Halsey

Elma Hilde · Chapitre 45 sur 48

Pages du PDF

Halsey

Halsey

 

 

Je regarde mon reflet dans le miroir une dernière fois avant de rejoindre Chelsea. Me voilà reléguée au rôle de demoiselle d'honneur, alors qu'aujourd'hui, j'aurais dû être en robe blanche. Cependant, je préfère porter cette longue robe rose pâle et être au bras de l'homme que j'aime. Et puis, cette tenue est vraiment jolie. J'aime la jupe en voilage et le buste recouvert de dentelle brodée. Ma future belle-sœur a beaucoup de goût. J'inspecte ma coiffure, mes cheveux sont élégamment tressés et remontés. Des fleurs viennent égayer le tout. Un petit coup d'œil sur mon visage m'apprend que mon maquillage est impeccable. Je prends ma pochette et sors de ma chambre. Dans le couloir qui conduit à la chambre de mes parents, je tombe sur Aidan.

Pourquoi est-il toujours aussi beau ? C'est agaçant !

Et le costume trois pièces, que je lui ai choisi pour l'occasion, est absolument renversant. J'adore le gris du tissu, et sa cravate rose qui rappelle celui de ma robe.

— Tu te fiches de moi !

— Mais quoi, il est très bien ce costume.

— Forcément qu'il est parfait, vu que je le porte.

Je soupire bruyamment.

— Tu t'es regardée.

— Quoi ? Demandé-je inquiète en passant une main nerveuse sur ma robe. Je ne suis pas jolie...

— Jolie n'est pas le mot, je dirai carrément bandante et, à cause de toi, je suis dans la merde.

— Aidan !

— Fais un truc pour moi Hal, je ne vais pas tenir jusqu'à ce soir.

— Ça ne va pas, je ne vais pas prendre le risque d'abîmer ma robe ou ma coiffure en m'envoyant en l'air.

— Ma puce, s'il te plaît.

— Chelsea m'attend.

— Je ferai vite.

— Quel argument excitant !

— Allez, viens, on va dans ta chambre vite fait, dit-il, en se pressant contre de moi de façon subjective.

— Mais tiens-toi correctement.

— Tu n’es pas drôle. Tu ne dis jamais non d'habitude.

— Eh bien, je suis peut-être un peu fatiguée, m'énervé-je.

— De quoi ?

— De devoir assouvir tes besoins toute la journée, soufflé-je.

Il saisit délicatement mon menton pour me forcer à le regarder.

— Hal, ça ne va pas ?

— Si.

— Tu regrettes ? Demande-t-il soudainement paniqué.

— Comment peux-tu me demander ça ? Aidan, je t'aime. Je ne pourrais jamais regretter d'être avec toi et je me fiche que ce mariage aurait dû être le mien.

— Je t'aime Hal.

Sa bouche vient frôler doucement la mienne.

— Vas-y ma puce, ne fais pas attendre Chelsea. On se retrouve en bas.

Je le regarde repartir vers l'escalier. Je m'en veux d'avoir été si dure avec lui. Et puis, faire l'amour avec Aidan est tout simplement addictif. Je ne rechigne pas à la tâche, bien au contraire. Même si c'est vrai qu'il est difficile à suivre. Il faut dire que ça fait trois semaines qu'il passe ses journées à la maison à ne rien faire, alors que moi, je croule sous le travail. Mais c'est bientôt fini, car il a trouvé un nouvel emploi et je dois dire que je suis tombée sur les fesses quand il m'a dit quel job il avait obtenu. Je n'aurais jamais cru le voir partir dans cette voie. Pourtant, dès lundi, il débute un stage dans la restauration. Il veut devenir chef de cuisine. Apparemment, nos ateliers cuisines lui sont montés à la tête. Il m'a expliqué que, lorsqu'il est parti, il a pris un emploi dans un restaurant. Il a appris beaucoup de choses, et cela lui a donné envie de s'investir plus. Malheureusement, ce stage n'est pas rémunéré et mes revenus peuvent subvenir à nos besoins dans l'immédiat, mais pour l'avenir, je ne sais pas. Il a vu avec son ancienne agence pour faire quelques shoots de temps à autre, mais tout cela est très vague. J'ai peur que l'argent devienne très vite un problème.

— Halsey, tu es resplendissante, me dit ma mère quand j'entre dans la pièce.

— Merci maman.

Elle aussi est très belle avec son superbe tailleur beige, elle est très classe. Je pose alors mon regard sur Chelsea et je crois que je vais pleurer. Elle est radieuse et je suis sans voix devant sa beauté. Elle se lève et me prend dans ses bras.

