Unstable feelings #1
Chapitre 033
Chapitre 33
Sky
Est-ce que lorsque la colère grouille dans nos veines et que l’on ne peut pas frapper les gens, c’est ce qui se produit ? On les embrasse sauvagement au lieu de leur mettre notre poing dans la face pour se soulager d’une certaine frustration ? Je ne sais pas si je dois avoir peur, ni quelle réaction adopter, quoi penser. Je ne suis plus qu’un corps qui agit par instinct, et lui répond plus naturellement que je ne l’aurais imaginé. C’est effrayant !
Tout à l’heure, j’aurais juré qu’il voulait me noyer pour la provocation inconsidérée que j’avais osé faire. Je n’ai jamais été du genre téméraire. Ce soir, j’admets avoir simplement été aussi stupide que lui : la tristesse nous fait faire n’importe quoi.
Comme si j’avais besoin de ses lèvres pour respirer, mes mains sont autour de sa nuque tandis que nos langues se découvrent sans timidité ni douceur. Les siennes ne tardent pas à rejoindre mes hanches pour me coller brusquement contre son buste toujours dénudé. Ma respiration enchevêtrée à la sienne est violente, discontinue. Bientôt, cela ne lui suffit plus, il ceinture ma taille de son bras pendant que sa main libre élit domicile sur la base de mon cou. Mon cœur bat si vite que je l’entends dans mes tempes, il fracasse sans vergogne mes côtes déjà meurtries par la vie et mes blessures d’antan. Il est aussi chamboulé que moi par cette situation totalement imprévue. J’ai passé des années à penser au même homme, à ce que nous avions partagé et perdu sans qu’il le sache. Obnubilée par lui, à tel point que je ne me rendais pas bien compte qu’épier les gens sur Internet n’a rien de sain, ça n’aide aucunement à avancer.
Si celui qui semblait être le prince charmant m’a blessée, je risque d’autant plus de me brûler les ailes avec Lysandre. En seulement quelques petits jours, ce que je croyais savoir de mon ex, et même de l’étudiant, s’est cassé la figure. Joshua n’était pas aussi parfait que je l’imaginais, et comme n’importe qui, je suppose, il a également fait preuve de faiblesse face à un appât de taille. Je n’ai jamais songé qu’il puisse avoir des soucis d’argent, car je n’y avais pas été confrontée. Pourquoi ai-je cru un seul instant qu’il puisse oser m’en parler ? J’ai été idiote et égoïste en lui en voulant d’avoir peur de mon père, de ce qu’il était capable de fomenter. Je ne sais pas, je ne sais plus…
La seule chose dont j’ai besoin, celle qui me fait du bien pour l’heure, c’est ça… Je m’accroche à Lysandre, je l’embrasse jusqu’à ne plus être en mesure de respirer. J’ai la tête qui tourne, le cœur complètement retourné par l’adrénaline qui crépite dans mes veines.
Un hoquet me surprend lorsque mes pieds décollent du sol, mes jambes s’abattent autour de ses hanches. Ses mains se baladent sur mes cuisses, il presse ces dernières contre lui, comme s’il craignait que je ne m’en aille. Mes chevilles s’accrochent l’une à l’autre pendant que ses phalanges remuent sur ma chute de reins. Rapidement, nous nous retrouvons tous les deux allongés sur le matelas de la chambre dans laquelle j’ai dormi. L’émotion est forte, si forte, et le désir si furieux que je me sens trembler sous le poids de son corps chaud blotti contre le mien.
Son bassin entre en collision avec le mien, les cuisses refermées de chaque côté de ses flancs, mon dos s’arc-boute. Mon corps recherche davantage son contact. Son sexe en érection planqué dans son boxer se frotte contre mon intimité. Une boule de nerfs grandit en moi, je déchante, suffoquant de plaisir. Mes pensées s’entrechoquent.
Arrêter… Continuer sur cette lancée. Je ne sais pas, je ne sais plus. Il extirpe farouchement ses mains de sous mon dos, mené par son appétence pour les plaquer sur les miennes, les emprisonnant au-dessus de ma tête. Sa bouche s’éloigne, son index s’agite devant mes lèvres, son regard me hurle qu’il a envie de faire une connerie et qu’il se déteste à cette idée. Il vocifère implicitement de m’en aller, mais je reste pantelante, la respiration saccadée, sous lui. J’admire la magnificence de ses pupilles qui me transmettent mille-et-une choses perturbantes.
Il me désire.
Il est furieux.
