Unstable feelings #1

Ellen Stuart · Chapitre 46 sur 48

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Unstable feelings #1

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Gemma

 

Cinquante minutes plus tard, Lenny me rejoint près de sa voiture.

– Salut, beauté, tu en tires une tronche ! Tout va bien ?

– Ce Cruz-là, quel trouduc ! Il m’a fait tomber sur mon tableau que j’ai déchiré d’un coup de tête. Il n’a même pas eu la galanterie de m’aider à me relever ! Oh non, à la place, il m’a prise en photo !

Je suis outrée et lui, il rigole ! Comment lui en vouloir ? Son rire étant communicatif, je me marre à mon tour, en me frottant le postérieur.

– Oui, il a beau être sexy, il n’en demeure pas moins un imbécile ! Tu as donc fait la connaissance de la moitié de l’équipe de baseball. Marvin reste le plus sympa…

Face à son regard rêveur, je relève les sourcils, curieuse.

– Tu l’aimes bien, on dirait ?

Il hausse une épaule, un sourire maintenant teinté de tristesse.

– Ouais, mais ça n’ira jamais plus loin que le stade du simple fantasme. On ne se parle pas beaucoup. Parfois, j’ai l’impression qu’il me mate, mais dès que je me tourne vers lui, il m’ignore. Dommage parce que ce mec, sérieux, c’est vraiment ma came. Grand, mince, blond… tout ce que j’aime, soupire-t-il, des étoiles dans les yeux.

– Ben, pourquoi tu ne vas pas le voir ? En plus, tu es fan de son sport. Ça vous permettrait peut-être de vous rapprocher, de devenir amis ? Tu découvrirais peut-être s’il est homo… ou pas.

Il ricane, balançant sa tête avec véhémence.

– Non, il ne l’est pas. Comme toute l’équipe, il se tape tout ce qui bouge, pourvu que ça ait des seins. Je ne me leurre pas. Tout est codifié, ici. Chacun reste avec son groupe, on ne se mélange pas. Je ne dis pas que tout le monde est homophobe, seulement les hétéros n’apprécient pas forcément de traîner avec des gays. Tu sais… les gens pourraient imaginer qu’ils le sont aussi…

– C’est ridicule et bien malheureux…

Il acquiesce en m’attirant à sa voiture.

– Nous sommes d’accord. Il y a des cons partout.

Je ne peux que lui confirmer, songeant sans le vouloir à Marvin. Hum, étrangement, je n’arrive pas à déterminer s’il est bi ou gay. Certaines personnes le cachent parfois si profondément que c’est impossible à identifier.

Quand nous pénétrons dans le diner, les fauteuils sont lustrés et le comptoir brille comme un sou neuf. Clay se trouve dans la cuisine, où de bonnes odeurs nous parviennent. J’attrape le poignet de mon ami et l’attire dans l’antre de la gastronomie des Lery.

– Salut, Papa ! C’est quoi cet effluve délicieux ? Oh, je te présente Lenny !

Mon père m’embrasse et serre la main de mon nouveau compagnon.

– Comment ça va ? Bienvenue au diner. Vous avez faim ? Je suis en train de modifier la carte. Toasts grillés aux œufs brouillés, ça vous convient ?

Lenny accepte immédiatement, s’asseyant devant lui, presque avec de la bave aux lèvres. Je ris et en fais autant.

Miam, délicieux ! Mon père est le meilleur cuisinier du monde, y’a pas à dire ! Lenny se sent à l’aise et nous passons vraiment un bon moment.

Je vais ensuite vite me changer pour dessiner les fresques. Mon illustrateur d’ami m’aide, et, en fin de soirée, nous avons esquissé les croquis. Il s’est occupé de la partie « baseball », et moi, des pin-up et autres voitures vintage.

– Waouh, Gemma, quel talent ! souffle Lenny en se reculant pour observer l’ensemble.

– Je te retourne le compliment. Nous avons fait un excellent travail !

Après un dernier smoothie, mon nouveau pote nous salue, puis nous nous retrouvons seuls. Mon père, un sourire ravi aux lèvres, me félicite. Il semble trépigner d’impatience. Curieuse, je lui demande ce qu’il se passe.

