Bodyguards Tome 4
37 - Jaxon
37
Jaxon
Ce matin, j’ai l’étrange impression d’avoir une gueule de bois. Il faut dire que le mal de crâne que je me traîne est bien réel, mais j’aurais préféré qu’il soit la conséquence d’une soirée trop arrosée plutôt que du coup de poing que m’a assené Lennon.
Comme Billie, j’ai du mal à croire que nous en soyons arrivés là, mais je ne peux pas dire que je n’ai pas été prévenu : la sœur des triplés était intouchable et j’ai quand même posé mes mains sur elle. À moi d’en assumer les conséquences.
– Comment tu te sens ? me demande-t-elle justement en sortant de la salle de bain, prête à démarrer sa journée.
– Ça devrait être interdit d’être aussi sexy dès le matin, je réplique en l’attirant contre moi.
Je capture sa bouche tout en faisant glisser mes mains le long de son dos, jusqu’à ses fesses incroyablement mises en valeur par sa petite jupe en daim.
– Jaxon, ta lèvre, proteste-t-elle mollement.
– Ne t’occupe pas de ça, je lui réponds dans un grondement, en poursuivant notre baiser.
Je sens Billie sourire contre moi et c’est tout ce qui compte : que rien ne vienne assombrir notre moment. J’accepte déjà difficilement que la soirée de sa première fois ait été gâchée, alors je suis bien décidé à tout faire pour qu’elle soit le moins touchée possible par l’ambiance électrique qui va, je le crains, s’installer entre ses frères et moi.
Lorsque nous pénétrons tous les deux dans la salle à manger pour prendre notre petit déjeuner, Cruz et Sawyer sont déjà attablés, avec Scarlett et Eve. Après ce qui s’est passé hier soir, la mannequin est revenue en urgence de New York. Je n’ose imaginer l’état dans lequel doit se trouver Dovie, coincée là-bas en sachant Lennon fou de rage.
Eve et Scarlett sourient tendrement en nous voyant main dans la main. J’apprécie le soutien silencieux qu’elles nous communiquent : en revanche, mes frères semblent moins enthousiastes. Malgré tout, Billie et moi prenons place à table.
Le petit déjeuner commence dans un étrange silence, et je dois l’admettre, je suis chagriné de savoir que je suis la cause de ce changement.
– Au risque de mettre les pieds dans le plat, finit par lâcher Scarlett, personne n’est mort, il me semble ?
Elle se tourne vers Cruz et Sawyer pour ajouter :
– Jaxon et Billie s’aiment ! Ils n’ont enfreint aucune règle, aucune loi, je ne comprends pas ce que vous leur reprochez. Et puis, sérieusement, vous n’avez vraiment rien vu venir ?
– Tu étais au courant ? l’interroge Cruz.
– Personne ne savait, chéri, le tempère Eve, mais Scarlett a raison : leur couple n’est pas une surprise, en tout cas ni pour Scarlett, ni pour Dovie, ni pour moi.
Elle se tourne ensuite vers nous avec un sourire amical pour nous assurer :
– Je trouve que vous êtes faits pour être ensemble et je vous souhaite beaucoup de bonheur.
– Merci, Eve, dis-je en serrant la main de Billie dans la mienne, parce que je la sens à fleur de peau.
Ses yeux rougis me donnent envie de la prendre avec moi pour l’éloigner d’ici. À la place, je continue de caresser sa paume en espérant lui apporter assez de réconfort. Un geste qui n’échappe ni à Cruz, ni à Sawyer.
– Bon, ça suffit les conneries ! déclare ce dernier en jetant sa serviette sur la table et en se levant.
Il quitte sa place et fonce droit vers moi. Immédiatement, je me lève, prêt à lui faire face. Cruz aussi semble s’inquiéter de la réaction de son frère puisqu’il lui emboîte le pas et plaque une grande main sur son épaule. Face à face, Sawyer et moi nous dévisageons pendant de longues secondes sans rien dire. Puis, d’un coup, il m’attire dans une accolade bourrue en grommelant :
– Traite-la bien !