— Je suis tellement heureuse, merci Hal.

— Moi aussi. Tu es si belle.

Elle se redresse et me toise subitement inquiète.

— Il ne nous en veut pas de célébrer ce mariage si vite après la mort de Devon.

— Mais non. Enlève-toi cette idée de la tête tout de suite. Je viens de le voir et il est content pour vous, et Devon serait ravi de nous voir continuer à vivre.

— Tu as raison.

— Vous vous aimez, et aujourd'hui, on célèbre cet amour tous ensemble.

— Merci pour tout.

— De rien.

**

La cérémonie de mariage a lieu dans la grande église de Woodbury. Ce lieu saint est de toute beauté, avec ses vitraux gigantesques et ses statues fraîchement rénovées. Les bancs ont été habillés de tentures et de bouquets de fleurs. Les familles et les amis des mariés sont assis à leur place. Moi, je me tiens à la gauche de Chelsea et mon amoureux à la droite de mon frère.

Je les regarde s'unir l'un à l'autre devant leurs proches. Ils sont très émus tous les deux et c'est touchant. Aidan, lui, ne me quitte pas des yeux. Ma mère doit en être à son quinzième mouchoir, ce qui semble amuser mon père. Même si je ne doute pas un seul instant qu'il soit lui-même touché par cet événement important. Au moment de l'échange des vœux, ma gorge se noue. C'est beau, pur, et chargé d'émotion. Comment être insensible à un tel bonheur ?

— Andy, je suis tellement heureuse pour toi, murmuré-je à l'oreille de mon frère au moment du traditionnel défilé de félicitations en tout genre.

— Merci ma petite chérie. Tu as rendu cet instant absolument parfait. C'est vraiment beau.

— On dirait bien qu'on est devenu des grandes personnes, plaisanté-je.

— On dirait bien.

— Je ne suis pas certaine que maman s'en remette.

— Je souhaite bon courage à papa.

On se met à rire joyeusement quand Aidan surgit à nos côtés.

— Franchement Andy, tu t'es fait avoir comme un débutant, tu me déçois.

Je lui mets un coup de coude pour le faire taire.

— Je m'en souviendrai quand tous les deux vous sauterez le pas.

— Elle peut toujours rêver.

— Aidan, arrête.

— Si tu crois que je vais faire le clown en costume de pingouin pendant une journée...

— Eh bien, ne m'épouse pas, rétorqué-je sèchement. Excuse-moi Andy, je dois régler certains détails dans la salle de réception.

— D'accord.

Je m'éloigne rapidement alors que mon frère râle après Aidan.

Mon père a obtenu la grande salle principale de la ville et elle est magnifique. J'ai toujours aimé cet endroit, très lumineux, grâce aux dizaines de vitres qui le compose. Au plafond, nous avons fixé des tentures de couleur ivoire, et des ballons de couleur fuchsia sont attachés au centre. Des tables rondes remplissent une partie de la pièce. Dessus, sont dressées de belles nappes avec un centre de table composé de fleurs. À l'opposé, une petite estrade a été installée pour l'orchestre. Je suis vraiment satisfaite du résultat. J'inspecte le lieu et tout semble prêt à accueillir les jeunes mariés.

— Hal, m'appelle Aidan depuis la double-porte vitrée.

— Je n'ai pas le temps, grondé-je.

Il avance vers moi d'un pas pressant et me saisit fermement par les bras, mais sans me faire mal.

— Dis-moi ce qui ne va pas ?

— C'est moi qui est un problème, tu rigoles...

— Je te taquine, rien de plus et tu le sais très bien. Pourquoi es-tu si susceptible d'un coup à propos de ce putain de mariage ?

— Si tu ne veux pas m’épouser alors, ne te force surtout pas, dis-je, en pleurant.

— J'ai été honnête avec toi Hal, et je n'ai pas besoin de ça pour que tu sois ma femme, mais si tu le veux, je le ferai pour toi, et de bon cœur, parce que tout ce que je veux, c'est ton bonheur. Je voulais faire chier ton frère et te titiller un peu, mais en aucun cas te blesser.

Je pleure de plus bel.

— Qu'est-ce qui t'arrive ? Je vois bien que tu es soucieuse.

— Et tu arrives à cette conclusion parce que j'en ai assez que tu me titilles avec cette histoire de mariage, ou parce que je n'ai pas voulu m'envoyer en l'air tout à l'heure.

