Unstable feelings #1

Ellen Stuart · Chapitre 13 sur 48

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Unstable feelings #1

Chapitre 009

Chapitre 9

 

 

Lysandre

 

Les deux dernières semaines ont été relativement calmes. J’ai bossé comme j’ai pu, sans pour autant abandonner la sale manie de me défoncer. Pour ma part, je considère ne pas m’en sortir si mal. J’assiste à tous mes cours, mieux que ça, j’écoute et je prends des notes.

En revanche, depuis notre dernière altercation, j’ai croisé Sky uniquement trois ou quatre fois. À chaque reprise, elle se tenait en compagnie de ce blond de la bibliothèque ou avec Erin, se contentant de fuir dans la direction opposée pour rester cohérente avec ses décisions. La dernière fois, quand Colin était présent, il m’a envoyé un petit coup d’épaule l’air de me conjurer de les saluer. J’ai fait un foutu effort, à ma manière, en répondant à sa putain de supplication muette. Ce qui n’a rien changé.

Mon attitude de l’autre jour l’a refroidie, à juste titre. Je suis allé beaucoup trop loin pour souffler sur le potentiel intérêt qu’elle aurait pu me porter. Certains diraient que je suis trop prétentieux, arrogant, or, je n’y vois qu’un moyen de me protéger. J’ai plus qu’abusé, c’est clair. Bien sûr que c’est ce que je souhaitais au départ, mais Jeff risque de me liquider s’il apprend que je m’oppose à sa requête, pire, que je l’ai un peu… malmenée.

Je n’avais aucunement le droit de salir l’image qu’elle se construisait de sa relation avec ce type bien plus vieux qu’elle, son professeur. Je ne les connais ni l’un ni l’autre. J’aurais dû me mêler de mes affaires, la fermer, mais ç’a été plus fort que moi, comme une espèce de façon de me distraire de mes propres problèmes. J’ai été ridicule, la blessant injustement. Cette fille n’y peut rien si je suis devenu une sorte de névrosé avec une tendance à l’autodestruction. S’il ne s’agissait que de moi, cela serait un moindre mal, mais visiblement non, je pourris aussi la vie des autres.

Je devrais m’excuser, pourtant, cela m’arrache la gueule d’amorcer une tentative dans cet objectif. Qui plus est, ce serait aller contre ce qui m’a poussé à agir de la sorte en premier lieu. Je n’ai jamais cherché à me faire pardonner, pas même quand je me suis comporté comme un immonde salaud avec mon ex. Je ne tiens pas à me nouer d’une quelconque manière à cette fille. Elle s’est liée d’amitié avec Erin, la sœur de l’un de mes frères. Ma présence ne lui apportera rien de plus. Elle semble se débrouiller seule sans problème, je m’assurerai que cela continue. Pour ne pas être responsable d’une autre catastrophe comme j’ai pu l’être par le passé. Un bon compromis pour passer à travers les mailles du filet de Jeff.

Ce soir, les Nyx ont le privilège de squatter l’une des meilleures boîtes de nuit de la ville. L’un des avantages de faire partie de l'Élite, si je puis dire. Une fois par mois au moins, on nous invite à toutes sortes de soirées. Les gérants de ces lieux savent que beaucoup donneraient n’importe quoi pour être vus auprès des fils des plus grands dirigeants de notre pays. Nous avons un salon privé, et spécifiquement ce soir, les entrées sont plus chères, et les consommations à prix plus abordables que d’ordinaire. Chacun y gagne, eux se remplissent les poches, les clients font la fête en notre compagnie. Les lieux sont tout de même plus spacieux que notre petit repère à la fac.

Il y a beaucoup d’étudiants de Saint-Andrews, ils sont tous plus excités les uns que les autres. Les locaux sont bruyants de par leur musique qui s’en dégage des quatre coins, ainsi que par les multiples clients. Les premières étapes d’initiations ont été lancées. Logan a établi des directives détaillées comme il l’avait convenu. Jeffrey l’a d’abord validé, avant moi. Ses plans sont assez vaches, vicieux, parfois même dégueulasses, mais ils ne sont en rien dangereux, et c’est tout ce que le doyen de l’université souhaitait. Logan a tiré la gueule au début d’après ce que je sais. Il s’est plaint en revenant au squat lorsque Jeff l’a convoqué pour en parler avec lui. J’ai joué les mecs qui ignoraient tout, je suis bon comédien.

Plusieurs jours lui ont été nécessaires pour s’en remettre, accuser le coup. Il a fini par se ranger du côté des règles, pour une fois, établissant une liste de cinq épreuves dignes de ce nom. Je suis certain qu’on l’a secondé, mais je m’en moque bien. Il a voulu se coltiner ce défi, il était hors de question pour moi de lui mâcher le travail. On peut garder le contrôle tout en déléguant la sale besogne, apparemment.