– Devine qui est venu me souhaiter la bienvenue ?

– Euh, les voisins ?

Il lève les yeux au ciel.

– Comme s’ils pouvaient me mettre dans un tel état. Non, monsieur le Maire en personne ! Il était enchanté de la reprise du plus vieux diner de la ville.

Je pouffe devant tant d’enthousiasme, même si je ne comprends pas sa réaction. Il pose les mains bien à plat sur l’îlot de la cuisine, puis se penche vers moi.

– Il va venir à l’inauguration vendredi soir avec tous ses administrés ! Cela va faire pas mal d’invités ! Ce sera fantastique pour notre image.

Une inauguration ? Je ne savais même pas qu’il en prévoyait une, mais, ma foi, quelle bonne idée !

– Super ! Tu as raison, ça va attirer du monde.

– Il prend aussi en charge la publicité. Ce type est d’une gentillesse rare, et pour ne rien gâcher, il vaut le coup d’œil… Un monsieur très élégant. Un charisme à toute épreuve, je comprends pourquoi il a été élu Maire. Tu verrais ses beaux iris bruns…

Je ris en levant les yeux au ciel. Mon père aime les spécimens masculins qui le lui rendent bien. Il n’a jamais regretté d’avoir annoncé à ma mère qu’il préférait les hommes. Son seul chagrin ait qu’elle m’ait quittée moi sans un regard. Qu’importe ce qu’elle éprouvait pour lui, qu’elle soit dégoûtée ou vexée, il ne lui a jamais pardonné de m’avoir abandonnée. Alors, il s’est promis de me rendre heureuse par tous les moyens. Aujourd’hui, même si je ne ressens plus ce manque, parfois je me pose des questions sur elle. A-t-elle une nouvelle famille ? S’est-elle remariée ? Dans tous les cas, je n’ai jamais senti le besoin de la retrouver. À quoi bon ?

Un coup dans mon bras me ramène au présent.

– Ça va, ma Gemma ? Tu es partie loin, dis-moi…

Je secoue la tête, curieuse de rencontrer ce Maire, beau comme un dieu.

– Désolée… Tu crois que ce type est gay ?

Il fronce le nez, dépité.

– Eh bien, je t’avoue que mon gaydar s’est un peu emballé sous ses sourires torrides. Cependant, il est resté professionnel. Il ne porte pas d’alliance, mais cela ne veut rien dire. De toute façon, je me concentre sur ma nouvelle carrière pour le moment. Même si cet homme est démocrate, les conservateurs sont aussi très nombreux dans cette ville. Je vais être discret sur mon homosexualité. Je n’apprécierais pas que l’on boycotte mon diner à cause de mes préférences sexuelles, m’explique-t-il avec un sourire un peu désappointé. L’un de ses collaborateurs viendra demain matin pour qu’on discute des flyers. Tu pourrais en distribuer. J’ai vu avec Douglas, l’aide-cuisinier, il est d’accord pour s’en occuper. Pareil pour Jeff, le serveur, je te les présenterai vendredi. Oh, ce serait bien que tu en déposes à l’université ! Il faudra aussi prévenir l’équipe de baseball de la réouverture.

Je pense immédiatement à Marvin. Ce gars est vraiment cool, je lui en parlerai.

– OK, Papa. J’ai rencontré un baseballeur. Je lui en toucherai deux mots.

Il me checke le poing avec un sourire satisfait.

Le reste de la semaine s’écoule au rythme des rénovations et de mes cours. Je prends du temps pour terminer les fresques sur les murs. Lenny s’est occupé des siennes. J’ai réussi à refiler les flyers à mes camarades de classe. J’en ai épinglé sur les nombreux tableaux d’information. J’ai vu Marvin pour lui en parler, il a été surpris d’apprendre que c’était mon père, le nouveau propriétaire. Enchanté, il m’a certifié que toute l’équipe viendra vendredi soir pour l’occasion.

 

***

 

Vendredi, quand je rentre de cours, c’est déjà l’effervescence dans le diner. Je rencontre enfin Douglas. Un mec d’une trentaine d’années, bavard et rieur. Je vais bien m’entendre avec lui. Jeff, quant à lui, semble plutôt timide, mais compétent. Mon père a préparé pas mal de nourriture avec Douglas. Jeff, Lenny – qui a proposé son aide – et moi sommes sur le pied de guerre.

