Bodyguards Tome 4
23 - Jaxon
23
Jaxon
Le lendemain, nous profitons déjà de notre dernière journée à New York.
Dès le réveil, j’ai su qu’il allait m’être difficile de résister à l’envie d’embrasser Billie à la vue de tous. Je me sens soulagé d’avoir enfin osé lui avouer ce qui me pesait… mais depuis hier soir, un nouveau sentiment s’est logé en moi : la culpabilité. Cacher notre début de relation aux triplés me met mal à l’aise. J’ai l’impression de leur mentir, de les trahir… alors que, comme l’a si bien fait remarquer Billie, nous ne faisons rien de mal.
Personne ne peut me reprocher d’être tombé amoureux d’elle, pour la simple et bonne raison que personne ne peut prévoir à l’avance vers qui son cœur va pencher.
Est-ce que j’aimerais ne jamais avoir fait la promesse de me tenir éloigné d’elle ?
Oui.
Est-ce que j’aurais préféré être attiré par quelqu’un d’autre ?
Non.
Est-ce que j’ai la possibilité de changer le passé ?
Non plus.
Alors pour l’instant, je m’en tiens à ce que j’ai décidé : démarrer ma relation avec Billie en douceur, profiter d’elle, de nous, apprendre à l’aimer et à la découvrir d’une autre façon. Ensuite ? Pour l’instant, je préfère ne pas y penser et prendre les choses comme elles viennent.
Un battement de cœur après l’autre.
Après un brunch matinal, les filles sont allées faire du shopping, puis nous avons visité quelques lieux mythiques de New York tous ensemble. Une fois rentrés à l’appartement, nous avons choisi de nous faire livrer notre dîner plutôt que de sortir au restaurant, histoire d’éviter une autre émeute. Enfin, pour ce soir, Dovie nous réserve une surprise, qu’elle est tout excitée de nous dévoiler.
Vers vingt-deux heures, elle prend Voldemort dans ses bras et nous invite à grimper sur le rooftop.
– Quand on a décidé de passer le week-end dans l’appartement d’Eve, je lui ai demandé si je pouvais apporter un petit quelque chose… Vous êtes prêts ? Tada ! s’exclame la rouquine, tout sourire.
La porte en métal qui mène vers l’extérieur s’ouvre… et ce que nous voyons nous ébahit. D’épaisses couvertures sont installées sur le sol, et un grand télescope trône au centre du cercle qu’elles forment. Fixées sur le muret qui entoure la terrasse, des guirlandes lumineuses clignotent doucement, apportant de la douceur à l’endroit.
– On va observer les étoiles ! nous annonce Dovie.
Dans ses bras, Voldi bat furieusement des pattes. Fébrile, il saute par terre et fonce sur les plaids en aboyant joyeusement.
– Comment as-tu fait pour préparer tout ça ? je demande à la jolie rousse.
– Le concierge de l’immeuble m’a aidée. D’ailleurs, ajoute-t-elle en se tournant vers Cruz, tu sais pourquoi il avait l’air soulagé que tu ne sois pas dans le coin quand je suis allée lui parler ?
– Barry et moi avons une relation compliquée, répond-il en haussant les épaules.
– Je vois… Bon, allez, approchez ! reprend Dovie. J’ai des choses à vous montrer, ce soir.
Nous nous installons tous sur les couvertures. Billie prend naturellement place à côté de moi et nous nous jetons un coup d’œil discret. Pendant ce temps, Dovie s’empare d’un sac posé à côté du télescope et elle en sort des casques de réalité virtuelle qu’elle nous distribue, les joues roses d’excitation.
– Je les ai empruntés au GISS, nous explique-t-elle. Ils sont reliés au télescope et vous permettront de voir ce que je verrai. Allongez-vous, maintenant. Toi aussi, Lennon.
– Je préfère te tenir compagnie, grogne-t-il.
– D’accord, mais je veux quand même que tu mettes ton casque. Tout le monde est prêt ?
Nos écrans s’allument, et devant nous apparaît le ciel new-yorkais. Il est étonnamment dégagé, ce qui signifie que le logiciel est réglé pour faire abstraction de la pollution et des nuages. Autour de nous, des milliers de petits points lumineux scintillent.
Soudain, la vue bouge : je comprends que Dovie déplace le télescope vers la gauche.
– Je pense que vous allez facilement reconnaître cette demoiselle, déclare-t-elle.
Après un zoom, la Lune nous apparaît… immense. L’image est si nette qu’elle est saisissante. Nous distinguons parfaitement les cratères qui recouvrent l’astre nocturne. Il est si imposant que, pendant un instant, il donne l’impression de pouvoir nous tomber dessus à tout moment.
