Unstable feelings #1

Ellen Stuart · Chapitre 25 sur 48

Pages du PDF

Unstable feelings #1

Chapitre 021

Chapitre 21

 

Sky

 

Depuis quatre jours, je suis littéralement sur les nerfs. Épuisée. Bien plus que d’habitude. Si je parvenais jusqu’ici à grappiller deux à trois heures de sommeil la nuit, je ne dors désormais, ces derniers temps qu’une heure tout au plus depuis que j’ai eu la confirmation que Joshua viendrait. Il m’a rappelée, par un message simple et concis, que nous mangerons ensemble, ce midi, près de l’université. Plus les heures s’écoulent, plus je sens la syncope arriver. Voilà des années que je rêve d’obtenir des réponses à mes questions, maintenant que le grand jour est enfin venu, je suis pétrifiée d’avoir ses explications.

Je me suis imaginé mille fois lui dire ce que j’avais sur le cœur, ces choses dont il ignore probablement tout. Je ne suis toujours pas parvenue à trouver la bonne formulation pour cela. Dois-je être brute et directe au risque de le choquer ou le… préserver ?

Je lui en veux de m’avoir abandonnée au pire moment de ma vie, mais je n’ai cependant pas envie de le blesser par dépit. J’aviserai au moment opportun. En attendant, même si le vent frais claque sur mes joues, et semble me donner le courage de me tenir debout face à la tourmente qui s’en suivra, je ne me sens pas plus avisée. Les années ont brisé cette facilité que j’avais de m’exprimer devant lui. Aujourd’hui, il n’est plus qu’un étranger ou presque.

Il est très tôt encore, Jacobo et Dina reniflent l’herbe humide du matin. Je profite du grand air avant d’aller en cours. J’en avais assez de cogiter à l’intérieur de la maison, de traîner comme un animal en cage, alors j’ai préféré faire une petite balade. Ils ressentent ma nervosité. Dina n’arrête pas de chouiner et de poser son museau frais contre ma main, l’air de me rappeler sa présence à mes côtés.

Nous ne pouvons pas rester trop longtemps ou je risque d’arriver en retard sur le campus. Et puisque j’ai cours avec ce vieux grincheux misogyne de monsieur Bunn, je préfère éviter de le mettre en colère.

Cela fait des jours que je n’ai pas vu Lysandre sur le campus. Bon, si, je l’ai croisé, mais il ne m’a pas véritablement parlé. Tout s’est passé dans son regard. À chaque fois, c’est flippant, mais je ne baisse pas les yeux, il ne mérite clairement pas de ressentir ma frustration à son égard.

Il s’est comporté comme un imbécile l’autre soir, pourtant, tout se passait plutôt bien jusque-là. J’ignore ce qui l’a poussé à détruire ce moment. Lysandre est un grand con et dès que je pourrai le lui rappeler, je ne me gênerai pas. On devrait lui laver la bouche avec du savon quand il l’ouvre en s’évertuant à blesser les autres. Une part de moi en meurt d’envie tandis que l’autre se débine, épuisée par l’affrontement perpétuel que c’est d’être près de lui.

J’ai essayé de faire fi de ses réflexions, hélas certaines d’entre elles persistent à me pourrir l’esprit durant des jours, puis j’ai fini par me convaincre qu’il ne s’agissait rien de plus que de la provocation. Il doit se sentir idiot à présent puisqu’il m’évite, ce qui me va parfaitement. Ce que j’éprouve en sa présence ne me plaît pas, c’est contradictoire, si violent que je flippe. Je n’ai pas besoin de ça.

Ces deux dernières semaines, je suis sortie deux fois avec Oliver et Erin, nous sommes allés faire du patin, au cinéma. La compagnie d’Erin est agréable, je puise dans sa joie de vivre. Entre Jessie et elle, j’ai largement de quoi me tenir debout au quotidien pour faire illusion.

Puisque Jacobo a terminé ses besoins, nous rebroussons chemin, en prêtant attention à la route. Elle est devenue une hantise de plus pour moi. À présent qu’il a bien grandi, les chauffards ne pourraient pas le louper, pourtant, je sais qu’avec la vitesse, n’importe qui serait en mesure de nous percuter si je ne suis pas attentive.

