Unstable feelings #1
Chapitre 013
Chapitre 13
Lysandre
En venant voir Sky jouer, je ne pensais pas qu’il y aurait autant de gens, parce qu’il faut l’avouer, le violoncelle n’est pas l’instrument le plus moderne. Le classique, ce n’est pas la tasse de thé de tout le monde, pourtant, lorsqu’elle s’est installée, le silence a recouvert la salle, de manière stupéfiante. Comme si tous savaient combien il était primordial de se taire pour laisser la musique nous faire parvenir sa mélodie. Et quelle mélodie ! Quelle claque surtout ! Et dire que j’ai failli ne pas venir ! La curiosité l’a emporté sur ma raison, et je n’avais rien de mieux à faire.
Dès que les notes ont franchi mes oreilles, mon épiderme a été parcouru d’incroyables frissons. Mon estomac s’est mis à trembler tant ce qu’elle jouait était criant de douceur, de mélancolie, et de souffrance. Impossible de lâcher mon attention d’elle ne serait-ce qu’une seconde, comme si une part de moi craignait qu’elle s’envole en même temps que les notes de musique. J’ai cherché à décrypter le moindre signe, la moindre fêlure qui me permettrait de comprendre qui elle est en réalité. Ses gestes étaient si fluides qu’ils ne faisaient qu’un avec l’instrument qui semblait si large face à elle. J’ignore lequel des deux domptait l’autre, mais ils formaient un tout indissociable.
Et je dois bien l’admettre, elle était aussi magnifique que le morceau qu’elle vient d’interpréter. Il m’a scié les jambes. Encore chamboulé, je ne pensais pas que quoi que ce soit puisse à nouveau m’atteindre.
La grâce d’un ange, semblant porter sur ses frêles épaules la misère du monde. Un cri du cœur bien plus appréciable à entendre que n’importe quel hurlement de détresse. C’est d’une tristesse fascinante ! Une tristesse effrayante qui m’a atteint malgré moi.
Par chance, elle ne saura jamais à quel point je la trouve… jolie. Je ne le lui dirai pas. Ça m’écorcherait la gueule. Les effusions de sentiments, de flatterie, ce n’est pas mon genre. Si l’ancien Lysandre était joueur, charmant – peut-être trop, d’ailleurs – et fin manipulateur à ses heures perdues, je suis devenu très avare pour les compliments. Je ne veux pas que l’on m’approche, que l’on s’imagine que je m’intéresse aux autres. C’est ainsi que l’on se crée des problèmes. Du moins, pas tant que mon cerveau n’est pas embrumé par le nuage que m’offre la drogue. Le cas inverse me semble désormais impossible à assumer. Trop risqué.
Je ne suis ni arrogant ni aveugle au point d’oser prétendre qu’elle ne me plaît pas. Si on me posait véritablement la question, je mentirais sans hésiter. Je suis trop ravagé pour qui que ce soit. Chaque fois que je la croise sur le campus, elle fait mine d’observer dans la direction opposée, me signalant ainsi que je la fais chier. Et au fond, mon petit côté malsain se plaît à l’agacer. Parce que si elle fuit mon regard ou me dévisage, je sais qu’aucune lueur de désir ne s’éveillera chez elle. Quand les gens vous désirent, ils deviennent des prédateurs dangereusement imprévisibles. Ce petit jeu ne me plaît plus. Le revers de la médaille n’est pas aussi jouissif qu'escompté, il peut largement vous plonger en Enfer pour un aller sans retour.
Chaque fois que ma libido me fait savoir que l’abstinence lui pèse, j’ai tendance à l’oublier. Dès que la drogue entre dans l’équation, ou même l’alcool, j’occulte carrément les problèmes qui me collent à la peau, mes nouveaux principes. Comme l’autre soir avec Lorna ou même Alison. Heureusement, elle a vite quitté la pièce après ça, j’étais trop instable pour me montrer gentil avec elle. Je devrais certainement consulter parce que j’ai conscience du fait que je ne suis pas… normal. Mais ce serait reconnaître ce qui s’est produit, d’une certaine manière l’accepter et passer par-delà l’obstacle. Je suis sans doute trop con, trop lâche pour cela.
