Unstable feelings #1
Chapitre 004
Chapitre 4
Sky
Pourquoi n’ai-je pas envisagé une seule seconde que la soirée à laquelle m’a invitée Erin était également celle de Lysandre ? Si j’avais su, jamais je n’aurais accepté la proposition de l’un comme l’autre. Je n’ai rien contre Erin, mais quelque chose en moi me hurlait qu’il ne m’avait suggéré de venir que par simple culpabilité. J’avais raison. J’aurais dû me fier à mon instinct plutôt que de débarquer ici naïvement, alors que ces étudiants et moi n’avons probablement rien en commun.
Si je m’attendais à me faire humilier de cette façon, je n’aurais jamais franchi le seuil du manoir. Le choc m’envahit, son attitude n’a rien à voir avec celle qu’il arborait à la clinique vétérinaire. Loin de l’image que je me suis construite dans ma tête lors de notre rencontre fortuite. Parce que, inlassablement, et sans le désirer, on se bâtit toujours une idée sur les personnes que l’on peut croiser sur notre route.
Il n’a pas été très bavard, toutefois, je ne pensais pas qu’il puisse être con à ce point. Oui, c’est dit, ce gars est un connard. Je n’aime pas mettre d’étiquette sur les gens, mais pour l’heure, c’est sans doute mon ego un peu malmené qui parle. J’étais à des kilomètres d’envisager une confrontation à cette soirée. Il faut croire que parfois le hasard est vicieux. Ça ne lui plaisait pas de me voir là, je l’ai bien compris. J’ignore pourquoi il s’est montré aussi odieux.
Je ne l’ai pas remercié quand il m’a ramenée à la maison, mais qui l’aurait fait dans une telle situation ?
Merci d’avoir renversé mon chien, et de nous avoir conduits chez le vétérinaire ? Non, je n’aurais sûrement pas dit un truc pareil !
J’aurais aussi pu le remercier de m’avoir invitée, même si c’était par pitié, cependant, sa goujaterie ne mérite rien de tel !
Je tâcherai de ne pas l’oublier à l’avenir, de ne plus me fourvoyer sur son compte. Il aurait très bien pu m’y emmener ce jour-là, puis partir. Étais-je si pathétique que ça ? A-t-il eu peur, lui aussi, de ce que j’aurais pu faire en étant seule et plongée en plein désespoir ? Je suis une adulte, je peux très bien m’occuper de moi-même sans l’aide de personne. Je ne lui ai pas mis de couteau sous la gorge pour nous conduire non plus.
Tu es trop naïve, Sky. Voilà pourquoi tu te retrouves dans cette situation, me reviennent les mots de celle qui a longtemps été considérée comme ma mère.
Je suis proche de l’entrée quand les doigts d’Erin se referment autour de mon poignet gauche, interrompant ma course.
— S’il te plaît, ne t’en va pas comme ça, déclare-t-elle calmement alors que mes pupilles atteignent les siennes.
Elle est embarrassée, elle ne devrait pas, ce n’est pas de sa faute si ce mec est un enfoiré. Erin relâche mon bras, en soupirant avec lassitude.
— Je suis désolée pour ça, il y a mieux comme accueil, je le reconnais, grimace-t-elle.
— Tu n’y peux rien, réponds-je à mi-voix.
— C’est un connard lunatique, je l’admets, mais ne prête pas attention à lui. D’ici une heure, tout au plus, il ne nous calculera plus tant il sera défoncé. En tout cas, il sera sûrement trop occupé à faire “mumuse” avec une pouffiasse. Notre présence lui passera par-dessus la tête.
Elle mime les guillemets, ce qui m’arrache un petit sourire amusé.
Irascible et drogué. Peut-être que le tout est lié, finalement. Avait-il pris quelque chose ce jour-là ? Nous aurions pu avoir un accident. Oh, mon Dieu ! Il faut que j’arrête d’y songer ou je vais en avoir des sueurs froides ! Jacobo va mieux et je suis techniquement en un seul morceau. Elle doit voir à ma tête que je ne suis pas convaincue quant à proposition de rester.