— Oui ! Tu te fiches bien de ta robe ou de ta coiffure, et tu sais m'envoyer promener quand je te taquine un peu trop, alors pourquoi tu es différente aujourd'hui ?

— On ne peut pas agir comme des gamins toute notre vie Aidan, il va falloir que tu grandisses et que tu assumes tes responsabilités.

Il me lâche subitement.

— On nage en plein délire là. Je m'accroche à toi comme un malade parce que je suis au bord du gouffre la plupart du temps Hal. J'ai mal bordel ! Il n'y a que toi qui me fasse du bien. Je suis sûrement trop pressant envers toi, mais j'essaie de ne pas perdre pied. Je ne le fais pas pour moi, mais pour toi. Je me fiche bien d'être une loque, mais je ne peux pas, pour toi. Je n'ai que toi.

— Non, Aidan. Il n'y a pas que moi. Il va falloir que tu sois encore plus fort et tu n'auras pas le droit à l'erreur. Tu as besoin de moi et je suis là, mais moi aussi, je vais devoir compter sur toi. Tu as une responsabilité envers moi. J'ai peur, et j'ai besoin de savoir que tu peux me rassurer, et être fort pour nous. Je m'en veux de te demander ça maintenant, et je sais que tu es encore fragilisé par la mort de Devon, mais je ne peux pas gérer ça sans toi.

— Mais de quoi parles-tu bon sang ?!

Je plonge mes yeux dans les siens en espérant y trouver la force de lui avouer ce secret que je garde depuis plusieurs jours déjà.

— Je suis enceinte.

— Hal, marmonne-t-il hébété.

— Je te demande pardon, bredouillé-je, en sanglotant. Le jour de l'enterrement, j'ai oublié ma pilule.

— Tu es sûre ?

— J'ai fait cinq tests de grossesse, tous positifs.

Sa main se pose sur mon bras pour m'attirer cont re lui. Il m'enlace avec douceur.

—Je serai là pour vous ma puce. Je ne veux pas que tu sois malheureuse. Ce n'est pas un problème, bien au contraire. On va être une famille Hal. Tu ne pouvais pas me rendre plus heureux.

— Mais...

Il se redresse et prend mon visage entre ses mains.

— Il n'y a pas de « mais » ! Je t'aime et j'aime ce que nous sommes tous les deux. Ce bébé est une suite logique qui arrive avec un peu d'avance. J'ai perdu trop de temps à ne pas te chérir comme tu le méritais, et je ne veux plus perdre une seule minute, alors moi, ça me va.

— Mais il y a ton travail et l'argent...

— Eh ! S'exclame-t-il, en me forçant à le regarder. Vous ne manquerez jamais de rien. Laisse-moi être l'homme de la maison et gérer ça. Toi, continue à faire ce que tu aimes et prends soin de notre petite perfection. Moi, je veille sur vous.

— J'ai tellement peur.

— C'est sûr que s'il me ressemble, tu as du souci à te faire.

Je hausse les épaules avec légèreté. Je me sens bien plus sereine maintenant qu’il sait pour le bébé. C’est un grand soulagement que de voir que cette grossesse l’enchante.

— Ne dis pas n'importe quoi. Si je sais gérer la version originale, je devrais m'en sortir avec le modèle miniature.

— Je suis certain que ça sera lui ton préféré.

— Tu ne vas pas me faire une crise de jalousie !

— Je vais me gêner, rigole-t-il.

— Embrasse-moi.

Il écrase sa bouche sur la mienne en me tenant précieusement dans ses bras. Je savoure cet instant de bonheur intense.

— Je t'aime petite maman.

— Moi aussi je t'aime.

Il passe son bras autour de ma taille et me guide vers l'extérieur de la salle.

— Ton frère va moins faire le malin avec son mariage cul-cul.

— Aidan, soupiré-je amusée.

— C'est ça, les vrais mecs ! Il suffit d'une fois et hop, tu es enceinte.

— Tu viendras fanfaronner quand tu auras dit à mon père que tu as fait un bébé à sa petite princesse.

— Aïe...

— Eh oui, mon amour ! Il suffit d'une fois et hop, tu te retrouves accablé de responsabilités.

— On leur dira quand ils auront bu quelques coupes de champagne. Et puis, il ferait mieux de me remercier de ne pas t'avoir touchée quand nous étions plus jeunes, parce que à ce rythme là...

— Tu es impossible ! Mais je t'aime...

— Moi aussi je t'aime mon Unique.

OceanofPDF.com