Unstable feelings #1

Ellen Stuart · Chapitre 9 sur 48

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Unstable feelings #1

Chapitre 005

Chapitre 5

 

Lysandre

 

La tête posée sur mon oreiller, j’ai l’impression de flotter. Des sueurs froides me couvrent l'échine, ma respiration est lente, lourde, contrairement à la personne qui se tient à mes côtés. J’ai la sensation que mon corps pèse une tonne et demie. La descente devient plus difficile que lors de ma dernière consommation de MDMA. Je flippe avec la présence d’Alison à moitié nue dans mon lit. L’angoisse grimpe crescendo dans mon organisme, je n’aime pas ça. Elle me fixe, l’air béat. Je ne sais plus trop pourquoi. Étant donné la tenue dans laquelle elle se trouve, je dirais que l’on a couché ensemble. Ma peau dépourvue elle aussi de fringues se parcourt de frissons.

Malgré la fatigue qui me tenaille, due à l'heure trente du matin qu’il est, je bondis de mon lit pour me rhabiller illico presto. Les doigts tièdes d’Alison ne tardent pas à venir frôler mon torse, son menton se pose le long de ma colonne vertébrale. Je réagis sur le qui-vive en la repoussant avant même qu’un son ne sorte de ma bouche. En l'occurrence, un grognement de mécontentement. J’ai déconné ce soir. Encore !

— Fous le camp de ma chambre, grondé-je.

Je me retourne afin de lui faire face et assiste à sa mine déconfite. Elle ne saisit pas ce revirement de comportement. Elle s’apprête à reposer sa main sur moi, mais je la balaie rageusement, me fichant de lui faire mal avec mon geste, mon rejet. Elle fronce les sourcils.

— C’est quoi ce délire ? Alors, maintenant que tu as baisé, tu me jettes comme une merde ? s’emporte-t-elle.

— Ce n’est pas le moment de me gonfler, putain, grommelé-je en me grattant nerveusement le cou.

La drogue quitte peu à peu mon organisme et cette conne vient m’embrouiller alors qu’elle a eu ce qu’elle cherchait. Elle sait parfaitement que je suis un habitué des stupéfiants en tout genre. En fait, peu importent lesquels, du moment que je décolle loin pour m’oublier pendant quelques heures, pour laisser l’ancien Lys se libérer de ses chaînes.

— T’es vraiment un sale enfoiré ! crache-t-elle.

— Et tu n'étais pas déjà au courant ? rétorqué-je, acerbe.

Elle secoue la tête, par dépit, non pour m’affirmer qu’elle l’ignorait. À quoi s’attendait-elle au juste ? Baiser sous la couette, puis dîner aux chandelles ? Même pas en rêve ! J’en suis incapable. Je m’en fiche de cette fille, je ne vois donc pas pourquoi je ferais un truc pareil.

Gonflé qu’elle ne s’exécute pas, je quitte ma piaule. Elle n’en démord pas. Dans le genre emmerdeuse, elle remporte la palme d’or, celle-là ! Je longe le couloir et me précipite dans l'escalier, la fête bat encore son plein malgré l’heure tardive.

Arrivée en bas des marches, elle me colle toujours au train. Ça devient du harcèlement, là !

— Lysandre, tu ne vas pas te casser comme ça ! peste-t-elle dans mon dos.

Oh, mais ce n’est pas moi qui vais me barrer, c’est elle qui va foutre le camp !

Une fois dans l’entrée, je pivote sur moi-même après avoir ouvert la porte du manoir. Son visage passe du rouge au vert en moins d’une seconde. J’espère qu’elle ne va pas dégobiller ici.

— J’suis sympa, je te montre la sortie. Allez, déclaré-je en lui indiquant celle-ci d’un mouvement du menton.

— Tu étais bien content tout à l’heure ! hurle-t-elle.

Est-elle vraiment obligée de se donner en spectacle ? Je ne lui ai rien promis. Sous l’emprise de la drogue ou non, je sais très bien que jamais je n’aurais pu déblatérer de telles conneries. Même dans le mensonge, je ne suis jamais allé aussi loin. Si nous avons couché ensemble, c’est sûrement parce qu’elle m’a sauté dessus et non l’inverse ! Enfin, j’en suis pratiquement certain. Elle n’est pas tellement mon genre.

— On n’est pas mariés que je sache, alors baisse d’un ton avant que j’appelle les flics, l’avertis-je.

Furibonde, elle me fonce littéralement dessus en bousculant mon épaule, puis prend la tangente, non sans alerter les étudiants encore présents sur les lieux. Je soupire de lassitude. Elle m’a donné la migraine. À moins que ce soit ce besoin de boire qui me râpe la gorge.

La porte se referme sans ménagement, je me précipite en direction de la cuisine, évitant le salon trop éclairé pour mes yeux fatigués.

— Lys’, tu viens faire un poker ? me hèle Colin de l’autre côté, qui m’aperçoit et m’a sans doute entendu foutre dehors cette fille avec qui j’ai passé un certain temps visiblement.

