Halsey
Halsey
À mon réveil, je suis toute excitée. Je dois retrouver Eli pour une journée tourisme dans New York. Ce soir, nous irons chez lui et il me fera à dîner. J'ai vraiment hâte...
Je sors sur la terrasse pour boire mon café en prenant le soleil quand mon portable sonne.
— Comment va ma star des objectifs ?
— Je ne suis pas une star.
— On te verra bientôt en sous-vêtements sur tous les panneaux publicitaires de Time Square.
— C'est possible.
— Mon Dieu Aidan ! Nous n'allons plus pouvoir vivre tranquille. Elles vont faire la queue en bas de l'immeuble pour pouvoir admirer le beau mâle que tu es !
— J'en doute, mais si c'est le cas, je m'en débarrasserai.
— Et comment ?
— Je leur dirai que je me fiche bien d'elles parce que j'ai une merveilleuse Halsey dans ma vie.
Je ris.
— Je vais être la fille la plus détestée de New York !
— Et c'est important ma puce ?
— Euh...non. Aidan, tu es sûr que tout va bien ?
— Mais oui.
— Je te trouve un peu étrange ces temps-ci.
— Je suis toujours bizarre.
— Eh bien, tu l'es plus que d'habitude et c'est assez flippant.
— Hal, j'aurais besoin de te parler d'un truc à mon retour.
— Tu ne peux pas m'en parler maintenant ?
— Non, pas comme ça. J’ai besoin que nous soyons l’un en face de l’autre.
— Oh ! Il n'y a rien de grave ?
— Mais non, ne te prends pas la tête avec ça. Je t’assure que ce n’est rien d’important.
— Bon, parce que tu me fais peur.
— Que vas-tu faire aujourd'hui ?
— Rien de spécial. Et toi ?
— On va à Rio pour notre séance photo.
— D'accord. Au fait, tu me ramènes quoi du Brésil.
Il rit.
— Il faut que je t'achète un cadeau ?
— Mais oui.
— Tu veux un truc en particulier ?
— Non, je te laisse me surprendre.
— Bah voyons.
— Tu n'auras pas de mal puisque tu me connais par cœur.
— Oui, c'est certain. J'irai me balader pour voir ce que je peux te trouver.
— Merci.
— Je t'embrasse.
— Moi aussi, à plus.
Même si Aidan me dit de ne pas me faire de souci, c'est plus fort que moi. Je me demande ce qui lui arrive. Je le connais depuis toujours, et je ne l'ai jamais vu renoncer au sexe de cette façon. C'est assez surprenant.
Et puis, j'ai l'habitude que nous soyons très proches et j'aime cela, mais il l'est davantage depuis quelques jours. Je l'ai déjà vu agir de manière étrange et, généralement, cela n'inaugure rien de bon. Aidan est déjà passé par des phases un peu sombres pendant lesquelles il partait vraiment en vrille. Je ne compte pas le nombre de fois où j'ai dû aller le chercher chez Wes, car il était totalement ivre. J'ai même dû le faire sortir de prison à plusieurs reprises parce qu'il s'était battu. Au plus fort de ces crises, il allait jusqu'à fumer des joints très régulièrement. Je ne suis pas contre faire des expériences, mais Aidan dérapait trop. C'était dur de le voir ainsi et de ne rien pouvoir faire pour lui. Je détestais qu’il se mette dans cet état, car même moi, je ne pouvais pas l'atteindre.
Finalement, tout s’est toujours arrangé. Aidan est redevenu lui-même à chaque fois. Il n'y a pas vraiment d'explication à ces changements de comportement. Je crois qu'il a vécu des périodes au cours desquelles il se remettait en question et que sa vie ne le satisfaisait pas. J'espère ne pas assister à une autre de ces métamorphoses.
Je regarde l'heure sur mon portable et bondis de ma chaise en panique. Je n'ai plus que vingt minutes pour me préparer. Je saute dans ma baignoire pour me doucher. Aidan est loin et, tant que j'ignore de quoi il retourne, rien ne sert de me torturer. Je passe ma journée avec Eli et je veux en profiter.
**
Comme prévu, je retrouve Eli à Central Park, notre première étape. À mon arrivée sur place, Eli est déjà là. Il tient un sac dans sa main. J'avance vers lui en trottinant.
— Coucou, dis-je avant de l'embrasser avec désir.
Son bras libre entoure ma taille. Il nous presse l'un contre l'autre. Je me surprends à faire courir mes mains sur son torse et cette petite exploration m'en apprend plus sur ce que cache ce polo. Miam !
— Coucou, susurre-t-il, en jouant avec mon nez.
— Voilà une journée qui commence bien.
Son rire doux et discret résonne entre nous.
— Je suis content de te voir. J'attends de partager ce moment avec toi depuis des jours.
— Moi aussi.
— Viens, allons déjeuner.
Il glisse sa main dans la mienne et me guide jusque sous un arbre. Nous nous asseyons et Eli commence alors à sortir notre repas de son sac.
— J'espère que tu as faim !
— Oui, beaucoup. Tu as tout préparé toi-même ?
— Mais bien sûr, dit-il avec un sourire radieux.
— C'est tellement gentil.
Quelques minutes plus tard, je me retrouve avec un gobelet de café chaud à la main et une multitude de bonnes choses à déguster. Il y a tout ce que j'aime : des pancakes, des muffins, de la salade de fruits.
— Bon appétit.
— Merci. À toi aussi.
— Alors, ce repas avec Jeff ?
