Halsey
Aidan
Quand je me gare devant la maison bourgeoise des parents d'Halsey, je suis à la bourre. Ma famille et moi avons dîné tard et ma mère était très loquace ce soir. Je sors de la voiture et je gravis les quelques marches du perron avant de toquer à la porte.
— Salut, chantonne Halsey, en ouvrant la porte.
— Salut petite chose.
Elle s'approche et dépose un baiser sur ma joue avant de sortir de la maison.
Elle passe son bras sous le mien et nous conduit vers la voiture.
— Alors, comment va ta famille ?
— Ils vont bien ! Et tes parents ?
— Bien.
— Ma mère t’invite à déjeuner demain midi, si tu es libre. Je sais que tu veux passer du temps chez toi.
— Non, je viendrai avec plaisir.
— Cool !
Nous montons dans le véhicule et je prends la direction du bar de Wesley.
Le parking est déjà bondé à cette heure tardive. Je repère la voiture de Devon et celle de Kyle.
— Ils sont déjà tous là.
— Forcément, on est en retard à cause de toi.
— Arrête de râler !
Après que nous nous soyons garés, nous traversons le parking. L'ambiance du bar est assez particulière. Son propriétaire étant un fan de western, il a décoré les lieux dans ce thème. D'extérieur, il ressemble à une grande cabane en bois. Une fois que nous poussons la double porte, nous pénétrons dans une grande salle où règne un joyeux bazar. À ma droite, se trouve l'endroit réservé au grand billard et aux jeux de fléchettes. À ma gauche, le grand bar derrière lequel Wesley serre une pinte de bière à l'un de ses clients. Le reste de la pièce est destiné aux tables et aux chaises que l'on penserait sorties tout droit d'un saloon. Au fond, il y a trois portes. Deux d'entre-elles ouvrent sur les toilettes, l'autre donne sur la réserve et sur un petit escalier qui permet d'accéder au logement de Wesley. Un grand juke-box et un piano habillent un peu plus l'endroit, ainsi que quelques affiches de cinéma.
Nos amis sont installés près du billard, ils ont rapproché deux tables et ont tous un verre dans la main. Nous les rejoignons rapidement. Halsey commence à les saluer l'un après l'autre. Je fais de même. Je suis content de voir mes potes d’enfance et, par chance, tout le monde est là. Kyle et Will sont venus seuls comme souvent. Devon et Andy, quant à eux, ont chacun leurs copines respectives. Ça fait un bail maintenant qu'ils sont en couple. Comme ils ne font rien l'un sans l'autre, ils se sont trouvés des copines à quelques semaines d'intervalle et depuis, ils ne les ont plus quittées. Ils ont l'air heureux.
Hal s'empare d'une chaise et va s'asseoir près de Chelsea et Emma et commence à bavarder avec elles. Moi, je prends place face à mon frère, près de Kyle. Les filles se mettent à rire alors qu'Halsey leur montre son portable, le même téléphone qu'elle ne quitte plus depuis deux jours. Qu'est-ce qu'elle me cache ? Elle s'aperçoit que je l'observe curieusement et range soudainement l'appareil dans sa poche avant de me faire un sourire malicieux. Emma et Chelsea sont deux jolies filles, ça ne fait aucun doute. Emma, la copine de mon frère, est une nana sportive, elle aime la course à pied et la nage, ce qui lui donne une morphologie très athlétique et ses longs cheveux auburn, mêlés à ses grands yeux de biche de couleur verte, ne font que rajouter à sa beauté. Chelsea est plus naturelle. C'est une fille très simple qui se maquille peu, se vêtit simplement, et se balade toujours avec sa grande tignasse bonde attachée à la hâte sur le haut de sa tête, mais son style lui va à la perfection et elle a fait tourner plus d'une tête à Woodbury. Andy a dû en remettre plus d'un à sa place. Seulement, avec Hal à leurs côtés, elles paraissent soudainement très fades. Je repense à l'autre jour quand elle m'a demandé si elle était jolie. Je n'arrivais pas à y croire ! Comment peut-elle douter à ce point de sa beauté ? Elle a toujours été, pour moi, la plus belle fille de cette ville. Ce n'est pas vraiment dans mes habitudes de sauver les filles en détresse, mais elle, quand je l'ai vue au sol, sa bicyclette traînant par terre, avec cet enfoiré de Travis qui se moquait d'elle, je suis devenu fou. Et ce connard a essayé de la draguer au lycée, non mais j'hallucine ! Je me suis fait une joie de le choper dans un coin afin de lui faire comprendre que c'était peine perdue. Moi vivant, il ne touchera jamais à Halsey...
