Unstable feelings #1

Ellen Stuart · Chapitre 27 sur 48

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Unstable feelings #1

Chapitre 023

Chapitre 23

 

Sky

 

Ayant tout envisagé ou presque, j’étais loin de m’imaginer que les choses se passeraient ainsi. J’aurais dû le voir venir, songer à l’implication de mes parents dans cette histoire. Je sais qu’il m’aimait, et pourtant… ça ne l’a pas empêché de s’en aller, de fuir, de m’abandonner pour de l’argent. Tout a un prix, finalement. Qui me dit qu’il n’a pas obtenu plus, qu’il s’est contenté de cela ? Qui est en mesure de me certifier qu’il ne m’a révélé que la vérité autour de cette table ? Ne s’est-il pas seulement déchargé de ses responsabilités sur les personnes que je déteste déjà énormément ? Par facilité. Il n’est pas idiot au point d’ignorer ce détail. Je suis partie loin d’eux, pas compliqué d'additionner A et B ensemble.

Jamais je n’ai songé qu’il me demanderait où se trouve son enfant. Jamais. C’est un foutu cauchemar. Qu’étais-je censée lui dire ? Il avait l’air dévasté. Me sentir mal est une chose, voir les autres souffrir, une autre. Je ne le supporte pas. Jamais il n’avait fait preuve de tant d’obstination pour quoi que ce soit, et j’ai compris que, sous aucun prétexte, je ne devrai lui révéler la vérité, elle le détruirait. Je suis déjà six pieds sous Terre, pas lui. Il a l’opportunité de passer à autre chose. En ne sachant pas la vérité, je le protège des répercussions que celles-ci engendreraient. Je le préserve de la souffrance. On peut s’imaginer bien des choses, mais une fois que nous y sommes confrontés, on se rend compte que la douleur est mille fois plus importante. Il n’y a qu’en vivant une situation que l’on peut réellement la comprendre.

Depuis des jours, je m’étais conditionnée, je ne pensais pas finir en larmes dans la rue. Préparée à toutes éventualités, à toutes sauf celle-ci. Je n’imaginais pas non plus me donner en spectacle devant des étudiants de la fac. J’ai cru que Josh n’allait pas lâcher l’affaire, que Logan continuerait à être lourd avec moi.

Heureusement qu’il est parti et Joshua également. Mais pour combien de temps ? Il l’a certifié lui-même, cette conversation n’est pas terminée. J’en ai les mains qui tremblent à cette idée. Je les planque comme je le peux dans les poches de mon manteau. Je dois faire peine à voir, pire que ça : pitié, et je hais ça.

Je m’en veux parce qu’à cause de ma stupidité, deux personnes ont physiquement été blessées. Je ne comprends pas bien pourquoi Lysandre a frappé Joshua. Néanmoins, ça a calmé sa nervosité que je ne parvenais pas à maîtriser. Lui qui a toujours été très calme jusqu’à aujourd’hui, je reconnais qu’une part de moi a eu peur de ce qu’il aurait pu faire dans sa quête de réponses.

Les sanglots me compriment la poitrine, je peine à retrouver ma respiration habituelle. Ma vue est trouble. Cela fait dix bonnes minutes que ça dure. Pendant une seconde, j’ai conscience de sa présence, puis la suivante, je replonge au fin fond de mes angoisses, de ma tristesse. Une chute vertigineuse à laquelle je ne m’attendais pas. Ai-je eu raison de reprendre contact avec Joshua ? En quoi cela a-t-il été bénéfique, à part de connaître la vérité tous les deux ? Du moins, en partie de son côté…

— Sky… me rappelle à la réalité la voix de Lysandre.

Une ribambelle d’eau s’écoule sur mes joues, je déglutis. Longuement, je souffle pour tenter de me calmer, avant de plonger à nouveau le regard dans le sien. À la recherche de réponses à des questions dont j’ignore tout, Lysandre me sonde. Je ne souhaite surtout pas qu’il m’en pose.

— Il va sans doute pleuvoir encore pour un moment et il fait froid. Cesse de pleurer ou tu vas finir déshydratée et malade.

— Si tu savais ce que je m’en fiche de ça, maugréé-je malgré moi.

Je me maudis de l’agresser. Je me confonds en excuses en rabattant mes paumes tremblantes et glacées sur mes cheveux trempés. Il a raison. Pour une fois… Je vais choper la mort. Pénélope va s’inquiéter, mes tantes, puis Jessie. Je m’en veux d’être un poids constant pour elles. Je suis comme un membre gangrené, inutile et mort. Un poison qui leur bouffe la vie, voilà ce que je suis.