Arrivés à la maison, je les largue tous les deux au salon et m’éclipse au premier afin d’enfiler quelque chose de plus potable que mon vieux jean troué. Le dilemme s’impose à moi tandis que mon esprit demeure encore cotonneux. Dois-je faire un effort vestimentaire aujourd’hui ? Les habitudes ont la vie rude. Impossible d’occulter la manière dont j’ai été éduquée, chez les Buchanan, tout se devait d’être impeccable, du moins en apparence.

Ceci étant dit, puisque Joshua me connaît déjà, il ne verra pas là de message déguisé. J’ai toujours aimé bien m’habiller. Ma main s’arrête sur un chemisier en soie bordeaux, avec un col lavallière. Ma jupe évasée en daim noir ainsi que les bottes cavalières de la même teinte seront suffisantes. Je n’aurai plus qu’à enfiler mon manteau, une écharpe et mon bonnet à grosses mailles, marron foncé, que j’apprécie beaucoup en cette saison. Il fait déjà bien froid bien que nous ne sommes pas encore en novembre.

Lorsque mon regard se confronte au miroir, mes sourcils se froncent. Une bonne couche de correcteur pour masquer mes vilains cernes est nécessaire, autrement on va me confondre avec un putain de fantôme. L’habitude fait que je suis plutôt rapide à m’activer.

— Il va pleuvoir aujourd’hui, Mademoiselle, m’informe Pénélope. N’oubliez pas de prendre votre parapluie ou vous tomberez malade.

Toujours présente pour veiller à mon bien-être.

D’un œil chaleureux, je la remercie avant d’ingurgiter une tartine beurrée et une première gorgée de café. Je prépare mon traitement ainsi qu’un comprimé, car j’ai mal au ventre. Aujourd’hui bien plus que d’habitude. J’ai l’impression qu’une pelle creuse un fossé sous mes entrailles, je m’efforce de ne pas y songer ni de trouver le sens caché de ces maux qui me pourrissent quotidiennement la vie depuis des années. Je crois en la psychologie et ses pouvoirs sur le corps, sur la souffrance physique qu’elle peut bien lui insuffler pour nous pousser à comprendre ce que l’on n’ose pas voir ni présumer. Pour autant, je ferme les yeux. Bien fort. Et je chante à tue-tête dans mon esprit pour que ma force de persuasion l’emporte sur le reste. Pour ma santé mentale et non pour effacer son existence.

— Vous avez beaucoup plus d’insomnies en ce moment, Sky. Vous êtes sûre que tout va bien ?

— Tout va bien, Pénélope. Ne t’inquiète pas trop, je lui souris faiblement pour donner le change. Il faut que j’y aille, je vais être en retard. À ce soir.

 

☆☆☆

J'observe la pelouse du campus se noyer sous la pluie qui la bat sans scrupules. Une moue dégoûtée déforme mes lèvres, en plus de cette eau qui tombe du ciel, il y a un vent monstre qui me souffle dans le dos, à chaque fois que je change de bâtiment depuis mon arrivée. Monsieur Bunn était d’une humeur de chien dès la première heure et autant dire que j’ai le sentiment que cette journée ne s’annonce pas bien meilleure. 

La météo semble aussi instable que moi. L’estomac noué, mon café ainsi que ma tartine du petit-déjeuner me sont restés en travers de la gorge. Il m’a fallu une bonne heure avant d’en comprendre la raison. Ce que j’assimilais au stress s’est révélé n’être que le résultat de mère Nature. Dopée aux antidouleurs et à la caféine, je préférerais être roulée en boule au fond de mon lit, ne refaire surface que dans six jours, mais je n’ai pas le choix.