La dernière fois que j’ai vu l’heure, il était vingt-deux heures. J’ai eu une sorte de black-out de quatre heures, pourtant, ça ne m’affole pas, ce n’est pas une première pour moi. Je lui adresse mon majeur, faisant rire les personnes attablées avec lui. Il sait pertinemment que malgré mon attitude déplorable, je me pointerai d’ici quelques minutes pour tous les déplumer. J’ai un penchant malsain pour humilier les gens, j’ignore pourquoi. Surtout quand je suis en pleine descente. C’est comme une nécessité de me défouler sur le monde, la colère rongeant mes veines à nouveau.

Une fois dans la cuisine, j’éteins la lumière de cette dernière pour m’accorder le répit dont j’ai besoin et ouvre le réfrigérateur. Je mets la main sur une bouteille d’eau, puis j’en bois une grande gorgée. La moitié de celle-ci disparaît en seulement quelques secondes. J’ai l’impression d’avoir la gorge totalement desséchée, et je me sens comme une merde d’avoir traité cette fille de cette façon. Je me grille une clope après avoir ouvert la fenêtre de la cuisine avant de rejoindre les mecs.

— Ah, te voilà enfin ! clame Logan, sur le point de distribuer des cartes.

Je m’installe face à lui, à côté de Colin, en silence. Un rictus manque d’étirer mes lèvres lorsque je vois ce qui se cache parmi les miennes. Je serai sans pitié.

— On a réfléchi pour le bizutage de cette année, m’informe discrètement Colin. Il va vraiment falloir les mettre à l’épreuve. Tu avais fait fort avec le coup des bains glacés.

Je reconnais que niveau sadisme, je m'étais surpassé. Je ne sais même pas si j’aurais pu tenir aussi longtemps qu’Alexander. Il avait les couilles si bleues après, que Logan a cru qu’il finirait par se faire amputer une fois arrivé aux urgences. Finalement, ça doit aller bien mieux depuis, autrement, je n’aurais pas vu un paquet de filles défiler à ses côtés. C’était surtout puéril et dangereux. 

— Tu avais promis que cette année, je m’y collais, nous interrompt Logan. J’ai vraiment envie de les faire flipper, pour tester leur bravoure. On ne va pas intégrer n’importe quel trou du cul sous prétexte qu’ils sont bien nés. Il faut assurer la relève.

— Charge-t’en, abrégé-je.

— Celui-ci a vraiment un nom de chiotte, heureusement qu’il est riche, car jamais il ne trouvera de femme, plaisante Logan en regardant la feuille des recrues de cette année qu’il vient de dérober à Colin.

Je connais déjà leurs noms par cœur, ils ne sont pas nombreux. Ne pas avoir à me préoccuper de leur bizutage m’arrange. J’ai d’autres chats à fouetter que leur initiation cette année. Cela ne m’amuse plus. Au fond, je les plains davantage, parce que c’est certain que Logan ne leur fera pas de cadeau. Ce con serait capable de les obliger à avaler de l’antigel, alors que ça pourrait les tuer. La qualité des membres de notre petit cercle doit perdurer, mais pas à n’importe quel prix non plus.

— Tu t’occuperas de l’initiation, je validerai les étapes finales. Il est hors de question que des blaireaux pleurnichards accèdent aux mêmes avantages que nous, grogné-je entre mes dents, toujours de mauvaise humeur.

— Ne t’inquiète pas, pour sûr, la moitié va se défiler dès la première épreuve, vu ce que je leur réserve, persifle-t-il.

Le joueur qui est en lui est excité. Malgré tout, je vais devoir contenir ses ardeurs, au risque qu’il envoie vraiment quelqu’un à l’hôpital. Je soupire faiblement, sans un mot. Mon regard dur parle pour moi. Colin mise, je suis le mouvement. Je vais gagner, c’est couru d’avance. Je gagne toujours, qu’importe la manière dont je procède.

— Tu te fous de ma gueule ? T’as triché ?

Logan monte vite dans les tours lorsque les cartes de Colin s’abattent sur la table basse. Il a deux rois, deux neufs de la même couleur, ainsi qu’une reine de cœur. Je contiens mon rire, il s’avère que j’ai une chance de cocu, ce soir. Je détiens les cartes les plus fortes du jeu, je vais rafler toutes les mises de cette première partie.

— Naoki, m’as-tu déjà vu tricher ? ricane-t-il.

Ce dernier réfute d’un simple mouvement de tête. Il sourit finement, me laissant entendre que Colin n’a pas de cartes plus fortes que lui. Une seconde plus tard à peine, il nous fourre sous le nez un as, un roi noir, un dix noir et un neuf de la même couleur. Logan manque de balancer la table en l’air parce qu’il vient de perdre cinquante billets. Nous misons généralement des sommes équivalentes. Rien qu’avec cette première partie, je vais me remplir les poches avec deux-cents livres, et ce n’est pas fini.

Les mains un peu moites, avec un nœud à l’estomac qui ne me quitte plus depuis un moment, je montre sans pression mes cartes. Logan explose. Naoki change de couleur, littéralement dégoûté. Colin glousse. Ils étaient trop confiants, comme toujours.