J’ai aussi bien déconné avec elle, outre le fait que j’ai été un enfoiré en crachant sur son attirance pour un type qui a pratiquement dix ans de plus, jouant une fois de plus avec ses nerfs l’autre soir quand elle m’a sauvé les fesses. Le temps de dessoûler, en n’arrivant pas à trouver ma voiture, j’aurais pu passer la nuit dehors. J’ai été proche d’elle, je me souviens de son parfum, doux et floral, je me rappelle même son cœur s’affolant au moindre contact. Je lui ai certainement fait peur. Je me serais probablement fait peur à moi-même. Je ne la connais ni d’Adam ni d’Ève et je me suis permis trop de familiarités.
Le blond qui se tenait la dernière fois à la bibliothèque avec Sky est encore dans ses pattes. D’ailleurs, d’après ce que j’ai pu constater, ils ont les mêmes cours, il la suit comme un véritable toutou avec sa maîtresse.
Une femme brune dans la quarantaine prend Sky dans ses bras. Elles semblent toutes deux émues, comme si la rouquine venait d’accomplir l’insurmontable. Ce qui, d’ailleurs, est sûrement le cas. Je n’y connais rien après tout. Je n’ai jamais touché à un instrument de ma vie. Si ce n’est la foutue flûte que j’ai entre les jambes. Même elle, je n’en détiens pas particulièrement le mode d’emploi. Elle est aussi versatile que moi. Surtout ces derniers mois.
Erin lui clame combien elle a été géniale. Sky paraît encore perdue dans sa bulle. Nul doute que ce morceau l’a touchée autant que ceux qui l’ont écouté, des gouttes salées transparentes trônent à l’orée de sa mâchoire. Cette fille pleure beaucoup. C’est un détail que j’ai remarqué. Celui-ci, ainsi que le fait qu’elle gobe des cachetons avec ses multiples cafés tous les jours. Bien souvent, elle se pavane avec des lunettes de soleil sur le nez pour cacher potentiellement de courtes nuits ou une gueule de bois. Si elle a une quelconque addiction, ce n’est pas moi qui vais lui jeter la pierre. En tout cas, elle est sur le campus tous les jours. D’après ce que je sais, elle est plutôt bonne, elle participe activement en cours.
On dirait un putain de psychopathe à la surveiller de cette manière. C’est à cause de Colin qui m’a demandé d’être “sympa”, putain ! De Jeff !
Elle est loquace. À part avec moi bien entendu, mais à juste titre, je me suis comporté comme un sombre connard avec elle. Elle a reçu le message cinq sur cinq et préfère s’abstenir d’entretenir la moindre conversation en ma compagnie. Au moins, elle n’appartient pas au club de ces idiotes qui pardonnent tout aux mecs sous prétexte qu’ils ont une belle gueule.
Même si je ne veux aucunement construire une amitié avec elle, elle attise ma curiosité. Encore plus ce soir, si ce n’est possible. J’ai un autre problème parmi tous les autres que je cumule déjà et c’est elle. Quand je la vois gober ces putains de pilules, mes dents s’entrechoquent malgré moi, surtout parce qu’elle les mélange avec de la caféine. Je sais de source sûre qu’il n’est jamais bon d’associer les médocs et le café, tout comme l’alcool d’ailleurs. Ses épaules parfois bien voûtées quand je l’aperçois sur le campus me laissent entendre qu’elle pourrait s’écrouler comme un château de cartes au moindre souffle de vent. Preuve qu’elle ne prend pas soin d’elle, qu’elle est fragile, instable. Peut-être plus que moi si ça se trouve.
Ce ne sont pas mes putains d’oignons, je le sais fort bien. Malgré ça, je ne peux pas m’empêcher de fouiner, de l’observer de loin – la meilleure place qui soit. C’est incroyable de voir comme elle est aussi talentueuse avec un violoncelle. Ça tient presque du miracle quand on voit comme cette fille est maladroite et à de nombreuses reprises à côté de ses pompes !
Sa sensibilité et ce qu'elle vient de nous offrir m’ont stupéfait. Je suis deux fois plus large que cette nana, plus costaud, et pourtant, elle m’impressionne. La musique étant bien plus claire que les mots, j’ai compris, sans aucun doute possible la profonde mélancolie, qui l’habite. Celle qui est probablement le moteur de la consommation de ces médocs.
Mes paumes se frottent l’une contre l’autre avant que je les fourre dans les poches de mon jean. Ma présence ne passant pas inaperçue, étant grand et plutôt imposant, j’arpente la foule pour la rejoindre. On me laisse le passage pour que je puisse me mouvoir à ma guise. Les joues de Sky se teintent joliment d’un rosé qui ne jure aucunement avec ses cheveux qui me rappellent un feu de cheminée. Elle détourne les pupilles et s’adresse à la femme qui se tient près d’elle, probablement la mère de l’adolescente qui me scrute sans discrétion. Erin se tourne et grimace en me découvrant là. Je me garde bien de l’envoyer bouler.