– Toujours, je réponds.
Un poids immense quitte mes épaules à l’instant ou je comprends que c’est sa manière de me signifier qu’il accepte la relation entre Billie et moi. Je lui rends son accolade puis je croise le regard de Cruz, qui sourit.
– J’ai bien cru que plus jamais on ne se prendrait la main pour chanter Kumbaya en famille, lâche-t-il.
À son tour, il m’attire contre lui et nous nous tapotons l’épaule comme deux imbéciles.
Soudain, un reniflement se fait entendre. Je pivote et je découvre non seulement Billie en train d’éponger ses larmes, mais aussi Scarlett et Eve les yeux brillants d’émotion.
– Vous n’êtes qu’une bande d’abrutis, nous lance ma petite amie.
– Normal, on est tes frères, réplique Cruz. Et lui, il est… ton mec.
Sawyer grimace.
– Hm hm, c’est encore trop tôt pour ça.
– T’as raison, l’appuie Cruz en retenant un frisson de gêne, ce qui me fait lever les yeux au ciel.
Lorsque nous reprenons notre petit déjeuner, l’ambiance s’est nettement améliorée. Seulement, je ne peux pas faire comme si la chaise vide en bout de table ne m’atteignait pas.
– Comment va Lennon ? je demande, les yeux rivés sur ma viennoiserie.
Pendant un court instant, seul le silence me répond, puis Cruz se jette à l’eau :
– On ne l’a pas vu ce matin. Quand on s’est levés, il était déjà parti à l’institut.
Je relève la tête juste à temps pour voir le coup d’œil que Sawyer et lui échangent.
– Qu’est-ce qui se passe ? je les interroge aussitôt.
– Laisse tomber, Jax, me renvoie Sawyer.
– Dites-moi ! j’insiste.
Les filles sont pendues à leurs lèvres, elles aussi. Sawyer soupire, termine son café, puis annonce :
– On n’a pas vu Lennon, mais il nous a envoyé un message à tous les deux. Il nous demande de t’informer que l’agence Westwood t’accorde quelques jours de congés.
Je me fige.
– Qu’est-ce que… commence Billie.
– Il me vire ? je m’écrie.
– Évidemment que non, m’assure Cruz. C’est juste que Lennon a décidé…
– De me mettre au repos forcé, je termine.
– C’est juste l’affaire de quelques jours, m’explique Sawyer. Le temps qu’il digère la relation entre Billie et toi.
– Mais il n’y a rien à digérer ! explose ma petite amie en se levant. Lennon n’a pas le droit de faire ça à Jax. Bon sang, je jure qu’il va m’entendre.
– Billie ! je l’arrête en posant ma main sur son bras. Ce n’est pas grave.
– Bien sûr que ça l’est ! éructe-t-elle.
– Non, vraiment… Ne va pas voir ton frère pour essayer de plaider ma cause. Laisse-le encaisser, je suis sûr que tout ira bientôt mieux.
La mine triste, Billie passe ses bras autour de ma taille et dépose un tendre baiser sur mes lèvres. Je fais abstraction des grondements de Sawyer et Cruz et me concentre sur elle. Son inquiétude crève le plafond…
– Tout va s’arranger, je répète. En fait, plus j’y pense, plus je trouve que ces congés sont les bienvenus. Ça fait longtemps que je n’avais pas pris de vacances, ce sera l’occasion. Comme ça, je pourrai t’emmener et venir te chercher tous les jours à la fac, et on passera encore plus de temps ensemble.
Billie n’est pas dupe : elle voit bien que j’essaye d’enjoliver la vérité. Au fond de moi, je suis blessé d’être exclu de mon job que j’aime tant ; plus que tout, ça me fait mal d’être mis à l’écart par mon meilleur ami.
Mais si c’est le prix pour qu’il accepte que Billie et moi sommes ensemble, alors je suis prêt à le payer.
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