Unstable feelings #1

Ellen Stuart · Chapitre 18 sur 48

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Unstable feelings #1

Chapitre 014

Chapitre 14

 

 

Sky

 

Je ne pensais pas que d’une certaine façon, Lysandre s’excuserait et me ferait des compliments, mais il faut croire que tout arrive. C’est très surprenant, déstabilisant. Erin m’entraîne avec elle jusqu’à la sortie tandis que je suis toujours estomaquée par les minutes qui viennent de s’écouler. Nous sommes cependant interrompues par le doyen de l’université. Monsieur Carmichael, qui est en réalité l’oncle de Lysandre – chose qui m’a également prise au dépourvu –, affiche un sourire jusqu’aux oreilles en tapant dans ses mains avec joie. Je l’ai appris cette semaine par hasard, en prenant un café avec la jolie blonde qui se tient à mes côtés.

— Quelle merveille ! Mademoiselle Sullivan, c’était absolument fabuleux. J’espère que nous aurons à nouveau le plaisir de vous entendre à l’avenir, et plus longtemps.

— Merci pour cette opportunité, Monsieur.

— Je ne vous retiens pas plus, je vous laisse entre filles. Passez une belle soirée, Mesdemoiselles.

— Vous également.

Je souris poliment en même temps qu’Erin qui pouffe de rire une fois qu’il ne se trouve plus dans notre sillage.

— Toujours si protocolaire dans le milieu professionnel, persifle-t-elle. Pourtant, il m’a vue vomir tripes et boyaux l’année dernière. Enfin bref, vendredi prochain, j’ai quelqu’un à te présenter qui va t’adorer. Rose est de retour en ville pour le week-end. Je lui ai parlé de toi, il faut impérativement que vous vous rencontriez ! s’extasie-t-elle. Il y aura Colin, Logan, Lysandre, mais on fera comme s’il n’était pas là.

— Encore une soirée ? ironisé-je.

— Hé, ne fais pas ta rabat-joie, Sky. Dis-moi que tu viendras, je t’en prie.

Sa moue suppliante me rappelle celle que m’adresse constamment Jessie pour m’amadouer. Et le pire, c’est que ça fonctionne du tonnerre !

Avec ses deux petits chignons parfaitement laqués de chaque côté de sa tête, au sommet de son crâne, elle ressemble à une petite fille. Il lui manque plus que la baguette magique pour exaucer les souhaits et elle me ferait presque penser à une fée. Cette fille est une bouffée d’oxygène à elle seule, je me dis qu’après tout, ce sera le dernier soir de la semaine, alors pourquoi pas ? Enfin, à condition que les choses ne se dégradent pas entre temps avec monsieur le taciturne !

Elle me conduit jusqu’à la maison. Ma cousine bondit presque du palier pour retomber les deux pieds sur l’asphalte. Elle semble remontée comme une pendule.

— Tu es déjà là ? Avec Maman, on a cru que tu n’allais pas revenir avant plusieurs heures, persifle-t-elle.

— Pourquoi ? lui demandé-je, incrédule, tandis qu'Erin me souhaite un bon week-end, en m’affirmant qu’on se verra lundi sur le campus.

Je la remercie de m’avoir ramenée, puis elle salue chaleureusement ma cousine avant de s’en aller.

— Oh, je ne sais pas moi, peut-être parce qu’un putain de canon est venu t’adresser la parole, l’air de rien ? Comment oses-tu ne pas me dire que tu côtoies de tels mecs toute la journée ? J’ai le cœur brisé, là, se marre-t-elle à moitié.

— De qui parles-tu ? la questionné-je, littéralement paumée.

Nous rentrons parce qu’il commence à pleuvoir et que sa mère doit se demander ce que l’on trafique.

— Le brun avec des yeux de malade, pardi ! Ne fais pas genre de ne pas comprendre, je ne te croirai pas !

