Halsey

Elma Hilde · Chapitre 40 sur 48

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Halsey

Une agréable vague de chaleur règne sur…

Souvenir d’enfance

 

Une agréable vague de chaleur règne sur cette belle journée de printemps. L’hiver a été morne et long, et les habitants de Woodbury sont tous sortis pour profiter des premières heures ensoleillées. Certains courent dans le parc, d’autres jardinent ou lavent leur automobile. En ce qui me concerne, je les savoure en compagnie d’Emma et de Chelsea. Les garçons ont décidé de faire quelques balles sur le terrain de base-ball et nous n’avions aucunement envie d’assister à leur petit concours bien trop chargé en testostérones. Les parents d’Aidan et de Devon étant partis dans leur famille à Poughkeepsie pour le week-end, nous avons la maison pour nous seuls. Alors, avec cette météo propice aux barbecues, nous sommes en route pour faire quelques courses dans ce but. Le supermarché qui se trouve à l’entrée de la ville est pris d’assaut, comme souvent le samedi. La circulation entre les rayonnages est des plus difficiles.

— Nous devrions nous séparer les filles, sinon on va y passer la journée, nous dit Emma.

— Tu as raison.

— Halsey, occupe-toi des boissons et de l’apéro. Chelsea, prends les grillades et un dessert, moi je m’occupe du reste.

— OK !

— On se retrouve au niveau des caisses.

Je m’éloigne afin de me diriger vers les rayons dédiés à l’alcool. Je choisis la bière que boivent habituellement les garçons, avant de me rendre vers les sodas. C’est alors que l’on m’interpelle à l’autre bout de l’allée. Je regarde au loin et j’aperçois Travis qui me fait signe.

— Ce n’est pas vrai ! bougonné-je, alors que ce gros nul trottine dans ma direction.

On pourrait presque trouver ce garçon agréable s’il n’était pas aussi odieux. Il a un physique très avantageux avec son joli regard bleu, sa peau halée, sa musculature athlétique et ses cheveux noirs soyeux.

Un grand sourire illumine son visage quand il se stoppe en face de moi.

— Salut, chantonne-t-il.

— Salut Travis.

— Ta garde rapprochée n’est pas là ?

— Non, il joue au base-ball.

— Une chance pour moi !

— Qu’est-ce que tu veux ?

— Mais c’est toi que je veux, Hal.

— C’est Halsey !

— Arrête d’être aussi méfiante. Je sais que j’ai été con avec toi, mais nous étions jeunes. Je t’ai demandée de me pardonner à plusieurs reprises.

— Et j’ai accepté tes excuses à chaque fois, il me semble.

— Alors pourquoi refuses-tu de sortir avec moi ?

— C’est assez évident…

— Si Aidan en est la raison, c’est à toi de lui dire qu’il n’a pas à intervenir.

— C’est une plaisanterie ! On sait tous les deux que la seule raison qui te motive à me draguer, c’est Aidan. Tout ce que tu désires, c’est que je couche avec toi et là, tu te précipiteras pour lui balancer au visage.

— Mais non !

— Je ne suis pas aussi naïve.

— Tu vas le laisser te dicter ta conduite encore longtemps. Tu n’en as pas assez de le suivre gentiment comme un petit toutou.

— Tu ne connais rien de la nature de notre relation, alors cesse de parler de ce que tu ignores, tu te ridiculises, m’agacé-je, en partant.

— Et toi, tu ne te sens pas ridicule quand il baise toutes ces nanas devant ton nez ! Si tu crois qu’il changera un jour, tu te trompes. Ne tarde pas trop à t’en rendre compte Halsey, tu passes à côté de ta vie par sa faute.

Je continue ma route sans me retourner. Je ne veux prêter aucune importance à cet abruti et à ses allégations, pourtant, la véracité de ces propos résonne dans ma poitrine. J’ai dix-neuf ans, je n’ai pas de relation sérieuse et je me sens très seule, alors que de son côté Aidan collectionne les filles. Je décide de ne plus penser à ça. Je veux profiter de cette journée avec mes amis. Rapidement, je finis mes emplettes avant de me diriger vers notre point de rendez-vous.

— Tu en as mis du temps ! M’accueille Chelsea. Tout va bien ?

— Désolée, je suis tombée sur Travis.

— Aïe ! Il t’a pris la tête ?

— Pas plus que d’habitude.

— Évite de le répéter à Aidan ou il va encore péter un câble, me dit Emma.

— Oui, je sais.

— J’ai eu Andy, ils sont rentrés.

— Allons les rejoindre alors.

— Aidan râlait parce que nous n’étions pas encore là.

Je hausse les épaules.

— Je ne sais pas ce qu’il a depuis ce matin, il est en mode Satan puissance dix.

C’est alors que mon portable vibre dans ma poche.

— Quand on parle du loup… dis-je, en décrochant. Oui, Aidan.

— Les filles t’attendent, t’es où bon sang ?

— Je viens de les rejoindre.

— Dépêchez-vous, bordel !

Cette fois s’en est de trop ! Il me fatigue à me parler de la sorte. Il est temps que je lui donne une petite leçon.

— Les filles seront là dans quelques minutes !

— Les filles ?

— Oui, je préfère rentrer chez moi.

— Quoi ! Mais pourquoi ?