Une autre femme leur annonce qu’elle va les attendre sur le parking près de la voiture tandis que la seconde demande à Sky si elle a besoin d’aide pour ranger son matériel, mais celle-ci décline.
— Tu rentres avec nous ? l’interroge l’adolescente en me reluquant toujours avec curiosité.
— Oui, j’arrive. Vous n’avez qu’à m’attendre à la voiture, d’accord ?
— Tu veux que je te ramène ? suggère Erin.
Un peu paumée à l’idée de choisir entre elles, Sky les observe à tour de rôle, déclenchant le ricanement de l’adolescente.
— Tu peux rester un peu avec tes amis, on se voit tout à l’heure, intervient la brune, potentielle génitrice de l’énergumène qui commence à me faire flipper à force de me mater comme une pâtisserie qu’elle aurait bien envie de déguster.
La rouquine dodeline de la tête et elles se dirigent toutes en direction de la sortie, sauf Erin. Celle-ci lève les yeux au ciel.
— Je t’attends dans le couloir, n’hésite pas à cogner entre les parties, si tu vois ce que je veux dire, généralement, ça les oblige à revenir sur Terre illico, lui chuchote-t-elle à l’oreille suffisamment fort pour que je puisse l’entendre.
— J’y penserai, ricane Sky.
Erin s’éloigne enfin, Sky soupire de façon résignée, me transmettant ainsi son irritation à mon égard.
— Tout doux, pas la peine de te montrer hostile, la préviens-je.
Scandalisée par ma réflexion, elle ouvre la bouche.
— Hostile ? répète-t-elle. N’inverserais-tu pas les rôles là, par hasard ? Que me veux-tu encore ? T’as d’autres insultes que “salope qui se tape ses profs pour réussir” en réserve ? Si tu veux bien, je dois aller ranger mon violoncelle, argumente-t-elle en pinçant ses lèvres d’un rouge framboise.
Si elle est aussi farouche que moi, l’année s’annonce pénible pour tous les deux. On peut très bien échanger de manière cordiale sans dépasser mes limites, non ? Abruti. Elle n’en a clairement rien à foutre de mes fesses, elle est obnubilée par ce type sur Instagram, le prof pédophile. Elle n’est absolument pas un danger pour moi. En revanche, l’inverse, clairement que oui !
Je me suis montré détestable, j’ai été cruel avec elle, ce qui risque de ne pas lui faciliter les choses pour se plaire dans cette université. Elle semble essayer de surpasser sa mélancolie par le biais de médicaments, mon comportement pourrait tout autant l’enfoncer dans son mal-être, lui causer des dégâts irrémédiables, et je ne suis pas là pour lui faire du mal. Il faut que je répare mes erreurs.
J’ai déjà assez causé de dégâts par le passé, je ne compte pas recommencer.
Nous sommes interrompus par des élèves qui la félicitent de l’exploit qu’elle vient d’accomplir. Elle sourit, reconnaissante de leur gentillesse, de leurs compliments. Tentant d’occulter ma présence, ses yeux déambulent de mon corps bien planté dans le sol, aux étudiants qui lui tournent finalement le dos pour la laisser tranquille, ils ne veulent pas s’imposer. Elle s’apprête à me fausser compagnie, je la vois se carapater en direction des cuisines. Je la suis sans attendre.
— Pourquoi me suis-tu ? marmonne-t-elle, agacée.
— Oh, tu peux me croire, ce n’est pas mon genre de courir après les femmes, j’essaie de dialoguer, seulement tu ne me facilites pas la tâche, répliqué-je plus acerbe que nécessaire.
Et j'imagine franchement que c’est ainsi que je vais atténuer le jeu ? Il faut vraiment que je me calme, que je prenne un anxiolytique ou une merde du genre. Aussitôt mes mots prononcés, Sky s'arrête net pour me fixer par-dessus son épaule. Elle est dépitée. Je suis en train de m’enfoncer.
— Te faciliter la tâche, et puis quoi encore ? Une tape sur l’épaule ? C’est toi qui es odieux et cruel à la base, pas moi. Estime-toi heureux que je te réponde, car je préfère largement communiquer avec des gens qui ne sont pas… agressifs.
Elle cherche ses mots tant son débit de paroles est rapide, signe de sa contrariété.