Évidemment qu’elle parlait de lui ! Lysandre…

Un bref soupir m’échappe. Mon cœur effectue un bond sous mes côtes que je ne saurais expliquer. Jess simule un malaise cardiaque en s’affalant contre le mur avec le dos de la main contre son front. Son autre paume s’écrase sur sa poitrine.

— Au secours, j’ai besoin d’un défibrillateur ! exagère-t-elle.

Je me sens rougir à cause de ses âneries. Si je lui disais qu’il a posé ses mains sur moi l’autre soir, lors de notre rencontre dans la rue, ce ne serait sûrement pas d’un défibrillateur dont elle aurait besoin. Elle ignore également que Lysandre est le garçon qui a percuté Jacobo. Cela fait beaucoup de petits secrets, je ne sais pas pourquoi je garde cela pour moi.

— Arrête, couiné-je, embarrassée.

Elle se marre de plus belle en passant son bras sous le mien. Sa mère m’étudie avec surprise en me disant :

— Oh, tu es déjà rentrée ?

Mais pourquoi ne serais-je pas rentrée, bon sang ? Il leur a donné un court-circuit au cerveau, c’est ça ?

Un peu comme avec toi, l’autre soir, raille ma conscience moqueuse.

Il était juste bourré, et moi… troublée, ça s’arrête là.

— Bien sûr que je suis là, tu avais prévu de commander chinois, et je crois que j’ai un peu faim pour une fois.

Elles se regardent avec un œil équivoque avant de sourire. Qu’est-ce qu’elles ont ?

— Tu n’as pas répondu à ma question, Sky, claironne Jessie.

— Juste Lysandre.

— Eh bien “juste Lysandre” est CA-NON. Difficile de ne pas tomber en pâmoison devant lui, tu as vu ses yeux ?

Amusée par son comportement surexcité, je secoue la tête.

— Tu l’as déjà dit, rétorqué-je, moqueuse. Il n’est pas désagréable à regarder, reconnais-je. Mais…

— … Il n’est pas ton genre ? Impossible ! s’offusque-t-elle faussement, ce qui fait rigoler tante Fiona.

— Arrête d’embêter ta cousine. Ce sont ses affaires, ça ne te concerne pas, lui rappelle-t-elle avec douceur.

Jessie lève les yeux au ciel, l’air de dire : “Entre nous, il n’y a pas d’ordre du privé, Maman ! ”

— Et si vous mettiez la table ? Le livreur ne va pas tarder et Nell non plus.

Nous nous exécutons sans attendre. En passant près du téléphone fixe, j’aperçois un numéro griffonné sur un post-it, ce qui m’intrigue puisqu’il n’y a pas de nom.

— Elle a appelé, ce matin, avant que j’aille au lycée, me confesse Jessie en sortant les couverts du placard.

Et ma bonne humeur s'envole. Mes veines se glacent instantanément, je grimace tant cette sensation est dérangeante. Moins j’entends parler d’Éléonore, mieux je me porte, bien que je sache que mes tantes ne peuvent pas non plus occulter son existence. Elle tente encore et toujours de s'immiscer dans ma vie, y compris à des centaines de kilomètres de moi.

Au moins ici, elle ne peut pas venir me fourrer ses idéaux dans le crâne. Je ne serai pas sa parfaite petite fille qui ne récolte que des A, qui fait une carrière mondiale grâce à son instrument. Je ne me marierai pas à un riche entrepreneur ou que sais-je. Et je n’aurai pas d’enfants pour prospérer le sang pourri des Buchanan. Autant me mettre un flingue chargé sur la tempe !

— Que voulait-elle ? m’angoissé-je.

— Oh, tu sais, les choses habituelles… Connaître les moindres détails de ta vie, tergiverse-t-elle.

Un malaise insidieux se ressent, il se profile sous ma peau, l’atmosphère devient plus pesante. Ses non-dits m’alertent.

— Qu’est-ce qu’elle a encore fait ?

— Elle voulait te parler, c’est monté un peu dans les tours et Maman a dû lui raccrocher au nez avant de s’énerver.