Et il a… peur.
Il n’est pas le seul. Nos inquiétudes ne demeurent probablement pas les mêmes, non, c’est certain. Je sais que les trois ne font pas bon ménage. Alors pourquoi ne me repousse-t-il pas ? Que fichons-nous tous les deux sur ce lit ? Enfin, je veux dire… Pourquoi ?
Ma poitrine est en feu, mon cerveau en liquéfaction. Ses lèvres caressent la peau de mon cou, pile sous mon lobe, je tressaille, un gémissement plus ténu s’extirpe de ma gorge indépendamment de ma volonté. Le point de non-retour arrive. À mon tour, je balance mes hanches contre les siennes. Sans contrôle, primaires, nos deux corps ont pris le pouvoir pour nous mener jusqu’à la délivrance. Encore vêtue, jamais jusqu’ici je n’avais pu frôler d’aussi près la jouissance. Mon être tout entier en est bouleversé, je tremble, je me disloque de part en part. Des points lumineux commencent à danser sous mes yeux lorsque ma satisfaction se fait brusquement balayer par la cessation de tous mouvements de son corps contre le mien.
Son doigt remue encore devant mon visage, il cherche ses mots, remet de l’ordre dans le fil de ses pensées qui doivent tout comme les miennes être plongées dans un capharnaüm innommable. Je le perçois à ses iris qui se floutent davantage qu’une seconde plus tôt.
— Il faut que tu rentres chez toi, débite-t-il péremptoire.
Crac. Je reviens à la réalité brutalement. Et elle est toujours aussi douloureuse, je me sens… sale, humiliée et plongée dans un désarroi que je n’avais jamais connu. Quelle horreur ! Qu’est-ce qu’il vient de me faire ? Une boule comprime ma gorge, mes yeux me piquent, cependant, je ne lui donnerai pas le privilège de me voir dans cet état. J’ai envie de le ruer de coups, d’autant plus en le voyant soupirer et afficher à nouveau cet air d’indifférence qui affuble bien trop souvent son visage.
Il se redresse, je saisis cette opportunité pour sauter du lit, évitant le douloureux contact de ses yeux qui pourraient m’achever. Trop fragile pour supporter ce genre de comportement ou encore ses réflexions qui, je le sais, ne seront pas agréables à entendre. Je commence à le connaître. Lysandre gronde, puis il mord. Plus que ses propres amis ne l’envisagent au fond. Il marmonne quelque chose que je ne parviens pas à comprendre, pour autant, je n’opère pas un demi-tour. Je me précipite pour remettre mon jean même si mon haut est humide tout comme ma culotte. Tant pis, je veux juste rentrer. Je vais récupérer le reste de mes affaires.
— Attends, me surprend-il.
Je sursaute, fais volte-face pour affronter son regard. Mais, au dernier moment, je n’en ai plus le courage, je fixe un point derrière lui. Toujours à moitié nu, je sens le poids de ses iris peser sur moi, distillant cette impression poignante que des fléchettes entaillent ma peau diaphane.
— Je vais te ramener, ajoute-t-il. Laisse-moi enfiler un truc.
Est-ce le signe que tout va bien, qu’il essaie seulement de se montrer courtois, pour une fois, ou le contraire ?
Tu parles ! Quand on connaît le loup, impossible de croire le contraire !
— Pas la peine, je connais le chemin, dis-je un peu trop sèchement, sans poser les yeux sur lui.
— Je ne t’ai pas demandé ton avis, renchérit-il.
Un “connard” discret m’échappe, mais vu l’expression qu’il me lance en s’approchant, je comprends qu’il l’a parfaitement entendu. Cela dit, il s’abstient de l’ouvrir et d’en rajouter une couche. Je soupire, en saisissant que je ne pourrai pas me débarrasser de lui aisément.
Finalement, malgré le malaise qui me submerge, nous finissons tous les deux à bord de son véhicule. Entre lui obéir et risquer qu’il me poursuive dans la rue avec un air furieux sur le visage, j’ai vite choisi. Je jette un œil à mon téléphone, l’heure indiquée sur mon écran me fait bondir. 1h39.
Cinq appels manqués. Un de Pénélope, trois de Fiona et un de Jessie.
Quelle pauvre conne ! Elles doivent être mortes d’inquiétude. Et je me vois mal le reprocher à Lysandre, je suis la seule à blâmer. Je me contente d’observer la route en me murant dans le silence.
