Bodyguards Tome 4

Laura S. Wild · Chapitre 3 sur 48

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Bodyguards Tome 4

1 - Jaxon

1

 

 

Jaxon

 

Cape Cod, de nos jours

Les clubs et les boîtes de nuit ont tous deux points communs. Trois, en fait : l’alcool qui coule à flot, la musique assourdissante et le fait que ceux qui fréquentent ces endroits espèrent généralement tout y oublier le temps de quelques heures.

Je pressens que c’est exactement ce que recherche la fille qui est en train de danser contre moi au rythme des basses qui secouent tout le club. Ses bras sont passés autour de ma nuque, son dos est plaqué contre mon torse et ses hanches ondulent lascivement contre mon bassin. Les mains posées sur sa taille, j’accompagne son mouvement. Elle redresse alors son visage et colle ses lèvres au creux de mon oreille.

– Je crois que j’ai besoin d’un verre.

Moi aussi. Le club est bondé ce soir, et les corps qui dansent sont si nombreux qu’ils rendent l’atmosphère étouffante.

Bianca – ma partenaire pour la soirée – et moi nous dirigeons vers le bar, où nous commandons deux bières que nous liquidons presque d’une traite. Sur ce, la jolie blonde enchaîne sur une seconde tournée et s’empresse de régler nos consommations.

– Je déteste que les mecs payent pour moi… m’explique-t-elle lorsque je lui jette un regard surpris. Enfin, pour le premier rencard en tout cas.

– Parce que c’est un rencard ? je réplique en posant un coude sur le comptoir.

Nous nous sommes rencontrés il y a quelques heures seulement, au moment où, accompagné de Diego et Hassan, je suis entré dans le club et ai repéré Bianca et sa copine, qui est d’ailleurs en train d’embrasser une jeune femme quelques mètres plus loin.

– Je ne sais pas, me répond Bianca. On pourrait se revoir, non ? Qu’est-ce que tu en dis ?

En souriant, je m’approche tout près d’elle et lui susurre :

– Avant de penser au prochain rendez-vous, assurons-nous déjà de terminer celui-ci en beauté, non ?

Les yeux de Bianca pétillent et elle pose une main sur mon torse.

– C’est une excellente idée, approuve-t-elle.

Je dois dire que j’étais sceptique en venant dans ce club : je doutais d’être capable d’y passer une bonne soirée. Il n’y a encore pas si longtemps, pourtant, mes week-ends se résumaient à sortir, faire la fête et draguer. Mais depuis un an, j’ai tendance à préférer passer mes soirées au manoir, obnubilé par des yeux bleu azur que je n’arrive pas à me sortir de l’esprit. C’est pour cela qu’aujourd’hui j’ai décidé que je devais me changer les idées et arrêter de me focaliser sur une relation qui est d’avance vouée à l’échec. Je ne sais pas si Bianca m’aidera à chasser de ma tête le visage et le sourire que je connais par cœur, mais j’ai envie de lui donner sa chance.

Je m’apprête à lui proposer de m’accompagner jusqu’au manoir lorsque je sens mon téléphone vibrer dans ma poche. Je l’en extrais aussitôt : au regard des bouleversements que ma famille et moi avons connus ces derniers mois, j’ai appris à me tenir sans cesse sur le qui-vive… Sur l’écran s’affiche un message de Billie :

Est-ce que tu rentres ce soir ?

Mon cœur bat plus fort… juste une fois. Un seul battement qui signifie que j’aurai beau tenter par tous les moyens de me l’ôter de la tête, je n’y parviendrai jamais. Ne serait-ce que parce que nous vivons sous le même toit et qu’elle et moi entretenons la plus étrange et fusionnelle des relations… fraternelles ?

Je fixe les quelques mots de son message pendant de longues secondes. L’intensité avec laquelle mon corps réagit à sa demande est ridicule. Je réalise que je suis sur le point de quitter le club sans me poser de questions, attiré par la perspective d’une soirée avec Billie. Regarder un film ou une série avec elle, grignoter des cochonneries emmitouflé sous un plaid à ses côtés, la défier aux jeux vidéo… ces derniers temps, ces moments sont les meilleurs que je passe.

– Un problème ? me demande Bianca.

Je ricane et secoue la tête en rangeant mon portable dans ma poche. À quoi bon tenter de résister ? Mon cœur a pris sa décision.

– Malheureusement, je ne vais pas pouvoir rester, j’annonce.

– Oh, vraiment ? soupire Bianca, sincèrement déçue. Comment allons-nous « terminer ce rencard en beauté », alors ?

