Unstable feelings #1

Ellen Stuart · Chapitre 47 sur 48

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Unstable feelings #1

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Cruz

 

Comment ce type, qui se dit chef cuisiner, a-t-il pu supprimer les pancakes au fromage de chèvre ? Putain, c’était mon péché mignon !

OK, je dois bien avouer que la décoration est plus sympa, plus moderne, même si elle a gardé un caractère rétro. D’accord, j’admets aussi que le smoothie aux fruits de la passion est une tuerie. Bien meilleur que celui de George. J’ai été surpris de voir Tournesol travailler dans le resto. Ça a du sens puisque son père en est devenu le propriétaire. Ce qui veut dire que nous allons être amenés à souvent nous côtoyer parce que nous aimons bien venir ici après les entraînements ou les cours. Cette nana est… je ne sais pas, on dirait un elfe miniature avec son nez retroussé, ses cheveux courts fuchsia. Fine et de taille moyenne, elle est bien proportionnée. Ce soir, elle portait des lunettes rouges, raccords avec son polo qui moulait sa petite poitrine. Première fois que je la vois habillée avec des couleurs. J’ai observé aussi ses magnifiques tatouages. Je dois avouer que même si je n’aime pas toute cette encre sur sa peau, cela lui correspond bien. Elle affectionne les fleurs, en tout cas. Elle ne ressemble à aucune autre gonzesse que je fréquente. J’apprécie nos prises de bec, ça change des filles qui me sautent dessus, les yeux remplis de désir. Ce qui n’est clairement pas le cas de Gemma. À part du dédain, je n’ai pas observé grand-chose la concernant.

Je ne vois pas pourquoi je pense à elle, d’ailleurs…

Une fois chez moi, j’allume la climatisation, puis me déshabille. Quelle chaleur, putain… Je chope mon téléphone pour surfer sur Internet. Je stalke une certaine petite brune à la monture de lunettes improbable. Toute la semaine, elle en a porté des différentes. Je ne l’ai pas espionnée, mais difficile de ne pas la capter avec le rose de ses cheveux.

Elle paraît uniquement inscrite sur Instagram. Il y a beaucoup de clichés de ses œuvres. En tout cas, elle a un sacré coup de crayon, je dois bien l’admettre.

J’ouvre ensuite ma galerie photo, ne résistant pas à mater celle que j’ai prise d’elle. J’esquisse un sourire amusé. Ses grands yeux bleus choqués, sa tête en plein milieu des tournesols de son tableau. Honnêtement, je crois que ça faisait longtemps que je n’avais pas autant ri ! Je me souviens de ses jambes bien proportionnées, de sa jupe remontée sur ses petites cuisses fuselées. Je n’apprécie pas son caractère, cependant je ne suis pas aveugle. C’est une jolie fille que je pourrais tout à fait baiser. À cette pensée, je sens mon sexe se réveiller, mais je suis trop claqué pour songer à me masturber. Je ricane en éteignant mon téléphone. Je bâille, puis ferme les yeux. J’ai trop mangé, bordel ! Demain, lors de mon jogging, je vais clairement le regretter.

Comme de fait, le matin suivant, avec Carlu, Marvin et Warren, nous traînons la patte tout en discutant de la soirée. Ils sont tous emballés par la nouvelle carte du diner.

– En plus, la fille du propriétaire, avec ses mèches roses, ses tatouages et son petit cul… je ne dirais pas non. Une bombe que je croquerais bien ! s’exclame Warren, un sourire concupiscent aux lèvres.

Je roule des yeux. Ah, ces mecs… Dès que des seins passent à proximité, ils ne se sentent plus. Je ne suis pas différent, seulement, moi, il n’y a pas que le sexe qui régit ma vie. Enfin, pas uniquement. C’est surtout le baseball qui me rend vivant, pas les meufs. J’aime le cul, on ne va pas se mentir. Cela me permet de me détendre, de soulager mes tensions diverses et variées, d’oublier le vide dans mon cœur. Malheureusement, ça reste éphémère.

