Nyx's Sinners: Lennox (French Edition)
Chapitre 20
Les recherches pour retrouver ce fumier de Polonais portent leurs
fruits deux jours plus tard. Alecto m’envoie tout ce que j’ai besoin de savoir sur un serveur sécurisé et en moins de trois heures, Aifé et moi sommes en route pour le nord de l’Utah. Ce con est malin et il s’est retranché dans l’une des planques des Chinois, à la frontière avec l’Idaho, et il attend que les tensions soient retombées pour mettre les voiles vers le Canada. Sauf qu’il a oublié un détail, elles ne redescendront pas tant qu’il n’aura pas un pied dans la tombe et je vais me faire un plaisir de l’y expédier.
Lennox ne s’est toujours pas réveillé et je ne suis pas repassée à
l’hôpital depuis la dernière fois. Roxy ne m’a pas envoyé d’autres messages, mais grâce à notre génie grec de l’informatique, j’ai quelques nouvelles. Elle a réussi à s’infiltrer dans le réseau de l’hosto et depuis, elle me prévient du moindre changement. Elle m’a donné le rapport du chirurgien qui a opéré Nox et ce que j’ai pu lire m’a retourné l’estomac. Littéralement. Du coup, je laisse les comptes rendus médicaux aux bons soins de ma meilleure amie et elle me fait un bref résumé après.
— Tout va bien ? demande Aifé en posant une main sur mon épaule. — Ça ira mieux lorsque ce fumier sera mort et que Lennox aura ouvert
les yeux.
— Tu tiens vraiment à lui, pas vrai ?
Je reste silencieuse de longues secondes, parce qu’honnêtement, je
ne sais pas quoi dire. Lennox a constamment été là pour moi lorsque je venais au club et même quand je vivais chez ma mère avant que tout parte en vrille. Je conserve avec soin les cadeaux qu’il m’a offerts pour mes anniversaires ou Noël. Ils sont dans un carton dans mon appartement d’Inverness, et je l’ouvre dès que j’ai un coup de mou. Je souris toujours en caressant la tranche élimée du livre de mythologie égyptienne, parce que cela me rappelle le nombre de fois où je m’asseyais sur une chaise ou sur une caisse retournée, pour l’observer bricoler. Je n’ai jamais été très proche des autres filles du club, si ce n’est peut-être Ellie, la meilleure amie de Pierce et Hendrix. Je me souviens qu’elle était gentille et qu’elle portait aux nues ses deux amis. Je me suis souvent demandé si j’avais le même regard qu’elle lorsque je posais les yeux sur Nox. Sûrement.
— Je… c’est compliqué, réponds-je.
— Ça me semble plutôt simple, au contraire, ajoute-t-elle. Ça fait tellement longtemps que tu te fermes au monde, Neith, même avec nous. J’ai toujours su que cet homme comptait pour toi, mais c’est en te voyant ici, près de lui, que j’ai pu apercevoir Rose. Tu avais toujours cette petite étincelle dans le regard quand tu parlais de lui et elle est revenue depuis que tu es là. Nous sommes peut-être trop bousillées, les autres et moi, mais toi, tu as quelqu’un qui te rend vivante à deux pas, donc ne ruine pas tout.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
— Tout ça, cette mission « vengeance », c’est du suicide, Neith. Si on entre dans ce foutu bâtiment, on n’en ressortira pas vivante. Donc, peut-être vaudrait-il mieux que tu prennes ton téléphone et que tu appelles le président des Sinners pour lui dire ce que nous savons. Ils ont également le droit de venger l’un des leurs, tu ne penses pas ?
Elle a raison. J’étais tellement concentrée sur mon objectif afin de
ne pas lâcher prise et venger Nox que je n’ai pas envisagé que les Nyx’s Sinners voudraient la même chose. Du coup, je sors mon portable pour prévenir Ax qui répond au bout de trois sonneries.
— Allô ?
