Halsey

Elma Hilde · Chapitre 22 sur 48

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Halsey

Aidan

 

 

La première sensation que j’éprouve en sortant de l’avion est que je suis très heureux d'être à la maison. J'avais hâte que ces trois jours se finissent enfin. Comme les séances photos se sont bien passées, nous avons fini plus tôt, j'en ai donc profité pour changer l'heure de mon vol afin de rentrer plus tôt. Du coup, je suis à New York avec trois heures d'avance et, vu l'heure matinale, Halsey doit encore dormir. Je monte dans le premier taxi de libre et lui indique mon adresse.

Je m'arrête à l'épicerie du coin pour acheter de quoi lui faire un petit déjeuner. Une fois mes emplettes réalisées, je prends la direction de notre immeuble.

Je me sens un peu nerveux, car je dois absolument sauter le pas et lui dire ce que je ressens pour elle, sinon elle va me glisser entre les doigts et je ne peux pas laisser cela arrivé. Je ne peux pas lui faire part de mes sentiments de façon brutale. La meilleure approche est de rendre progressivement notre relation plus romantique. Je vais la charmer et la séduire en douceur.

Je pénètre dans l'appartement en silence. La porte de sa chambre est fermée. Tant mieux, elle dort encore et je ne voudrais pas la réveiller. Je commence par prendre une douche, puis je me lance dans l'élaboration de notre petit déjeuner.

Le café coule, les pancakes sont sur la table, le bacon est grillé et je viens de finir de faire cuire les œufs quand la porte d'entrée s'ouvre, laissant apparaître ma petite beauté. Elle me voit et la surprise se lit sur son visage.

— Hal ?

Elle referme derrière elle et reste dans l'entrée en me fixant avec inquiétude.

— Tu ne dors pas ?

Qu'est-ce que ça veut dire ? Pourquoi est-elle dehors si tôt ?

— Tu es rentré en avance ?

— Tu...

Je me dirige vers sa chambre et ouvre la porte. Son lit n'est pas défait.

— Aidan, murmure-t-elle.

De toute évidence, elle n'a pas passé la nuit ici. Je sens une colère immense s’emparer de moi. Qu’est-ce que tout ce bordel signifie ? Je me barre trois jours et elle en profite pour faire n’importe quoi !

— Tu étais où ? L'interrogé-je sèchement.

Elle commence à triturer ses doigts comme à chaque fois qu'elle est en faute. D'habitude je trouve cela adorable, mais pas aujourd'hui.

— Halsey ! Insisté-je.

— Je n'ai pas dormi là.

— Je l'avais deviné tout seul. Où étais-tu ?

— J'ai rencontré un homme.

Quoi ! C'est une blague...

— Tu rencontres un type et tu couches avec ! En trois jours ! Hurlé-je.

— Je le connais depuis trois semaines.

Comment ça ? Je passe une main sur mon visage en devinant ce que son aveu implique. Elle me l’a caché depuis le début.

— Putain ! Tu m'as menti !

— Je voulais t'en parler.

— C'est qui ? M'agacé-je.

— Le frère de Jefferson.

— Il se fout de ma gueule lui ! Il m’invite à bouffer ses hors-d’œuvre à la con et il te case avec son frère dans mon dos.

— Non, je l'ai rencontré dans l'escalier quand je suis tombée.

— Pourquoi tu ne m'as rien dit bordel ? Crié-je.

— À chaque fois que je rencontre quelqu'un, tu en fais toute une histoire, tu passes ton temps à le critiquer et je n’ai pas eu envie que ça se passe ainsi avec lui.

— Si ton mec est nul, je te le dis, c'est tout ! Je n’arrive pas à croire que tu me mentes.

— Aidan...

— Tu t'es bien foutue de moi avec mon cousin, maintenant, c'est avec ce fils de pute !

— Aidan !

— Je suis vraiment trop con.

— Je te demande pardon, je ne voulais pas te blesser.

— Désolé de te le dire, mais tu t'es plantée.

Je me dirige vers elle.

— Faut que j'aille prendre l'air.

Immédiatement, elle se poste devant la porte pour me bloquer le passage.

— Non, reste s'il te plaît, dit-elle, en pleurant.

—Fous-moi la paix Hal, c'est un conseil.

— Non, non, Aidan, dit-elle, en me prenant par le bras.

Je me dégage et je la saisis par les épaules avant de la traîner dans la cuisine.

— Mais regarde putain à quel point je suis un connard Hal ! Je te fais le petit déj, j'attends que tu te réveilles, je prends soin de toi et tu me mens. Tu peux te trouver des excuses merdiques si ça arrange ta conscience. Je n’ai jamais rien fait d’autre que de veiller sur toi.

— Aidan, murmure-t-elle, en pleurant de plus bel.

— Maintenant, lâche-moi ! J'ai plus envie de te voir.