Cette journée va mal se terminer, je le sens, si je ne pleure pas à cause de Josh, ce sera parce que mes putains d’émotions sont incontrôlables. Il y a celles qui ont envie de frapper tout le monde pendant leurs règles, et il y a moi qui suis hyper sensible et triste. Pire que d’habitude. Chaque fois que je vais aux toilettes, j’ai les mains qui tremblent, je ne supporte pas la vue de mon sang. Je ne tourne pas de l'œil, mais presque. Je ne suis pourtant pas hématophobe. Non, juste… hantée. Mon cœur se brise à nouveau au moindre fragment de souvenir qui me rattrape.

Dans moins d’une demi-heure, nous avons rendez-vous. Aussi, je scrute le ciel, en espérant que le déluge se calme, je doute cruellement que mon bonnet protège mes cheveux de l’averse qui se déchaîne depuis ce qui me semble être des heures.

Jessie, qui avait encore la tête dans le gaz ce matin au moment où j’ai quitté la maison, se rappelle mon rendez-vous avec Josh. Mon portable vibre, m’annonçant qu’elle vient de m’envoyer un message. Que ferais-je sans elle ?

#Courage, bichette. Tout va bien se passer. S’il se comporte comme un gros connard, dis-le-moi et je règle l’affaire. Je t’aime, ne l’oublie jamais.

#Merci, Jess. Je suis terrifiée, je suis à deux doigts de prendre mes cliques et mes claques et me barrer, mais je te rassure, je ne le ferai pas.

#Tu es forte, je crois en toi. Tu as tout notre soutien, à mes mamans et moi.

#À ce soir.

Cinq minutes avant l’heure supposée, j’arrive devant la devanture de la pizzeria dans laquelle nous devons déjeuner. Je tourne la tête de tous les côtés afin de m’assurer que je ne le loupe pas. J’hésite à entrer et attendre à l’intérieur pour éviter de me faire tremper une nouvelle fois. Je peux rapidement me rendre aux toilettes histoire de me rafraîchir, de sécher mes cheveux qui dégoulinent d’eau.

À travers la baie vitrée, je ne vois qu’un cuistot dans la cinquantaine qui s’affaire derrière son comptoir. Ni une ni deux, je m’engouffre au sein des locaux en saluant l’homme avant de foncer en direction des sanitaires.

Je sursaute en manquant de rentrer dans une femme portant le tablier de la pizzeria qui me dit « bonjour ». Une fois seule, je retire mon manteau et me plie presque en quatre pour accéder au séchoir pour les mains, séchant mes cheveux comme je le peux. La chaleur est telle qu’elle me brûle l’épaule à travers mon haut en soie. Je lâche vite l’affaire et me recoiffe avec mes doigts, sortant peu après.

Une fois de retour dans la salle, mon souffle un peu lourd s’arrête momentanément à l’instant où mes pupilles remarquent un homme blond portant des lunettes de vue. Mon palpitant effectue un triple salto arrière digne d’un champion de gymnastique. Mon pouls s’accélère, mes jambes flageolent, et menacent de me laisser tomber. Je me retiens à la poignée de porte des sanitaires derrière moi.

Si une connexion visuelle ne venait pas à l’instant de s’établir, je me serais sûrement réfugiée, une petite minute, au sein des toilettes pour me ressaisir. Il se tient bien ici, son mètre quatre-vingt niché dans un jean gris clair et un manteau à carreaux de la même couleur, en laine. Celui-ci n’est pas fermé et me laisse même entrevoir un pull-over en maille torsadée, beige, à ras du cou. Sa tignasse blonde est désordonnée à cause du vent. Une fine barbe tapisse ses joues. Ses lèvres se meuvent, formant un sourire chaleureux qui rayonne jusqu’à ses yeux azurés.

Il amorce un pas dans ma direction, je suis le mouvement, littéralement déphasée. Comment puis-je lui parler, alors que je ne ressens plus cette aisance naturelle d’autrefois ? Mon corps réagit face à la présence du sien, mais mon cerveau bloque et peut-être mon cœur aussi.

— Je savais que c’était toi. J’aurais reconnu ta démarche entre mille, atteste-t-il. Je suis si heureux de te revoir.

— Tu… T’as fait bon voyage ? lui demandé-je, perturbée par son parfum qui est toujours le même ; une touche de fragrance boisée.