– Tu n’es pas d’accord avec nous, man ? Tu es muet ? Ah oui, c’est vrai que vous vous êtes déclaré la guerre, tous les deux. Mais tu sais ce qu’on dit… de la haine à l’amour, il n’y a qu’un pas ! raille Carlu en jouant des sourcils.

Je m’esclaffe, tout en secouant la tête avec désinvolture.

– Tu es malade, toi ! Cette fille se donne juste un genre. Elle ne m’attire pas avec ses tatouages, ses cheveux courts roses, ses petits seins. Rien ne va chez elle. On a l’impression qu’elle cherche à se faire remarquer avec tout cet attirail de gonzesse rebelle. Je déteste ça.

Marvin secoue la tête avec véhémence.

– Tu te goures, mec. Elle n’est pas du tout comme ça. Si tu prenais le temps de la connaître, tu t’en rendrais compte. Elle est adorable, un peu timide… Peut-être qu’elle porte une carapace, mais certainement pas pour faire genre.

Je fronce les sourcils. Pourquoi ça me dérange qu’il la défende autant ? Pff, je m’en fous de ce petit elfe agressif. Je décide de ne rien répondre, me concentrant plutôt sur ma course.

– Moi, perso’, tant que son père cuisine bien, je viendrai les voir pour le plaisir du ventre… et des yeux ! réplique Warren avec un sourire entendu.

Ils rigolent alors que je serre les dents. Putain, ils n’ont que ce diner à la bouche. C’est bon, il faut passer à autre chose ! Je les reprends donc sur le match de la semaine prochaine, discutant stratégies et exercices particuliers.

Deux heures plus tard, je suis affalé sur le canapé de Marvin avec Adamo et les deux tocards qui m’ont saoulé avec leur nouveau resto. Nous bavardons de tout et de rien, mais j’écoute à peine. Je ne sais pas pourquoi, ça me gave. D’ailleurs, je perds à notre jeu vidéo favori, Baseball stars à cause de mon manque de concentration.

Tout à l’heure, il y a une fête chez Julia. Tant mieux, je vais me faire une petite nana, histoire de me détendre. Mon père me harcèle encore avec cette histoire de me trouver un job. Il rêve ! Je n’ai pas que ça à foutre. L’entraînement est ma priorité.

Lorsque nous passons le pas de la porte de la sororité, nous tapons la bise à tout le monde. Les filles sont chaudes, les potes nous collent un verre dans la main. Toutefois, je décide de rester sérieux, ce soir. J’ai bien trop abusé, hier. Nous trinquons et je me pose dans un fauteuil, cherchant ma future proie. Une blonde s’approche de moi. Je lui ai déjà parlé, mais je ne me souviens pas de son prénom. Elle s’assoit sur mes genoux, avec un sourire aguicheur.

– Salut, beau gosse. Tu vas bien ?

Je la contemple longuement. C’est une jolie fille malgré le manque d’intelligence que je décèle sur son visage parfait de poupée. Elle glousse, glissant sa main sur mon entrejambe. Ouais, ma queue se dresse, plus que partante. Il faut dire que ça fait presque deux semaines que je n’ai couché avec personne.

– Beaucoup mieux depuis que tu es là, murmuré-je, ma bouche déjà collée à son cou.

Elle se lève d’un bond, m’attirant vers l’escalier. Je crois que nous sommes au moins raccord sur ce que nous voulons, elle et moi. Dans tous les cas, elle n’aura rien d’autre. Elle le sait, car je n’ai jamais caché que je ne cherche que des plans cul. Alors que je monte à sa suite, mon regard accroche des cheveux roses qui étincellent dans la lumière des stroboscopes.

Qu’est-ce qu’elle fout là ? Elle est sûrement venue avec Lenny. Ce type est gay. Je l’ai croisé quelques fois en train d’emballer un mec. Beurk, je n’ai rien contre eux, mais ils pourraient être plus discrets…

Pourtant, toi, tu ne te prives pas de galocher des meufs n’importe où, n’importe quand.