— C’est Rosie, annoncé-je sans perdre de temps. Je sais où est planqué Marcin.
— Vraiment ?
— Oui, je t’envoie l’adresse, on vous attend.
Sans rien ajouter de plus, je raccroche tandis qu’Aifé s’esclaffe.
— Quoi encore ? soufflé-je.
— Rien, mais tu aurais au moins pu être aimable.
— On n’a pas le temps pour l’amabilité.
Je fournis notre localisation exacte à Ax par message, puis patiente
jusqu’à ce que lui et ses hommes se pointent.
— Préviens-moi s’il y a du mouvement, demandé-je à ma meilleure
amie en m’installant sur la banquette arrière de la bagnole qu’on a volée.
— Bien, cheffe.
Je ricane tout en saisissant mon sac. Je sors mon glucomètre et me
pique pour contrôler mon taux. Je préfère vérifier ça maintenant plutôt que faire une crise dans quelques heures. Lorsque le résultat s’affiche, j’attrape mon insuline. Je suis en hausse et ça me saoule. J’aimerais ne pas être esclave de cette merde, mais malheureusement, je ne peux rien faire de plus.
Le temps que le produit fasse effet, je m’allonge et place mon bras
sur mes yeux. Je n’ai pas l’intention de dormir, juste me reposer avant que tout explose. Mes pensées m’emmènent directement au moment où tout a basculé entre Nox et moi.
Il y a de l’orage dehors et je déteste ça. Tous ces éclairs me fichent
la trouille et c’est encore pire lorsque le tonnerre résonne. Je tremble sous ma couette, malgré mes écouteurs dans les oreilles. J’essaie de me changer les idées avec la musique, mais rien n’y fait.
Je sursaute lorsque je sens mon lit s’affaisser et balance la seule
chose qui se trouve à portée de ma main. C’est-à-dire, mon téléphone.
— Aïe !
— Nox ? demandé-je en reconnaissant la voix de mon ami. — Ouais, grommelle-t-il tandis que j’allume la lampe. — Qu’est-ce que tu fais ici ?
— J’avais envie de me prendre un portable dans la tronche, c’est l’un
de mes passe-temps favoris.
Je glousse comme une collégienne de douze ans.
— Et plus sérieusement ?
— Je sais que tu as horreur des orages, du coup, je voulais te changer
les idées.
Mon cœur se gonfle dans ma poitrine. Lennox est mon meilleur ami,
mais depuis peu, il y a plus… du moins, de mon côté. J’ai beau avoir quinze ans, je n’ai jamais ressenti ça avec les garçons de mon lycée. J’ai bien embrassé Todd Lockart, mais j’avais l’impression de faire ça avec un escargot tellement il y avait de bave. Donc, autant dire qu’il n’y avait rien de sensationnel.
— Qu’est-ce qui se joue dans ta tête, petite fleur ?
J’adore quand il m’appelle comme ça, parce qu’il ne le fait avec
personne d’autre et ça me donne le sentiment d’être spéciale.
— Rien.
— Qu’est-ce que tu écoutais ?
Je me rends compte que la musique tourne toujours en boucle dans
mes oreillettes et je décide de lui en donner une. Nous nous couchons face à face dans mon petit lit et nous restons ainsi pendant un long moment.
L’orage s’est calmé depuis quelques instants déjà et pourtant aucun
de nous deux ne bouge. Je ferme les yeux, sombrant doucement dans les bras de Morphée, lorsque la main de Lennox vient caresser ma joue. Mes paupières papillonnent pour plonger mon regard dans le sien. Mon palpitant s’accélère quand il rapproche son visage du mien.
— Qu’est-ce que tu fais ?
— Quelque chose que j’aurais dû faire depuis un bon moment.
Ses lèvres se posent sur les miennes et des milliers de papillons se
mettent à virevolter dans mon ventre. Aucun doute, ce baiser-là n’a rien à voir avec celui de Todd. Il n’y a pas la moindre trace de cascade de bave.
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