Nyx's Sinners: Lennox (French Edition)
6. Romance
Je passe le reste de la journée dans une espèce de flou. Je ne suis toujours pas rentré chez moi et, honnêtement, je n’ai pas la moindre envie. J’ai beau adoré mon pote et être heureux qu’il ait retrouvé sa meuf, les entendre baiser comme des lapins, c’est pas top. Surtout avec les images d’une muse blonde qui semblent être gravées dans mon esprit.
Du coup, afin de permettre à mon cerveau de se focaliser sur autre chose, je me dirige vers le salon de tatouage. C’est le seul endroit, après l’appart, où je peux être moi-même. J’attrape ma tablette à dessin, puis m’installe dans le canapé à moitié défoncé, mais étrangement confortable et commence à dessiner. Toutes pensées se mettent en OFF et pendant les deux heures qui suivent, je ne vois que des courbes et des lignes fines. Toutefois, lorsque je prends un peu de recul, je me rends compte que la sirène devant mes yeux à un visage étrangement familier.
— Putain de bordel de merde ! juré-je avant d’archiver l’image. C’est pathétique à ce stade, mon gars.
— Qu’est-ce qui est pathétique ?
Je sursaute en reconnaissant la voix de l’un de mes meilleurs amis. Je lance un regard noir à Jop qui entre dans la pièce et s’assied sur l’un des fauteuils. Ce petit con est beaucoup trop clairvoyant pour lui cacher quoi que ce soit, du coup, je ne prends pas la peine de le faire.
— J’ai dessiné la fille que je me suis tapée hier soir.
— Sérieux ? Ça devait être un sacré coup pour qu’elle s’incruste dans l’un de tes dessins.
— L’un des meilleurs, marmonné-je, plus pour moi-même que pour mon pote.
— Cette fille a un nom ?
— Comme chaque gosse à leur naissance, réponds-je du tac au tac, même si Jop n’est pas du genre à se laisser berner aussi facilement.
— Donc c’est quelqu’un qu’on connaît.
Bordel !
Je soupire, abandonne ma tablette et passe mes mains dans mes cheveux, le tout sous l’œil scrutateur de mon pote.
— Tu sais que je te connais, Romance, et peut-être même plus que tu ne te
connais toi-même.
— Et c’est censé dire quoi ça ?
— Disons que j’ai remarqué certaines choses au fil des années.
Je fronce les sourcils et tente de garder un visage neutre, mais comme je
l’ai dit, Jop n’est pas du genre à se laisser berner.
— Depuis quand tu es devenu un sphinx et parle en énigme ? Dis
franchement ce que tu as à dire, ça nous fera gagner du temps.
— Calliope.
Et merde !
— Quoi, Calliope ?
— Sérieusement, tu comptes vraiment prendre ce chemin-là ? Qui tente de
faire perdre du temps, là ?
— Je ne vois pas de quoi tu veux parler.
— Ne me prends pas pour un con, j’ai vu vos regards. Tu craques pour
cette nana depuis le jour où on a débarqué au club et demandé à devenir prospects.
— Et ? J’ai bandé en pensant à elle quand j’étais ado, quel est le rapport
avec aujourd’hui ?
— Regarde ton dessin, dit-il en faisant un geste du menton en direction de
la tablette. On parie combien que, le portrait que tu as fait ressemble comme deux gouttes d’eau à la fille du Prez.
— Ce n’est qu’un dessin, on peut y voir ce qu’on veut.
— Tu sais aussi bien que moi que c’est plus compliqué que ça. Putain,
Romance, ça te tuerait de nous dire ce que tu as sur le cœur au moins une fois ? Tu es peut-être le rigolo de service, mais tu n’as pas à l’être tout le temps. Tu as le droit de flancher, ça arrive à tout le monde. Tu as le droit d’être triste, de vouloir tout casser, d’être en colère, mais ne te referme pas sur toi-même. Tu le fais depuis trop longtemps déjà. Si tu ressens quelque chose pour Calliope, dis-lui. Je suis prêt à parier mon petit doigt qu’elle ne te repoussera pas.
Je ne réponds rien, me lève et marche en direction de la fenêtre. Jop a
raison sur un point, je me renferme sur moi-même et ce n’est pas bon, mais en ce qui concerne Callie, je ne peux pas faire ça. D’une, parce que son père me flinguerait s’il l’apprenait. De deux, je ne suis pas le gars qui lui convient. Je suis un hors-la-loi, un biker avec un casier et je suis l’antithèse des mecs qu’elle fréquente habituellement.
— Si tu as besoin de parler, ou de quoi que ce soit, tu sais où nous trouver, Lennox et moi.
Sentant sans doute qu’il a touché une corde sensible, Jop abandonne et quitte le shop sans rien ajouter de plus. Quant à moi, je continue d’observer la ville par la fenêtre tout en ressassant ce qu’il vient de me balancer à la gueule.
J’ignore combien de temps je reste là, mais lorsque je reprends mes esprits, le soleil commence lentement sa descente vers l’horizon. Je passe mes mains sur mon visage, puis quitte à mon tour le salon de tatouage. J’hésite une seconde à rentrer à l’appartement, mais finalement, je prends la route du club. Je salue rapidement quelques membres qui sont éparpillés ici et là et rejoins ma chambre. Je me laisse tomber sur le matelas et je ferme les yeux, mais mon moment de paix ne dure malheureusement pas longtemps. Une main manucurée se pose sur mon torse et un corps chaud glisse à côté du mien. Pas besoin d’être Einstein pour comprendre que la brebis ne porte rien de plus qu’un string et un soutien-gorge.
— Dégage, Nora, je ne suis pas d’humeur, grogné-je alors qu’elle s’installe à califourchon sur mes genoux.
— Oh, allez, mon chou, tu sais que je suis douée pour te faire retrouver le sourire.
Ce n’est pas la première fois que je couche avec elle, et pourtant, même si elle n’a pas tort, rien que d’imaginer ses mains sur ma peau me procure des frissons, mais pas de la bonne manière. Ça s’apparente plus à des milliers d'araignées se baladant sous ma chair.
— Non. Va-t’en.
— Roma…
J’ouvre les yeux et les plonge dans les siens. Elle doit sans doute comprendre que je suis absolument sérieux, puisqu’elle descend de mes cuisses avant de quitter la chambre.
— La porte, putain ! gueulé-je sans pour autant me lever.
Cette dernière se ferme beaucoup moins brutalement que ce que j’aurais pensé, me faisant ainsi redresser la tête. Je crois rêver pendant une bonne dizaine de secondes lorsque je découvre la créature appuyée contre le battant.
— Qu’est-ce que tu fais là ? demandé-je en m’asseyant.
— J’ai bien réfléchi.
— Réfléchi à quoi ?
— À ce que je t’ai dit cette nuit.
— Et ?
— Reste avec moi, cette nuit, Romance, je t’en supplie.
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