Unstable feelings #1

Ellen Stuart · Chapitre 40 sur 48

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Unstable feelings #1

Chapitre 036

Chapitre 36

 

 

Lysandre

 

Depuis ce matin, Logan n’a de cesse de me suivre comme un petit chien. Le plus saisissant dans tout ça, c’est qu’il a osé me demander un conseil. Il voulait savoir ce qu’on offrait à une fille pour Noël, à part des chocolats ou des bijoux. J’ai doucement ri, en le scrutant deux fois afin de m’assurer qu’il ne montrait pas de signes de défonce. Fausse alerte, il était frais comme tout, d’apparence soignée. Bizarre ! Sa tronche m’avait tout l’air d’un mec flippé qui a quelque chose à perdre.

Tout ça pour dire qu’il a dans l’idée d’offrir un cadeau génial à une nana, et je ne veux en rien être responsable de sa déception quand elle déballera son paquet. C’est bien la première fois qu’il entreprend ce genre de truc et pourtant, je le connais depuis des années. Soit il a quelque chose à se faire pardonner – ce qui ne m’étonnerait pas –, soit cette fille lui a vraiment retourné le cerveau et il est prêt à tout pour la séduire. Pas surprenant non plus, Logan est un manipulateur. Je le vois à l'œuvre depuis un bail à présent. Il séduit, il retourne le cerveau, il détruit et il se barre.

Monsieur a planté sa bagnole dans un poteau hier. De ce fait, il m’a demandé de le conduire au centre commercial pendant qu’elle est au garage, pour tenter de trouver une idée qui puisse plaire à la fille se trouvant dans son viseur. Je n’ai même pas cherché à comprendre de qui il s’agit. J’en ai profité pour réaliser des achats de mon côté, pour ma sœur et ses p’tits monstres. Je n’ai rien pris pour Harry. Si ça se trouve, ce mec est un salaud qui en tringle une autre, alors il ne mérite pas de cadeaux.

Il fait un temps horrible lorsque nous revenons sur le campus. Si bien que j’en ai les poumons qui dégustent. Mes cheveux sont trempés à cause de cette foutue pluie qui ne cesse de tomber depuis des heures.

— T’as acheté un cadeau pour ta meuf ? ose-t-il me questionner, en écrasant son mégot sous sa basket puisqu’il est interdit de fumer dans l’enceinte de l’université tandis qu’il zieute en direction du sac que j’ai en main.

— T’as d’autres conneries de ce genre à me sortir ?

— Quoi ? Tu devrais songer à te détendre un peu avant de mordre à tout bout de champ, ce n’est pas en te montrant con que tu vas réussir à la choper pour de bon, raille-t-il.

Je préfère ne pas argumenter, ça reviendrait à bavasser dans le vide.

— Tu me gonfles, soupiré-je.

Il n’a pas l’occasion de renchérir que l’on voit Colin, sa sœur et Sky à tout juste un mètre du parking. Erin bondit presque sur place en nous voyant arriver.

Sky détourne le regard en nous apercevant près d’eux. Et j’ai beau la fixer avec insistance, comme si mes yeux avaient la capacité de lui insuffler une petite brûlure qui attirerait son attention, elle ne daigne pas m’en accorder.

Bon sang, pourquoi je fais ça ? Au nom de quoi, de qui ?

Nous arrivons à peine sur le parking que je l’aperçois prendre la fuite dans la direction opposée. Je ne prévoyais pas à un accueil chaleureux de sa part, mais de là à ce qu’elle se tire comme si ma présence lui était insupportable, c’est exagéré. Je fronce les sourcils en l’observant traverser la rue.

Deux jours…

Cela faisait deux jours que je ne l’avais pas vue. Elle n’est pas venue à la soirée samedi soir avec Erin. Et je n’ai pas cherché à en comprendre la raison. Je n’ai pas non plus eu la prétention de croire qu’elle m’évitait. Parce qu’on s’est juste embrassés, que ça ne voulait rien dire.

Menteur, me siffle cette fameuse petite voix qui veut me faire chier.

D’accord, on ne s’est pas simplement embrassés ! Mais peu importe, c’est terminé.