Je quitte la pièce en claquant la porte avant de sortir de l'immeuble en trombe. Je suis fou de rage. Elle se fout de moi ! Comment peut-elle me mentir ainsi ? Et ce petit enfoiré… attends que je lui tombe dessus. J'étais heureux de rentrer. Je voulais repeindre notre appart, m'occuper d'elle et lui faire comprendre que nous deux c'est plus qu'une évidence. Putain, mais qu'est-ce qui s'est passé ? J'étais bien avant. Je ne me souciais que de la prochaine nana que j'allais baiser, et maintenant, je me retrouve à errer dans les rues de New York en me traînant ce putain de nœud dans la gorge. Ce merdier me prend vraiment la tête. Je sors mon téléphone de ma poche et appelle mon frère.

— C'est quoi ton problème ? Crie-t-il dans l'appareil, mécontent de mon appel matinal.

— C'est toi mon putain de problème, fulminé-je.

Il comprend à mon ton que je suis au plus mal. Il s’adoucit immédiatement.

— Aidan, qu'est-ce qui se passe ?

— Tu m'as mis toute cette merde dans la tête au sujet d'Halsey et je me suis bien fait avoir, tu fais chier Devon !

— Il se passe quoi ?

— Elle a un mec bordel !

— C'est de ta faute Aidan.

— Pardon ?

— Mais réveille-toi frangin ! Hal t'aimait vraiment et toi, tu sautais tout ce que tu pouvais sous son nez. Qu'est-ce que tu croyais ? Qu'elle allait attendre que tu t'aperçoives que c'est une fille formidable et qu'elle est la seule sur cette putain de terre à pouvoir te supporter dans ta version la plus angélique et son contraire. Je te l'ai dit l'autre jour, ça fait de toi un connard. Alors, rattrape ta merde et ne me prends pas la tête. Assume tes conneries, je n'endosserai pas le rôle du bouc-émissaire !

Et il raccroche. Je m'assieds sur un banc qui se trouve à proximité et je reste là pendant plus de deux heures.

Je sais que Devon a raison, j'ai été trop con. Je n’ai pas saisi ma chance avec Hal. Je me disais qu'elle serait toujours là, je n'envisageais pas les choses autrement qu'avec elle. Elle est mon âme-sœur. L'Unique. Je voulais nous laisser vivre notre jeunesse, que chacun de nous vive ses propres expériences et aujourd'hui, tout me revient en pleine figure.

Je me redresse rapidement et reprends la direction de l'appartement. Je grimpe les quelques marches en trottinant. Quand je pousse la porte d'entrée, la pièce principale est vide. Ma meilleure amie surgit de sa chambre. Son joli visage est baigné de larmes et ses yeux bleus sont rougis.

— Hal...

Ça me bousille de la voir dans cet état.

— Je te demande pardon, supplie-t-elle, avant de se jeter dans mes bras.

Je la serre contre moi alors qu'elle pleure dans le creux de mon épaule. Je profite de ce contact rassurant et apaisant.

— Je ne voulais pas te blesser, je te le jure.

— Je sais.

— Je voulais garder cette histoire pour moi, c'était mon petit secret.

— Pourquoi ?

— Parce que je suis amoureuse.

Cinq mots... il n'a fallu que cinq mots pour qu'elle me brise.

Je la repose sur le sol pour reprendre mes esprits et surtout essayer de garder mon calme avant de m'asseoir sur le canapé.

— C'est qui ce type ?

Elle s'approche et s'assied près de moi.

— Il s'appelle Eli. Je suis tombée dans l'escalier et il m'a reconduite à la maison. Comme il est médecin, il a vérifié ma cheville.

— Il bosse où ?

— À Harlem.

— Quel âge a-t-il ?

— Vingt-six ans.

— Vous vous êtes vus souvent ?

— Il a beaucoup de travail à l'hôpital alors, on ne se voit pas tellement.

— Il est comment ?

— C'est un homme incroyable. Il est doux, gentil et attentionné. Il me traite bien.

— Il a intérêt, s'il ne veut pas finir à l'hôpital en tant que patient.

Ma remarque la fait sourire.

— Je veux que tu fasses attention à toi.

— Oui.

— Je suis sérieux Hal. Tu le connais depuis trois semaines, tu l'as à peine vu, alors sois prudente. Tu ne sais pas qui il est.

— Oui, je te le promets.

— Hal, ne me mens plus, ça me fait trop mal.

Elle baisse la tête, honteuse de son attitude.

— Tu sais tout de moi et tu es la seule personne sur cette terre qui me connaît si bien. Tu m'as permis d'être moins seul, tu m'as appris à aimer les autres gens ; grâce à toi, j'ai fait des études. Tu m'as soutenu dans les moments les plus difficiles de ma vie et je deviens dingue si j'ai l'impression que tout est menacé.

— Ce n'est pas le cas, ni aujourd'hui, ni jamais.

Elle s'accroche à mon cou avant de se coller à moi. Instinctivement, je la prends dans mes bras. Nous restons ainsi un moment. A cet instant, je sais que je dois avant tout être son ami. C'est ce dont elle a besoin, mais je n'ai pas dit mon dernier mot. Hal est à moi et je dois la récupérer. Je dois le faire, quitte à traverser l’enfer, pour la faire mienne…

Et croyez-moi, je n’ai jamais été si proche de la vérité !

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