Chaque fois qu’elle a osé se pointer chez mes tantes, je l’ai évitée autant que possible. Grâce à elles, je suis parvenue à maintenir cette muraille entre nous, mais à présent que j’ai entrepris de reprendre ma vie en main, je crains qu’elle ne vienne tout foutre en l’air à nouveau. Ma parole n’a jamais eu de poids pour elle. En revanche, je crois que mes tantes lui font peur. J’ignore si c’est à cause de leur orientation sexuelle ou si cela a un autre rapport.

— Elle finira par apprendre que tu étudies le marketing et non la musique comme ils le souhaitaient, Sky. Tu les connais, ils ont des relations, des oreilles partout, grimace-t-elle.

— Je sais. Mais en attendant, je ferai comme s’ils n’existaient plus. Ils sont tous les deux morts pour moi.

Elle arbore une petite moue attristée. Non pas qu’il soit dommage de ne pas entretenir de liens avec mes propres parents, mais parce qu’elle a de la peine pour moi. Jessie est tolérante pour beaucoup de choses, néanmoins, ce qu’ils m’ont fait subir, jamais elle ne réussira à leur pardonner. Quant à moi, j’ai beaucoup trop perdu pour leur offrir cette aubaine.

Moins d’une heure plus tard, nous avons dégusté nos sushis en famille avec la vidéo du récital. Sensation très étrange de se voir jouer, Nell était ravie de ne pas rater cela, elle n’a eu de cesse de me dire que si elle avait pu se libérer plus tôt, elle l’aurait fait, et je le sais. Elles ne m’ont jamais menti, elles n’ont rien à voir avec Éléonore et Terrence.

Jacobo joue avec Jessie tandis que Dina est roulée en boule sur le canapé, entre nous deux. Nous nous sommes affalées sur ce dernier devant un film à la télévision. De temps en temps, nous aimons ne rien faire et nous raconter nos petits – gros – tracas. Bien souvent, elle profite de l’occasion pour engloutir des confiseries, en se fichant royalement que tout risque de lui atterrir dans les fesses. Elle n’a aucune raison de se pourrir les idées avec ça et elle a bien raison !

Jessie me raconte son dernier coup de cœur de la semaine. Ah, Jessie et son cœur d’artichaut ! Un beau garçon brun qui se trouve trois rangs devant elle, en cours d’Histoire. Il n’est pas Asiatique, mais d’après elle, ce n’est pas LE critère le plus important pour lui plaire. Elle en parle avec tant de paillettes dans les yeux qu’elle réussit presque à me faire rêver de ces choses qui sont clairement au dernier plan de mes projets. En réalité, en toute honnêteté, elles n’y figurent même pas.

— Il faut que je te montre sa photo ! Elle date d’une semaine. Aussi canon qu’intelligent ! clame-t-elle. Je n’ai pas encore déterminé s’il avait une anomalie ou s’il était gay. Il y a forcément un truc qui cloche. On ne peut pas être beau sans être con, c’est mathématiquement presque improbable.

— Ah, mais tu crushes réellement sur ce mec, en fait ? la charrié-je.

— Tu me connais, je crois que j’ai un véritable cœur d’artichaut !

Qu’est-ce que je disais ?

— Fais attention quand même, hein.

— Mais oui, Mo-man, me taquine-t-elle. De toute façon, je ne le regarde que de loin. Du moins pour l’instant.

Sa dernière réplique m’arrache un faible rire. Avoir Jessie à mes côtés me fait du bien. Elle me manquerait trop si j’avais quitté la maison. Sa folie, son grain, sa joie de vivre en toutes circonstances. J’apprécierais tant avoir sa vision de la vie, voir le monde avec ses propres yeux et non les miens. Y déceler les multitudes de couleurs que je suis désormais incapable de discerner. J’aimerais simplement avoir son innocence, celle qui me permettrait d’envisager la vie avec plus de positivité, sans pensées noires.

Le mec en question a les cheveux bruns lui arrivant au niveau des épaules, je ne m’attendais pas à ce qu’elle soit attirée par un type dans son genre. Le look grunge n'avait jamais été dans ses prédilections. Il a les pupilles bleues tout comme elle, une mâchoire ovale, des traits fins avec un petit côté androgyne.