— Ne pleure pas pour un homme qui n’en vaut pas…

— La peine, complété-je. Je sais, tu l’as déjà dit.

— Cela vaut aussi pour les menteurs et les baratineurs. Ils sont à mettre dans le même sac d’ordures et bons à foutre à la poubelle.

Ces mots ont le mérite de me faire rire nerveusement, la pression redescend subitement. C’est plus fort que moi, je sais pertinemment qu’ils n’ont pourtant rien de drôle.

— Allons boire un truc chaud avant que tu te mettes à éternuer. Je déteste la morve.

Comment ça “on” ?

Mes yeux le fusillent tandis qu’un petit sourire suffisant étire ses lèvres. Bien qu’il se veuille discret, je parviens facilement à le discerner malgré mes globes irrités par les larmes. Il se fiche de moi.

— Hors de question que j’aille me montrer dans cet état, je ressemble à une méduse qui se décompose. Je déteste ça, marmonné-je enfin entre mes dents.

— C’est une sacrée insulte pour les méduses ça, chuchote-t-il presque, je le dévisage toujours.

Enfoiré !

— On bouge, Sky. Ce n’était pas une question, somme-t-il, en croisant les bras sur son thorax.

Je n’aime pas le ton qu’il emploie avec moi, mais me garde bien de le lui dire, n’étant pas d’humeur à me battre. J’ai froid, je suis épuisée. Je souhaite seulement m’éloigner d’ici.

Aussi puisque pour l’heure j’ignore quoi faire tant mon esprit est embrouillé par le choc de ce qui vient se produire, je le suis bêtement jusqu’à sa voiture. Ce qui, je sais, au fond, n’est pas la meilleure idée étant donné qu’il se drogue, qu’il demeure tout à fait capable de rajouter une couche à ma tristesse avec des mots durs que je ne souhaite pas entendre.

Qu’est-ce qui cloche chez moi à cet instant pour me diriger vers la méchanceté personnifiée ? Il va me bousiller. Suis-je à ce point maso ?

Je m’assieds sur le siège de la Porsche Cayenne, la respiration traînante tant j’appréhende sa conduite. S’il roule comme un malade, je vous jure que je l’assomme avec mon sac pour reprendre le volant à mon tour !

Le contact du véhicule à peine enclenché, la radio se met à hurler, je tressaute de peur. Du bruit – et non de la musique – fait vibrer les enceintes et je vrille complètement. Je ne comprends rien à ce que ce pseudo chanteur hurle à s’en exploser les cordes vocales. Le rock ne me dérange pas, loin de là même, mais je suis plus branchée acoustique et rock alternatif que cette musique angoissante qui se dégage de sa radio. On dirait que le mec qui braille est en train d’essayer de traumatiser quelqu’un. Je crois qu’il réussit plutôt bien son pari ! Je le trouve effroyable.

Lysandre doit bien voir à ma tête que ce morceau n’est pas agréable pour mes oreilles puisqu’il le coupe d’un mouvement précipité. Lorsque le nouveau son de Katy Perry prend la relève, il grimace, en marmonnant entre ses dents : “Putain, pas celle-là ! ”. Hm, j’en déduis que la pop, ce n’est pas son truc.

— Où… Où va-t-on ? osé-je lui demander d’une voix un peu cassée, en jetant un bref coup d'œil dans sa direction.

Le silence me répond.

OK. Toujours aussi loquace et sympa, ironise ma conscience.

L’habitacle, uniquement rempli de nos respirations contenues, il soupire de temps à autre, comme agacé par quelque chose, mais j’en ignore les raisons. Il est sans doute simplement bougon, comme d’habitude. Je l’ai rarement vu de bonne humeur. Par chance, il conduit sans brusquerie, prêtant même attention au Code de la route. Ses gestes sont maîtrisés, plutôt raides, signe de sa nervosité. Est-ce ma faute ? À cause de ce qui est arrivé avec Joshua ? Est-ce un symptôme de manque ? J’essaie de ne pas m’en formaliser, malgré tout, cela m’inquiète. Le chemin que nous empruntons finit par m’éclairer sur notre destination, je suis surprise de découvrir que nous entrons sur sa propriété, ou plutôt l’endroit où il vit. Peu importe si les lieux lui appartiennent à lui ou même à ses parents.