Elle se dirige vers une femme plus âgée qui semble la connaître, je plisse le front, surtout en la voyant aussi crispée. Leur conversation n’a rien de courtoise, elle attire ma curiosité bien plus qu’Erin qui remballe Logan comme à son habitude. Ce qui m’emmerde là tout de suite, c’est l’ignorance de Sky à mon égard. Qu’est-ce que je suis débile ! Ça me fait un truc de la voir partir quand je me retrouve à moins de trois mètres d’elle. Pourtant, c’est ce que je désirais au début. Je l’ai dégagée juste après lui avoir comme qui dirait sauté dessus, mais tout de même, je l’ai raccompagnée. Je n’ai pas totalement merdé, si ? Bon sang, ce que je peux être obnubilé par cette nana ! Il n’y a qu’à voir comment je merde chaque fois que je m’approche d’elle. Je foire toujours en beauté, c’est dans mes putains de gènes ! Je lui ferai du mal, si ce n’est pas déjà fait ! Et elle, elle m’enverra au purgatoire !

Ma façon de mettre fin à ce baiser et ses… frottements lui a déplu, elle est sûrement en colère parce que je l’ai presque virée de chez moi. Je ne peux que la comprendre, la situation inverse m’aurait probablement mis en rogne. Je n’aime pas que l’on se joue de moi. Je sais, c’est foutrement hypocrite quand on connaît mon histoire avec Natalia ! Mais c’était pour son bien, ce que j’aurais voulu lui faire n’était pas… bien.

Elle n’a pas besoin d’un détraqué dans mon genre pour polluer sa vie.

Colin frotte les bras de sa sœur à la manière d’une poupée fragile qui menace de s’ébrécher à cause du froid. Logan les suit comme un petit chien, elle lui grogne presque dessus en lui clamant qu’ils rentrent et qu’ils n’ont pas besoin qu’il vienne squatter.

Autrement dit, barre-toi, pauvre con.

— Ne sois pas teigneuse, baby monster. Il caille et je n’ai pas de caisse. Si je monte avec Lys, il risque de me balancer par le pare-brise parce que sa meuf est partie en le voyant arriver.

J’vais me le faire ce bouffon !

Erin s’arrête aussitôt de marcher pour nous dévisager à tour de rôle, alors que je n’ai rien à voir là-dedans.

— Alors ça, je m’en cogne. Tu peux congeler des pieds à la tête, mon vieux ! Et foutez la paix à Sky, elle est à mille lieues de vos conneries de sales gosses ! déclare-t-elle en nous pointant d’un doigt furieux.

— Oh, toi, tu sais des choses à son sujet ? s’intéresse Logan. L’autre jour, on l’a vue chialer comme une madeleine à cause d’un trentenaire coincé. C’était son mec ? Si tu veux mon avis, s’il la met de si mauvaise humeur, c’est un trou du cul.

— Qu’est-ce que tu peux en savoir, toi ? Tu n’es même pas fichu de rester avec la même fille plus d’une soirée, le clashe-t-elle.

— Ce n’est pas très gentil ça, tu me brises le cœur, mon ange.

Un minuscule rictus en coin écorche les lèvres de Logan pendant qu’elle lui fourre son majeur sous le nez.

— T’as l’air de bien la connaître, n’empêche, continue-t-il en plissant les yeux.

La curiosité le dévore, je doute qu’il ait des intentions louables en voulant se renseigner sur elle. Le voir gesticuler ainsi m’énerve. Non, en réalité, ce qui me fout en rogne, c’est qu’elle se soit barrée sans m’offrir l’opportunité de m’excuser ou du moins d’essayer à ma façon. Elle était vulnérable et j’ai profité d’elle pour ensuite la rejeter. Encore ! Elle doit penser que je me fiche d’elle, que je joue avec ses nerfs parce que ça m’amuse. Si elle savait la vérité… Bon sang, jamais je ne pourrai lui dire pourquoi je suis aussi taré !

— Bien sûr, Sky est mon amie. Et ce qu’elle m’a confié ne sera jamais divulgué devant des gamins aussi immatures que vous deux ! Sa confiance m’importe énormément. Je suis sérieuse, foutez-lui la paix, elle n’a pas besoin de vos conneries.

— Eh, faut te détendre, baby monster, à t’entendre, on pourrait lui faire du mal, ricane cet imbécile.

— Elle a beau te rabattre ton caquet dès qu’elle en a l’occasion, elle n’en demeure pas moins fragile, tête de con ! marmonne-t-elle en jetant un œil vers la rouquine qui a rejoint la femme de l’autre côté de la rue.

Je n’aime pas ça. Les non-dits d’Erin, le corps crispé de Sky dans ce caniveau. Convulsivement, je resserre les mâchoires à en avoir mal aux dents. Mes iris sont comparables à des foutus engins nucléaires prêts à éradiquer le problème. J’exécute un pas en avant, Erin saisit ma requête et me bondit dessus. Sa main s’empare de mon avant-bras, d’un mouvement plus brusque que je ne l’aurais voulu, je l’envoie valser contre son frère, la faisant couiner de stupeur.