— Espèce de chacal ! Pourquoi est-ce que c’est pratiquement toujours toi qui gagnes ? couine-t-il. En fait, je te plains, tu sais ce qu’on dit mon pote : heureux aux jeux, malheureux en amour, me taquine-t-il, le regard sombre.

Je sais pertinemment ce qui se cache derrière ses pics censés être drôles, il se réjouit du départ de Natalia, j’en suis certain. Même si je ne comprends pas ce que ça peut lui foutre étant donné qu’elle ne l’a jamais intéressé.

— Ta gueule. Donne-moi le fric.

— Avoue qu’il n’a pas tort, en rajoute une couche Naoki. Tu nous expliques ce plan avec cette nana tout à l’heure ? Tu l’as carrément virée de chez toi ? T’es trop dur avec les filles, mec.

— Est-ce que je dois te rendre des comptes, Takachier ? 

En réalité, c’est Takashi. J’écorche volontairement son nom, me foutant royalement des représailles. Je ne vais pas me laisser dicter sans broncher. Je fais ce que je veux, avec qui je veux, et si j’ai décidé que c’en était assez, eh bien, je ne vois pas en quoi ça serait leur problème !

Alexander, qui n’est pas loin, étouffe un rire sourd avec son poing refermé pendant que Colin hausse un sourcil. Ce n’est pas la première fois que je vanne l’un d’eux…

— Waouh, c’est qu’il mordrait plus que d’habitude, se met en retrait Naoki avec méfiance.

— Elle s’appelle Alison d’après ce que je sais, mais moi, ce que j’aimerais comprendre, c’est pourquoi tu t’es comporté comme un connard avec ma sœur et sa pote. Tu l’as appelée “Sky” donc tu la connais, renchérit Colin.

— Ne me dis pas que tu te l’es faite après avoir renversé son chien, parce que… siffle Logan, visiblement envieux.

Je dirige un œil menaçant dans leur direction.

— Hein ?! clame Naoki, perdu face à cette conversation qui me déplaît, tandis que Colin fronce les sourcils.

Je lui ai parlé de cet incident, pas du prénom de la fille. Si j’avais su qu’elle irait à la même fac que nous, je n’aurais pas prononcé un mot à ce sujet, même si la culpabilité me bouffe les entrailles. Il décode alors, que Sky et cette fille sont la même personne, ce qui craint pour moi. Colin me connaît. Après Logan, c’est celui qui en sait le plus à mon sujet. Il comprend la douleur qui me ronge sans même que j’aie à lui en expliquer les raisons, combien je suis bousillé et instable. C’est le plus intelligent de tous les mecs qui m’entourent à cette table. Il est capable de voir des horreurs se produire devant son nez, sans porter de jugement, de vous tendre la main en vous empêchant par la même occasion de vous étouffer avec votre vomi.

“Je sais ce que c’est d’être minable au point de patauger dans sa propre merde, ce n’est pas moi qui vais te juger. Accepte seulement la main que je te tends, je ne te poserai pas de questions, mais ne compte pas sur moi pour te laisser t’enfoncer. ”

C’est ce qu’il m’avait dit avec un petit rictus encourageant, la première fois qu’il m’avait trouvé ivre mort, à côté de mon lit au manoir. Je ne l’avais pas repoussé à cause de la honte qui me lacérait la peau. Il a tenu sa promesse, de ne pas ébruiter l’état lamentable quand lequel je me trouvais. Colin est un mec bien, fiable.

— Occupez-vous de vos fesses. N’essayez pas de me la mettre à l’envers en me distrayant avec ces conneries. Le fric, Logan. Ne m’oblige pas à abîmer ta jolie petite gueule.

Colin sourit, amusé par ma façon de fuir la conversation. Que veulent-ils que je leur dise au juste ? Que le connard que je suis a bel et bien renversé un chien, que c’était le sien ? Oh, et que je l’ai invitée par pitié, pour finalement l’humilier dans le but qu’elle comprenne de ne pas me courir après comme les autres parce qu’elle m’a fichu la trouille ? Non, je ne peux surtout pas leur dire, ils n’en saisiraient pas les raisons. Ils ne savent rien, ce qui est mieux ainsi. Il n’y a aucune raison pour que j’étale mon linge sale devant ces mecs, qu’ils soient mes amis ou non.

— Tu me gaves, j’arrête les frais pour ce soir, bougonne-t-il en tapant du poing sur la table avant de se relever. T’as déjà un foutu ticket gagnant avec les meufs, et, en plus, il faut que tu nous dépouilles sans scrupules, trois fois par semaine. Tu me casses les couilles, là.

Ce foutu ticket gagnant que je semble détenir – comme il le prétend – est collé à mes doigts, impossible de m’en dépêtrer. Son encre venimeuse s'infiltre à travers mes veines pour pourrir ce qu’il reste de moi. Il contamine la moindre de mes cellules, obscurcit mon jugement, mes pensées et mes actes. Ma position n’a rien d’enviable.

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