Halsey

Elma Hilde · Chapitre 29 sur 48

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Halsey

Aidan

 

 

J'ai dû m'assoupir sur le sable un instant, car le soleil a commencé à marquer ma peau. Je cherche Halsey dans l'eau. Elle n'est pas loin de moi et fixe l'horizon. C'est alors que deux mecs s'approchent d'elle et se mettent à lui parler. Je n'entends pas ce qu'il se disent, mais il est évident qu'Hal ne semble pas tellement enthousiaste. Je patiente quelques minutes pour leur laisser une chance de lui fiche la paix d'eux-mêmes, mais cela ne semble pas être le cas. Je me lève et me précipite dans l'eau. Quand j'arrive à sa hauteur, je passe mes bras autour de sa taille et la presse contre moi.

— Ma puce, je m'ennuyais de toi, dis-je, en l'embrassant dans le cou.

Les deux mâles en rut me regardent avant de repartir dans l'autre direction. Je ne la lâche pas pour autant. J'aime la tenir près de moi.

— Tu vas bien ?

— Ton intervention n'était pas nécessaire, s'agace-t-elle avant de me repousser sans ménagement.

— Hal...

Elle sort de l'eau en furie avant de prendre ses affaires et repartir vers la voiture.

Je me lance à sa poursuite.

— Hal, attends !

Je me lance derrière elle, mais elle m'ignore complètement.

— Arrête ma puce, la supplié-je, en attrapant délicatement son poignet.

Elle pivote sur elle-même. Son regard est rempli de colère.

— La ferme ! Je ne veux plus que tu m'appelles comme ça. Ramène-moi à la maison. J'en ai assez de tout ça.

— Hal, calme-toi et explique-moi ce que j'ai fait de mal.

— Tu veux que je t'explique ?

— Oui.

— À quoi ça rime ce week-end à la plage. Tu joues à quoi là ?

— Je voulais simplement que l'on passe du temps tous les deux. Rien que toi et moi...

— Il n'y a pas de toi et moi, Aidan ! Il y a Eli et Hal, mais en aucun cas, Aidan et Hal.

Elle m'aurait enfoncé sa main dans le cœur pour l'arracher que ça n'aurait pas été plus douloureux.

— Je me fous de ton médecin à la con. Il n'est rien...

— Il n'est pas rien pour moi.

— Donc ça y est, je n'ai plus ma place dans ta vie.

— Je te hais, hurle-t-elle, en me poussant. Si tu savais comme je te déteste.

Elle pleure à chaudes larmes.

— Ne dis pas ça...

— Tout ça c'est encore une de tes manigances pour que je rompe avec Eli.

— Non, non. Je t'assure que tu fais erreur.

Je la saisis par la taille, mais elle se débat. Je m'empare de ses bras que je me maintiens alors dans son dos. Son front repose sur mon torse.

— Je t'aime Hal.

Elle secoue nerveusement la tête comme pour nier l'évidence.

— Si ma puce, je suis fou de toi.

— Tais-toi, me supplie-t-elle.

Je la force à relever son visage vers moi.

— Non, il faut que tu saches que je t'ai toujours aimée Hal. Tu es mon Unique. J'ai été trop égoïste pour te l'avouer plus tôt. Tout est de ma faute, je le sais parfaitement.

— Laisse-moi partir.

— Hal, ne fais pas ça, je t'en supplie. Laisse-nous une chance d'être ce que nous aurions toujours dû être.

— Non !

— Pourquoi ?

— Treize ans Aidan ! Ça fait treize ans que je vis dans ton ombre, c'est fini maintenant, j’en ai assez. Je suis avec Eli, je l'aime. Je ne suis plus ta chose.

— Arrête tes conneries.

— Lâche-moi, dit-elle, en se débattant.

Je finis par céder. Elle s'éloigne en trottinant. Je ne peux pas laisser partir comme cela. J'attrape son bras et l'attire à moi avant de l'embrasser furieusement. Les premiers instants, elle lutte, mais renonce rapidement. Ses mains finissent dans mes cheveux qu'elle tire sans ménagement.

Je gronde dans sa bouche avant de la plaquer contre la première voiture venue. Là, elle écarte les cuisses, je m'y installe avant de me frotter contre elle. Nous restons ainsi à nous dévorer et, soudainement, elle me repousse de nouveau.