Je suis juste étonnée qu’il nous ait conduits jusqu’ici. Surtout quand on sait combien il était furieux de m’y voir pour la première fois. Malgré la saison automnale bien entamée, la pelouse a été fraîchement tondue. Aucune feuille morte n’y traîne, le terrain est entretenu, plutôt vaste avec quelques bosses à l’horizon. Au loin de celui-ci, j’aperçois des aulnes poisseux et me demande ce qu’il y a là-bas derrière puisque je peine à le voir à cette distance. Peut-être une forêt ? Ce qui me fait davantage dire que les lieux sont immenses.

Une fois encore, je suis bêtement le mouvement et le vois s’immiscer au sein du manoir. L’étudiant bougon se déleste de son manteau et l’accroche dans un placard de l’entrée, puis me tend une main. Perdue entre les mille-et-une pensées qui me foudroient depuis tout à l’heure, je l’observe. Joshua, notre dispute, le poing de Lysandre sur son visage, le stress à son apogée, l’attitude étrange de l’étudiant ainsi que notre venue ici, chez lui… Je ne sais pas quoi penser de tout cela, je me sens affreusement vulnérable et pas d’humeur à affronter quoi que ce soit d’autre. Pourtant, je n’ai pas la naïveté de croire qu’entre nous, il n’y aura pas de conflit. Il y en a toujours. Encore une fois, pourquoi l’ai-je suivi, au juste ?

Deux longues minutes s’écoulent, il a disparu, je n’ose pas bouger, le souffle en suspens. Il revient avec un plateau contenant une cafetière dont un nuage de fumée s’échappe. Décontenancée en le voyant la déposer avec grâce sur la table, j’arque un sourcil. Si un jour on m’avait dit que je me ferais servir par monsieur le grognon, je n’y aurais pas cru !

— Pourquoi m’avoir amenée ici ?

— Tu poses toujours autant de questions ?

Une infime seconde, mes paupières se closent, je distingue mal s’il est de mauvaise humeur ou non. J’ignore si son ton est cassant. Raison de plus pour attester que je ne suis pas en état de tenir une quelconque conversation. Mes yeux me piquent, une boule me remonte le long de la gorge. Je vais pleurer, mes nerfs vont encore lâcher. La contrariété me fait aussi cet effet. Je déteste cela, surtout quand cela se produit dans des endroits inappropriés tels que celui-ci. Je ne suis pas du genre pleurnicharde ! Sauf peut-être quand mère Nature joue avec mes nerfs. Autant dire qu’aujourd’hui, j’ai le ticket gagnant !

M’apprêtant à opérer un quart de rotation pour cacher mon état émotionnel plus qu’instable, je réalise qu’il a, une fois de plus, quitté la pièce. Peu après, il revient en me tendant un sweat à capuche noir. La boisson fumante sur la table me transmet son effluve, elle me chatouille les narines. Gênée par ma fragilité non dissimulée, je détourne la tête.

— Loin de moi l’idée de profiter de la situation, en te demandant de te déshabiller pour prendre une douche chaude. Enfile juste ce pull avant de crever de froid, tu veux, me recommande Lysandre encore et toujours autoritaire.

Les pupilles relevées, je découvre qu’il se tient à tout juste trente centimètres de moi, l’intensité qui règne dans les siennes me coupe le souffle. À cet instant précis, je donnerais cher pour comprendre ce qui se trame dans sa tête, pour saisir pourquoi je suis ici, et à quoi il pense, là maintenant, tandis que son regard est orienté sur moi. Pourquoi même lorsqu’il se montre dur, j’y discerne également une certaine part de gentillesse ? Ma vulnérabilité parasite-t-elle mon interprétation des choses ? Qu’est-ce qui a changé ? Je débloque sûrement.

Mon cœur tremble au sein de ma poitrine. Son œillade et sa proximité me troublent. Il me tend le vêtement, mes doigts frôlent rapidement les siens en m’en emparant. Une faible décharge traverse mon corps et procure une impulsion électrique dans chacune de mes terminaisons nerveuses. Comme un shoot d’endorphine, je m’y accroche pour me sentir vivante, car j’ai la mort dans l’âme aujourd’hui, plus que les autres jours. Pathétique, je suis une mouche insignifiante pour lui. Sa froideur constante me le prouve. Même si dernièrement, j’ignore sur quel pied danser. Je ne sais jamais s’il a envie de me parler ou plutôt de me tuer. Cela peut sembler extrême, mais ses réactions le sont souvent.

Je suis encore en vie, je respire à nouveau. Mais pour combien de temps ?

 

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