— Oh, Lys, mollo ! Elle pèse quarante-cinq kilos tout mouillés ! m’assène Logan, protecteur envers la blondinette tandis que Colin me dévisage avec inquiétude.

— Ne fais pas de connerie, me rappelle-t-il.

— Laisse-la tranquille, tu le fais exprès ? m’agace Erin.

— Et toi, tu pourrais te mêler de ton cul, ce serait pas mal, grogné-je en lui lançant une œillade chargée de sous-entendus.

Il se passe un truc pas clair, je n’ai pas envie de regretter d’avoir tourné les yeux alors que la présence de cette femme lui déplaît clairement. Elle vit chez ses tantes, je le sais, elle me l’a affirmé. Et cette bonne femme est bien trop pimpante pour coller avec l’étiquette de ces femmes qui s’occupent d’elle. Vu ce que j’ai pu entendre dans le bureau de Jeff, je sais que ses parents seraient bien capables de parcourir tous ces kilomètres pour lui mettre le grappin dessus.

Qu’est-ce que je compte faire au juste, s’il s’agit bien de sa mère ? Ce ne sont pas mes oignons, bon sang ! Pourquoi je me sens dans l’obligation de la protéger de ces tarés ?

Demi-tour, Lysandre, tente de me convaincre cette petite voix dans ma tête que j’ignore.

Poing replié le long de mon flanc, j’arpente l’asphalte et change de trajectoire au moment où je vois la rouquine s’éloigner avec cette bonne femme sur les talons. La colère exsude de leurs deux êtres en mouvement. Quelque chose de familier dans leur démarche me confirme les doutes que je craignais il y a deux minutes. C’est bien sa mère, et elle ne s’attendait pas à la voir, vu l’état dans lequel ça la met.

À l’écart de la circulation, leurs voix s’élèvent et c’est surtout celle de Sky qui me parvient. Parce que je l’ai déjà vue et entendue pleurer, je sais comment celle-ci se brise quand elle est sur le point de s’écrouler. La colère fait vibrer mon thorax, j’essaie de me persuader de ne pas m’en mêler, de ne pas commettre quelque chose de stupide comme plaquer cette femme au mur, mais mes barrières s’effritent. Le barrage cède complètement à l’instant où l’insupportable vérité explose de la bouche de celle qui est censée être sa mère. Mon corps entier se paralyse. Mes oreilles se mettent à bourdonner. Mes yeux s’élargissent. Le choc, un froid insidieux me glace les veines.

Voilà ce qui l’a détruite. La raison qui l'a poussée à l’envoyer dans ce pensionnat du jour au lendemain. Ces tatouages, ce vide dans son regard, ce mal-être qui la dévore de l’intérieur. La haine qu’elle voue envers ses parents est tellement légitime. Ma main s’abat nerveusement dans ma tignasse que je fourrage. Toutes les pièces éparpillées du puzzle se mettent en place pour former une esquisse effroyable me léguant un goût d’acide dans la gorge. J’ai mal pour elle, pour les horreurs qu’elle entend de la bouche de sa propre mère, qui ne fait pas l’effort de la comprendre, de la soutenir. J’ai si mal que ça me rend presque hystérique.

Putain, ne fais pas de connerie !

— Je n’en peux plus, Josh. Je veux retrouver ma fille. Rends-moi sa photo. Je t’en prie.

Puisque le silence effrayant s’ensuit, j’amorce un peu, mais l’étudiante me percute de plein fouet, me scrutant, horrifiée. La collision est si brutale qu’elle recule, naturellement sans que je n’aie pu dompter mes bras, l’un d’eux encercle sa taille. Mon palpitant rate un battement, mes mains sont moites. Son souffle erratique matraque mon menton. La connexion visuelle s'établit avant même qu’elle ne puisse détourner le regard. Le dessein funeste de sa réalité m’explose à la figure. Il n’y a plus le moindre filtre ni barrage pour camoufler ses souffrances. Elle agonise, tel un animal percuté, abandonné sur le bord d’une route, attendant sa délivrance qui ne viendra pas avant longtemps.

La chaleur que son corps dégage m’est brusquement arrachée. Sky me repousse avec empressement, dégoût, comme si je venais de lui insuffler une torture de plus.

Je suis désolé pour tout, Sky, si tu savais !

— Laisse-moi tranquille !

— Sky… marmonné-je à mi-voix sans me montrer trop intrusif.

— Non ! Je ne veux pas te parler ni te voir !

