Malgré

Colin Lemoine · Chapitre 21 sur 52

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Malgré

Parfois des cessations et des...

Parfois des cessations et des répits. Des ravissements. La douleur est la rampe de l’extase, permet d’accéder au vertige quand, foudroyé au sommet de la cime, l’être tangue et ne peut discriminer l’adret du plaisir de l’ubac du mal. Cette fiévreuse culmination est rare : jouissance et souffrance se font alors face jusqu’à se rejoindre et apparaître telles qu’elles sont vraiment — siamoises. Sur cette crête, l’univers chancelle et abolit le jugement. Que suis-je en train d’éprouver, de ressentir ? De la joie ou de la peine, du bonheur ou du malheur ? Extase biface : c’est l’engelure des doigts dans la neige, quand le froid devient brûlant ; c’est l’odeur des tripes, caramel et merde indécidables ; c’est la morsure sur l’aphte, qui soulage et fulgure ; c’est le couteau dans mon bras ; c’est le gros sel sur la plaie ; c’est le curry vert et le pamplemousse rose ; c’est le violet ; c’est ma mère ; c’est le guiliguili de l’enfance ; c’est le coup de soleil ; c’est la timidité qui m’astreint et la haine que je m’inspire ; c’est la benzodiazépine, dont je sais qu’elle est tout à la fois sursis et condamnation ; c’est l’accouchement, dont je ne sais rien ; c’est l’éjaculation, grande vie et petite mort. C’est l’extrême incertain, le sublime équivoque. C’est la voltige du cœur dans le grand barnum du monde lorsque, roulements de tambour et pinacle de chapiteau, le trapéziste suspend son vol, le temps et notre souffle, quand l’urgence s’éternise dans une seconde flottante comme le ruban vichy dans les cheveux longs des filles.

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