– Crois-moi, ça aurait été avec plaisir, mais j’ai une urgence.

Une urgence… Je me collerais des baffes.

– Bon… on pourra quand même se revoir ? insiste-t-elle. Je te laisse mon numéro.

Elle le griffonne sur un coin de serviette, et je lui tends une carte de visite en retour. Elle s’en saisit, puis attrape mon visage et dépose un baiser sur mes lèvres. Ensuite, elle recule, me fait un clin d’œil, avant de prendre son verre et s’éloigner en direction de la piste de danse.

– Tu la laisses partir ?

Je me retourne brusquement et bouscule Hassan.

– Je t’ai déjà dit d’arrêter de te faufiler comme ça derrière les gens, je gronde.

Mon collègue s’esclaffe :

– C’est pas ma faute si tu ne m’as pas entendu arriver. Alors ? Elle n’est pas à ton goût ? Parce que tu avais l’air de lui avoir tapé dans l’œil.

– Si, elle me plaît, mais je dois rentrer, je lâche.

– Déjà ?

– Ouais… J’ai oublié que j’avais un truc à régler.

Plutôt crever que d’avouer à voix haute que je vais passer le reste de ma soirée affalé devant la télé.

– Bon… On se voit lundi à l’institut, alors ! lance Hassan.

– Amuse-toi bien, je réponds en lui donnant une tape amicale sur l’épaule.

Je fais un signe de la main à Diego, qui est installé sur une banquette en compagnie de trois jeunes femmes, puis je quitte le club, rejoins ma voiture et démarre.

Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai effectué le trajet qui mène sur les hauteurs de Cape Cod et pourtant, chaque fois, je ressens la même excitation à l’approche du manoir Westwood. Cela fait neuf ans que j’habite dans cette sublime demeure mais le jeune Jaxon qui vit encore quelque part en moi a toujours du mal à y croire. Dieu sait que, pendant longtemps, la chance ne m’a pas eu sur sa liste prioritaire… Enfant, je faisais partie de cette population qui n’intéresse personne, que l’on considère comme sans espoir. Avec une mère droguée ainsi qu’un père absent depuis ma naissance, on ne peut pas dire que mes quinze premières années aient été simples. Mon existence a commencé à s’adoucir seulement lorsque j’ai croisé la route de Lennon et de ses frères.

Je me souviens du jour où Oscar m’a proposé de m’installer chez lui, de la joie mêlée d’émotion que j’ai ressentie en apportant mes affaires au manoir… C’est vrai, je n’imaginais pas à l’époque que, presque une décennie plus tard, j’y habiterais encore. Mais le fait est que vivre avec les Westwood est un véritable plaisir pour moi qui ai grandi sans réel foyer. Et puis, il faut dire que la demeure est si grande que chacun de nous peut trouver un peu d’intimité quand il en ressent le besoin. Je n’ai pas envie de quitter le manoir, pas plus qu’aucun des membres de cette famille, parce que j’aime autant qu’eux le quotidien que nous avons créé tous ensemble ; et je n’oublierai jamais que c’est grâce à leur main tendue que je suis si fier de l’homme que je suis devenu.

Aujourd’hui, il ne me manque absolument rien.

Enfin presque…

Après avoir passé l’immense portail qui permet d’accéder au domaine, je remonte une grande allée et passe devant la fontaine juste devant la maison. Je remarque que les voitures de Sawyer et de Cruz ne sont pas là, et j’en déduis qu’ils doivent être de sortie chacun en compagnie de leur moitié. Je me gare alors près du véhicule de Lennon et je grimpe les larges marches menant à la porte d’entrée en trottinant.

Lorsque je pénètre dans le manoir, je perçois immédiatement le bruit de fond de la télé. Sans attendre, je prends la direction du salon et j’y découvre Billie, assise en tailleur sur le tapis, les yeux levés vers l’écran. Ses cheveux d’un noir profond sont relevés en chignon et elle porte un sweat… qui m’appartient. Je n’en suis pas surpris : Billie a commencé à m’emprunter des vêtements il y a quelques années, et elle semble le faire de plus en plus ces derniers mois. Quand l’un de mes t-shirts ou de mes pulls manque dans ma penderie, je sais vers qui me tourner pour le retrouver.

À ses côtés, Voldemort, le bouledogue de Dovie, ronfle bruyamment, les pattes arrière écartées. Depuis qu’il s’est installé au manoir, Lennon en ayant la garde maintenant que sa petite amie travaille à New York, ce chien prend vraiment ses aises…

– Tu es là ! s’exclame Billie en me souriant.

– Tu voulais que je vienne, non ? je lui renvoie en retirant ma veste.