— Sombre crétin, bougonne-t-elle en songeant que je ne l’entends pas.
Mords-toi la langue, Lysandre.
— Personne ne t’a obligé à ne pas te barrer après avoir percuté mon chien puisque visiblement ça t’a tant coûté ! Je ne t’ai pas non plus demandé de m’inviter à ta stupide soirée. Je n’ai besoin de la pitié de personne.
Quel con ! Elle doit voir à mon expression faciale qu’elle ne fait pas fausse route.
Prestement, elle s’empare de l’étui de son instrument et arpente le chemin inverse avec la rage qui exsude de ses pores. Si je devais la comparer à quoi que ce soit, ce serait à une torche vivante, vive, éblouissante et surtout dangereuse. Je reste en retrait, mais mon sérieux se fait la malle. Par chance, elle ne s’en rend pas compte étant donné que je suis derrière elle. Elle place ce dernier avec dextérité dans sa boîte. Il est si immense ! Comment va-t-elle le transporter ? On peut dire qu’elle est plutôt frêle.
— Je l’admets, j’ai été… idiot, sans tact avec toi, sifflé-je entre mes dents.
— Bien ! Admettre ses erreurs, c’est déjà un bon début. Bravo à toi, ça veut dire que tu n’es pas complètement idiot, brocarde-t-elle.
Ses paroles provoquent chez moi deux choses paradoxales. D’une part, j’ai envie de la plaquer contre cette fichue chaise, de planter mes deux yeux à travers les siens afin qu’elle comprenne que je ne la laisserai pas m’insulter comme ça lui chante. Et d’un autre côté, je... ris intérieurement. Un rire dingue, comme celui d’un fou bon à foutre sous camisole. Je morigène ma conscience que j’envoie sciemment se faire voir.
De profil lorsqu’elle referme son étui, je réussis à percevoir un faible rictus narquois, étirant le coin de ses lèvres, éteignant soudain en partie la fureur qui commençait à nouveau à poindre. Même s’il se veut ironique, je me surprends à apprécier ce petit sourire.
— Je comprends mieux pourquoi mon oncle a fait de toi sa petite protégée. C’est un grand mélomane. Avoir une musicienne de ton envergure ici, ça a de quoi satisfaire ses attentes.
— Pince-moi, je rêve ! Tu es en train de me faire une sorte de compliment ? La fin du monde est-elle proche ? rétorque-t-elle, sarcastique en se redressant sur ses deux jambes.
— Je n’ai rien dit de tel, me renfrogné-je légèrement.
— Si tu le dis.
Elle hausse les épaules en mettant sur son dos l’étui qui était encore au sol.
— Ton chien va mieux ? Je veux dire, il a survécu ? me mets-je à bafouiller comme un imbécile.
Cherchant sûrement la pique que je lui réserve, et qui ne viendra pas, elle me dévisage.
— Heureusement, il va beaucoup mieux, déclare-t-elle d’une voix claire.
— OK. Tant mieux, réponds-je en me frottant la nuque. Merci, balbutié-je. Pour l’autre soir, ça m’a évité de passer la nuit dehors.
Encore une fois, elle me toise avec méfiance, s’attendant à une vacherie de ma part. Sky aurait pu se barrer, se foutre de ma petite personne. Contre toute attente, ce n’est pas ce qu’elle fait. Ça me tue de l’admettre, cependant, je lui en suis reconnaissant, même si je ne désirais pas qu’elle me voie dans cet état. Je n’ai été qu’un enfoiré avec elle. Le malaise s’installe, toutefois, cela ne dure pas bien longtemps, Erin pointe le bout de son nez en nous demandant si tout va bien, si nous ne nous sommes pas entretués.
— Tout va bien, on va pouvoir y aller, assure Sky.
Me sentant de trop, je détourne le visage, mes pupilles s’arrêtent à trois mètres de nous, sur Logan qui me fixe avec un sourire au coin des lèvres. Appréhendant ce qui se cache derrière sa tête, je frissonne. Sa façon de reluquer la silhouette de Sky, pour ensuite revenir invariablement vers moi, me déplaît. Erin l’aide, mon attention reste focalisée sur Logan qui est adossé tranquillement sur une chaise, au fond de la salle. Qu’attend-il maintenant que tout le monde s’est barré ? A-t-il dans l’idée de draguer Sky ? Patiente-t-il jusqu’à ce que je m’en aille à mon tour ? Étrangement, cette idée me rend furax. Parce que je sais ce qu’il pourrait bien lui faire.