D’un simple regard, elle me roue de coups, toute la souffrance qu’elle ressent me poignarde en pleine poitrine pour m’abattre, me pousser à abandonner la bataille que j’étais prêt à mener pour essayer de la soulager de ses maux.

Tu es trop néfaste pour elle. Va-t’en. Donne-lui ce qu’elle souhaite.

 

☆☆☆

 

Elle est partie avec lui, voilà ce qui tourne en boucle dans ma tête depuis tout à l’heure. Sky a préféré me fuir plutôt que d’affronter l’imprévisible, l’instabilité. Pourquoi ai-je cru, durant une infime seconde, qu’elle escaladerait le mur pour me rejoindre de l’autre côté ? J’ai été si dur avec elle. Elle a certainement des tas de choses à régler avec ce salaud qui l’a abandonnée au pire moment de sa vie. Malgré sa déception, Sky doit encore sûrement être très attachée à lui.

Évidemment, abruti ! Jamais elle ne l’aurait recontacté autrement et il n’aurait pas parcouru tous ces kilomètres !

Il l’a invitée à dîner et elle a dit “oui”. Je sais que j’ai mes torts, mais elle ne peut quand même pas retomber dans les bras de ce connard qui l’a abandonnée pour de l’argent ! Elle mérite mieux que ça. Pourquoi l’a-t-elle suivi ? Dans ce portefeuille qu’elle avait perdu se trouvait la photo de sa fille. C’est tout ce qui compte à ses yeux, pour la récupérer, elle serait sûrement prête à tout et n’importe quoi. Cette idée me tord le bide. Putain, je sais très bien qu’il profitera de sa vulnérabilité !

Comment est-ce que je pourrais rivaliser avec son premier amour, le père de son enfant aussi enfoiré soit-il ? Qu’est-ce que je raconte ? Je n’ai jamais envisagé d’être quoi que ce soit pour elle.

Menteur, raille cette petite voix narquoise dans ma tête.

Bon, c’est vrai, peut-être durant un minuscule instant, j’y ai songé quand je n’étais pas suffisamment lucide pour admettre que je ne suis bon pour personne, et surtout pas pour elle. Sky a bien trop souffert pour s’embarrasser d’un fardeau comme moi. Je ne sais pas aimer, j’ai déjà essayé, et chaque fois ça s’est soldé par un échec. Quand il s’agit de sentiments, je suis une calamité. Pourtant, elle m’obsède. Oh que oui, elle m’obsède ! Autant que les foutus démons qui habitent ma tête nuit et jour. Elle est là au moment où j’ouvre les yeux, le matin, quand mon anatomie se raidit à cause de l'afflux de sang qui se propage directement au centre de mon désir. Elle est présente lorsque je m’évertue à évacuer la tension, dans mes élucubrations les plus sombres et sauvages. Je m’en veux constamment de penser à elle, de l’avoir fantasmée pour me soulager. Elle est l’instant de répit avant la tempête qui m’assaille. Cet éclat de lumière malgré les ténèbres qui l’habitent.

Il faut que je me barre d’ici, je ne peux pas attendre devant la fac, alors que la journée est terminée, que mes amis ont aussi quitté les lieux. Attendre quoi d’ailleurs ? Je ne peux pas rester planté là comme un foutu fantôme qui ignore comment s’adapter à sa nouvelle vie dans l’au-delà. Pourquoi suis-je à ce point touché qu’elle soit partie avec lui, bordel ?

Sur le point de descendre du trottoir, en vue de rejoindre ma voiture, mon téléphone vibre dans la poche de mon jean. Je l’extrais pour y jeter un œil. Un texto de mon père qui me rappelle d’appeler ma mère, parce que ça lui ferait plaisir de me parler.

Cesse de te comporter comme un gamin capricieux. Discute cinq minutes avec elle pour qu’elle sache que tu n’es pas mort, ce genre de conneries.

Une fois à l’intérieur de la Porsche, je pose mon portable sur le socle et j'appuie sur son numéro avant de commencer à rouler.

Elle répond après trois sonneries.

— Allô, mon chéri !

— Ouais, c’est bien moi. Ça va ?

J’ai l’impression de m’adresser à une étrangère tant cela me paraît si peu naturel. Et pourtant… Il s’agit de ma mère. De Liliane Roy. Nous n’avons pas tellement de liens d’affinités, lorsqu’elle vivait encore à la maison, elle passait le plus clair de son temps à faire les magasins et flamber l’argent de son compte en banque. Elle m’a toujours paru trop puérile pour être mère, chaque fois qu’elle rentrait, elle venait toquer à ma chambre pour me montrer son nouveau sac à main de luxe ou encore ses bottines sur lesquelles elle avait craqué. Elle s’extasiait toujours et ça avait le don de m’insupporter ou de m’amuser quand j’avais dix-sept ans.

