Malgré
Un méchant soir de mai,...
Un méchant soir de mai, le bras en sang et la cuisse comme le bras, égaré dans mes manières de singe, je lis dans une revue médicale ces phrases, follement neuves : « L’imagerie dynamique par le Tep scan nous montre les projections corticales de la douleur physique et de la souffrance morale : elles sont voisines et juxtaposées sur l’aire antérieure. » Je lis, relis cette prose nue qui, remontant à la surface une vérité enceinte dans l’épave du corps, prouve que là, noyées en nous, en moi, douleur et souffrance s’avoisinent comme le Styx et le Léthé, que la chair et le verbe ont partie organiquement liée. Fini la vieille disjonction entre soma et psyché. Tout se tient, tout se touche. Ils l’ont vu. Ils l’ont repéré grâce au « Tep scan », ce scaphandre nucléaire, cette grande machine péremptoire venue dans la nuit entaillée de mai rendre indiscutables mes présomptions animales. Ils l’ont vu, et je vois désormais la proximité sous-marine entre ma « douleur physique » et ma « souffrance morale », entre mon bras et mon effroi, entre mon sang rouge et ma bile noire ; je vois cette topographie des substances mauvaises et des chagrins limitrophes. Les amphores ne sont pas tristes : en elles, des lumières éteintes.
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