Le restaurant ouvre à dix-neuf heures. Clay s’approche de nous afin de nous tendre un tee-shirt rouge.

– Voilà pour vous ! Un bel uniforme pour le diner.

Je le savais, donc je ne suis pas surprise, mais bon, le carmin n’est pas ma couleur préférée. Surtout avec mes cheveux roses. Nous le remercions et allons nous changer dans les vestiaires. Quand je reviens, un homme en costume est déjà présent. Il parle avec mon père, qui semble ravi. Je crois deviner de qui il s’agit. Curieuse, je les rejoins rapidement.

– Gemma, je te présente monsieur le Maire, Filip Ortegal. Monsieur Ortegal, voici ma fille, elle étudie la restauration d’Art à l’université de Lake Creek.

Il sourit, ses prunelles noires et perçantes me dévisagent ouvertement. Étrange, j’ai comme l’impression de l’avoir déjà croisé quelque part. Ce qui me semble impossible, je suis physionomiste. Il me serre la main d’une franche poignée. d'une poigne franche.

– Bonjour, Gemma. Sachez tous les deux que je suis heureux de participer à cet évènement. J’ai remercié Clayton d’avoir acquis ce diner. Sa fermeture a été un coup de massue pour la ville et les habitants. Personne n’a été intéressé pour le reprendre… sauf votre père.

Les deux hommes se sourient et ce dernier hausse les épaules d’un air humble.

– Merci d’avoir accepté qu’un étranger achète justement ce lieu incontournable. Et surtout, merci d’être présent, ce soir !

– Avec plaisir. Mes collaborateurs ne disent jamais non à un repas payé par le Maire ! En tout cas, je n’avais pas fait le rapprochement entre vous et le célèbre Clayton Lery ! Je suis fan de votre cuisine. Je suis même venu manger dans votre restaurant, il y a quelques années. Un vrai régal. Il faut savoir que j’apprécie la bonne nourriture, comme vous pouvez le voir, ajoute-t-il en tapotant son léger embonpoint en rigolant.

Mon père le rassure immédiatement tandis que j’avise les clients qui commencent à trépigner à l’extérieur. Je m’excuse auprès d’eux pour les accueillir. Avec Jeff, nous les installons. Je leur montre les nouveaux menus et ils semblent tous emballés. Il y a un joyeux brouhaha. Le service peut débuter !

Nous n’arrêtons pas de la soirée. À peine le Maire parti, c’est l’équipe de baseball qui débarque, comme en terrain conquis. Mon regard croise directement celui, noir, de Cruz. Je m’approche de lui en retenant quelques insultes bien senties.

– Hey, tournesol ! Qu’est-ce que tu fous là ? Tu t’es perdue, ricane-t-il en observant les alentours.

– Ne m’appelle pas comme ça, sinon je cracherai dans ton plat !

Il éclate de rire tandis que je soupire intérieurement. Il fait partie des clients qui payent… C’est le plus important, non ? Avec un signe de la main, je les emmène à leur place, réservée par Marvin quelques jours plus tôt. D’ailleurs, ce dernier me sourit gentiment.

– Dis donc, la nouvelle décoration est démente ! Tu en es la dessinatrice ?

Je rougis en le lui confirmant, ajoutant qu’une partie provient de Lenny.

– Magnifique ! s’extasie-t-il avec ses amis.

Il n’y a que cette tête de con de Cruz qui lève les yeux au ciel. Il attrape la carte et la lit, les sourcils froncés.

– Pourquoi avez-vous changé les spécialités ? Qui a osé retirer le pancake au fromage de chèvre ?

Je m’esclaffe.

– Tu n’as vraiment pas de goût, je ne suis même pas étonnée ! Et pour ton information, oui, mon père a modifié le menu. Ça te pose un problème ? Il s’agit d’un grand cuisinier gastronomique, un peu de respect, s’il te plaît ! martelé-je, furieuse.

– Alors, un cuisinier gastronomique raté, pour finir dans un diner pareil, se moque-t-il méchamment.