— C'était génial et, apparemment, vos talents culinaires sont héréditaires, c'est délicieux, dis-je la bouche pleine de son excellent muffin aux myrtilles.
— Merci.
— Entre Aidan, ton frère et toi, je ne risque pas de mourir de faim.
— Aidan cuisine également.
— Oui, c'est son nouveau passe-temps. Il m'a même proposée de nous inscrire dans des ateliers culinaires.
— C'est une bonne idée.
— Je ne suis pas très douée, alors ça serait bien que je m'améliore.
— Tu ne cuisines jamais ?
— Ah si, je fais une merveilleuse omelette aux coquilles d'œuf, plaisanté-je.
— Dans ce cas, je m'occuperai du petit déjeuner demain matin, si ça ne te dérange pas.
Je m'empourpre immédiatement en écoutant Eli. Il envisage que nous prenions le petit déjeuner ensemble demain matin et cette perspective m'enchante. Je ne me voile pas la face sur l'issue de cette journée. Il m'invite chez lui et, après deux semaines de rencontre à la dérobée, j'ai envie de passer la nuit en sa compagnie. Je ne veux pas jouer la fille choquée et prude. Cependant, sa franchise et son audace me surprennent d'une façon très positive, et mon corps n'est pas insensible à cette tension physique qui s'instaure entre nous petit à petit.
— C'est plus sûr, c'est évident.
Il rit en entendant ma réponse et, l'instant d'après, ses lèvres viennent titiller le lobe de mon oreille.
— Tu es si belle Halsey et je te désire tellement.
Mon cœur s'emballe subitement sous l'effet de ses mots déroutants.
— Regarde-moi, m'ordonne-t-il gentiment.
Je fais ce qu'il me demande et me plonge dans son joli regard brillant de malice et d'envies.
— Hal, je ne voulais pas te brusquer et j'ai encore moins l'intention de te sauter dessus comme un sauvage. Nous ferons ce que tu veux et surtout quand tu veux. La seule chose que j'aimerais que tu m'accordes, c'est de dormir avec moi.
Je le toise un peu perdue.
— Je viens de passer quinze jours à rêver ces instants avec toi et je me suis vraiment senti frustré de ne pas pouvoir être avec toi plus souvent. Et même si c'est difficile à croire, je ne pensais pas à cette nuit avec toi en pensant au sexe, mais seulement en espérant te tenir dans mes bras et profiter de chaque minute avec toi.
Lentement, mes doigts commencent à caresser sa bouche fine et douce.
— Je te désire Eli.
Un énorme sourire vient alors illuminer son visage. Ses dents se referment sur mon index avec délicatesse. Il le mordille gentiment, ce qui me fait rire.
— Cette journée va être palpitante, s'exclame-t-il, en s'allongeant dans l'herbe.
Je l'observe, amusée. Cet homme me plaît de plus en plus.
— Tu ne m'as pas dit où nous allons ?
— À Chinatown.
— Je n'y suis jamais allée.
— Je suis certain que ça va te plaire, c'est très intéressant. Tu aimes la nourriture chinoise ?
— J'adore.
— Alors, nous mangerons là-bas.
— J'aime cette ville. Elle est tellement intéressante.
— Je suis bien d'accord.
— Tu es né ici ?
— Non, nous avons grandi dans le New Jersey. Je suis venu vivre ici à mon entrée en médecine.
— Tu étais dans quelle université ?
— Columbia.
— Impressionnant. Eli, je peux te poser une question ?
— Bien sûr.
— Est-ce un engagement personnel d'avoir choisi Harlem pour exercer ?
— Pourquoi me demandes-tu ça ?
— Eh bien, tu sembles être un homme intelligent, tu as étudié dans une bonne université et Jefferson m'a dit que tu en es sorti avec les honneurs et l'hôpital de Harlem manque cruellement de moyens. Je connais la disparité qu'il peut y avoir entre les communautés et je trouve ça tout à fait révoltant, et je me demandais si c'était une façon pour toi de lutter contre ça.
— Viens là, me dit-il, en m'ouvrant ses bras.
Je m'allonge de sorte que ma tête repose sur son torse. Je sens alors sa main se glisser dans ma chevelure.
— Pendant ma première universitaire, j'ai rencontré un mec vraiment brillant, il s'appelait Harold et venait de Harlem. Lui aussi voulait être médecin et il bossait comme un malade pour y parvenir. Il avait un job dans un fast-food pour payer ses frais de scolarité. Je n'ai jamais vu quelqu'un avec un tel courage. Nous sommes devenus de très bons amis et je venais souvent le voir chez lui. J'ai fait la connaissance de toute sa famille. Ce sont des gens merveilleux, et un peu ma deuxième famille maintenant. Un week-end, nous devions nous retrouver chez lui pour célébrer l'anniversaire de sa petite sœur qui avait quatorze ans, mais Harold n'est jamais revenu de son job. Il a été pris dans un règlement de compte entre deux gangs rivaux. Il a reçu une balle qui s'est logé près de son cœur. À l'époque, l'hôpital n'avait qu'un cardiologue. Ils l'ont bipé et les médecins présents ont fait tout ce qu'ils pouvaient pour le sauver, mais ça n'a pas été suffisant.
— Eli, je suis tellement désolée.
— Je ne changerai pas le monde, c'est certain, mais son rêve était de servir sa famille et sa communauté. Je veux juste lui faire honneur.
Son récit me brise le cœur. La vie peut basculer si vite, c'est d'une telle tristesse. Je me redresse vers lui.
— Tu es un homme bien Eli Clark.
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