Malgré
La douleur n'est plus simplement...
La douleur n’est plus simplement de la douleur, elle est un espoir déçu. Elle met des herses dans le corps et de la mort dans l’âme. Memento mori. Je ne veux plus d’apaisements pour ne plus rencontrer de désabusements. Mieux vaut le broiement permanent que la rechute, cette estrapade, ce supplice à désillusions. Inutilité des rémissions que sanctionnent d’inévitables déconvenues, de même que s’éteignent toujours les solstices. Je ne me souhaite que des hivers pour ne pas connaître les automnes, qui toujours dégrisent les étés. Dans la douleur recommencée, le pire est le recommencement, l’abrasion de cette foi qui fait jouer encore les violons dans les transatlantiques fêlés et mouliner les bras sur les radeaux dépravés. Je me noie, peut-être dans un verre d’eau. Je bois la tasse. Dansante, la ligne de flottaison me tue à coups de vaguelettes. L’espoir puis le désespoir puis l’espoir puis le désespoir. Respirer, étouffer. Aspirer, renoncer. Dans mes poumons, le rythme infernal de la marée. Je me noie comme ces prisonniers de guerre dont les bourreaux aspergent d’eau la tête enveloppée de cellophane, et qui toujours finissent par hurler, par supplier, par avouer jusqu’au faux, car l’air et l’eau s’entremêlent de sorte qu’il est impossible de savoir qui de lui ou d’elle est l’auxiliaire ou l’adversaire, de discriminer la respiration de l’étouffement, le bien du mal. Partout, dans mes jours et dans mes nuits, ce « simulacre de la noyade » où s’amalgament sous ma peau cellophane l’affolement et l’espoir suffoqués.
Au Moyen Âge, une goutte tombant régulièrement sur le front des suppliciés, attachés à un poteau, suffisait à les soustraire au sommeil et à les mener à la folie, car l’érosion infinie est une rubrique de la torture, et qu’il en faut somme toute assez peu — un nerf qui coince, une dent qui surmène — pour que se forment des prières euthanasiques. Quelle est la goutte d’eau qui fera déborder mon corps offert aux précipitations ? Sera-ce le médicament mauvais, le non à la question, le sens éboulé, la mort de l’amour, le nuage bas ou le mois de novembre ? La énième crampe, le énième étau, le énième vomissement ? Au pays de la douleur énième, où est la frontière et comment s’appelle son franchissement ?
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