Bodyguards Tome 4
6 - Jaxon
6
Jaxon
Je suis une femme, Jaxon. Et il est temps que tu en prennes conscience.
Je suis une femme, Jaxon. Et il est temps que tu en prennes conscience.
– … peux me passer les samossas ? Jax !
Je redresse la tête quand la voix de Lennon parvient à m’arracher de mes pensées.
– Oh, excuse-moi, dis-je en lui tendant le plat.
– Tout va bien ? s’enquiert mon meilleur ami.
– Évidemment !
Il hausse les épaules avant de se servir, puis il lance au reste de la tablée :
– Vous êtes toujours d’accord pour passer le week-end à New York ?
Nous acquiesçons tous vivement. Quitter Cape Cod pendant quelques jours après tous les drames survenus ces dernières semaines nous fera beaucoup de bien.
– J’ai déjà prévenu Dovie, elle est surexcitée, nous informe-t-il.
– Rassure-moi, elle ne va pas nous organiser la visite d’un musée de l’espace ? soupire Sawyer.
– Non, pas à ma connaissance, réplique Lennon. Mais même si c’était le cas, crois-moi, tu suivrais le mouvement sans rechigner.
– T’es hilarant quand il s’agit de Dovie, s’amuse Sawyer. Cette façon que tu as de montrer les dents…
– Je ne montre pas les dents…
– Si, mon frère.
– Peut-être, mais c’est parce que je veux qu’elle soit heureuse. Et si t’envoyer sur la Lune lui faisait plaisir, je l’aiderais moi-même à foutre ton cul dans une fusée.
Cruz et moi éclatons de rire.
– J’aimerais si possible qu’on ne l’envoie nulle part, intervient Scarlett, pourtant amusée. Maintenant que j’ai remis la main sur Sawyer, je le garde.
– On te le lègue, il fait tache dans notre héritage, lance Cruz. On devrait même te payer pour le supporter, Scarlett.
Cette dernière frappe doucement le bras de mon frère.
– Laisse-les parler, ma puce, ricane Sawyer. Ils sont jaloux parce que de nous trois, c’est moi qui ai la plus grosse bi…
Les exclamations s’élèvent de toutes parts, empêchant Sawyer de terminer sa phrase. Il n’en a pas eu besoin, tout le monde sait parfaitement ce qu’il allait dire.
Une fois que les triplés cessent leur battle de punchlines, le dîner se déroule dans une ambiance légère comme nous n’en avons pas connu depuis longtemps.
– Au fait, Billie, commence soudain Eve en repoussant son assiette, dont Cruz s’empare sans se faire prier, ce matin j’ai aperçu le garçon qui est venu te chercher au manoir… Il est très mignon ! C’est ton petit ami ?
Je me tends imperceptiblement et je perds l’appétit sur-le-champ. Je jauge Billie du regard, tandis que les triplés la détaillent également. Elle semble gênée quelques secondes avant de répondre, désinvolte :
– C’est Austin. Nous ne sortons pas ensemble, mais c’est vrai qu’il est mignon.
– Et tu penses qu’il peut se passer quelque chose entre vous ? demande la mannequin.
J’attends la réponse de Billie, le poing crispé autour de ma fourchette. Eve doit sentir la tension ambiante, perceptible à la mine morose des triplés et à mon regard sombre, car elle ajoute :
– Est-ce que j’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas ?
– Ce n’est rien, Eve, lui répond Billie. Les hommes de cette famille ont décidé dès ma naissance qu’ils ne voulaient pas entendre parler de petit ami me concernant. Ils espèrent que je finirai ma vie seule…
– C’est faux, Billie, la coupe Lennon. On ne veut pas que tu restes célibataire éternellement, on se dit simplement que tu as le temps de trouver quelqu’un de bien, qui te correspondra et qui…
– Et qui vous plaira ! Mais je m’en fiche ! Ce que je veux, c’est que l’homme qui partagera ma vie me plaise, à moi !
– Donc tu vas sortir avec Austin ? déduit Cruz.
Cette conversation commence à m’être insupportable à suivre.
– Est-ce que ça poserait problème ? rétorque Billie, à bout de patience.
– J’aurais mieux fait de me taire… marmonne Eve.
– Bien sûr que non, tu n’as rien dit de mal, la rassure Cruz.
– Vu vos têtes, ce n’est pourtant pas l’impression que ça donne, gronde Billie.
– Vous en faites un drame alors que ce n’est pas nécessaire, intervient Scarlett. Votre sœur a parfaitement le droit d’avoir quelqu’un dans sa vie.
– Bien sûr, réplique Sawyer, mais on veut la protéger et être sûrs qu’elle ne va pas tomber sur un mec qui lui brisera le cœur.
– Ça, vous ne pourrez jamais en être à cent pour cent certains, déclare Billie.