Hum…

Tournesol rit et je n’arrive pas à en détacher mon regard, me stoppant même. Elle porte une petite robe noire – évidemment – avec des sandales dorées. Ses lunettes sont grises avec des paillettes, elles brillent dans la pénombre. Une barrette en diamants est clipsée dans ses cheveux courts. Ses doigts sont entourés de bagues. Elle doit sentir mon attention rivée sur elle, car son visage se tourne pile dans ma direction. Nos yeux se verrouillent durant quelques secondes. Mon palpitant vibre étrangement un peu plus fort dans ma poitrine. Ça doit être l’énervement, parce qu’elle me fusille du regard. Je n’apprécie pas qu’elle me juge. Merde, elle ne me connaît pas ! Sans savoir pourquoi, je décide de la provoquer. J’attire mon amante de la soirée et lui roule un palot à faire rougir une bonne sœur. Je reprends mon souffle, redresse la tête, avisant le rictus dégoûté de la petite serveuse. Je ricane, puis monte les marches pour aller m’enfermer dans l’une des chambres. Je l’ai choquée, et putain, j’aime ça ! Une drôle de pensée me traverse. Comment serait notre corps à corps si nous baisions ensemble ? Intense, à n’en pas douter. Je suis sûr que sous ses airs de reine des glaces se cache un feu qui ne demande qu’à s’embraser. Ma queue gonfle à l’idée que ce soit moi qui l’attise.

La blonde commence à se déshabiller et j’en fais autant, décidant d’oublier la casse-couille tatouée qui s’est faufilée dans mon cerveau. Je me saisis d’une capote dans la poche de mon jean, pour me protéger. Je n’aime pas les préliminaires à rallonge. Je la doigte un peu, puis je la pénètre dans un grondement bestial.

Je ferme les paupières, et bordel, la voilà encore !

Gemma.

Ses grands yeux couleur azur, sa bouche pulpeuse, sa langue joueuse, ses tatouages ondulant sur sa peau, que j’imagine douce… Putain de merde, je ne lui ai même pas adressé plus de vingt mots !

Je fronce les sourcils et me concentre sur la fille entre mes jambes. Je la fais d’abord jouir, pour ensuite éjaculer dans le préservatif. Je me retire, me réajuste, et, en quelques secondes, je suis rhabillé. Je la remercie et ressors, bien plus détendu que tout à l’heure. Je rejoins mes potes, refusant de chercher le petit elfe du regard.

 

***

 

Gemma

 

Sympa ! Première fête où je suis invitée, il faut que je croise ce satané latino. C’est bien ma veine. D’un autre côté, à quoi m’attendais-je ? L’équipe de baseball participe à toutes les soirées. Lenny me présente à d’autres amis, et, franchement, je passe un bon moment.

Je rencontre le regard de Cruz alors qu’il monte les marches avec une grande blonde. Ce mec possède tous les clichés du bad boy sportif : arrogant, séducteur, queutard. Il s’arrête et, toujours les yeux rivés sur moi, il attire la fille dans ses bras pour l’emballer comme si sa vie en dépendait.

J’esquisse une grimace de dégoût. La soupe de langues, très peu pour moi. Son sourire en coin m’agace alors qu’il disparaît dans l’une des chambres. Comme si j’allais être jalouse. Idiot ! Qu’il aille s’envoyer en l’air, ça le détendra peut-être !

Je retrouve les élèves de mon cursus, je rigole avec eux, buvant un peu plus que de raison. J’ai décidé de profiter de cette soirée et de me laisser aller. Cela me fait un bien fou ! Je danse avec mes nouveaux amis, dont Lenny qui reste collé à un étudiant que je n’avais encore jamais vu. Lors d’un slow, Marvin vient m’inviter et j’accepte avec plaisir. Je l’apprécie énormément.