Il se trouve debout face à l’un des salons VIP du night-club, fier comme un paon, devant une assemblée de disciples qui n’attendent qu’une chose, le début des festivités, du premier challenge à remporter pour accéder à la suite. Il tient un verre entre ses mains rempli de bière, accoutré de son fameux kilt qui produit toujours son effet, notamment chez les femmes qui s’interrogent sur le fait de si oui ou non il a suivi la tradition. À savoir s’il porte quelque chose en dessous. Il aime attirer l’attention, autant dire que, ce soir, il est un peu le roi de la fête. Sa barbe de plusieurs jours, bien plus foncée que sa couleur de cheveux actuelle, tapisse ses joues. Elle lui rajoute bien cinq ans, lui confère ce sentiment de puissance, d’assurance et cette maturité dont il ne dispose pas.

Il lève son bras en l’air, tel un conquérant face à la foule, scandant aux étudiants présents que la soirée qui va débuter sera probablement l’une des meilleures de l’année. Un faible soupir m’échappe, je me gratte la joue, déjà saoulé par tout cet étalage.

— Tu vois comme il ne se sent plus pisser, le Logan, marmonne Naoki amusé, debout, à mes côtés.

Nous nous trouvons derrière la masse d’élèves devant Logan. Tous les deux en train de surveiller notre frère qui est capable de dépasser les bornes.

— Qu’est-ce qui t’a pris de le laisser diriger les opérations ? On risque d’entendre certains d’entre eux chialer comme des mômes.

Je hausse les épaules.

— Reconnaissez qu’il ne s’en sort pas si mal. Il est né pour faire le show, vous le savez très bien, nous interrompt Colin. Puis, tout est sous contrôle avec ton oncle. Il a conscience des risques qu’il encourt s’il ne rend pas de comptes ou abuse. Tu admettras que même si pour faire le guignol, c’est le roi, le plus sadique des Nyx en réalité, c’est bien toi, me taquine-t-il.

— C’est clair, pouffe Naoki en me tapant amicalement l’épaule.

Ils exagèrent, je ne suis pas si vache ! C’est aussi une façon de les préparer à la dure réalité de la vie, je leur rends service, non ?

Une colère sourde gronde dans ma poitrine, l’envie soudaine de m’enfiler un rail de coke se profile, mais je résiste. Pas maintenant. C’est encore trop tôt. Je n’ai pas besoin que l’on me rappelle mes erreurs passées, elles ne me quittent jamais vraiment. Comme une ombre qui me poursuit et m’enlise dans les ténèbres de mes songes les plus sordides. La seule chose que je n’ai jamais retenue, c’est leur prénom, à part celui de… Il claque encore dans ma tête comme une bombe m'explosant les tympans. Ma main se met à trembler, je la fourre prestement à l’intérieur de ma poche de jean. Un relent acide me brûle la trachée, j’ai besoin de boire un verre pour atténuer cette gêne qui me rend malade. Comment pourrais-je l’oublier alors qu’elle me hante constamment ?

J’arrache celui que Naoki tient entre ses phalanges, il n’y a pas touché. J’en avale une longue goulée en émettant un râle après que le liquide s’écoule le long de ma gorge.

— OK, marmonne-t-il, dégoûté que j’aie osé lui chiper sa bière.

Colin ricane et lui offre la sienne. Leurs regards pèsent sur moi, je les occulte. Je suis trop accaparé par le cinéma de notre ami commun qui se donne littéralement en spectacle devant la foule en délire. Les étudiants recrutés qui souhaitent réellement intégrer pour de bon les Nyx sont appelés les uns après les autres.

Logan bute sur un patronyme, amusant la galerie. Il se permet d’émettre une blague vaseuse qui pourrait bien renfrogner le principal concerné. L’élève en question a un nom si complexe à prononcer.

— Eh, regarde qui voilà, me parvient la voix de Naoki, qui a repris du poil de la bête après ma manie de le charrier à ma façon.

Machinalement, ma figure effectue un quart de rotation pour constater à l’instar de mes camarades que Lorna, une blonde de pratiquement un mètre quatre-vingts, également en dernière année, vient d’entrer au sein de nos locaux. Plaisir visuel, olfactif et tout ce que vous voulez. Cette nana est un foutu avion de chasse. Et elle ne se laisse pas manipuler par n’importe qui. La rumeur prétend qu’elle a eu de nombreuses conquêtes, mais ce n’est pas la vérité. J’en sais suffisamment pour avoir partagé ses soirées l’année passée. J’ai connu des filles plus… séductrices que ça.

Elle est belle, intelligente, et parfaitement consciente de ses options.

Elle a aussi été l’une de mes partenaires lors de nos cours d’escrime. Elle manie le fleuret comme personne, il faut s’en méfier. Pas mal de mecs se sont fait berner par son petit air innocent. Lorna est agile, la meilleure dans sa catégorie.

Lorsque son regard s’arrête sur nous, elle affiche un large sourire de connivence à mon encontre. Naoki marmonne je ne sais quoi, ses murmures sont couverts par le bruit de la foule. J’avale une gorgée de bière, puis amorce un pas en direction de Lorna. Elle attend sagement, les prunelles fixées sur moi.