Je plisse les paupières, cherchant autour de moi une arme pour le faire taire. Ses potes rigolent et passent leur commande. Marvin me lance un clin d’œil. Je comprends son message. Ce Cruz a clairement un problème, mais cela ne me concerne pas. Je leur souris amicalement, puis m’éloigne afin de transmettre leur choix.

Lenny, Jeff et moi gérons les consommateurs tandis que Douglas et mon père s’occupent de préparer les plats. Je sens le regard railleur de ce fichu joueur de baseball sur moi. Il m’énerve ! On ne se connaît pas, pourtant il se permet de juger ma famille. Ah non, ça, je ne l’admets pas. Comme les clients commencent à partir, je râle auprès de mon ami qui rit.

– Pourquoi es-tu aussi exaspérée contre lui ? C’est juste un salaud sexy qui en profite.

– Sexy ? répété-je, narquoise, tout en dirigeant mon regard vers lui.

Pour la deuxième fois depuis que nous nous sommes « rencontrés », je l’examine avec une attention exacerbée. D’accord, je veux bien admettre qu’il n’est pas trop mal avec son visage taillé à la serpe, ses cheveux de jais qui tombent sur son front et ses yeux sombres comme une nuit sans étoile. Il semble musclé, ce qui est plutôt agréable à mater.

Ok, j’avoue, je l’avais déjà reluqué avant ce soir…

Mais pas comme ça, en tout cas…

On dirait qu’il est tout le temps en colère. Il a beau rire avec ses amis, je ressens une tension permanente dans son corps, comme s’il était continuellement sur ses gardes.

– Parle-moi de lui, ne puis-je m’empêcher de le questionner, sans le quitter du regard.

Il doit le sentir, car ses iris m’épinglent, semblant vouloir me tuer sur place. Je me demande si c’est moi, particulièrement, ou s’il n’aime pas les gens, en général. Je plisse les yeux et détourne la tête, renfrognée.

Lenny le dévisage aussi. Les joues écarlates, il se tourne vers moi.

– Il a perdu sa mère dans un accident de voiture. Depuis, il est devenu un vrai connard. Il ne parle qu’à son groupe de potes. C’est très difficile d’y rentrer, d’ailleurs. Le baseball représente toute sa vie. Sans parler de ses nombreuses admiratrices qu’il baise allégrement. Il faut dire, ce type a tout de l’aimant à gonzesses.

Bon sang, sa mère est décédée ? Mon cœur se gonfle de tristesse pour lui. Je comprends un peu mieux son comportement, même si je ne le cautionne pas. Je soupire en secouant la tête. En revanche, je ne suis pas surprise qu’il soit un queutard. Il respire l’arrogance d’un sportif à qui tout réussit. Il n’a qu’à tendre la main pour coucher avec une nana. Sans le vouloir, mes yeux reviennent vers lui et je ne peux m’empêcher d’éprouver de l’empathie. Pourtant, quand, de nouveau, il me regarde, il m’envoie un doigt d’honneur.

Quel enfoiré ! Clairement, ce type est un psychopathe. La fin de soirée s’étire, et misère, je n’ai plus de pieds. Mes bras sont raides à force d’avoir porté les plateaux. Je n’ai qu’une envie, aller me coucher.

Malheureusement, demain, je devrai encore être sur le pied de guerre, même si mon père me laissera certainement dormir un peu le matin. Je soupire. Dans son ancien restaurant, il avait les moyens d’engager du personnel. Je ne venais bosser que pendant les vacances, histoire de me faire de l’argent de poche. Ici, pas le choix. Nous ne pouvons pas nous permettre d’embaucher un autre employé à temps plein. Je jette un œil à ma montre, à part une table de quatre et cette foutue équipe de sport, le diner est vide. Ils sont arrivés il y a deux heures et se sont goinfrés non-stop. Purée, ils vont avoir une note salée. Ça va me faire plaisir de filer le ticket de caisse à Cruz.

J’ai été bien naïve de croire que je le verrais juste dans les couloirs du campus, puisqu’ici, il s’agit de leur QG. Ils vont forcément y passer régulièrement leurs soirées. À mon grand désespoir.