— Putain Aidan !
La grosse voix de Kyle me fait sortir de la réflexion.
— Quoi ?
— Je te parle depuis cinq minutes.
— Désolé.
— Tu pars au Brésil bientôt ?
— Ouais, dans une quinzaine de jours.
— C'est cool !
C'est alors que Wes surgit à notre table. C'est un homme d'une quarantaine d'années de taille moyenne et un peu bedonnant. Il a les cheveux longs et mal peignés. Ce type n'a pas tellement d'allure, mais il a le cœur sur la main, c'est pour cette raison que tout le monde l'adore ici.
— Comment vont mes petits new-yorkais ?
—Bien, mais il n'y a pas de bar aussi cool que le tien.
— Ce sont les gens qui le rendent agréable, me répond-t-il. Je suis content de vous voir les jeunes. Halsey, tu veux boire quoi ma jolie ?
— Une bière s'il te plaît Wes.
— Ça marche, et toi Aidan, tu bois comme ta demoiselle ?
— Oui, merci Wesley.
— Je vous apporte ça tout de suite.
Cinq minutes plus tard, il nous sert nos boissons. Nous trinquons tous ensemble avant de nous raconter nos habituelles anecdotes. C'est bon d'être à la maison.
**
Après deux ou trois bières, les gars et moi-même décidons de faire un billard alors que les filles restent là à bavarder. Je viens de remporter la première partie quand Amanda, la fille du maire, qui est du même âge que mon frère, s'approche de moi. Je n'aime pas cette fille. Elle a une réputation à faire peur. Il y a peu de mecs dans cette ville qui ne l'ont pas baisée. Pour ma part, j'ai toujours refusé, elle me tape trop sur les nerfs.
— Salut, Aidan.
— Salut, Amanda.
— Alors, tu es revenu ?
— Juste pour ce week-end !
Elle se colle à moi de façon provocante.
— Qu'est-ce que tu veux Amanda ? Soupiré-je.
— Tu ne veux pas me raccompagner chez moi ?
— Non ! Il y a d'autres mecs ici qui aimeraient bien te reconduire, alors ne me prends pas la tête.
— Mais c'est toi que je veux Aidan !
— Super ! Mais je m'en fous.
Soudain, Hal surgit à mes côtés.
— Aidan, je peux jouer ?
— Oui, si tu veux, réponds-je, en la prenant dans mes bras.
— Salut, Amanda, lance-t-elle sur un ton faussement poli. Tu avais besoin de quelque chose ?
— Non, c'est bon.
— Alors, à une prochaine fois.
Nous reprenons place autour de la table sans nous soucier d'Amanda.
Je tends ma queue de billard à Hal avant d'en reprendre une deuxième dans le socle prévu à cet effet.
— À toi l'honneur, lance Devon à son attention.
Elle se met en place, tire sa première boule et revient vers moi après avoir loger deux d'entre-elles dans les trous.
— Je vais vous faire la misère, plaisante-t-elle.
— Tu peux toujours essayer. Hal ?
— Quoi ?
— Qu'est-ce que tu me caches ?
— Pourquoi crois-tu que je te cache quoi que ce soit ?
— Pourquoi rigolais-tu avec les filles tout à l'heure ?
— Je n'ai plus le droit de rire avec mes amies ?
— Si, mais je ne sais pas... tu es bizarre.
— N'importe quoi !
— Tu vas bien, j'ai ta parole ?
— Mais oui.
Elle passe son bras sous le mien et plonge son joli regard dans le mien.
— Je t'aime Aidan, murmure-t-elle.
Le frisson qui me parcourt en cet instant est indescriptible et bouleversant.
— Aidan, c'est à toi, me dit Andy. Lâche ma sœur deux secondes, putain !
Elle rit avant de déposer un baiser sur ma joue. Je l'abandonne à contrecœur pour aller jouer. Trois parties plus tard, dont deux remportées par ma meilleure amie, nous retournons à notre table pour prendre un autre verre.
Vers une heure du matin, nous décidons de quitter les lieux. Même si le reste de la bande semble décidé à rester encore un peu.
— Tu es prêt ? me questionne Hal, après que nous ayons salué nos amis.
— Je vais aux toilettes rapidement.
— Je t'attends à la voiture, j'ai besoin de prendre l'air.
— Je te retrouve dehors.
Je me dirige vers le fond du bar et entre vers la première porte à droite. Quand j'en ressors, je tombe nez à nez avec Amanda. Mais quelle plaie cette fille !