Une fois devant la maison, je décroche ma ceinture de sécurité sans plus attendre, puis quitte l’habitacle. Un instant, j’ai l’impression de l’entendre m’appeler, mais je n’ai pas la force de m’assurer que ce soit bien le cas et non la fatigue qui me joue des tours. Qui plus est, je suis trop énervée pour confronter ses réflexions ou les excuses qu’il ne pensera sûrement pas. Je ne suis pas non plus en mesure de le regarder au risque de trahir la colère qui crépite encore sous ma peau. Lysandre n’a de cesse d'échauder mes illusions. La tristesse, la déception sont ces émotions qu’il provoque constamment. Je n’aime pas ce que je ressens par sa faute.
Je m’éloigne en l’ignorant. Il garde le silence, et si tant est qu’il ait voulu le rompre, je ne lui en octroie pas l’occasion en claquant la portière dans mon dos. Je me rue dans l’entrée de la demeure, sentant la brûlure de son regard perçant marquer ma peau. Le cœur battant encore à tout rompre, je perçois les phares de sa Porsche se refléter dans la petite flaque d’eau devant la maison tandis que je me dissimule derrière la fenêtre de l’entrée. Avec les entrailles nouées, je ferme le rideau pour tenter d’oublier ce qui s’est produit, ne plus lui donner l’attention qu’il ne mérite pas.
Pourquoi est-il encore ici, bon sang ? Je ne comprends rien à ce mec, et j’en ai assez de ses plans tordus.
La télévision est allumée dans le salon. Lorsque je m’engouffre dans la pièce, je découvre Pénélope assoupie sur le canapé, à côté de Fiona. Une grimace déforme mes lèvres. Je m’en veux. Elles étaient si inquiètes pour moi qu’elles ont attendu mon retour jusqu’à tomber de sommeil.
— Mademoiselle, s’étonne-t-elle en ouvrant les yeux, alors que je m’apprête à couper la télévision.
— Ah, je suis désolée, Pénélope. J’ai vraiment déconné, ce soir, excuse-moi. Je ne voulais pas vous inquiéter. Il s’est passé un… truc. Et je n’avais pas la possibilité de te prévenir, me confonds-je en excuses.
Pénélope me dévisage, un peu perdue. Fiona dort toujours profondément.
— Ce n’était pas vous qui avez envoyé le texto après nos appels ? s’éberlue-t-elle.
Quel message ? Je scrute mon cellulaire ainsi que le fil de notre conversation. Je constate avec surprise que quelqu’un a envoyé un texto à ma place, aux alentours de minuit.
#Je rentrerai sûrement très tard. Pas d’inquiétude à avoir.
Je ne décroche pas un mot, mes globes oculaires se remplissent de larmes, mais je les chasse en me pinçant les lèvres tout en m’interdisant de pleurer. Cela ne mènera à rien. Pénélope se redresse et je vois à son regard plein d’empathie que j’ai encore l’air d’un chien battu. Elle m’ouvre ses bras, je l’enlace sans plus attendre pour avoir un peu de réconfort.
Ce n’est pas une bonne semaine. D’abord, Dame nature qui m’en fait voir des vertes et des pas mûres, les révélations de Joshua, puis cette nuit étrange en compagnie de Lysandre, qui s’avère encore très perturbante pour moi. En tenant ainsi Pénélope, des éléments de la soirée précédente me reviennent. Erin et Colin sont partis en trombe parce que leur père avait été emmené à l’hôpital. Quelle horreur ! Je l’appellerai tout à l’heure pour avoir des nouvelles.
— Je suis fatiguée. Tu devrais aller te coucher et te reposer aussi, souris-je faiblement.
Elle me souhaite une bonne nuit, et je crois que ce soir, après toutes les émotions que j’ai eues, je n’aurai pas besoin de prendre de médicaments pour parvenir à fermer l'œil. Je grimpe à l’étage, remarquant la petite bouille de Dina qui lève la tête de son panier. Exténuée, elle la repose lourdement avant de se rendormir comme si ma venue ne l’avait jamais interrompue dans son sommeil. Jacobo, à ses côtés, ronfle comme une véritable locomotive.
Je referme la porte de ma chambre après m’être démaquillée et nettoyée, avoir avalé un antidouleur pour mon crâne. J’ai enfilé le pyjama laissé ce matin dans la salle de bains, mais en débarquant dans la pièce et en tournant la tête en direction de mon bureau, je constate que j’ai encore le sweat de Lysandre. Celui qu’il m’a prêté l’autre jour, après mon altercation avec Josh. Avant même de réaliser mon geste, je l’enfile par-dessus ma chemise de nuit. J’éteins ma lampe en glissant sous les couvertures. Pourquoi est-ce que je fais une chose pareille ?