— Hal.

— Ne refais plus jamais ça.

Elle remet sa robe en place, sans jamais me regarder.

— Je vais rentrer.

— Comment ?

— Je vais prendre un taxi.

— Hal, reste !

— Non.

Elle s'apprête à partir, mais je la retiens.

— Si tu te barres maintenant, c'est plus la peine de revenir Hal !

Elle pose alors les yeux sur moi, ils sont remplis de tristesse. Ça me fout en l'air de la voir ainsi.

— Comme tu voudras.

— Hal.

— Au revoir Aidan.

Elle me tourne le dos et s’éloigne d’un pas hâtif. Je la regarde partir sans bouger. Elle vient vraiment de m’abandonner pour ce mec ?

Après quelques minutes, plongé dans l’incompréhension la plus totale, je repars vers ma voiture, fou de rage. Comment peut-elle me laisser en plan comme ça ? Je sais que j'ai fait des erreurs, mais je suis prêt à déposer le monde à ses pieds et elle s'en moque. Tout ça pour son médecin à la con. J'ai cru qu'elle saisirait cette chance et qu'elle me laisserait l'aimer comme elle le méritait. Je monte dans mon véhicule et je prends la direction de Woodbury.

J'ai parcouru dix kilomètres quand mon téléphone sonne. C'est Devon :

— Allô.

— Tu es où ?

— Je viens à la maison. Pourquoi ?

— Je viens de raccrocher avec Halsey. Elle avait peur que tu partes en vrille.

— Ce n'est pas son problème apparemment.

— Aidan, laisse-lui du temps, tu lui en as mis plein la tête.

— Je m'en tape, tant pis pour elle.

— C'est bien ce que tu as fait, tu devais lui dire ce que tu ressentais. Je lui ai dit qu'elle n’avait pas assuré en partant comme ça et que son histoire avec son médecin ne rimait à rien.

— Elle a dit quoi ?

— Rien. Aidan, elle est choquée. Je t'attends frangin, sois prudent.

— Devon, on pourrait aller au lac ?

— Oui, je vais préparer ce qu'il faut.

— Merci.

— Fais attention à toi.

**

Une heure plus tard, je me gare en bas de chez mes parents. Mon frère m'attend déjà sur le trottoir avec la tente, le sac de couchage et des provisions. Je sors de la voiture et j’étreins mon frère brièvement.

— Je vais dire « bonjour » à papa et à maman avant que nous partions.

— Ils ne sont pas là, ils passent le week-end chez tante Margaret.

— Oh...

— Allez aide-moi à charger ton coffre.

Une fois que tout notre équipement est dans le coffre, nous prenons la route du lac qui se situe à une dizaine de kilomètres au sud de la ville.

— Je suis désolé, j'ai foutu en l'air tes plans avec Emma.

— Ce n'est rien. Elle et Chelsea sont partis à New York.

Je le regarde surpris.

— Halsey est comme ma sœur, je ne la laisse pas seule dans un moment pareil.

— Mais elle a « super docteur » …

— Je m'en tape, je ne sais pas qui est ce type et je ne lui fais pas confiance. Comment envisages-tu les choses maintenant ?

— Je n'en sais rien. Je ne peux pas faire l’impasse sur les sentiments que j’éprouve pour elle simplement parce qu’elle ne veut pas les entendre.

— Je suis d'accord avec toi.

— Je ne vais pas la regarder filer le parfait amour avec ce connard et jouer au super pote seulement pour qu’elle se sente bien. Qu'importe à quel point j'ai merdé, je ne peux pas faire ça !

— Je comprends, mais la situation est bloquée Aidan.

— Qu'elle fasse sa vie avec ce mec, mais tant qu'elle s'entêtera dans cette voie, je n’ai plus ma place dans son existence.

— Que vas-tu faire alors ?

— J'ai un job qui rapporte un max et je n’ai pas l’intention d’arrêter pour le moment. Cependant, ce n’est pas son cas. Elle n'a aucun revenu. Elle n’est pas mesure d’assumer l'appartement, c'est impossible. Elle doit partir ! J’imagine que l’autre aura une place dans son plumard.

— Tu la précipites dans ses bras...

— Mais putain Devon ! Tu attends quoi de moi là ? Parce que je suis largué.

