Le Ballet des ombres

Marika Gallmann · Chapitre 12 sur 47

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Le Ballet des ombres

Chapitre 12

 

 

Je passai quelques heures à filer Christopher Wallace et à prendre des photos de lui pendant qu’il interrogeait des gens, probablement des témoins dans une affaire qu’il traitait. C’était assez intéressant. Le pauvre bougre n’avait aucune preuve que j’étais là, mais il regardait très souvent par-dessus son épaule. Peut-être que, même s’il ne pouvait pas me sentir, il se doutait que j’étais dans les parages. Ou alors il avait définitivement des choses à cacher. Peut-être même les deux. En tout cas, il m’avait baladée dans une partie de la ville avant d’aller parler à ces personnes. Il pensait sûrement que j’aurais perdu sa trace, mais j’étais douée à ce jeu-là. Et j’étais invisible. On ne me surnommait pas l’Ombre pour rien.

Disparaître avait été très facile. Se fondre dans la masse, à Hallow, était aussi simple que respirer. C’était une chose qu’on apprenait dès qu’on savait marcher, question de survie, même si cette dernière était plutôt d’ordre moral que physique.

Wallace fut appelé en milieu d’après-midi sur la scène d’un vol dans l’est de la ville, ce qui me donna une petite idée d’activité extrascolaire. Voler était ce que je faisais le mieux, et je connaissais à présent le périmètre d’action de mon inspecteur préféré. Je n’avais pas été en mesure de m’approcher suffisamment pour vérifier s’il avait mon pendentif sur lui, mais, si je l’attirais sur un terrain que je maîtrisais, ça deviendrait possible sans me mettre en danger. J’avais donc un programme pour le lendemain après-midi. Et, si mon plan échouait, je pourrais toujours passer à la bibliothèque municipale et me débrouiller pour obtenir son adresse à l’aide de sa carte.

Je lâchai la surveillance de Wallace quand il repartit en direction du commissariat. Je n’apprendrais rien de plus en épiant un immeuble dans lequel je n’avais pas vue sur ce qu’il faisait, et j’avais assez de clichés le représentant à étudier plus tard au calme. J’étais en train de me diriger vers le métro afin de passer chez moi pour me changer avant d’aller garder Fran lorsque mon téléphone sonna. C’était papa.

— Mon cœur, c’est un faux.

Je me figeai en pleine rue et repassai mentalement la soirée de la veille dans mon esprit.

— Il n’y avait rien d’autre dans le coffre. Tu es sûr de ce que tu avances ?

— Pour qui me prends-tu ?

Dans la famille James, je demande le père. Aucun de nous n’aimait qu’on remette notre travail en question.

— Que va-t-il se passer, maintenant ?

C’était très mauvais signe. On nous avait engagés pour un bijou, en livrer une copie ne suffirait pas. Bien sûr, il était là où on nous l’avait indiqué et nous avions suivi les instructions à la lettre, mais je doutais fortement que l’acheteur paie parce qu’on s’était donné du mal pour voler un truc en toc, et ce même si le propriétaire initial ignorait qu’il s’agissait d’un faux. Il rétorquerait qu’on aurait dû se renseigner sur la présence d’autres coffres et cachettes dans le duplex. Je savais que Harrison avait fait toutes ces recherches, mais il se ferait quand même taper sur les doigts, et ça ne me disait rien qui vaille.

— Je poursuis la procédure comme prévu et j’expliquerai le problème. On ne sera simplement pas payés. Je voulais juste te mettre au courant.

Il semblait bien trop confiant pour que ce soit autre chose qu’une façade.

— Tout se passera bien, m’assura-t-il.

On pouvait toujours rêver. J’avais provoqué un carambolage sans que personne ne perde la vie. Je doutais que la chance continue à me sourire aussi insolemment plusieurs jours d’affilée. Die kleines Fraülein était une grosse bévue. Et le jour où je reprenais du service. Après tous les problèmes de la journée.

— Je n’aime pas ça, pap’s.

— Moi non plus, mon cœur. Il y a quelque chose de pourri au royaume du Deutsche mark.

— Parfois, j’oublie que tu es né dans un autre millénaire. Merci de me le rappeler si souvent.

— Je te ferai remarquer que tu es aussi née dans un autre millénaire, ma puce. Et je n’ai toujours pas de petits-enfants.

— Je t’en volerai un à l’occaz’. Tiens-moi au courant.

Je raccrochai et descendis dans la bouche de métro, les pensées tournant à cent à l’heure et l’estomac noué. Trop de choses commençaient à devenir bizarres pour que tout soit une coïncidence.

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