— Ouais, il est pas mal, lui accordé-je.

— Parfois, j’me dis que tu n’as pas d’yeux, ma chérie, se marre-t-elle. Il faut que je le teste, histoire de savoir s’il est gay ou pas. Je déteste me prendre des râteaux.

— N’oublie pas ton diplôme à la fin de l’année, badiné-je telle une piqûre de rappel.

— Pitié, ne t’y mets pas ! Maman me le dit tous les jours. “Jessie, je n’ai pas envie que tu sortes tous les week-ends, tu dois bosser pour tes examens de fin d’année.” Elle se moque de moi, je ne sors jamais, en plus !

Elle imite à la perfection la voix de ma tante Nell et je ris sous cape. Mon téléphone se met à vibrer pour me rappeler que je dois prendre mes médicaments du soir. En le déverrouillant, la photo de Joshua me frappe de plein fouet. J’avais oublié le fait qu’avant de jouer devant tous ces étudiants, je m’étais rendue sur Instagram pour le regarder à nouveau, pour scruter les traits de son visage et les calquer sur les siens.

— Tu continues à le surveiller sur Internet, pas vrai ? m’interrompt Jessie.

Surprise, je lui jette un œil décontenancé.

— Bien sûr que je suis au courant, Sky. Ce n’est pas difficile à deviner, tu ne mets même pas de mot de passe sur ton téléphone, persifle-t-elle. Il faudrait que tu y songes.

— J’aurais dû me douter que tu fouinerais, tu es bien trop curieuse, réponds-je sur le même ton.

Ses épaules se haussent comme si de rien n’était, je ne lui en tiens pas rigueur. Je n’ai rien à lui cacher. Elle est au courant de tout ce qu’il y a à savoir de moi jusqu’ici.

— Et si on sortait promener les chiens ? suggéré-je.

Le vent est léger, mais il ne fait pas frais, ils seront contents. Elle opine vivement. Nous nous mettons en route après avoir prévenu ses mamans afin de ne pas les inquiéter.

Jacobo est surexcité le long du chemin, il jappe chaque fois qu’il aperçoit un mouvement dans l’herbe, alors qu’il ne s’agit que de la bourrasque. Cela nous amuse beaucoup, Jessie et moi. Elle tient la laisse de Dina qui est plus calme que son petit qui a encore besoin de maîtriser son exaltation. J’essaie de les sortir tous les deux régulièrement.

Cela me permet de ne pas m’enfermer dans ma bulle comme par le passé. Ainsi, je m’aère également l’esprit, ce qui est bénéfique. Les chiens sont heureux, Jessie adore les voir s’amuser, je crois qu’elle apprécie aussi de ne pas rester claquemurée à la maison. Elle n’en pipe mot, mais j'ai conscience que cela l’a touchée ces dernières années. Et je me suis juré de ne plus retomber au plus bas.

— Tu sais que je ne le disais pas en mal, pas vrai ? formule-t-elle avec douceur.

Interpellée, je lui jette un œil paumé.

— Par rapport au fait que tu “épies” son Instagram, m’éclaire-t-elle.

— Je sais, assuré-je.

Mon regard se perd au loin et mes paupières se closent durant une demi-seconde. Profitant de l’air de la nature qui nous entoure, du calme aérien. Dina et Jacobo hument chaque centimètre carré d’herbe du parc qui se tient sous nos pieds. J’aime cette quiétude. Une bruine légère commence à s’écouler, mais il y a très peu de nuages. Malgré la nuit tombée, je réussis à les percevoir.

— As-tu déjà songé à appuyer sur cette petite flèche en haut de ton écran ?

— Pour quoi faire ? répliqué-je sans vraiment réfléchir.

— Il te doit une explication. Tu en as besoin pour avancer, Sky. Et puis, tu n’es pas obligée de porter ce fardeau toute seule, confesse-t-elle.