— Il y a de la bonne musique et une piscine, tente-t-elle avec un sourire. C’est notre dernière soirée peinarde avant de trimer avec les cours. On pourrait passer l’éponge sur ce mauvais démarrage et profiter.
— Je préfère malgré tout quitter la soirée, si ça ne te dérange pas, répliqué-je.
— OK. Je comprends. On pourrait aller se manger une glace en prenant l’air ? suggère-t-elle.
— Oh, tu n’es pas obligée, m’empressé-je de répondre. Je veux dire… ce sont tes amis, tu peux très bien t’amuser ici, et je rentre chez moi.
Elle secoue la tête de gauche à droite, me traduisant par la même occasion le fait qu’elle n’est pas d’accord avec cette option.
— Crois-moi, je préfère aller marcher avec toi et manger une bonne glace que de supporter tout ce boucan. Allez, on y va ! s’exclame-t-elle, en enroulant son bras autour du mien, me traînant ainsi en direction de la sortie.
Mes poumons, jusqu'alors oppressés, se déchargent de toute pression, de l’oxygène que je viens d’inspirer, une fois sur le porche. N’étant pas prête à l’affronter de nouveau.
Nous jalonnons le trottoir, descendons la rue sans un bruit. Je suis Erin puisque je ne sais pas où elle souhaite se rendre exactement. Le quartier est calme, il n’y a que l’écho de la musique provenant du manoir qui parvient tel un murmure jusqu’à nous.
Un bon quart d’heure plus tard, nous arrivons devant la devanture d’un glacier chocolatier : “Marco’s sweets”. La baie vitrée est colorée de spots lumineux roses, elle attirerait n’importe quel enfant dans son sillage, même les adultes. Je salive en posant le pied dans le commerce plutôt petit. Erin a l’air d’être une habituée des lieux étant donné qu’elle s’adresse au quinquagénaire derrière son comptoir avec familiarité.
— Salut, Marco, comment ça va, ce soir ? lui demande-t-elle sans se départir de son sourire communicatif.
L’homme lui rend la pareille, tout en répondant à sa question.
— Très bien et toi, ma p’tite ? Tu n’es pas avec ce garçon marrant de l’autre jour ?
Erin émet un petit rire sans joie.
— Non, il n’est pas là. Ne te leurre pas en pensant le revoir ici, c’était un hasard, l’autre soir, clarifie-t-elle.
J’ignore de qui elle parle, ça ne me regarde pas. Debout à tout juste un mètre d’elle, je garde le silence, alors qu’elle s’appuie nonchalamment au comptoir, en jetant un œil à la carte du glacier.
Il opine d’un lent mouvement de tête et passe à un tout autre sujet, en se rendant compte que celui-ci semble plus épineux qu’il ne l’imaginait.
— Qu’est-ce que je vous sers, Mesdemoiselles ?
— Une glace à deux boules, une à la vanille et l’autre à la barbe à papa, ne tarde pas à s’exprimer ma nouvelle amie. Et toi, Sky ? m’interroge-t-elle en tournant la tête vers moi, le sourire aux lèvres.
— Euh… une à la violette, s’il vous plaît, bredouillé-je.
Je n’ai pas l’occasion de sortir de la monnaie qu’elle brandit sa carte bleue et paie nos confiseries. Erin sautille jusqu’à une table qui longe la baie vitrée, puis s’installe sans plus attendre. Je la rejoins.
— Merci.
Elle secoue la main devant son visage en soufflant :
— Ce n’est pas grand-chose. Sinon… Tu veux bien me dire pourquoi Lysandre nous a presque mordues tout à l’heure ? persifle-t-elle en fin de phrase, histoire de dédramatiser la situation. Il avait l’air en pétard, ça m’a foutu un peu les jetons, pour le coup. Ne me dis pas que, tous les deux, vous avez… enfin, tu sais, sous-entend-elle. Parce que je ne pourrai plus rien pour toi là, ricane-t-elle.
Un frisson étrange me parcourt à cette idée saugrenue.
— Bien sûr que non ! l’interromps-je illico, plus rapidement que nécessaire, laissant entendre que j’ai quoi que ce soit à cacher, à me reprocher, or, ce n’est pas le cas.