– C’est magnifique, réagit Scarlett, exprimant le sentiment général.
Dovie continue son exploration et, après la Lune, c’est sur une nouvelle zone du ciel qu’elle zoome.
– Les amis, je vous présente Jupiter, claironne-t-elle.
Pendant plusieurs minutes, elle nous fait « visiter » l’univers. Vénus la passionne particulièrement, et je suis une fois de plus fasciné de constater à quel point cette fille en a dans le cerveau.
– Vous vous souvenez de ce que je vous ai offert pour votre anniversaire, les triplés ? lance-t-elle ensuite, tandis qu’elle tourne le télescope dans une autre direction.
Un murmure d’assentiment parcourt les frères Westwood.
– Tu nous as acheté une étoile chacun, répond Sawyer.
– Exactement. Je vous présente donc Cruz, déclare Dovie joyeusement en se fixant sur un point scintillant.
– Putain, ce que je suis beau, s’exclame l’intéressé.
– Ça, c’est sûr, acquiesce Eve.
– Juste en face, reprend Dovie, nous avons Sawyer.
– Je suis plus visible que Cruz, commente-t-il, satisfait.
– Ensuite, voici Jaxon.
Je me redresse et retire mon casque pour regarder Dovie.
– Mon anniversaire n’est pas encore passé, je fais remarquer. Tu m’as dit que tu me réservais mon étoile pour ce jour-là.
– Eh bien, tu as ton cadeau un peu en avance, réplique la rouquine. J’étais trop heureuse que vous vous rencontriez tous les deux, je n’ai pas pu attendre.
Je lui souris avant de lui envoyer un baiser et de me rallonger.
– C’est moi ou Jaxon est plus beau que Sawyer et Cruz ? avance Billie à ma droite.
– Ingrate, lui renvoie Cruz. Dénigrer ta propre famille…
– Le meilleur pour la fin… termine Dovie. Mesdames et messieurs, voici la magnifique Lennon.
– WOUAF !
L’aboiement de Voldi en entendant le prénom de son maître me fait ricaner.
– Oui, mon grand, c’est l’étoile de papa, gazouille Dovie. C’est la plus belle, la plus grande, la plus brillante…
Mon Dieu… Cette fille est complètement accro.
D’ailleurs, je crois bien entendre une sorte de ronronnement mêlé à un grondement qui ne peut provenir que de mon meilleur ami. Heureusement que j’ai remis mon casque : je suis bien content de ne pas assister au spectacle qu’ils doivent renvoyer.
– Je ne critiquerai plus jamais l’astrologie, intervient Sawyer.
– L’astronomie, le corrige Dovie. L’astrologie, c’est l’étude de la prétendue influence des corps célestes sur les humains. Attendez, ce n’est pas terminé.
Elle dézoome un peu.
– Je n’ai pas choisi ces étoiles par hasard, poursuit-elle. Elles sont situées de telle sorte qu’elles forment un carré. En d’autres termes, vous êtes liés dans l’univers comme dans la vie.
Sa dernière phrase provoque un court instant de silence… jusqu’à ce que la voix de Cruz s’élève :
– Épouse-la, Lenny. Si tu ne fais pas d’elle une Westwood, je m’en chargerai. Ne le prends pas mal, chérie.
– Tout va bien, s’amuse Eve. Après cette soirée, moi aussi je crois que j’ai envie de me marier avec Dovie.
– Je pense qu’il va falloir prévoir une cérémonie de groupe, renchérit Scarlett.
Nous rions tous.
– Pas touche, nous arrête Lennon. Dovie est à moi. Allez viens, mon petit génie, on va observer le ciel tous les deux.
Je devine qu’ils s’allongent sur les couvertures lorsqu’un bruissement me parvient aux oreilles. C’est alors que Billie glisse sa paume contre la mienne.
Je me fige.
À quoi elle joue ?
Je retire ma main et mon casque pour me tourner vers elle. Sentant probablement mon regard qui la détaille, elle fait de même avant de jeter un œil au reste du groupe. Voyant qu’ils sont tous occupés à contempler la voûte étoilée, elle se rapproche de moi pour déposer un baiser silencieux sur mes lèvres.
Je reste un instant interdit. Il est clair que Billie a envie de jouer avec le feu… et je crois bien que l’idée me séduit. M’assurant à mon tour que les autres sont occupés, je plaque une main sur sa nuque et l’attire contre moi, tandis que les siennes se posent sur mon torse avant de descendre sur mes hanches.
