Bodyguards Tome 4
20 - Billie
20
Billie
– … on sera prêtes dans quarante minutes au maximum.
Scarlett ferme la porte de la chambre d’Eve et nous regarde, un sourire malicieux aux lèvres.
– Les filles, ce soir, on va faire la fête ! annonce-t-elle. Dès que j’ai su qu’on venait à New York, je me suis renseignée sur les endroits branchés de la ville et j’ai entendu parler d’un club dans lequel l’ambiance est apparemment dingue.
– Comment il s’appelle ? demande Eve.
– Le Lola’s Place, répond Scarlett, surexcitée. Tu connais ?
Eve penche la tête sur le côté et se pince les lèvres.
– Quoi ? je lui lance.
– Non, rien. C’est vrai que j’ai entendu dire que l’atmosphère y est… électrique.
Elle ne nous en dit pas plus, mais elle semble tout de même amusée.
– Imaginez ça, poursuit Scarlett. De la musique, des cocktails et des artistes qui montent sur scène au cours de la soirée pour une représentation inédite dont on ne sait rien à l’avance.
– Tant qu’il y a des margaritas, je suis partante, déclare Dovie.
– Tu pourras en commander autant que tu voudras. Au départ, je pensais qu’on se ferait une soirée entre filles, mais j’aurais dû me douter que les garçons chercheraient à être de la partie.
– Ne t’inquiète pas pour eux, Scarlett, intervient Eve. Je suis certaine qu’ils vont passer un moment mémorable. Et d’ailleurs, pour celles qui le veulent, n’hésitez pas à vous servir dans mon dressing. Vêtements, accessoires, sacs, chaussures, prenez ce qui vous plaît.
Nous la dévisageons un instant, perplexes.
– Je suis sérieuse, ajoute-t-elle.
– Eve, commence Dovie, tu possèdes des robes de créateurs… La plupart d’entre elles valent plus que le loyer de mon appartement actuel.
– Et alors ?
– Alors on risque de les abîmer, je complète. Et si on renversait un verre dessus ?
– Ce ne sont que des vêtements…
Depuis que je la connais, le côté terre-à-terre et humble d’Eve m’a toujours positivement étonnée. Seulement, étant donné son statut d’icône depuis nombreuses années, je ne suis pas surprise qu’elle se soit malgré elle habituée au luxe et à l’abondance et que des habits qui coûtent plusieurs milliers de dollars ne représentent plus pour elle qu’une bagatelle. Face à notre silence, elle nous dévisage une par une, avant de nous confier :
– Vous savez, je n’ai pas eu une adolescence comme les autres. Je n’ai pas participé à des soirées entre filles ni aux préparations qui se font souvent avant ça. Il m’est arrivé de partager quelques moments de complicité avec ma sœur, mais elle ne fait plus partie de ma vie désormais, alors… ça me fait plaisir de vous avoir toutes ici.
Le sourire de la mannequin est tendre, mais ses yeux sont brillants. J’observe Dovie et Scarlett en coin : comme moi, elles sont soudain submergées par l’émotion.
– Depuis que je suis avec Cruz, reprend Eve, j’ai l’impression de faire enfin partie d’une vraie famille. J’espère qu’au fil du temps nous deviendrons des amies… des sœurs… C’est pour cela que je suis heureuse de partager ce que j’ai avec vous. C’est ma façon de vous remercier de m’avoir acceptée au sein du clan.
À peine s’est-elle tue que je m’avance vers elle, bras ouverts, pour la serrer contre moi.
– Après avoir passé toute ma vie avec mes frères, j’ai hâte d’avoir des sœurs pour changer, lui dis-je.
Nous sommes immédiatement rejointes par Dovie et Scarlett, et pendant plusieurs secondes, nous nous tenons ainsi, sans rien dire.
– Bon, finit par lancer la rouquine, je crois que les garçons vont commencer à s’impatienter. Préparons-nous pour ce qui s’annonce comme la meilleure soirée de l’année !
Sur ce, nous pénétrons dans le dressing d’Eve, qui n’a rien à envier à une boutique de luxe. Les vêtements haute couture, les chaussures, les sacs de créateurs de renom, les bijoux de grandes maisons de joaillerie sont parfaitement alignés sur les nombreuses étagères… C’est la caverne d’Ali Baba. Je trouve mon propre dressing bien fourni, mais celui d’Eve est d’un tout autre niveau.
– Faites-vous plaisir, claironne la mannequin derrière nous, tout excitée.