Je me sens soudainement mal à l’aise sans véritablement savoir pourquoi.
— Oh, je ne te juge pas ! Je pourrais comprendre, même, si au fond, je te plaindrais surtout, raille-t-elle.
Un faible rictus m’échappe. C’est bien la première fois que je suis confrontée à ce type de situation. J’ignore comment le prendre. Discuter de cela avec une quasi-inconnue semble si naturel pour Erin.
— Ne te méprends pas, il ne s’est strictement rien passé. Si ce n’est qu'... il a renversé mon chien, l’autre jour. C’était un accident, et il va mieux, me hâté-je d’exprimer en la voyant écarquiller les yeux, horrifiée. Il nous a conduits à la clinique vétérinaire et m’a invitée à sa Pool-Party. Je ne l’ai pas pris au sérieux, j’ai bien vu qu’il se sentait coupable. Pas une seconde, je n’ai envisagé que vous puissiez vous connaître, que nous irions à sa soirée. Et je…
Erin, qui a ouvert la bouche, offusquée par mes propos, j’imagine, m’interrompt avant que je puisse terminer mon explication :
— Quelle horreur, ma pauvre ! Alors, ce connard percute ton chien et ose encore te traiter comme une merde ensuite ? Sale enfoiré, sale enfoiré, sale enfoiré, répète-t-elle, furieuse tandis qu’elle retire ses coudes de la table.
Marco nous sert nos glaces et nous le remercions. Je commence à goûter et gémis de bonheur en sentant la douce fragrance du parfum sur ma langue. Ma nouvelle amie sourit.
— Je sais, c’est une tuerie. Je viens toujours ici, j’ai une addiction au sucre, surtout quand ça ne va pas.
Elle attaque la sienne, puis, entre deux bouchées, me confie que Lysandre est également à l’université de Saint-Andrews, que, par conséquent, je serai amenée à le recroiser à l’avenir. Évidemment, ça aurait été trop beau !
— Je suis dégoûtée, je me faisais une joie de te les présenter. Mon frère, Colin, le grand brun avec la casquette, est adorable, même si j’adore l’emmerder et lui coller la honte comme tout à l’heure, confie-t-elle, malicieuse avec un petit rictus. Et Logan… il a, semble-t-il, une araignée au plafond quand il a sniffé un peu trop de coke, mais il n’est pas méchant. Je sais que dépeins comme ça, ça ne donne pas envie de les fréquenter.
Certes la situation aurait eu de quoi me refroidir, mais ce n’est pas comme si je n’avais pas vécu plus traumatisant dans ma vie, je m’en remettrai.
— Ils sont jeunes, séduisants, intelligents, et ils en profitent sûrement trop, peut-on les blâmer ? Colin est déjà casé avec Rose. Elle étudie à Édimbourg. Du coup, ils ne se voient qu’une fois par semaine, sauf pendant les vacances. Je m’efforce de garder mon frère dans le rang pour elle. Comme tu peux t'en douter, les tentations sont fortes. Les filles lui tournent autour à cause de son look de bad boy, alors j’essaie de foutre en l’air la concurrence pour que Rose n’ait pas à s’inquiéter. Il ne trouvera jamais mieux que cette nana géniale, bien plus canon que lui. C’est limite un job à plein temps, il va falloir que je songe à me faire payer mes honoraires.
Je ricane sous le poids du sérieux de ses mots, avant de me reprendre et m’excuser pour cela.
— Les hommes ont parfois besoin d’être dressés pour rester dans le droit chemin. C’est déjà visiblement trop compliqué pour eux de trouver le bac à linge sale, alors… Et je parle trop, ce qui m’arrive quand je suis assez nerveuse.
— C’est dommage pour lui qu’elle ne soit pas ici. Ce n’est pas facile d’être séparé de la personne qu’on aime, je comprends.
— Ton petit ami étudie ailleurs aussi ? m’interroge-t-elle.
— Je suis célibataire.
Ou sentimentalement non disponible, mais ça revient au même, j’imagine.
