Unstable feelings #1

Ellen Stuart · Chapitre 42 sur 48

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Unstable feelings #1

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Prologue

 

Gemma

 

Après une soirée phénoménale dans un bar avec mes amies, je rentre chez moi, pressée de voir mon père. Je me gare devant notre maison qui jouxte son restaurant. Je bâille en mettant la clé dans la serrure, tendant l’oreille. Pas un bruit. Étonnant, il ne se couche jamais immédiatement après le service. Il y a toujours bien une connaissance qui reste pour un dernier verre, ce qui ne semble pas être le cas ce soir. Bon vivant, bien connu de la communauté LGBTQ, Papa est énormément apprécié par ses pairs. Ses amis aiment venir passer du bon temps dans notre grande maison ou même parfois dans la cuisine de son restaurant.

Alors je suis surprise que tout soit déjà éteint. Soudainement animée d’un mauvais pressentiment, je l’appelle d’une voix forte, mais seul le silence me répond. Les mains moites, le cœur battant, je traverse les pièces à sa recherche. Je me sermonne, me trouvant idiote de m’inquiéter.

Je monte à l’étage, aucun bruit. Je frappe à la porte de sa chambre, l’ouvrant avec lenteur. Vide.

Merde, où est-il ? 

Le restaurant…

Je n’ai peut-être pas vu la lumière en passant devant ? Je tourne les talons, dévalant l’escalier pour ressortir. Je passe par l’arrière, plus discret pour y entrer. Je me stoppe subitement en découvrant la porte de la cuisine, donnant sur la cour, grande ouverte.

Cela me surprend. Mon père est très pointilleux sur la sécurité et l’organisation. J’inspire un grand coup, n’arrivant pas à me départir du malaise qui m’étreint. Je ne sais pas pourquoi j’y pénètre sur la pointe des pieds. Et s’il avait été victime d’un cambriolage ? Le Clay’ton est réputé pour sa cuisine gastronomique et astronomiquement chère. Son carnet de réservation est rempli plusieurs mois à l’avance…

Mon cœur bat dans mes tempes, je suis persuadée que quelque chose ne va pas. J’écoute et de lointains murmures me parviennent. Des voix qui se disputent… violemment.

Inquiète, je me précipite dans la pièce. Hors de question que je le laisse seul avec un homme en colère. Mon père est toute ma vie. Nous ne sommes plus que tous les deux, ma mère nous ayant abandonnés à son coming out lorsque j’avais quatre ans. Je crois qu’elle a trouvé l’excuse de l’homosexualité de son compagnon pour se faire la malle. Clay m’a souvent répété que je ne devais pas lui en vouloir, qu’elle n’était juste pas prête à avoir un enfant. Ce qui est profondément compliqué à comprendre… J’ai été une bonne surprise pour mon père, mais un accident malchanceux pour ma génitrice. Je secoue la tête, rejetant mes pensées pour ouvrir la porte à la volée.

Un bruit de lutte m’accueille. Ce que je découvre me laisse horrifiée : Papa au sol, en sang, un individu brun à califourchon sur lui en train de l’étrangler.

Je pousse un cri d’effroi, me précipitant sur le connard qui le maltraite. Sans réfléchir, je lui assène des coups de poing en l’insultant. L’homme, bien plus fort que moi, me frappe d’un revers de la main, si violemment que je m’écrase contre le guéridon qui explose sous mon corps, parsemant mon épiderme de centaines de petits morceaux de verre.

Je gémis de douleur en tentant de me relever.

– Je ne comprends même pas qu’un mec comme toi puisse engendrer des gosses ! C’est contre nature, sale pédale !

– Tu n’aurais jamais dû t’en prendre à mon enfant, homophobe de merde ! grogne Clay en essayant de le faire basculer.

L’autre ricane, agrippant son cou d’une poigne ferme.

– Je vais ôter ta putain de vie, celle de ta fille, puis je brûlerai ce foutu endroit ! Une tapette et sa descendance de moins sur cette planète !

Bien trop faible à cause de sa blessure à la tête, mon père n’arrive pas à se défendre. Je vois avec horreur la main de son assaillant compresser sa carotide.

D’un geste désespéré, je me saisis d’un fragment de verre pointu qui provient du guéridon, puis me précipite sur ce psychopathe pour le lui planter entre les omoplates. Notre agresseur hurle, se retournant sur moi. L’homme tombe sur les genoux, parvenant malgré tout à m’attraper le pied. Il me fait basculer, rampant sur mon corps au sol.

– Petite salope ! Tu vas le regretter.

Il se met à me gifler le visage et mes lunettes valdinguent sur le carrelage. Je geins, son poids lourd enfonçant profondément les morceaux de verre dans mon dos. Mon arme de fortune à la main, je le plante où je peux. Il beugle sous la douleur. Cependant, je sais que ce sera lui ou moi… ou mon père. Alors, sans me stopper, je continue, tout en vociférant des phrases incompréhensibles. Soudain, il est arraché à moi, me permettant de mieux respirer.

Haletante, j’avise Clayton qui le balance au loin, ce dernier retombant dans un bruit sourd. Sans attendre, il m’enlace, me murmurant des paroles de réconfort :

– C’est fini, ma puce. Il ne nous fera plus de mal.

– Est-ce qu’il est... ?

Je n’ose même pas poser la question. Il repousse mes longs cheveux noirs humides de mon visage. Son expression veut tout dire.

J’ai tué un homme.

– Tout va bien, ma Gemma. Tout va bien…

Je m’accroche à lui en me mettant à pleurer à gros sanglots. Bien plus tard, les secours arrivent et j’oublie tout, plongeant dans l’accueillante inconscience.

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