Certaine qu’aucun de ses vêtements ne m’ira – je n’ai pas la même taille de guêpe qu’elle –, je me focalise sur les escarpins. Après m’être isolée pour passer ma tenue, j’enfile une paire de sandales à talons hauts Versace dont les lanières croisées montent jusqu’en haut de ma cheville. Même si l’arrière de la chaussure est un peu grand pour moi, cela ne m’empêche cependant pas d’y être à l’aise.
Nous sommes toutes en train de peaufiner notre maquillage lorsqu’Eve débarque, prête elle aussi… et absolument splendide dans une robe très échancrée au niveau des cuisses.
– Cette tenue est incroyable, fait remarquer Dovie, qui a elle-même une allure folle.
– C’est l’une des préférées de Cruz, répond la mannequin en rougissant.
– Ouh, je flaire l’histoire croustillante, intervient Scarlett. Raconte !
Eve me jette un regard gêné, ce qui me fait lever les yeux au ciel.
– Tu sais, dis-je, j’ai grandi avec Cruz, alors j’ai déjà entendu plus d’allusions sexuelles que je l’aurais voulu… Tu ne me choqueras pas.
– Bon… reprend Eve. Il se trouve qu’il y a deux semaines, j’ai débarqué par surprise à l’institut. J’ai cherché Cruz et une fois que nous nous sommes retrouvés seuls dans la salle de réunion, j’ai ouvert le manteau que je portais et… ta da ! J’avais cette robe. Autant vous dire que ma surprise lui a beaucoup plu.
Je m’oblige à ne pas penser à ce qui s’est passé dans cette salle de réunion tandis que mes deux autres belles-sœurs gloussent.
– Sawyer et moi aussi, on l’a déjà fait là-bas, nous informe soudain Scarlett.
– Dans la salle de réunion ? je m’écrie.
– Non, dans son dojo.
– Mais… je commence, abasourdie.
– Lennon et moi, on est restés sages à l’institut, commente Dovie. Mais maintenant que vous en parlez, l’idée d’aller le rejoindre dans son bureau pour le trouver assis sur son fauteuil de boss, c’est…
– C’était le bureau de mon père, je la coupe en retenant une nausée.
– Oh, pardon Billie ! s’empresse de dire Dovie.
J’éclate de rire, plus de gêne que d’amusement. Puis, notre instant confession terminé, nous rejoignons toutes les quatre les garçons dans la pièce de vie. En voyant Jaxon, je ne peux m’empêcher de penser que si lui et moi étions ensemble, je le surprendrais volontiers dans le parc automobile de l’institut. Malheureusement, comme presque tout ce qui le concerne, cette idée est condamnée à rester un simple fantasme…
– Bienvenue au Lola’s Place. Nous espérons que vous y passerez un très bon moment.
Nous remercions l’hôtesse qui vient de nous accueillir et pénétrons à l’intérieur du club à l’éclairage tamisé, dont s’échappent des basses puissantes. Sur la piste, une foule est en train de danser, tandis que la scène à notre droite est pour l’instant encore vide. Des spots multicolores clignotent dans tous les sens. Un DJ est installé un peu plus loin, tandis qu’à sa gauche se trouve le bar, bondé. Des tables et des banquettes blanches sont disposées çà et là, la plupart déjà occupées.
Les trois couples ouvrent la marche tandis que Jaxon et moi restons à l’arrière. Je regarde mes frères, chacun main dans la main avec sa petite amie, et je souris. Les triplés, si semblables physiquement, n’auraient pas pu choisir des femmes plus différentes : Dovie, filiforme, est rousse, a des yeux vairons hypnotiques et une peau claire. Eve est élancée, blonde et dotée de splendides yeux bleus. Quant à Scarlett, qui arbore de somptueux cheveux noirs bouclés et des yeux tout aussi sombres, c’est la plus petite et la plus pulpeuse des trois.
Dès que nous repérons une table qui peut tous nous accueillir, Sawyer, Jaxon et Lennon s’occupent d’aller commander des boissons pour tout le monde. Cruz reste avec nous, et Scarlett lui lance d’emblée :
– Je pense que c’était une mauvaise idée que vous veniez avec nous.
– Oh, allez, remets-toi, réplique-t-il. On ne va pas gâcher votre soirée entre filles.
– Ce n’est pas ce qui m’inquiète. Regarde-les !
Elle fait un signe de tête en direction des garçons alors qu’ils attendent au bar en discutant entre eux, et je remarque rapidement ce qui la chiffonne : les clientes qui sont en train de les reluquer.