– Ça va, Gemma ? Tu passes un bon moment ? me demande-t-il à l’oreille.

– Oui, merci. Ça me fait du bien, toute cette légèreté.

Il regarde ma cicatrice et son expression s’adoucit.

– Une année difficile ?

Je frissonne, me forçant à sourire.

– Tu ne peux pas imaginer… Parle-moi un peu de toi. Tu es aussi discret que moi.

Il rit en haussant les épaules. Je le sens se crisper contre mon corps. Ses yeux voyagent sur les danseurs, se posant brièvement sur… Lenny qui embrasse un type. Son regard revient vers moi.

– Oh, je n’ai rien de particulier. J’envisage de devenir baseballeur professionnel, je papillonne tranquillement. Je profite de ma jeunesse, se marre-t-il en me faisant tournoyer.

Je ne suis pas certaine de sa franchise, toutefois je ne veux pas qu’il soit mal à l’aise avec mes questions. Je souhaiterais être son amie et je pressens qu’il aimerait la même chose. Il n’y a aucune séduction entre nous, juste un début d’amitié sincère.

Un couple qui danse nous rentre dedans. La fille glousse en s’excusant. Je tourne la tête et découvre, je vous le donne en mille, les prunelles noires et brûlantes, de Cruz. Mon sang rue dans mes veines tandis que mes oreilles s’échauffent sans que je sache pourquoi.

Enfin, si.

C’est écrit sur son front qu’il vient de s’envoyer en l’air. Il irradie le sexe à des kilomètres avec ses joues rouges et ses traits détendus. Il devrait baiser plus souvent ! Le sourire lui va bien. Je dois avaler ma salive pour pouvoir respirer parce qu’il bouge sensuellement. Bon sang, il est torride, on ne va pas se mentir ! Mon intimité palpite, et, durant une seconde, je jalouse la place de la nana dans ses bras. Ressentir ses muscles fermes, ses mains chaudes sur mon corps, sa langue sur mon…

Nos yeux se lient à nouveau, ni l’un ni l’autre n’a envie de détourner la tête. Le cœur battant à tout rompre, nous nous défions silencieusement. Ses paumes glissent sur le postérieur de sa partenaire. Il me provoque, le salaud… Je serre les mâchoires, déterminée à ne pas le laisser gagner cette bataille de regards.

– Tu ne serais pas sous le charme de Cruz ? me taquine Marvin en nous contemplant simultanément.

Après un dernier foudroiement visuel en règle à mon ennemi, je reporte mon attention sur mon ami.

Ce serait lui donner trop d’honneur. Je n’aime pas son comportement. Chaque fois que je le vois, j’ai envie de le frapper, donc non, il ne m’intéresse vraiment pas.

Mouais, en moi-même, je sais que je mens. Il m’intrigue, je me demande ce que son air frondeur cache. Mon partenaire de danse me serre contre lui avec sympathie, un sourire malicieux aux lèvres. Nous retournons vers le bar, la musique langoureuse ayant changé pour de la pop.

Fatiguée, je décide de rentrer. Je salue mes « amis », puis pars à la recherche de Lenny. Je le découvre, vautré dans un coin, un mec sur ses genoux.

C’était mon chauffeur pour la soirée, tant pis, je ne veux pas le déranger. Je saisis mon téléphone pour appeler un Uber, cependant, il m’aperçoit et se lève sans hésitation.

– Tu es prête à t’en aller, beauté ? me demande-t-il en posant affectueusement un bras sur mon épaule.

– Oui, mais je vais prendre un taxi. Reste avec ta proie de ce soir, rigolé-je en lui embrassant la joue.

– Non, non. On est venus ensemble, on repart ensemble.

Il va vite murmurer quelques mots à son ami et revient vers moi, en me tendant la main.

– Go, bébé ! Au lit !

Je pouffe et le suis, slalomant entre les danseurs encore en forme. Cruz a disparu, mais qu’est-ce que ça peut bien me faire, hein ?

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