Je visionne une dernière fois mon téléphone afin de m’assurer que je n’ai mis aucun réveil pour demain matin, j’ai besoin de sommeil. Un pli barre aussitôt mon front lorsque je découvre une notification à laquelle je n’avais pas prêté attention.
#Bonne nuit.
Le numéro m’est inconnu, une intuition étrange me signale que c’est Lysandre. Il est si… déroutant. Pourquoi a-t-il pris mon numéro ? D’accord, il semble que cette attirance soit réciproque et incontrôlable, mais nous ne parvenons pas à nous entendre, chaque fois que j’amorce un pas dans sa direction, je le regrette ensuite. La preuve, ce soir…
Ce mec est trop instable, et moi aussi. Ça ne peut pas coller entre nous.
Il vaut mieux que je ne réponde pas ou je risque de m’enliser et m’étouffer pour de bon.
☆☆☆
Je sursaute au bruit de mon portable qui vibre comme un fou sur le bois de ma table de nuit et bondis presque du lit. La paume plaquée contre ma poitrine, je le saisis à la vitesse de l’éclair pour répondre. Je n’ai même pas regardé qui appelait, j’aurais peut-être dû. Je suis soulagée lorsque la voix d’Erin au bout du fil me transperce les oreilles. Je jette rapidement un œil et constate qu’il est plus de 10h30. Quand ai-je fait une grasse matinée au juste ? Mon psy en sera ravie, tiens ! D’ailleurs, je ne me souviens plus quand a lieu mon rendez-vous, il faudra que je vérifie mon agenda pour ne pas le louper.
— Salut, ma belle. Comment va ton père ?
Cette nuit, de brèves images d’hier pendant la soirée me sont revenues et m’ont tenu chaud durant les heures écoulées. Il me fallait du temps pour que la brume obscurcissant mes souvenirs s’évapore de mon cerveau. J’ai plutôt bien dormi étant donné que depuis des années je cauchemarde sans cesse. Que ce soit éveillée ou endormie. Cette fois, c’était différent des images horribles, des cris, de la douleur que je ressens habituellement.
— Il va bien, plus de peur que de mal finalement. Et toi ? Je n’aurais pas dû te laisser seule avec Lysandre, mais j’ai eu peur pour mon père. Il a promis de bien s’occuper de toi, alors s’il a failli à sa promesse, s’excite-t-elle au combiné.
— Je vais bien, ne t’en fais pas. Oublions cette soirée.
Mes pupilles se baissent naturellement vers le bas et je constate, horrifiée, que j’ai enfilé son sweat pour dormir. Je devais vraiment être exténuée pour oublier ce détail.
Tu es folle, ma pauvre fille ! me raille cette petite voix dans ma tête. Le mec se frotte contre toi, puis te jette comme une vieille chaussette et tu mets son pull pour dormir ? Complètement surréaliste !
Je n’avais jamais fait un truc pareil. Je n’ai jamais rien eu qui appartenait à Josh, plutôt logique quand on y repense. Un secret ne doit laisser aucun indice. Mon cœur se comprime rien que de repenser à cette période de ma vie, à lui, à la force que j’ai mise dans cette relation, à cette incompréhension qui me déroute encore des jours plus tard. Je suis en colère. Et le pire, c’est que je dois le revoir pour récupérer la photo de Lucy. Lui parler. Plus facile à dire qu’à faire.
Je devrais imprimer que si un homme est gentil, ça ne signifie pas pour autant qu’il est bon de le fréquenter de quelque manière que ce soit, et l’inscrire en gros caractères dans mon crâne ! Je ne parle même pas de ceux qui ont un comportement plus que louche et lunatique comme l’étudiant désagréable qui m’a bazardé le cerveau sans préavis.
— D’accord. Je passerai te chercher lundi pour aller en cours ? me propose-t-elle.
— Oui, si tu veux, réponds-je, l’esprit un peu ailleurs.
J’adore cette fille, elle sait quand elle peut insister ou passer à autre chose pour ne pas m’enfoncer. Erin m’aide un peu plus chaque jour à sa manière, à m’élever, à supporter la douleur qui m’enchaîne quotidiennement. Elle ne s’en rend pas compte, mais à cet instant, mon cœur lui dit « merci ».
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