– Dis-nous juste si tu comptes sortir avec Austin, lui lance Lennon. Dans ce cas, on se fera un plaisir de le rencontrer.
Non… Pas ma Billie dans les bras d’un autre…
Elle s’esclaffe et lâche :
– Il n’est pas question que je vous le présente, parce que je sais que vous allez le…
– Tu vas sortir avec lui, oui ou non ? je m’écrie.
Le silence se fait brutalement dans la salle à manger et toutes les têtes se tournent vers moi. Je suis moi-même surpris de la véhémence avec laquelle j’ai posé ma question. Mais je ne détourne pas mon regard de Billie : j’ai besoin qu’elle me réponde. Ce qu’elle fait, avec calme, au bout de quelques instants :
– Non. Austin est mon ami, c’est tout.
Cette affirmation devrait me soulager, pourtant c’est tout le contraire. Parce que je me rends compte que je viens de m’afficher devant tout le monde…
– Jax, je te trouve vraiment tendu, aujourd’hui, avance Sawyer.
– Je ne le suis pas… je grogne.
– T’es sûr ?
– Bon, j’ai besoin d’aller faire un tour, dis-je en faisant racler ma chaise sur le sol.
Traversant la pièce de vie, j’attrape les clés de la Bugatti sur le meuble de l’entrée et je quitte le manoir.
– Jaxon !
– Putain, je grogne, la main sur la poignée de la portière, lorsque je reconnais la voix de Billie qui déchire la nuit.
Sans me retourner, je lui lance :
– Rentre à la maison !
– Non !
Elle se plante à côté de moi, m’obligeant à lui faire face pour la regarder.
– Qu’est-ce que tu as, pourquoi est-ce que tu as réagi de cette façon ? me demande-t-elle.
– Combien de fois est-ce qu’il faudra que je me répète ? Tout va bien.
– Je ne te crois pas. Tu n’étais pas aussi énervé en venant me chercher à la fac.
– Pour l’amour du ciel, Billie… S’il te plaît, laisse-moi monter dans cette voiture.
– Non ! Je veux savoir ce qui se passe. Pourquoi tu as l’air de m’en vouloir, tout à coup ?
J’inspire en me pinçant l’arête du nez, puis je ferme les yeux.
– Jax… murmure-t-elle en posant une main sur mon bras.
Je rouvre les paupières et détaille son visage quelques secondes, avant de doucement me défaire de sa prise.
– C’est vrai, j’ai réagi comme un abruti pour absolument aucune raison, je déclare alors. C’est juste que, comme l’a dit Lennon, on veut que tu rencontres quelqu’un de bien, quelqu’un qui sera parfait pour toi… alors si tu penses que c’est cet Austin, tente ta chance.
Billie me dévisage, les sourcils haussés, la bouche entrouverte. Ses yeux bleus me sondent et je fais tout pour rester le plus stoïque possible. Le problème de la relation fusionnelle que nous entretenons, c’est qu’elle la rend capable de lire en moi avec une facilité déconcertante…
Nom de Dieu, arrête de me regarder de cette façon, Billie.
– D’accord… dit-elle finalement, tout bas. Donc, si je vous présentais un garçon, ça ne te poserait pas de problème ?
Que répondre à ça ? Certainement pas la vérité.
– Je ne demande rien d’autre pour toi que quelqu’un qui t’aime et te respecte. Si un jour tu le trouves, alors je l’accueillerai les bras ouverts.
Billie me dévisage pendant encore quelques secondes, avant de baisser la tête.
– Très bien, murmure-t-elle.
Elle se décale de quelques pas, me laissant l’accès à ma portière. Je l’ouvre et m’installe au volant de la Bugatti. Au moment où je démarre le moteur, elle me demande à travers la vitre baissée :
– Où est-ce que tu vas ?
– Boire un verre, je réponds.
– Et est-ce que… est-ce que je t’attends pour dormir ?
– Pas la peine, je rentrerai tard. Bonne nuit, Billie.
Puis j’enclenche la marche arrière comme si j’avais le diable aux trousses et je passe les grilles du manoir. Je n’ai pas fait plus de cent mètres lorsque je décide de me garer sur le bas-côté pour relâcher le soupir coincé dans mes poumons.
Et merde. Je m’en veux tellement de ne pas avoir réussi à garder mon calme lorsque le pote de fac de Billie a été évoqué… Et je m’en veux encore plus d’avoir été froid avec elle. C’est une triste première…
Après avoir repris mes esprits, je décide que j’ai besoin de me vider la tête. Et très vite, je trouve avec qui j’ai envie de passer le reste de cette soirée. Une personne qui sera toute disposée à m’aider à me changer les idées.
Je prends mon téléphone, compose un numéro et souris lorsque j’entends une voix douce me susurrer :
– Allô ?
– Bianca ? C’est Jaxon… Ça te dirait qu’on termine ce qu’on avait commencé la dernière fois au club ?
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