Il semble réfléchir un instant.

— Je ne sais pas Aidan. Je saisis la complexité de la décision que tu as à prendre.

— Si elle le veut son putain d'appart, qu'elle le garde, mais elle n'a pas l'argent nécessaire.

— Vous allez devoir en parler.

— Oui, je l’appellerai dans quelques jours. Pour l'instant, j'ai envie de penser à autre chose.

Une fois au lac, nous déchargeons nos affaires de la voiture et montons la tente. Dès que nous sommes installés, nous nous lançons dans une longue partie de pêche. Nous buvons quelques bières et nous bavardons, mais nous ne reparlons plus d’elle. Je n’ai plus envie de penser à ce qu’elle vient de me faire.

**

Comme prévu, je finis par trouver le courage de prendre mon téléphone pour l’appeler le lendemain en fin d’après-midi. Devon et moi sommes rentrés du lac en début de matinée. Je me suis douché et recouché directement. Mais mon frère a raison, je dois lui parler et mettre les choses à plat avec elle. Je prends mon téléphone et compose son numéro.

— Aidan, décroche-t-elle prudemment.

— Je veux que l’on trouve une solution pour l’appart.

— Pardon ?

— Tu ne vas quand même pas imaginer que je vais accepter de continuer à vivre avec toi.

— On pourrait en parler avant de prendre une décision aussi drastique.

— Je pense avoir été clair, soit tu te barres avec lui, soit tu restes avec moi. Tu as fait ton choix. Il faut l’assumer maintenant. Si tu veux garder l’appart, tu as juste à me le dire, mes affaires ne seront plus là dans moins de deux jours.

— Aidan…

— Putain, mais décide-toi ! Tu étais plus catégorique à New Haven quand tu m’as envoyé chier. De tout façon, je ne vois pas ce que ça peut te foutre. Apparemment, je viens de te pourrir l’existence pendant treize ans. Tu es enfin sortie de mon ombre, alors fous-moi dehors ou tire-toi de chez moi !

— Je ne peux pas le garder…

— Alors fais tes cartons.

— Mais je ne sais pas où aller…

— Je m’en branle carrément ! Ton mec a l’air si génial, il va te trouver une solution. Pour ma part, je lâche l’affaire. J’ai souvent fait le con, mais je n’ai jamais cessé de penser à toi. Tu as toujours été ma priorité, mais c’est mort là Halsey, tu veux laisser ce mec s’immiscer entre nous, vas-y, mais nous n’avons plus rien à faire ensemble. J’ai peut-être des défauts, mais je n’aurais jamais laissé une histoire avec une nana foutre le merdier dans notre amitié. Et tu oses me dire que tu as été une meilleure amie que moi ! Je reviens mardi. Dégage !

Je raccroche sans lui laisser l’occasion d’ajouter quoi que ce soit. Je n’ai pas envie de l’entendre.

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Souvenir d'enfance

 

 

Voici enfin cet événement tant attendu par tous les lycéens : le bal de fin d'année. Celui-ci marque la fin de quatre années d'études, mais surtout, il annonce un tournant dans la vie de chacun de nous : l'entrée à l'université ! Chacun d'entre nous entre dans la vie de jeune adulte. Comme moi, bon nombre de mes camarades s'apprêtent à quitter le foyer pour partir vivre sur un campus universitaire. Nous attendions tous ce moment avec impatience et chaque détail a été savamment étudié, de la personne qui nous accompagnera à la tenue que nous porterons, sans oublier le véhicule dans lequel nous nous y rendrons. Certains avaient orchestré cela depuis des semaines, voire des mois. Pour ma part, tout s'est fait à la dernière minute, car il y a quinze jours encore, je n'envisageais pas d'y aller. Aucun des garçons du lycée ne m'a invitée.

J'espérais secrètement qu'Aidan me demanderait d'y aller avec lui, mais mes espoirs se sont envolés quand il m'a annoncée qu'il refusait de se rendre dans une célébration aussi ridicule. J’avais beaucoup de chagrin de ne pas y assister, mais il serait bien plus dramatique de m'y rendre seule. Je m'étais fait une raison et j'étais résolue à passer ma soirée dans ma chambre avec une tasse de chocolat chaud, avec de la guimauve, en lisant un bon roman jusqu'à ce qu'Aidan me demande de la plus naturelle des manières à quelle heure il devait venir me chercher. J'ai eu envie de lui hurler dessus tellement son indécision me tapait sur les nerfs, mais j'étais si heureuse que je n'en ai rien fait. J'allais au bal de fin d'année et avec mon roi, tout était parfait !