— Hm… bonne soirée, je suppose, bredouille-t-elle à mon attention.
Ses mots percutent mes tympans, et durant une infime seconde, je dévie la tête dans leur direction. Erin embarque Sky avec elle qui est encore déroutée par mon comportement changeant.
À l’instant où je m’apprête à nouveau à dévisager Logan, une notification me tinte aux oreilles. De mes doigts tremblants, j’extirpe mon cellulaire de ma poche avec la boule au ventre. Un mauvais pressentiment m’assaille. Le même foutu numéro qui joue avec mes nerfs s’affiche devant mes yeux, me donnant raison. Un autre message de cet anonyme qui s’amuse à me tourmenter avec mes regrets, mes sombres pensées.
#Une de plus qui tombera comme une mouche entre tes mains. Abandonne la partie, elle mérite mieux qu’un déchet comme toi.
La colère gronde au sein de ma poitrine, jaillissant tel un geyser, mon regard furieux s’abat sur Logan tandis que je ne sens pas mes pieds se précipiter vers lui. Ce n’est que lorsque son haleine chargée de violette fouette mon nez, que je comprends que je l’ai brutalement saisi par le col.
— Wôw, Lys, qu’est-ce qui te prend ? m’interroge-t-il, tendu et un peu effrayé par ma prise.
Plus massif, plus violent, il a de quoi l’être. Si je le voulais, je l’enverrais sûrement à la morgue sans difficulté.
— C’est toi ! l’accusé-je dans un grognement menaçant.
— De quoi parles-tu ?
L’air paumé, il fronce les sourcils.
— Je ne sais pas à quoi tu joues, mais arrête tout de suite, ou j’te jure que je t’envoie à l’hôpital. Tu ne sais rien de ce qui se trouve dans ma tête, putain, ni même mes foutus regrets ! grommelé-je.
— Ah, vous êtes là ! s’exclame Colin dans notre dos. Oh… OK. C’est quoi ce plan, les mecs ? Qu’est-ce qui se passe encore ?
— J’en sais rien, se défend Logan.
— Ne te fous pas de ma gueule ! Alors, comme par hasard, tu es là à rôder comme un malade mental et je reçois cette saloperie de message !
— Quel message ? balance Colin avec perplexité.
— Rien, sifflé-je, en relâchant notre ami commun, tout en glissant une main dans mes cheveux afin de les rabattre en arrière.
Je n’ai pas envie de parler de ça avec Colin. Il me prend déjà pour un junkie incontrôlable. Je ne veux pas susciter d’autres questions chez lui, ni qu’il évoque la venimosité envers Sky et tout le reste.
— Plutôt que de vouloir se mettre sur la gueule, si on allait se manger un truc tous les trois ? suggère Colin, en parfait médiateur.
— Sans moi, je me tire ! clame Logan.
Il s’exécute avant même que notre pote puisse le retenir. J’ai dû lui foutre une bonne trouille. Tant mieux, ça le dissuadera peut-être de recommencer ce petit jeu merdique avec moi. Ceci était un avertissement, il n’y en aura pas d’autres.
— T'as pas ta meuf à aller voir ? marmonné-je, bougon.
Un rire sourd fait vriller sa gorge.
— Non, pas ce soir, malheureusement. Il y a eu un imprévu de dernière minute, soupire-t-il, blasé.
— Bon, ce morceau, c’est pour aujourd’hui ou pour demain ? Et t’as pas intérêt à en rajouter une couche, sinon c’est toi que je cogne.
Le thorax pris de tremblements tant il réprime le fou rire qui le consume, il simule la fermeture de sa bouche avec une clé invisible. Mes paroles ne sont que des menaces en l’air. Jamais je ne le frapperais. Ce mec est une crème. D’ailleurs, je ne suis pas certain que notre trio soit toujours d’actualité s’il n’en était pas le pilier. Logan et moi avons beau nous connaître depuis toujours, et ce lien particulier nous unir, ses frasques me rendent si fou que j’aurais pu maintes fois l’abandonner sur le bas-côté de la route, quitte à le regretter ensuite.
Je sais que c’est lui qui est à l’origine de ces textos, j’en mettrais ma main à couper. Tapi dans l’ombre, il prépare sûrement un mauvais coup pour contribuer à m’enfoncer. Je ne le laisserai pas me tourmenter davantage, jouer avec mes insécurités. Lui non plus n’est pas un Saint ! Je rendrai coup pour coup, je serai sans pitié.
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