Retrouver le goût de sa bouche après une journée entière sans avoir pu l’approcher, c’est exquis…
S’embrasser silencieusement n’est pas chose facile, surtout quand le baiser est si bon qu’il me donne envie de renverser Billie sur la couverture. L’idée que nous puissions nous faire prendre a quelque chose d’excitant. Je sais que si les autres nous voyaient, cela provoquerait un cataclysme, mais pour l’instant, je m’en fiche. Billie a ce pouvoir sur moi, celui de me faire tout oublier.
Tout de même, alors que je mordille sa lèvre et que je sens son souffle devenir plus lourd, je recule, puis je lui fais un clin d’œil et lui souris, satisfait de voir sa poitrine se soulever rapidement.
– WOUAF !
L’aboiement soudain de Voldemort vient briser la quiétude de la nuit… et soudain, tout bascule. Nous avons à peine le temps de nous redresser que le bouledogue s’élance à toute vitesse sur ses courtes pattes et prend en chasse un groupe de quatre pigeons qui roucoulaient tranquillement sur le muret qui entoure le rooftop. Remonté à bloc, il traverse la terrasse en long et en large, déterminé à avoir de la volaille pour le dîner. Mais les oiseaux semblent s’amuser de la situation, surtout l’un d’entre eux qui se distingue par son audace. Il volette au-dessus de la tête de Voldemort qui bondit, gueule ouverte.
– Vas-y, attrape-les, Voldi ! s’écrie Sawyer. Montre-leur qui est le chef.
– Voldi, arrête, le contredit Dovie. Laisse ces pigeons tranquilles, nous sommes contre la violence…
Mais le bouledogue est apparemment décidé à embrasser une vie de criminel et à régler leur compte aux volatiles.
– Je le dis depuis le début, que ce chien est possédé par Belzébuth, intervient Cruz.
– Il n’est pas possédé, le défend Dovie. Il a son petit caractère, c’est tout.
– Tu l’as appelé Voldemort, je lui rappelle. Tu t’attendais à quoi ?
– Je le trouve mignon même comme ça, réagit Billie, ce qui me fait lever les yeux au ciel.
– WOUAF !
Entre aboiements et grognements, le chien ne sait plus où donner de la tête. C’est alors que le pigeon kamikaze en personne vient se poser près de Scarlett… et il s’en faut de peu que Voldi ne la piétine.
– Bon, ça suffit ! soupire Lennon.
Il place ses doigts sous sa langue et pousse un sifflement strident. Voldemort s’arrête net. Mon frère s’approche alors de lui et, d’un geste souple, le soulève dans ses bras.
– Je le rentre, nous informe-t-il. On t’attend dans la chambre, Dovie. Bonne nuit, tout le monde.
– J’arrive, s’empresse de dire sa petite amie.
– Merci pour cette soirée, Dovie, lui lance Billie. C’était une super idée.
L’intéressée lève ses deux pouces en l’air avant de disparaître à la suite de Lennon. Il ne faut pas longtemps pour que Sawyer propose à Scarlett de rentrer également.
– Et si on allait se coucher nous aussi ? suggère Cruz en attirant Eve contre lui.
– Oh, mais on ne va pas laisser Jax et Billie tout ranger ! réplique-t-elle.
– Pas de souci ! réagissons-nous à l’unisson.
Puis je reprends plus calmement :
– On s’en occupe, ne vous inquiétez pas.
– Merci, mon frère, me lance Cruz.
Il embrasse le front de sa sœur puis quitte le toit, main dans la main avec Eve. Billie et moi nous retrouvons seuls… et je me tourne vers elle au ralenti. Elle a l’audace de se mordre la lèvre inférieure, comme si elle savait qu’elle avait fait une bêtise.
– Alors comme ça, tu aimes vivre dangereusement, je lui fais remarquer en m’approchant pas à pas.
– Désolée, répond-elle, n’ayant pourtant pas du tout l’air de l’être.
J’inspire profondément et m’arrête devant elle, la surplombant de ma haute taille.
– Tu ne vas pas me rendre la vie facile, n’est-ce pas ?
– Disons que je me suis languie de toi bien trop longtemps pour continuer à refréner mes envies… et c’est toi que je désire, Jaxon Perry.
Bon Dieu…
Billie me désarme totalement. Même si j’ai envie d’elle depuis longtemps, je ne l’avais jamais imaginée en séductrice. Il se trouve en fait que c’est une femme confiante et qu’elle n’a pas peur de dire ce qu’elle ressent au moment où elle le ressent.
– Viens, murmure-t-elle en prenant ma main.
Elle nous incite à nous rasseoir sur les couvertures, sauf que cette fois elle prend place à califourchon sur mes cuisses. La réaction de mon corps ne se fait pas attendre. Des fourmillements parcourent mes mains, encore plus lorsque Billie s’empare de mon visage et qu’elle pose son front contre le mien.