Je n’ai eu qu’un petit ami en presque vingt-et-un ans. C’était une relation compliquée, pesante… cachée. Loin du cocktail idéal. Le sentiment de constamment faire quelque chose de mal, d’interdit n’a rien d’excitant contrairement à ce que peuvent penser les gens. Joshua n’était pas un fantasme. Ça nous est tombé dessus, c’est tout. Même si c’était considéré comme mal. Mon cœur se fichait bien de ce genre de proscription. L’amour se moque bien des barrières que la société nous impose, c’était comme ça, et pas autrement.
Le temps a passé, n’effaçant en rien les vestiges de notre relation. Il y a des évènements, des gens qui marquent nos vies plus que d’autres. Il habite toujours ma tête et mon palpitant, même après toutes ces années.
Je me sens rattachée à une relation qui n’a probablement plus aucune valeur à ses yeux. Il a sûrement dû avancer depuis, rencontrer quelqu’un d’autre, construit une histoire qui soit moins semée d’embûches que la nôtre. Maintes fois, j’ai eu envie d’abandonner en dépit de mes sentiments, je ne pourrais pas lui en vouloir pour ça. J’étais trop jeune, influençable, je n’avais pas les épaules suffisamment fortes pour supporter le poids d’un tel secret ainsi que ses conséquences. Et pourtant…
Joshua continue malgré lui à me dicter mes propres actions, mes choix. Je suis comme une partition dont on a effacé la suite, je rejoue incessamment la même mélodie, espérant pouvoir entendre la fin de cette chanson chère à mon cœur. Je suis coincée dans un passé dont il ignore beaucoup. Parfois, quand c’est trop dur de le supporter, que je craque, je vais sur son compte Instagram. Je regarde son visage durant des heures ou presque, et j’entame un monologue, c’est plus facile que de lui parler réellement. Je sais que je devrais le contacter pour obtenir les réponses que je mérite, pour lui dire ces choses dont il n’a pas connaissance, mais qu’est-ce que cela changerait finalement ? Ça ne réparera en rien le mal qui s’est produit pendant son absence, ça ne me rendra pas non plus ce que j’ai perdu.
Joshua m’a abandonnée au pire moment qui soit, je ne suis pas certaine d’avoir la capacité de lui pardonner, malgré toute la bonne volonté du monde. Il y a des maux éternels et qu’importent les paroles qu’il pourrait bien prononcer, la Sky de dix-sept ans, amputée de la part la plus précieuse d’elle-même, sera toujours morte de l'intérieur.
Marco nous informe qu’il doit bientôt fermer la boutique, nous terminons nos glaces, puis nous lui souhaitons une bonne soirée. Nous décidons de marcher un peu pour digérer tranquillement, profiter encore un peu de la chaleur de l’été. La région se verra rapidement envahie par les feuilles orange et rouge de l’automne, par la pluie.
Nous longeons le trottoir tandis qu’une petite brise chaude vient caresser nos joues et nous empêche de frissonner. C’est agréable. Nous remontons le quartier pour rejoindre le manoir, Erin doit récupérer sa voiture. Elle me ramènera ensuite à la maison. Malgré ce début de soirée plutôt chaotique, je me suis amusée. À part, avec mes tantes et Jessie, je n’étais jamais allée manger une glace. Pour mes parents, tout ceci demeurait futile, ils n’avaient pas le temps pour ça.
— Tu… tu peux m’attendre, il faut que je passe rapidement aux toilettes, que je dise à mon frère de se tenir à carreaux.
— Pas de soucis, je reste près de la voiture pour profiter de l'air.
Erin acquiesce avant de s'engouffrer d'un pas rapide dans la demeure. Je m'adosse à la portière de sa Volvo.
Mon cellulaire en main, dans un foutu réflexe impossible à bannir, je fouille les applications que j’ai quittées dans la journée et je clique sur Instagram. Je n’ai pas la nécessité de taper son nom dans la barre de recherche, son compte s’affiche déjà.
Un champ électrique me vrille la poitrine, manquant de me faire vaciller. J’y suis habituée, ce n'est pas pour autant que j’arrête de le faire. J’aime me torturer. Comme un besoin cruel de payer quelque chose dont je ne suis pas responsable. Je tente de m’en convaincre chaque jour, mais la culpabilité est un ennemi vicieux qui se moque bien des ravages qu'il peut causer. Comme si je n’étais pas déjà suffisamment ravagée… J’observe l’onglet en haut à droite avec la flèche qui me nargue. Le contacter, ne pas le contacter ? Ce soir, encore, je vais me dégonfler, je le sais. Il me suffirait pourtant d’un peu plus de courage pour mettre fin à une partie de mes tourments.