— Oui, entrez, lancé-je alors que l'on toque à ma porte.

Ma mère se présente sur le pas de porte.

— Aidan viens d'arriver ma chérie, me dit-elle gentiment.

— Qu'est-ce que tu en dis ? La questionné-je, en passant une main nerveuse sur le voilage de ma robe.

— Tu es sublime Halsey.

— Et mes cheveux ?

— Ils sont parfaits. Détends-toi. Tu viens, papa attend pour te prendre en photo.

— Une minute...

Je me tourne vers mon miroir pour me regarder une dernière fois. J'ai eu de la chance de trouver une belle robe de bal malgré que je m'y sois prise à la dernière minute. J'ai pris un modèle avec une jupe longue et droite, le haut est un bustier légèrement décolleté et des perles argentées recouvrent la dentelle de la même couleur que le bas. J'ai ondulé mes cheveux que j'ai habillés d'un bijou de tête. Ma mère m'a gentiment prêté sa jolie parure de bijoux en or blanc. Je me suis un peu maquillée, mais rien de trop voyant. J'aime bien être discrète.

Je sors de la pièce et, depuis le palier, je peux voir Aidan qui se tient près de mes parents dans l'entrée. Il porte un très beau smoking noir et ses cheveux sont attachés avec soin. Le voir apprêté de cette manière est assez inhabituel, pourtant, cela lui va à ravir, je le trouvais déjà très beau, mais ce soir, son élégance me charme un peu plus. Je commence à descendre les marches d'un pas incertain, je manque de pratique avec les chaussures à talons, j'aimerais éviter de chuter. Quand j'arrive au pied de l'escalier, je n'ai pas trouvé le courage de relever la tête pour croiser le regard d'Aidan. Mon pouls est anormalement élevé, mes mains tremblent légèrement et ma respiration est plus rapide.

Lorsque mes yeux se posent enfin sur lui, il m'observe. Je le vois alors déglutir péniblement alors qu'il me contemple de la tête aux pieds.

— Salut.

— Bonsoir.

— Tu es superbe Hal.

— Merci, toi aussi, tu es parfait.

— Ma chérie, mets-toi près d'Aidan que je vous prenne en photo.

Je m'approche avec une certaine hésitation. Mon meilleur ami glisse son bras autour de ma taille, ce qui me fait frissonner, puis nous laissons mon père prendre quelques clichés.

— On y va ? Me demande Aidan.

— Oui, d'accord.

Nous saluons mes parents avant de quitter la maison. Je regarde autour de moi, un peu surprise de ne pas voir sa voiture.

— Aidan, tu veux que nous y allions à pied ?

— Non, regarde, me dit-il, en me montrant son vélo qu'il a décoré.

— Ton vélo ! Tu es sérieux.

— Mais oui ! La limousine, ça manque vraiment d'originalité...

— Je ne peux pas monter sur un vélo dans ma tenue.

— Mais si, tu vas voir.

Il s'empare de sa bicyclette, la chevauche avant de m'inviter à m'asseoir sur le cadre.

— Je peux demander la voiture de mon père.

— Hal, cesse de vouloir être comme tous ces gros nuls et monte.

Je le rejoins et je prends place sur le cadre.

— Prends ta jupe dans ta main.

— Tu es vraiment pénible.

Une fois que je suis en position, il commence à pédaler. De ma main libre, je m'accroche à lui.

— Je ne vais pas te faire tomber, rassure-toi. Tu aurais pu remarquer que j'ai décoré mon vélo pour l'occasion.

— J'ai vu...

— Je vais me trouver dans l'obligation de lâcher le guidon pour te chatouiller si tu ne souris pas.

— Non, non ! J'aime beaucoup.

Il rit avant de déposer un baiser sur ma joue.

— Tu es belle Halsey.

— Tu es plutôt mignon toi aussi. Je suis heureuse d'y aller avec toi.

— Même sur mon vélo ?

— Oui, même sur ton vélo.