C’était il y a si longtemps. Depuis, toute une vie s’est produite, tout un drame a rempli mes nuits et mes veines. Je ne suis plus la même. Je ne porte plus le même parfum, mes sourires sont rares, mes rêves éteints, mes espoirs envolés. Grandir, c’est douloureux, et affronter les malheurs de la vie, bien plus.

Il cligne des paupières. S’attendait-il sûrement que je lui renvoie la même réflexion ? J’en suis incapable. Pas parce qu’il ne m’a pas manqué, mais parce que cela sonnerait faux à mes oreilles. Nos promesses n’ont pas été oubliées, il a failli aux siennes. Sans doute suis-je trop dure avec les autres. Je n’ai pas été épargnée, et je ne sais pas comment je pourrais me montrer plus douce avec lui. J’aurais l’impression de trahir cette souffrance qui m’habite, de renier son existence.

— Oui, le voyage s’est bien passé, bredouille-t-il, moins exalté. On s’installe et on commande ? suggère-t-il.

J’opine en le suivant vers une table proche de l’entrée. M’emparant d’une carte, je sais ce que je vais prendre, et ça me désole de l’entendre énoncer ma commande avant même que je ne l’aie prononcé à voix haute. Comme si le temps n’avait jamais eu d’incidences sur lui, sur nous.

Silencieuse, je me contente d’un bref hochement de la tête au moment où la serveuse prend note. Cela me démange de lui balancer de ne pas faire comme si de rien n’était, comme s’il n’était pas parti il y a près de quatre ans.

Aucun bruit dans la salle, hormis le cuistot qui s’affaire à sa tâche derrière les fourneaux. Les iris de Joshua croisent maladroitement les miens de temps à autre et je ne parviens pas à soutenir son regard. Plus vulnérable que jamais, la tension grimpe dans mes veines. J’ignore comment aborder les sujets fâcheux, douloureux avec lui. Il n’y a pas de bonne manière de s’y prendre, qu’importe la façon dont j’essaie de tourner la chose dans mon esprit.

— Tes études se passent bien ? m’interroge-t-il subitement, traduisant bien son malaise face à mon mutisme.

— Ça va. Mais ce n’est pas ce dont je voudrais parler avec toi.

Le patron de la pizzeria nous apporte nos assiettes, nous le remercions pour nos commandes. Il nous souhaite un bon appétit, et chacun de nous s’empare de ses couverts afin de déguster son repas. Le cœur complètement survolté, l’estomac à l’envers, je m’efforce de me nourrir.

— Je sais bien, Sky, rétorque-t-il après que l’homme s’éloigne de notre table.

— Justement, non, tu ne sais pas grand-chose, Joshua. Tu es parti, et aujourd’hui, j’ai besoin d’explications. Je ne te demande rien de plus, c’est très simple.

Ses yeux brillent et me transmettent une multitude d’émotions. J’ignore s’il est ému, s’il est perdu, en colère ou que sais-je, au fond, ça n’a pas tellement d’importance. Je souhaite seulement me libérer de tout cela. Avoir un tant soit peu de répit face à mes souffrances quotidiennes. Je désire uniquement connaître les raisons de son départ pour pouvoir tourner la page.

Peut-être qu’après cela, je serai en mesure de passer à autre chose. D’aller de l’avant avec quelqu’un d’autre, ou du moins essayer. Il y a des choses que je ne veux surtout pas effacer, qui font partie de moi. Mais notre histoire appartient au passé. Il suffit juste d’y mettre un point final pour de bon, n’est-ce pas ? Mon cœur tremble au creux de ma poitrine, il espère encore ne pas être achevé par ses mots. Il a tant souffert, et pourtant, il ose encore espérer de l’apaisement de sa part. Nous en avons cruellement besoin, tous les deux.

— Je n’ai jamais voulu ce qui est arrivé, sache-le, me confie-t-il dans le blanc des yeux.