Un bruissement de feuilles me fait sursauter, je tourne la tête en direction des arbres sur le terrain du manoir. D’un revers de la main, je sèche mes larmes, puis ma vision s’éclaircit. Je découvre non loin deux silhouettes, dont une plutôt grande et massive d’épaules. Il me faut à peine une seconde pour comprendre qu’il s’agit de Lysandre. Qu’est-ce qu’il fichait derrière ces arbres avec cette fille ? Suis-je bête, ce n’est pas difficile à deviner ! Une partie de cache-cache pour adultes !
Il tangue sur la pelouse, la brune qui se trouve avec lui pouffe comme une pintade. Je lève les yeux au ciel. Ils sont tous les deux bourrés, ou défoncés. Je soupire bassement en rangeant mon téléphone. Que fiche Erin ? S’est-elle perdue dans cette immense baraque ? Est-elle tombée dans le trou des w.c. ?
Je crois à tort qu’il ne va pas me calculer et passer le long de la pelouse l’air de rien. Il s’approche. Bordel, mais barre-toi, je n’ai pas envie de te parler, enfoiré !
Le lampadaire, à tout juste un mètre de la voiture, l’éclaire, me permettant de discerner parfaitement ses pupilles dilatées. Méfiante, je me raidis. Son souffle chaud, alcoolisé malmène mes narines, je frémis, en le dévisageant. Je sais que les gens sous emprise de stupéfiants peuvent se montrer dangereux. Il n’a pas l’air rassurant, là, tout de suite.
— Qu’est-ce que tu me veux ? Je ne suis pas chez toi, alors, fous-moi la paix, marmonné-je.
Il tend une main vers mon visage, mâchoire contractée. Je me crispe davantage. C’est quoi ce délire ? Je recule d’un pas sur le côté, évitant son contact.
— T’es le genre de fille à chialer en soirée ?
Je bondis à sa réflexion. Un rire jaune me surprend, je le réprime bien rapidement.
— Et toi, du genre à te défoncer ? Personne n’est parfait, le rabroué-je avec amertume.
Son pied bute contre le mien, son front me percute. Ses iris translucides plongent durablement dans les miens. J’ai envie de le repousser, ou de le gifler, je crains trop les représailles pour m’y autoriser. Il n’est déjà pas commode à jeun, je n’ose imaginer sous l’emprise de la drogue, de l’alcool. Je détourne le regard, mal à l’aise, me sentant bien moins courageuse. Pour garder ma bouche scellée ainsi que toutes les insultes qui me traversent l’esprit, je me mords la langue. La fille nous scrute bêtement, elle l’attend.
— Tu ne me connais pas, putain ! s’énerve-t-il.
— C’est vrai, consens-je, en le fixant à nouveau. Toi non plus, pour ta gouverne. Je suis peut-être un chien errant, comme tu dis, mais au moins, je n’aboie pas sur les gens sans raison. Je sais me tenir, ce qui n’est pas ton cas.
Ses traits se durcissent davantage, accentuant le nœud au sein de ma poitrine. Il effectue un pas en arrière, je l’observe, le souffle rompu, dans l’attente d’une réaction de sa part. Réaction que j’appréhende.
— Méfie-toi, je pourrais très bien mordre, m’avertit-il.
— Pour ça, il faudrait que je te laisse à nouveau m’approcher, rétorqué-je, placide en le poussant violemment de mes deux mains. Au revoir !
À bas les conséquences !
— C’est quoi ce plan ? me parvient la voix d’Erin. Qu’est-ce qui se passe ici ? s’affole-t-elle.
— Rien. Je veux rentrer chez moi, conclus-je sans attendre.
Je fais mon possible pour ne pas laisser surgir les trémolos qui me nouent la gorge. Ce mec me fiche la trouille, et je voudrais ne plus jamais le revoir.
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