Fardeau ?

Un pic douloureux envahit ma poitrine, un malaise dévastateur investit mon thorax. Mon expression faciale doit parler pour moi parce que Jessie s’excuse pour ses mots maladroits :

— Désolée. Je ne voulais pas dire “fardeau”. J’essaie de t’aider comme je le peux. Je t’aime, et je vois bien que malgré le temps qui s’écoule, tu ne vas pas mieux. Peut-être que si tu y réfléchis, c’est ce qu’il te faut. Je ne prétends pas être fan de ce type que je n’ai jamais vu. Seulement, si c’est nécessaire pour que tu ailles de l’avant, contacte-le. Mettez tout ça au clair. Tu es une fille magnifique, tu es jeune, intelligente. Lucy n’aimerait pas te voir aussi malheureuse, couine-t-elle, attristée.

Un faible soupir m’échappe. Mes poumons manquent rapidement d’air, je pèse le pour et le contre. Sa démarche est louable, elle ne veut que mon bien, tout comme Pénélope et mes tantes. Elles au moins, ne cherchent pas à revendiquer quoi que ce soit. Aimer quelqu'un plus vieux que soi n'est pas un crime, ce n'est pas courant, c'est vrai, mais qui a dit que la majorité des gens avaient toujours raison ?

Mes parents m’ont fait vivre un cauchemar. En prenant des décisions radicales soi-disant pour mon bien, ils m’ont condamnée aux pires tourments. J’aurais pu survivre, me contenter de ses silences, mais j’ai fini par réaliser que parmi le silence pouvait se trouver le plus tragique, celui qui bouleverse votre vie, qui vous change irrémédiablement.

— Je vais y penser, ânonné-je.

— Oui, consent-elle. Promets-moi, qu’importe ce qui se passera, tu continueras à être forte.

— Que veux-tu qu’il m’arrive ?

— Sky, s’il te plaît, m’implore-t-elle en plantant ses iris bleus dans les miens.

Son inquiétude lui ajoute plusieurs années, je n’aime pas ça. J’affiche un large sourire pour la rassurer du mieux que je le peux. Quoi que puisse me dire Joshua, il ne pourra pas me mettre plus bas que terre. Car même si je ne demeure pas tellement convaincante pour mes proches, j’ai appris à ramper, à me relever depuis Lucy. Son décès m’a anéantie, puis m’a rendue plus forte que je ne l’aurais jamais soupçonné. Pleurer n’est en rien une forme de faiblesse.

Par le biais de mes larmes, je laisse la souffrance se faire la malle, je libère de la place pour mieux accueillir la douleur, l’apprivoiser et ne plus m'essouffler pour rien. Car elle fait partie de moi. La souffrance et moi-même avons fusionné et je dois composer avec, bien qu’elle soit pesante. Je ne me vois plus m’en défaire, ce serait renier son existence, l’oublier. La souffrance rend son passage dans ma vie plus réel que jamais. Et même si les précieux souvenirs que je détiens d’elle ne sont plus aussi clairs qu'auparavant, je m’y accroche de toutes mes forces. Elle a embarqué avec elle un fragment de moi qui ne reviendra jamais en quittant ce monde. Qu’importe l’endroit où elle se trouve, elle fait et fera toujours partie de moi. Mon amour pour elle est indéfectible, ancré dans ma chair, mes os, mon âme. 

— Ne t’en fais pas trop, Jessie.

Une bourrasque qui s’élève dans mon dos me coupe le souffle. Je resserre ma veste au niveau de mon cou en vue de ne pas attraper froid.

Je voudrais être le vent, en mesure de me mouvoir jusqu’à toi et ne plus jamais avoir à être séparée de toi. Nos deux cœurs battant à l’unisson comme autrefois. Parce que je ne suis plus que l’ombre de moi-même sans ta lumière. Et que la vie t’a destinée à déployer tes ailes d’ange trop tôt, ne m’accordant pas les clefs qui me permettraient de t'étreindre à nouveau dans mes bras.

 

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