Il y a des femmes qui ne méritent pas d’être mères, pourrissant la vie de leur gosse en ne se montrant pas à la hauteur, et il y a celles à qui la vie a arraché injustement cette chance, alors qu’elles auraient probablement été merveilleuses dans ce rôle.

— Je suis contente de t’avoir au téléphone, ça fait longtemps.

À qui le dis-tu ? J’ai cru que tu avais fini par oublier mon existence, à force de vivre ta vie à l’autre bout du monde sans moi.

— Hm… Quoi de neuf ?

Elle me raconte ses voyages entre l’Italie et le Pays de Galles, en compagnie de son mec qui a dix ans de moins qu’elle, puis m’interroge vaguement sur la fac, l’escrime. Elle se fout royalement que j’ai arrêté, ne se questionne même pas sur les raisons qui m’y ont poussé. Elle restera toujours égoïste. Elle me demande si elle ne me manque pas, ce que j’aurais trouvé cruel il y a encore des années.

Aujourd’hui, j’y suis insensible. Elle veut aussi savoir si je souhaite qu’elle rentre pour les fêtes ou même mon anniversaire, mais honnêtement, je ne suis pas certain qu’elle se rappelle quand c’est exactement, tant elle est si nombriliste. Je fais mine que ça m’importe peu, car au fond, c’est la réalité, je m’en fiche désormais, je n’ai plus besoin d’elle ou de son amour. C’est un poison qui m’a rendu incapable, qui me handicape pour les simples choses de la vie. Le divorce de mes parents a été le détonateur de mes problèmes. Le sommet de la pyramide.

Je ne me fatigue pas à tenter de la convaincre de venir me rendre visite, lassé de tout ça. Elle pourrait bien ne plus jamais m’appeler, je m’en porterai tout aussi bien. Elle n’est plus là, elle n’a jamais été là. J’ai toujours été seul.

“Tu n’aimes que toi-même, Lysandre. Tu te fiches du mal que tu fais autour de toi.”

Natalia…

Elle croyait que je n’avais pas de cœur, parce que j’étais incapable de lui montrer ce qu’il y avait dedans. En quoi est-ce surprenant ? J’ai une mère qui préfère se trouver à des milliers de kilomètres de son propre fils. Un père qui n’est là que lors des occasions à fêter ou à pleurer. À qui aurais-je manqué si je n’étais pas né ? Qui chialerait sur ma tombe si demain, je venais à me planter en bagnole ?

Natalia se trompait lourdement, je ne me supporte plus. Je détruis tout ce que je touche. J’ai fait trop de mal, j’ai tellement merdé que je ne suis pas en mesure de réparer mes erreurs. Je m’enlise dans l’abomination qui m’étreint chaque jour avec tant d’acharnement.

Je continue à simuler de l’intérêt pour notre discussion, mais je suis déjà parti très loin dans mes songes. Nous n’avons plus rien à nous dire. Nous sommes deux étrangers qui s’appellent à l’occasion pour se rappeler qu’ils font partie de la même foutue famille dysfonctionnelle.

J’abrège ce semblant de conversation qui ne me blesse que davantage. Je n’ai pas besoin d’elle pour m’enfoncer dans les emmerdes.

“ C’est bon, n’est-ce pas ? Tu vois comme je suis tout aussi capable qu’une autre de te faire du bien ? ”

Mon esprit se rembrunit avec ce souvenir écœurant qui est marqué en moi. Je secoue la tête, chassant vivement l’ombre qui plane en arrière-plan. Mon téléphone m’alerte d’un nouveau message. J’ai reçu une photo. Les frissons me parcourent de la tête aux pieds lorsque je découvre le cliché que l’on m’a envoyé. Un uppercut en plein plexus solaire fracasse mon thorax, ma respiration s’achève pour repartir de plus belle. Je m'étrangle presque avec ma salive en nous voyant Megan et moi, souriants face à l’objectif. Nous étions si jeunes. Peut-être quinze ou seize ans. Et j’étais déjà le pire qui puisse arriver à une femme. Ses cheveux blonds encadrent son visage lumineux. Megan était un rayon de soleil à elle seule, et je l’ai éteinte à tout jamais parce que j’étais effrayé.

J’ai tenu des jours sans consommer le moindre psychotrope. Mais ce soir… Ce soir, je n’ai qu’une envie, replonger pour ne jamais remonter. Faire taire cette voix dans ma tête, tuer cette honte, étouffer mes démons. 

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