À notre arrivée, le lycée est déjà bondé de finissants complètement survoltés. Tous sont très élégamment habillés et l'ambiance dans la salle du gymnase, qui a été décorée pour l'occasion, est à son comble. Des guirlandes lumineuses, fixées au plafond, parcourent la pièce de part en part. Les tables, recouvertes de boissons et de nourritures en tout genre, ont été disposées bout-à-bout ; un groupe composé de cinq musiciens joue une musique entrainante du haut de l'estrade, qui a été monté pour les accueillir.

— C'est super, tu ne trouves pas ?

— Si tu le dis.

— Aidan, Halsey, nous interpelle Rebecca, la présidente du comité, qui est en charge de l'organisation du bal.

Nous la rejoignons en quelques pas.

— Il faut que vous posiez pour la photo, nous annonce-t-elle.

— Pourquoi ?

— Voyons Aidan ! C’est pour l'élection du roi et de la reine du bal.

— On s'en fout de ton élection.

— Aidan, ce n'est rien qu'une photo !

Il souffle grossièrement avant de me prendre par la main et de me guider jusqu'à l'arche fleurie en face de nous.

— Le smoking, les photos et puis quoi encore, bougonne-t-il.

Il me prend par la taille et nous posons devant l'objectif du jeune homme à qui incombe la tâche d'immortaliser cette soirée spéciale.

— Voilà, tu es contente !

Je hausse les épaules sans rétorquer quoi que ce soit, il est grincheux et, dans ce cas-là, le mieux est de le laisser geindre. Il se calmera tout seul.

— Kyle et Will sont là-bas, l'informé-je, en lui indiquant nos amis.

— Allons-y.

Je passe mon bras autour du sien et nous partons dans leur direction. Nous discutons quelques minutes puis, Andrea et Liz, leurs cavalières me proposent de me joindre à elle pour aller danser, j'accepte leur proposition. J'abandonne donc Aidan avec ses amis.

Après plus de deux heures de danse, entrecoupée de pauses, pendant lesquelles nous nous désaltérons et nous nous restaurons, arrive le moment tant attendu par toute l'assistance. Il est temps de connaître le nom de la reine et du roi de notre promo. Quand madame Syde, notre proviseur, crie nos deux noms dans le micro, notre première réaction est de nous regarder avec incrédulité. Nous ne sommes même pas en couple, je pensais que nous n'avions aucune chance de gagner rien que pour cela.

La main d'Aidan se glisse dans la mienne.

— Allez viens ma petite reine, tu as une couronne à récupérer, rigole-t-il, en me tirant vers l'estrade.

Je monte, soutenue par Aidan, puis nous recevons nos présents. Le photographe ne cesse de nous mitrailler sous tous les angles. C'est alors que nos amis dans le public se mettent à réclamer un baiser. Je tourne au rouge alors que mon meilleur ami se met à rire joyeusement. Il se tourne vers moi, son bras enroule ma taille, il me fait basculer en arrière.

— On leur doit bien ça, plaisante-t-il.

Je n'ai pas le temps de dire quoi que ce soit que sa bouche écrase la mienne. Ses lèvres sont toujours aussi douces et je savoure leurs présences sur les miennes. Il y a quatre ans, il m'avait envoûtée alors qu'il m'avait embrassée pour la première fois dans les bois près du lac et, ce soir encore, il me fait la démonstration de la merveilleuse emprise qu'il a sur moi. En cet instant, j'oublie tout, où nous sommes, ou ce qui a conduit à ce baiser. Je me contente de le vivre pleinement. Mon audace grandissant me donne assez de courage pour que ma langue vienne caresser la sienne. Il n'oppose aucune résistance, bien au contraire, il met autant de ferveur que moi dans notre échange. Ce sont les cris d'encouragements provenant du public qui nous sortent de cette douce torpeur. Il nous redresse lentement avant de m'abandonner. Nos camarades nous applaudissent bruyamment alors que nous descendons pour retourner à notre place. Aidan me tient précieusement par la main, un grand sourire illumine son visage. Le groupe, qui est revenu sur scène, entame une nouvelle chanson. La mélodie est douce et très belle. Mon ami me conduit au milieu de la piste avant de m'attirer dans ses bras.

— Tu m'accordes cette danse ?

Je fronce le nez.

— Je n'ai plus vraiment le choix.