Sa voix est grave, profonde, elle me traduit sans nul doute possible sa sincérité. Malgré tout, je peine à le considérer. Je suis paumée face à cet homme qui me rappelle en un seul regard combien j’ai pu l’aimer, combien ça n’a jamais été terminé pour moi, que je le veuille ou non. Je cherche le mensonge au travers de ses yeux, mais je ne l’y discerne pas.

— Tes parents ont découvert la vérité pour nous deux. Ta mère était folle de rage, et ton père… m’a posé un ultimatum : je devais m’en aller sans rien te dire. Je devais encaisser son chèque de 300.000 dollars et ne plus jamais te recontacter. C’était la prison ou ça. La majorité sexuelle étant à seize ans en Pennsylvanie et puisque j’étais devenu ton professeur bien avant, il m’a juré qu’il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour me foutre en taule.

Dépitée par la tournure de cette conversation, je secoue la tête.

— Je… impossible, bredouillé-je.

— Tu crois sérieusement que quoi que ce soit l’aurait empêché de nous séparer ? C’est un sénateur respecté. Il se fichait bien de savoir que je t’ai embrassée à seize ans et non à quinze comme il le prétendait.

— Alors, tu t’es barré avec tes 300.000 dollars, répliqué-je plus aigre que je ne le voulais au départ.

Il tente une approche, en glissant sa main sur la table, mais je retire la mienne aussitôt.

Il aurait pu partir, sans cet argent.

— S’il te plaît, Sky… Je suis désolé pour ce qui s’est passé, je n’ai pas eu le choix… J’aurais préféré que…

C’en est trop, j’explose :

— Si tu m’en avais parlé, nous aurions pu trouver une solution ensemble ! Ne me parle pas de choix, car vous ne m’en avez donné aucun. Si tu m’avais tout raconté, je n’aurais pas eu à payer les pots cassés de tes silences, je n’aurais pas traversé cet enfer toute seule ! tonné-je.

Je me ressaisis, en me rendant compte que j’ai haussé le ton, dans un lieu public. Ses globes oculaires se troublent.

— Qu’est-ce… que tu entends par là ? me demande-t-il d’une faible voix, à présent, quelque peu effrayé par mes non-dits.

— J’étais enceinte. Alors, oui, mes parents étaient furieux. Tu m’as abandonnée. Tu as trahi ta promesse.

Tel un automate qui n’a aucun sentiment ni contrôle de la situation que je suis en train d’engranger, je débite ces paroles. Son faciès perd ses couleurs. Sa mâchoire se décroche, la douleur déforme ses traits jusqu’alors plutôt apaisés. Ses pensées défilent sur son beau visage. J’imagine qu’il pense que durant toutes ces années, il a été privé des joies de la paternité. Je comprends dans son regard horrifié qu’il saisit pourquoi mes parents nous ont séparés aussi brutalement avant que je puisse l’en informer.

— Le bébé… Où est-il ? m’interroge-t-il, fébrile.

Le coup de poignard est si rude, si douloureux que je bondis de ma chaise, le cœur, une fois de plus en miettes. Je voulais des explications et je ne m’attendais pas à cela. Durant des années, je l’ai haï de m’avoir laissé tomber, finalement… il ne s’agissait que de menaces, d’argent. Mes mains tremblent, je ne peux pas, je suis incapable de lui dire ça. Je préfère que l’on me tue, que l’on me roue de coups. 

— Il n’y en a pas, déclaré-je, la voix brisée tout autant que mon âme.

Un pli barre son front. Le choc qui se lit dans ses yeux me bouleverse. Pas suffisamment forte pour l’affronter, je me précipite vers la sortie, les larmes aux yeux.

Il ne me laisse pas aller bien loin et m’attrape le bras afin de m’empêcher de fuir davantage. Sa prise est si vive que mes talons basculent en arrière. Mon dos percute son buste, sa respiration saccadée trahissant sa fureur, son chamboulement, me claque violemment le crâne. Je tressaille brutalement, en me dégageant prestement de sa poigne, le fusillant du regard malgré moi.

— Je sais que tu mens, Sky. Je te connais mieux que je ne me connais moi-même. Tu veux me punir.

C’est faux. J’essaie de te protéger, de me protéger.

OceanofPDF.com