— J’en ai assez de ton attitude, Aidan ! Nous nous verrons quand tu seras plus gentil, ta mauvaise humeur est vraiment insupportable, grondé-je avant de raccrocher.

Mes amies me regardent en rigolant.

— Tu ne viens pas ?

— Si, mais je vais d’abord le laisser me courir après et assister au spectacle d’Aidan se confondant en excuses.

— Tu es diabolique…

— C’est à l’incarnation du mal que je m’adresse, je n’ai pas tellement le choix.

Nous quittons le magasin en rigolant. Quand Emma s’engage dans la rue qui mène à la maison de mes parents, Aidan est déjà là à faire le pied de grue. Chelsea me jette un petit coup d’œil amusé.

— Il faut que l’on parle toi et moi, je veux que tu me donnes ta recette secrète.

Je ris alors que le véhicule ralentit devant mon allée.

— On vous rejoint, annoncé-je aux filles avant de sortir de la voiture.

Emma redémarre me laissant seule avec un Aidan visiblement contrarié.

— Tu es vraiment chiante Hal !

Je passe devant lui en l’ignorant totalement.

— Mais arrête de faire la tête !

Je continue de monter les marches de pierres qui conduisent au perron.

— Viens, s’il te plaît.

Je glisse la clef de la serrure quand sa main se pose sur mon avant-bras pour me faire reculer.

— Je suis désolé Hal.

— Ravie de l’apprendre !

— Je suis très con en ce moment.

— Je n’aurais pas dit mieux.

Je croise alors mes bras sur ma poitrine avant de le toiser avec détermination.

— Qu’est-ce qui se passe Aidan ?

— Rien.

— Sois tu parles, sois tu t’en vas !

— J’ai eu une réponse de l’université.

— Laquelle ?

— Yale.

— Je n’ai rien reçu encore.

— Hal, ils ne veulent pas de moi.

— Ce n’est pas grave, tu as fait des demandes ailleurs.

— Sauf que tu veux aller à Yale, tes parents veulent aussi que tu étudies là-bas …

— Aidan, je m’en fiche pas mal ! On ira dans la même université, comme c’était prévu.

— Tu vas renoncer à ton rêve à cause de moi.

— Mais Aidan, on ne sait même pas si ma candidature a été retenue. Et puis, c’est le rêve de ma mère, pas le mien. Moi, je veux seulement obtenir un diplôme.

— Tu dis ça pour me faire plaisir.

— Crois-moi, je n’ai pas envie de te faire plaisir aujourd’hui. Tu es bien trop pénible !

— Je stresse depuis deux jours.

— Eh bien, arrête ! J’en ai assez de vivre en enfer Aidan.

— Excuse-moi Hal.

— Tu vas être gentil ?

— Promis.

— Bon, allons-y ! J’ai faim moi.

Nous montons dans sa voiture et nous parcourons la distance entre nos deux domiciles. À notre arrivée, la voiture de Travis est garée en bas de la maison d’un des voisins d’Aidan. Son propriétaire est appuyé dessus, il fume en compagnie de Bradley qui vit dans le quartier. Dès qu’il nous voit, il se redresse et nous observe avec un petit rictus. Je me précipite vers la maison dans l’espoir d’encourager mon ami à faire de même.

— C’était un plaisir de faire la conversation avec toi ma jolie Hal, lance Travis, un sourire affable sur le visage.

— Aidan, rentrons.

— Comment il t’a appelée ce fils de pute ?

— Aidan, on rentre, maintenant !

— C’est quoi cette connerie ? Tu as parlé avec lui ?

— On s’est croisé, rien de plus ! Il veut te provoquer.

— Eh bien, ça marche ! Maintenant, il va falloir qu’il assume.

Son regard est rempli de rage. Je le connais assez pour savoir qu’il n’y a rien à faire.

— Putain d’enfoiré ! Je vais te péter la mâchoire, on verra comment tu fais la causette à ma copine après ça, crache Aidan, en avançant vers lui les poings serrés.

J’entre dans la maison en trombe en appelant Devon et Andy. Ils comprennent au ton que j’emploie qu’il y a un problème.

— Quoi ? me demande Devon en arrivant dans le couloir.

— Travis…

— Fais chier, siffle-t-il, en courant dehors.

Andrew le suit de près. Quand ils les rejoignent, Aidan a empoigné Travis, avant de le coller contre la portière de sa voiture.

— Et elle s’appelle Halsey, pauvre merde !

— Aidan, lâche-le ! Lui ordonne durement son frère avant de le saisir par les bras.

— Il me gonfle ce connard à tourner autour d’elle !

Cet imbécile de Travis rigole en regardant Aidan s’emporter face à lui.

— Mais elle s’en tape de lui ! Insiste Andy. Laisse-le rêver.

Aidan finit par céder et desserre sa main.

— Elle est bien trop intelligente pour se faire avoir par un boulet pareil !

— Mais oui ! Allez, viens frangin. On est censé passer une bonne journée. Et puis, tu la fais flipper quand tu agis comme ça.

Le regard inquiet de mon meilleur ami se pose alors sur moi. J’assiste, impuissante, à la scène depuis le trottoir d’en face. Il me rejoint en quelques pas.

— Merde Hal ! Je te demande pardon, dit-il penaud.

— Tu m’épuises Aidan.

— Tu restes quand même ?

— Oui, mais arrête avec Travis maintenant !

— OK !

— J’ai ta parole ?

— Oui, tu l’as.

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