— Tu as tout compris.

Je passe mes bras autour de sa taille avant de poser ma tête sur son torse. Nous nous mettons à tournoyer au rythme de la chanson. D'autres couples font de même et rapidement la piste de danse est envahie de jeunes entrelacés. Je me sens si bien en sécurité dans les bras d'Aidan. Je pourrais y passer ma vie, il n'y a pas meilleur endroit qu'ici-même, blottie contre lui. Dès que la musique cesse, il me relâche et repart auprès de Kyle et Will. Je retrouve les filles, un peu déçue qu'il me laisse en plan de la sorte. Je les quitte quand la salle de bal commence à se vider. Je me lance à la recherche d'Aidan qui a disparu de mon champ de vision depuis plus d'une heure.

Je déambule dans les couloirs depuis un certain temps quand j'entends quelqu'un glousser non loin de moi. Je m'approche à pas feutrés. La salle de repos de nos professeurs est entrouverte. Je jette un coup d'œil par l'entrebâillement. Le spectacle que je découvre alors me fait l'effet d'une lance reçue en pleine poitrine. Mon meilleur ami et Rebecca sont allongés sur le canapé. La jupe de ma camarade est relevée alors qu'Aidan est à moitié dévêtu.

— Aidan, attends, c'est trop bizarre !

— Mais pourquoi ?

— Tu es venue avec une autre fille et tu l'embrassais pas plus tard que tout à l'heure.

— Mais c'est Hal !

— Oui, la fille que tu ne quittes pas depuis des années.

— On est amis ! Hal c'est pas une fille, c'est Hal...

— Il n’y a rien entre vous ?

— Putain, non ! C'est trop flippant.

— OK !

Je fais un pas en arrière, ne voulant plus assister à ce spectacle écœurant. Je reste là quelques minutes avant de repartir vers le gymnase qui est presque vide. Je le traverse en séchant mes larmes.

À l'extérieur, je respire profondément l'air rafraîchissant de ce mois de juin. Après avoir ôté mes chaussures, je prends la direction de la maison. J'essaie de lutter contre de nouvelles larmes qui menacent de jaillir. Je suis tellement déçue. Aidan ne me doit rien, je le sais pertinemment, mais j'espérais, depuis notre baiser près du lac, qu'il finirait par me demander de sortir avec lui. Il a tout fait pour que Bobby me quitte, il y a quelques mois. Il m'a embrassée. Et puis, dès qu'un garçon s'intéresse un tant soit peu à moi, il s'arrange pour qu'il renonce rapidement. J'accepte cela depuis bien trop longtemps, mais ce soir, il est temps que je me rende à l'évidence, ce besoin de contrôler ma vie sentimentale n'a rien à voir avec un quelconque amour qu'il ne voudrait pas m'avouer. Il a surtout un ego démesuré et la seule explication est qu'il est trop égoïste pour accepter de me partager avec quelqu'un. Quand je passe la porte d'entrée de mon domicile, la maison est plongée dans la pénombre. Je monte rapidement à l'étage. Une fois dans ma chambre, je m'empresse d'enlever ma robe et de passer mon peignoir. Je voudrais aller prendre une douche avant de me coucher. Je prends une tenue pour dormir dans mon dressing avant de me diriger vers la porte quand mon portable sonne. Je le sors de ma pochette. Comme je le pensais, c'est Aidan.

— Oui.

— Hal, tu es où ?

— Chez moi.

— Attends ! Tu es rentrée seule ?

— Oui, rétorqué-je sèchement.

— Mais t'es folle ou quoi !

— Désolée Aidan, mais toi et Rebecca vous sembliez tellement occupés que je n'ai pas voulu vous déranger.

— Hal...

— J'étais résolue à ne pas me rendre à cette soirée Aidan, et si tu avais si peu envie de m'accompagner, ou que tu préférais y aller avec quelqu'un d'autre, tu aurais dû le faire, plutôt que de me faire perdre mon temps. Je n'ai pas besoin de ta pitié, salut !

Je raccroche et je coupe mon téléphone avant de sortir.

Le plus sage n'est-il pas de garder ces sentiments qu'Aidan a fait naître au plus profond de mon cœur et de le préserver comme un bel amour d'enfance, au lieu de le laisser le détruire par ses agissements égoïstes ?

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