sur mon ventre. J’ouvre subitement les yeux et me retrouve face à face avec le beau visage d'Aidan qui frôle le mien. Ses magnifiques billes vertes sondent mon regard, ses longs cheveux blonds me chatouillent dans le cou. L'instant d'après sa bouche écrase prudemment la mienne. Dans un premier temps, je pose une main sur son torse pour le repousser, mais sa langue vient lentement titiller mes lèvres comme pour me demander l'autorisation de se glisser entre elles... Je voudrais lui dire non, cependant, c'est plus fort que moi, je suis trop curieuse de découvrir la sensation provoquée par la présence d'Aidan dans ma bouche. Je cède et je les entrouvre doucement. Immédiatement, il en prend possession comme si elles avaient toujours été siennes. Il n’a aucune hésitation, ses caresses sont habiles et assurées. En ce qui me concerne, je suis d'abord très timide, puis, discrètement, je commence à flirter avec lui. Nos langues dansent l’une avec l’autre. Elles se cajolent avec une infinie tendresse. Mon cœur bat à tout rompre dans ma poitrine, je sens la paume de mes mains devenir de plus en plus moites. La sienne se crispe plus fortement sur mon top. Aidan a le goût de la glace à l'eau que nous avons mangée un peu plus tôt. J'imaginais qu'embrasser un garçon avec la langue serait écœurant, sauf que ce n’est absolument pas le cas. C’est agréable, tellement agréable que je me sens profondément déçue quand il m'abandonne un peu brusquement pour reprendre sa place initiale, me laissant dans l'incompréhension la plus totale. Ai-je été si mauvaise ?
— Aidan, est-ce que c'était nul ? Osé-je demander, après avoir rassemblé tout mon courage.
Il me regarde par-dessus son épaule, un air amusé sur son visage.
— T'es bête ou quoi ? On est unique tous les deux, alors quoi qu'on fasse, c'est parfait.
Le soulagement que ces quelques mots me procurent est le bienvenu, car ce baiser était merveilleux pour moi et s’il n’en avait pas été de même pour lui, je me serais sentie tellement honteuse. Après avoir veillé à ce que mon top soit remis en place, Aidan s’allonge près de moi. Je me tourne vers lui en souriant.
— Pourquoi tu souris bêtement ?
— Tu es mon premier baiser Aidan, dis-je ;avec une pointe d'émerveillement dans la voix.
— Et toi, le mien...
Sa main glisse dans la mienne.
— Et tu verras, je serai ton dernier.
Je ris.
— Vraiment.
— Tu es mon Unique Halsey Parker...
— Tu es mon Unique Aidan Atkins…
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