J’ai compris très jeune que mes frères et Jaxon étaient des canons. Partout où ils passent, ils attirent les regards, que ce soit ceux des femmes – intéressés – ou ceux des hommes, intrigués de voir de telles forces de la nature. Leur métier a profondément changé leur manière d’être, j’ai pu le remarquer au fil des ans. Les différentes missions auxquelles ils ont participé les ont endurcis, fait mûrir, et surtout, devenir redoutables. Aujourd’hui, ils dégagent de fortes ondes de confiance en eux et donnent l’impression d’être intouchables.
– Toi aussi tu serais jalouse si l’une de ces femmes venait me draguer ? lance Cruz à Eve en jouant des sourcils.
– Je ne suis pas jalouse, je veille sur mon Sawyer, rétorque Scarlett.
– Vous pensez qu’elles vont draguer Lennon ? demande Dovie en se redressant.
– Ne vous inquiétez pas, les filles, dis-je à la cantonade. Aucune ne vous arrive à la cheville.
– Merci, Billie, lâche Eve, avant de se tourner vers mon frère. Mais juste pour répondre à ta question, Cruz : tu ne veux pas savoir ce que je ferais si quiconque essayait de te mettre le grappin dessus.
– Tu as déjà entendu parler de la solidarité féminine ? roucoule Dovie avec un sourire innocent.
– Pourquoi auriez-vous besoin d’être solidaires ? intervient alors Jaxon, qui revient près de nous accompagné de Sawyer et Lennon, des boissons dans les mains.
– Pour faire disparaître les cadavres des nanas qui tenteront de vous appâter, répond Scarlett en attrapant son cocktail.
Sawyer la dévisage et elle bat des cils en croisant son regard. Dovie, elle, s’empare de sa margarita avant de se tourner vers Lennon et d’annoncer :
– Tu sais que je suis contre la violence, mais cette fois, je me range du côté de Scarlett. Si quelqu’un essaye de t’arracher à moi, je suis prête à lui lâcher Voldemort dessus.
Mon frère éclate de rire avant de passer un bras autour des épaules de sa petite amie.
– C’est noté, mon petit génie. Mais ne t’en fais pas, je n’ai d’yeux que pour ton gros QI et ton petit cul…
– Lennon ! je proteste. Vous avez l’air de l’oublier parce que vous vivez tous d’amour et d’eau fraîche, mais je suis là et je n’ai pas besoin d’entendre certains détails.
– Ne t’inquiète pas, Billie, me glisse Dovie avec un grand sourire. Tu es magnifique, alors quelque chose me dit que tu vas faire tourner des têtes, ce soir. À nous !
Levant son verre, elle nous incite à trinquer tous ensemble, ce que nous faisons avec plaisir.
Tandis que les autres commencent à débattre de la meilleure façon de faire disparaître un corps, Jaxon se rapproche subtilement de moi, puis il se penche et murmure à mon oreille :
– J’aimerais qu’on parle ce soir.
– À propos de quoi ?
Son regard s’arrête un instant sur mes lèvres, avant qu’il ne me réponde :
– De quelque chose d’important.
– D’accord… mais pourquoi on ne peut pas en discuter maintenant ? je rétorque.
– Parce que…
– Ladies and gentlemen, votre attention, s’il vous plaît !
La voix du DJ a soudainement empli tout le club. À peine a-t-il prononcé ces quelques mots que des cris de joie et d’excitation parcourent déjà la salle.
– Eh oui, il est temps ! reprend-il. Vous les attendez, je le sais, et le moment est enfin arrivé !
– Ça va être intéressant, s’esclaffe Eve, qui semble savoir quelque chose que nous ignorons.
– Ils sont déjà venus se produire chez nous le mois dernier, et ils ont tellement enflammé la scène que vous nous avez demandé un nouveau show de leur part… Bande de petites coquines.
À ces mots, Sawyer commence à jeter des regards autour de lui.
– Les gars ? C’est moi ou il y a beaucoup plus de filles que de mecs ici ? dit-il.
– Sans plus attendre, veuillez réserver un tonnerre d’applaudissements pour les Hot Boys.
L’annonce du DJ déclenche des applaudissements et des sifflements de toutes parts. La foule se masse vers la scène… sur laquelle six hommes apparaissent brusquement.
Dès que la musique s’élève, je comprends ce qui se passe, en même temps que Scarlett, qui s’écrie :
– Des strip-teaseurs ?
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