– Tu es beau… souffle-t-elle.
Ma gorge se serre.
– Et tu sens bon… ajoute-t-elle. Tu sais, je pourrais reconnaître ton parfum entre tous.
– Billie… dis-je en l’enlaçant.
– J’ai souvent rêvé de toi. Je me demandais comment c’était de t’embrasser…
– Et alors ?
– C’est pas mal, lâche-t-elle en haussant les épaules.
– Ah oui ?
Je plaque mes lèvres sur les siennes dans un baiser brûlant. Elle s’agrippe à moi et rapproche un peu plus nos bassins. À nouveau, mon corps s’emballe.
Il est impossible que Billie ne sente pas l’excitation qui enfle dans mon pantalon.
– C’est mieux que tout ce que je m’étais imaginé, finit-elle par admettre, lorsque je libère sa bouche.
– Je préfère ça.
Plongé dans son regard, j’oublie un instant tout le reste. Cependant, mes mains, elles, ne perdent pas le nord et glissent des reins de Billie jusqu’à ses fesses.
– J’aimerais qu’on parle de ça… fait-elle alors.
Je fronce les sourcils, elle précise donc :
– Du sexe.
Eh merde !
Comment un petit mot composé de seulement quatre lettres peut-il me faire un tel effet ?
En fait, je crois que c’est la bouche qui le prononce qui me met dans tous mes états.
– Je t’écoute.
Billie me dévisage un instant. Soudain, elle rougit et baisse la tête, avant de prendre une longue inspiration.
– Je suis vierge, m’avoue-t-elle ensuite du bout des lèvres.
Putain…
Interdit, je la fixe, incapable de prononcer le moindre mot.
C’est impossible !
Je n’arrive pas à y croire. Parce que je me souviens parfaitement d’une conversation que les triplés et moi avons eue avec Billie il y a quelques mois, au cours de laquelle elle nous a jeté au visage qu’elle avait des relations sexuelles, nous laissant en choc post-traumatique. Alors…
– Tu ne dis rien ?
Ressaisis-toi, Jax.
– Je… mais tu avais dit que…
– J’ai menti, lâche Billie. J’en avais marre que mes frères me considèrent comme une petite chose précieuse à préserver et que tu me voies comme une enfant, c’est pour ça que j’ai dit ça. Je voulais devenir une femme à tes yeux.
Bon sang. Je réalise à quel point je lui ai fait de la peine sans le vouloir au cours de toutes ces années.
– Donc tu n’es jamais sortie avec quelqu’un ? je devine.
– Si, me répond-elle. J’ai eu quelques flirts au lycée et plus récemment, j’ai eu deux petits copains à l’université, mais chaque fois qu’on s’apprêtait à passer à l’étape supérieure, quelque chose me bloquait… Je sentais que ça n’allait pas, que je voulais quelqu’un d’autre… Toi.
Mon cœur fait un bond dans ma poitrine.
– Ne panique pas, s’il te plaît, plaide Billie. Maintenant qu’on a décidé de se mettre ensemble, je devais te le dire. Parce que ce sera toi, Jaxon. Je veux que tu sois ma première fois, je le veux depuis toujours.
Ses révélations me clouent sur place et elles déclenchent des sentiments puissants en moi. L’idée d’être le seul homme à connaître son corps, le seul dont elle veuille et dont elle puisse être amoureuse, me fait tourner la tête.
– Billie, je murmure en frottant mon nez contre le sien. Tu ne peux pas t’imaginer ce que tes mots me font, là. Le fait que tu me trouves assez bien pour me réserver cet honneur…
Je pose mes lèvres contre son front, l’embrassant plusieurs fois d’affilée.
– On se connaît par cœur, toi et moi, je reprends, mais pas en ce qui concerne le sexe, alors il est hors de question que je brûle les étapes. On ira à ton rythme. C’est toi qui me diras ce que tu veux et quand tu le veux. Et je te promets que je ferai les choses comme il faut.
– Je n’en doute pas.
Elle passe ses bras autour de ma nuque et blottit son visage contre mon cou avant de me souffler :
– Je suis contente de te l’avoir dit.
Mon étreinte se resserre autour d’elle. Après cette confession, je crois que j’ai envie de la greffer à moi. Billie a une totale confiance en moi, au point de m’offrir quelque chose qu’elle a refusé à tous les autres…
Je prends alors conscience que, même si nous décidons d’avancer pas à pas dans notre relation, nous sommes déjà allés trop loin pour revenir un jour en arrière.
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