— Tu t'en vas ?
— Ouais salut !
— Attends, dit-elle, en me retenant par le bras. Tu ne veux que nous fassions un petit tour là ? Me demande-t-elle, en me montrant la porte des toilettes.
— Tu es pitoyable !
— C'est à cause d'Hal ? Je ne lui dirai rien.
— C'est Halsey et tu n'auras rien à lui dire puisqu'il ne se passera rien.
— Cette fille ne pourra jamais te donner ce dont tu as besoin.
Je m'adosse au mur en croisant mes bras.
— Voyez-vous ça !
— Entre nous, c'est un bébé. Tu as besoin d'une femme.
— Désolé Amanda, mais toi et moi n'avons pas la même définition de la femme. Le fait de m'inviter à te sauter dans les toilettes de Wesley ne fait pas de toi une femme, mais une allumeuse, pour rester poli. Hal est une fille bien, contrairement à toi.
— Pauvre con !
J'éclate de rire.
— Je suis beaucoup moins attirant d'un coup.
Elle s'éloigne en m'insultant de plus bel. Je me dirige vers la sortie en saluant, au passage, la petite bande qui est toujours là.
Dehors, je constate que la nuit est très obscure ce soir et les deux lampes suspendues à la façade éclairent faiblement. De ce fait, une grande partie du parking est plongée dans la pénombre. Halsey est hors de ma vue. Je commence à avancer à l'aveugle quand sa voix me parvient. Elle semble totalement terrifiée.
— Hal ?!?
Mon cœur pulse violemment dans ma poitrine en attendant les gémissements de terreur de ma meilleure amie. Je me précipite dans sa direction.
— Hal ?
— Aidan, hurle-t-elle, en entendant ma voix.
Je frémis davantage en entendant une deuxième personne. De toute évidence, c’est homme.
— Arrête de bouger salope !
Mes soupçons sont confirmés, elle est en danger. Je cours et la rejoins rapidement. Je découvre alors une silhouette collée contre ma voiture et Hal qui est prise entre l'homme et la portière de mon véhicule. Elle essaie de se débattre comme elle peut. Je saisis ce salaud par les cheveux et le jette de toutes mes forces sur le capot. Il s'écroule lourdement dessus avant de rouler sur le sol où il atterrit sur le ventre. Je le retourne violemment avant de m'accroupir au-dessus de lui et de lui asséner plusieurs coups de poings au visage.
— Espèce de fils de pute ! Aboyé-je. Je t'interdis de la toucher.
L'homme, sonné par sa rencontre avec ma carrosserie, n'oppose aucune résistance. J'ai conscience que je devrais arrêter de le frapper, mais la vision de ses mains sur elle me fait perdre toute raison. Il l'a touchée, il lui voulait du mal.
Soudain, Hal s'accroche à moi. Ses deux petits bras se resserrent autour de mon cou.
— Arrête, je t'en prie, dit-elle doucement. Aidan, je vais bien. Lâche-le.
Je ne réagis pas tout de suite. Elle continue de m'implorer jusqu'à ce que je m’arrête. Je fixe durement cet abruti en respirant bruyamment. Je suis tellement fou de rage, j’éprouve la plus grande difficulté à me calmer.
— Je vais bien, dit-elle avant de desserrer lentement son étreinte.
Je me redresse d'un coup avant de la soulever dans mes bras.
— Hal, soufflé-je, en plongeant ma tête dans ses cheveux.
— Je vais bien, répète-t-elle, en s'accrochant à mon cou.
— J'ai eu si peur...
— Je sais, mais tout va bien.
Je la repose délicatement au sol.
— Tu es certaine qu'il ne t'a rien fait.
— J'ai juste mal au poignet, me dit-elle, en me tendant son bras droit. Je l'ai frappé.
— Je n'aurais jamais dû te laisser seule.
— Tu es arrivé à temps, c'est le principal.
Je jette un regard enragé à l'individu qui gît à terre. Il a l'œil et la joue abîmés et semble revenir doucement à lui.
Je glisse une main derrière la nuque d’Halsey avant de l'attirer à moi de sorte que sa tête repose sur mon torse.
— On va rentrer et je vais regarder ça.
— Mais ça va...
— Non, je te ramène chez mes parents. Je préfère te garder près de moi.
— C’est vraiment nécessaire ?
— J’en ai besoin…
— On n’est pas un peu grand pour dormir ensemble...
— Je m'en tape. J'ai eu la peur de ma vie.
— Si ça peut te rassurer.
Je passe mes mains le long de son dos.
— Je t'aime Hal.
— Je sais...
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