— Gardez un œil sur lui, articulé-je en m’éloignant, faisant référence à Logan en train d’établir les fameuses règles de l’initiation.

En somme, aucune triche n’est tolérée.

Ses pupilles bleu cobalt entrent en contact direct avec les miennes. Elle me salue chaleureusement en me proposant de nous éclipser comme nous l’avons déjà fait par le passé. Je la suis sans opposition, en sachant que nous passerons un bon moment. Quand les nuages de la drogue s’offrent à moi, je suis en mesure de me soumettre à mes pulsions sans crainte que mon cerveau me fasse part de ses protestations. Durant un certain laps de temps, j’ai l’illusion d’être à nouveau le Lysandre qui aimait jouer avec le feu, celui qui ne craignait pas les répercussions de ses actes.

Nous grimpons jusqu’à l’une des salles privées dont je détiens la clé après avoir déboursé une certaine somme pour cela. Je savais qu’à un moment donné de la soirée, j’aurais besoin de tranquillité. Lorna part s’asseoir sur la banquette en cuir qui trône dans la pièce équipée d’un écran géant. Elle allume le téléviseur en croisant les jambes, en me jetant un œil qui ne laisse pas de place à la mauvaise interprétation. Un rictus d’entente déforme mes lèvres, je sors le petit sachet avec la fameuse poudre blanchâtre qui était planquée dans ma poche tandis qu’elle s’empare de deux cartes bleues pour former deux lignes avec la came que je lui agite sous le nez.

Plutôt galant, du moment que l’on ne me pousse pas dans mes retranchements et que je ne suis pas mal luné, je lui donne l’opportunité de commencer avant moi. Lorna ne se fait pas prier, inhalant la poudreuse à l’aide d’une minuscule paille rouge. Elle essuie le coin de sa narine avant de reposer son crâne contre le dossier de la banquette. Je l’imite, puis m’avachis à ses côtés. J’inspire profondément et patiente jusqu’à ce que la magie opère : ma libération du jour.

En attendant, la blondinette me communique ce que j’ai loupé, n’omettant aucun détail concernant ses vacances de rêves aux îles Fidji.

— Tu ne comptes pas réintégrer le cours d’escrime, pas vrai ? Tu sais que cet incident n’a pas eu de conséquences graves. Cole a à peine été égratigné sous l'œil. Pourquoi t’infliges-tu ça ?

J’ignore sa réflexion. Mes raisons me sont propres, ne regardent que moi. Peut-être réussit-elle à se maîtriser à la perfection, à se passer de stupéfiants, mais ce n’est pas mon cas. Je ne consomme pas qu’en soirée, j’ai franchi cette limite depuis de longues semaines. Je ne peux pas me permettre ce genre de connerie, je pourrais blesser quelqu’un de manière irrémédiable.

Moins d’une demi-heure plus tard, elle m’a conté les vestiges de son voyage et n’a pas insisté concernant l’escrime. Mon cœur s’emballe, me donnant davantage chaud que tout à l’heure, mon humeur se transforme littéralement. La came commence à faire effet, je me sens un peu soulagé du poids de mes pensées envahissantes, lourdes et difficiles à enrayer. Les souvenirs s’estompent, ne formant plus qu’un amas brumeux dans mon encéphale, l’euphorie me gagne.

Les ongles manucurés de Lorna parcourent mon buste, toutefois, je m’empare rapidement de ses poignets. Je roule sur elle en la plaquant ainsi sur l’assise de la banquette. Je suis si vif qu’un souffle rauque lui échappe, elle ondule doucement du bassin afin de se mettre à son aise.

Je ne la lâche pas, je l’incite même à garder ses mains en évidence, près de sa tête. Elle sourit, le regard voilé, sûrement davantage que le mien. J’ai besoin de maîtriser son toucher. Je m’efforce de ne pas me montrer brutal au risque de lui foutre la trouille. Elle y est déjà accoutumée puisqu’elle sait que je n’aime pas que l’on me tripote. Malgré les mois écoulés, ce souvenir demeure intact pour elle.

Défaisant ma prise, ma paume serpente jusqu’à sa poitrine ronde. Sa peau découverte se remplit de frissons. Elle gesticule sous moi, et s’apprête à baisser sa main sur l’une de mes fesses, or, je la rabats près de son visage. Son rire envahit la pièce avant qu’elle placarde ses lèvres sur les miennes. Tentative gentille de persuasion, mais on ne m’y trompe plus. Sa langue caresse indécemment la mienne, foutant littéralement le feu à mon boxer. Mon érection se pointe sans attendre, mes hanches s’écrasent davantage contre les siennes, lui témoignant cette faim qui me tenaille, à l’orée de son intimité planquée sous sa jupe en cuir noir.

L’euphorie m’accapare, je l'accueille avec joie, satisfaction.

— Oh, non, ma belle, susurré-je près de son oreille. Sache-le, ici, je serai toujours celui qui dirige. Si je te dis de garder tes mains loin de moi, c’est ça ou rien.

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