Nyx's Sinners: Lennox (French Edition)
Chapitre 14
Je savais que cette partie de mon histoire allait créer un fossé entre
lui et moi, mais je ne m’attendais pas à ce qu’il me vire de chez lui comme cela. Ça m’a fait mal, mais je refuse de le laisser transparaître lorsque je franchis la porte de mon appartement. Je n’ai aucune envie de discuter avec Aifé. Honnêtement, elle va me dire ce que je n’ai pas besoin d’entendre. Du coup, je m’enferme dans ma chambre et retire un à un mes vêtements jusqu’à ne garder que le tee-shirt de Nox. Pathétique je sais, mais bon, pour le moment, c’est le cadet de mes soucis. Il faudrait que je me relève pour prendre mon insuline, mais je n’y arrive pas.
J’entends brièvement mon amie s’approcher, quelques instants après
je ressens une légère douleur dans le bras… dans quelques minutes, ça ira mieux. J’attends les yeux fermés que le produit fasse effet, puis ouvre doucement les paupières. Aif’ est près de moi et m’observe avec ses yeux de maman inquiète. Lorsque j’essaie de me redresser, elle m’aide et je l’en remercie d’un regard.
— Je ne vais pas te demander avec qui tu étais, je pense connaître la
réponse, dit-elle en caressant mes cheveux.
— Je… c’était une erreur.
— De quoi ? D’aller le voir… ou de baiser avec lui ?
J’ignore comment elle est au courant que Nox et moi avons couché
ensemble.
— Il me déteste.
— Faux. Dans son regard, lorsqu’il nous a aperçues tout à l’heure,
c’était de la déception, pas de la haine.
— C’est la même chose.
— Non, pas vraiment, mais là n’est pas le problème. Est-ce que tu regrettes d’y être allée ?
— Non, avoué-je du bout des lèvres.
— Comment c’était ?
Bien que sa question puisse prêter à confusion, je sais exactement de
quoi elle veut parler.
— Je lui ai dit, pour ma maladie, pour la mort de ma mère et pour ses clients. Je lui ai tout dit.
— Et comment il l’a pris ?
— Il m’a demandé si j’avais couché avec l’un d’entre eux en échange d’argent pour mes médocs.
— Qu’est-ce que tu as répondu ?
— J’ai pas eu le temps de répondre qu’il m’a foutu à la porte.
— Merde, le con, je vais lui couper les couilles !
— Non, s’il te plait, Aifé.
— Putain, Neith, ce connard t’a laissée en plan !
— Parce que je ne lui ai pas dit ce qui s’est réellement passé ce soir-là, je n’ai pas pu.
Ma meilleure amie glisse une main dans sa tignasse colorée. Elle,
tout comme le reste des filles, savent ce qui m’est arrivé cette fameuse nuit. Celle qui m’a brisée en un millier de morceaux. Celle où j’ai vu mon monde disparaître. Celle où j’ai découvert l’égoïsme et la méchanceté de ma propre mère.
Il m’a fallu du temps pour accepter, mais grâce à Méduse, ainsi
qu’aux autres membres des Wicked Minds, j’ai pu me reconstruire. Je suis devenue celle que je suis aujourd’hui avec l’aide de ses femmes aux passés troubles et qui ont plus ou moins vécu la même chose.
— Pourquoi tu ne lui as pas expliqué ?
— Parce que, sur le moment, je m’en suis retrouvée incapable. Je refuse qu’il me regarde avec cette expression que les gens ont quand il découvre qu’un truc grave m’est arrivé. Je ne veux pas que son regard sur moi change.
— Neith…
— Je sais, je suis pathétique, pas besoin de me le dire, je le sais déjà.
— Tu n’as rien de pathétique, ma biche, c’est juste que tu es accro à ce mec. Tu ne veux pas qu’il voie tes fêlures, ce qui est compréhensible, mais si tu veux qu’un jour ça marche entre vous, il faudra…
— Oublie cette idée, Aif, tu sais aussi bien que moi qu’il n’y aura
jamais de « nous », je suis trop cassée pour ça.
— Et pourtant, tu l’as laissé te toucher et tu n’as ressenti aucun dégoût,
je me trompe ?
— Non.
— Donc, ne cherche pas midi à quatorze heures. La plupart d’entre nous
sont incapables de se lier avec quelqu’un, toi, tu le peux. Et, je dois dire, le gars est sacrément gaulé.
Je pouffe de rire face à sa tentative de détendre l’atmosphère. Voilà
ce que j’aime chez cette fille, on peut avoir une conversation sérieuse et lorsque la tension ou l’émotion sont trop fortes, elle trouve quelque chose pour la faire redescendre d’un cran.
— T’es géniale, tu le sais, ça ?
— Bien évidemment, dit-elle avec un mouvement d’épaule et un grand
sourire. Repose-toi, ma biche, tu vas en avoir besoin pour ce qui nous attend.
— Tu as prévenu Méduse ?
— Pas encore, et puis, de toute façon, à cette heure-là, elle doit être
avec son étalon anglais.
— Le géant ? Celui avec les cheveux blond-roux ? — Évidemment, tu sais bien que notre chère Prez semble bien aimer sa
queue. Elle doit être magique à mon avis, parce que la connaissant, elle ne couche jamais deux fois avec le même gars.
— Une queue magique ? Sérieusement ?
— Bah quoi ? Celle de ton mec ne l’est pas, peut-être ? — C’est pas mon mec, baragouiné-je tout en retenant un sourire. — Mais oui, bien sûr et moi, je suis la Vierge Marie, ajoute-t-elle en se
dirigeant vers la porte.
— Ça, ça m’étonnerait !
Aifé éclate de rire en me souhaitant bonne nuit, puis quitte ma
chambre pour rejoindre la sienne. Je reste un moment à fixer le plafond en repensant à ses paroles. Elle a raison, il faut que je mette les choses au clair avec Nox. Je le connais, il ne me laissera pas tomber… même si ça me tue de baisser ma garde face à lui. Du moins… je l’espère.
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