Histoire de les diriger doucement vers la sortie, je vais débarrasser leur table. Je sens leur attention sur moi quand j’attrape leurs assiettes. Plusieurs mecs me matent sans vergogne, mais cela ne me dérange pas. C’est plutôt le regard ténébreux de l’abruti aux cheveux noirs qui m’irrite. Il cherche à me faire sortir de mes gonds. Certains me parlent, s’efforçant d’en apprendre un peu plus sur moi, et ma foi, je me laisse aller à quelques confidences sans conséquences. Je n’oublie pas les pourboires qui m’aideront à me payer de la peinture neuve pour mes tableaux…

– J’aime vraiment bien ce nouveau diner, déclare un petit brun en jouant des sourcils. Tu vas devenir ma serveuse préférée !

Un grand roux se penche vers moi, un sourire énamouré sur ses lèvres. Quel séducteur à deux balles.

– Merci. Pour votre information, la cuisine va fermer dans quelques minutes…

Certains sont déçus.

– Déjà ? Ce n’est pas cool ! Nous sommes en pleine croissance. Je me reprendrais bien une gaufre.

– Désolée, c’est impossible, rétorqué-je en commençant à perdre patience.

– Pourquoi es-tu aussi désagréable ? Ce n’est pas comme ça que tu te feras des potes, raille Cruz en terminant son smoothie.

– D’un, j’ai des amis. De deux, je n’ai pas été engagée pour être aimable avec des types odieux dans ton genre. Le diner devrait être fermé depuis une heure maintenant. Mon père a été sympa de vous laisser plus de temps…

Les mecs s’esclaffent bruyamment, pas vexés pour un sou. Non, ils taquinent leur pote en lui tapant sur l’épaule.

– Putain, elle t’a mouché, Cruz !

Je lève les yeux au ciel tandis que mon nouvel ennemi me fusille littéralement du regard. Marvin est le plus adorable, car il empile les verres pour m’aider. Deux autres types en font autant et je les remercie gentiment.

Je dépose ensuite l’addition devant le latino renfrogné. Cent soixante-cinq dollars à cinq, un sacré montant. Sans broncher, il balance des billets en marmonnant un : « C’est pour moi. » Ses potes lui claquent l’épaule pour le remercier, puis, enfin, ils se lèvent tous.

– Merci de votre visite, les gars. J’espère que vous avez apprécié la nouvelle carte.

– Une tuerie ! Tu féliciteras ton père pour sa délicieuse cuisine. On a déjà hâte de revenir la goûter !

Avec étonnement, je les vois se pencher vers moi, un par un, pour embrasser ma joue en toute amitié. Ce qui me laisse bouche bée. Qu’est-ce qu’ils me font, là ? Embarrassée et le sourire timide, je les regarde partir. Il n’y en a qu’un qui ne s’est pas approché, et tant mieux.

Je ferme la porte, puis me dirige vers la cuisine. Mon père me lance un clin d’œil fatigué, mais heureux. Lenny, Jeff et Douglas sont vannés, tout aussi ravis de la soirée. Quelques minutes plus tard, nous nous retrouvons seuls.

– Ça a été un moment exceptionnel ! La caisse est pleine à craquer. Beaucoup sont venus me complimenter pour ma nouvelle carte.

– Tant mieux, Papa. Vu le travail accompli, ce ne pouvait pas être différent. Je te félicite ! L’équipe de baseball a été la dernière à partir. Figure-toi qu’ils voulaient encore rester. Ils sont bien gentils, quoiqu’un peu collants.

Il rit tout en nettoyant son piano. Je ne peux m’abstenir de l’enlacer, l’embrassant avec tendresse.

– Tu as géré. Cette inauguration a été un vrai succès. Je crois que tu vas avoir beaucoup de clients…

– Je suis content. Oh, il y avait aussi un journaliste de la gazette locale qui va écrire un article sur notre restaurant. C’est de la pub gratuite ! Merci pour tout, ma Gemma, tu es ma lumière.

Mon cœur se gonfle d’amour à ses paroles.

– Je t’aime, Papa. Je serai toujours là pour toi.

Après un câlin affectueux, main dans la main, nous montons dans notre appartement. Lessivée, je n’ai pas le courage de me laver. Je me déshabille et, en culotte, je m’effondre sur mon lit, m’endormant immédiatement.

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