– Je te l’ai demandé, je n’ai rien exigé, se défend-elle.

Et je répondrai toujours présent.

– Ne me dis pas que tu as commencé une nouvelle série sans moi ? je m’offusque en prenant place sur le canapé.

Comme Billie ne me répond pas, je tourne la tête dans sa direction et croise son regard rivé sur moi.

– Quoi ? je lui lance, perdu.

Son sourire s’est évanoui, remplacé par un léger malaise. Elle se racle la gorge puis me dit doucement, avant de reporter son attention sur la télé :

– Tu as des traces de rouge à lèvres sur la bouche.

Bianca.

Penaud, je m’essuie du dos de la main. L’envie de demander à Billie pourquoi elle est si contrariée me démange, mais en même temps, j’ai peur de ce que pourrait être sa réponse.

Pendant longtemps, la tendresse est le seul sentiment que j’ai éprouvé à son égard. Jusqu’au jour où j’ai réalisé qu’elle n’était plus la jeune fille qui faisait des expériences avec le maquillage de sa mère et qui portait un appareil dentaire… Avant, jamais je n’aurais douté que l’amour que je lui porte était autre chose qu’innocent. Mais tout a changé. Un beau matin, Billie Westwood est devenue une femme… et alors, j’ai remarqué ses formes, sa façon de sourire, l’odeur de son parfum que je suis capable de repérer à plusieurs mètres. J’ai appris à reconnaître son expression contrariée, l’étincelle de joie qui pétille dans ses yeux lorsqu’elle est en présence de sa famille, lorsque j’entre dans une pièce… ou que nous dormons ensemble. Je sais que c’est parce qu’à ses yeux je suis son frère au même titre que Lennon, Sawyer et Cruz… mais parfois, je me demande si tout au fond d’elle les sentiments qu’elle éprouve pour moi n’ont pas eux aussi commencé à évoluer. Du moins, j’aimerais que ce soit le cas.

Putain, bien sûr que non, il ne faut pas que ce soit le cas, jamais !

Comme dans le salon le silence s’éternise, je me concentre à mon tour sur l’écran de télévision. C’est seulement à cet instant que je réalise ce que Billie est en train de regarder.

– C’est… un téléfilm de Noël ? je demande, surpris.

Elle se tourne dans ma direction en haussant les épaules.

– On vient d’entamer le mois de novembre, je commence à me mettre dans l’ambiance des fêtes, me répond-elle.

Le fait qu’elle reste assise sur le tapis me dérange fortement. Ce n’est pas ainsi que nous passons nos soirées télé généralement.

– Tu vas te décider à venir ici ou il faut que je t’y oblige ? je lui lance en tapotant l’assise du canapé.

Le petit sourire en coin qui étire ses lèvres me fait secouer la tête. Sans attendre, elle se redresse et bondit à mes côtés, ce qui fait grogner Voldi. Il saute au bas du sofa et s’allonge sur le tapis, avant de reprendre le cours de sa nuit.

Naturellement, j’ouvre mon bras, sous lequel Billie se faufile, puis elle se blottit contre mon flanc tandis que j’étends mes jambes sur la table basse.

– Raconte-moi ta journée, me demande-t-elle.

– J’étais en repos…

– Raconte-moi quand même, insiste-t-elle. C’est notre petit rituel et je l’adore.

– OK… J’ai passé tout l’après-midi au parc automobile de l’institut, avec les mécanos. Paolo et moi avons trouvé une panne sur l’une des Rolls et nous avons décidé de bosser dessus ensemble. Ensuite, j’ai croisé Hassan et Diego et on a décidé de sortir tous les trois dans un club, j’ai bu quelques verres et embrassé une fille. Le pire moment de la journée, ça a été quand on m’a annoncé que la voiture avec laquelle je voulais partir en virée était réquisitionnée par l’agence, et le meilleur, ma rencontre de ce soir.

Je baisse les yeux vers Billie et ajoute :

– À ton tour.

– Aujourd’hui, j’ai bossé mes cours, je me suis baladée sur la plage, j’ai déjeuné avec Scarlett puis j’ai commencé à faire mon shopping de cadeaux de Noël, et après le dîner, je me suis posée devant la télé, énumère-t-elle. Le pire moment de la journée, ça a été mes révisions, et le meilleur a eu lieu il y a quelques minutes, lorsque tu es revenu plus tôt de ta soirée.

Mes doigts vont et viennent lentement sur son épaule tandis que nous restons un instant immobiles, les yeux rivés sur la télévision mise sur pause.

– Allez, parle-moi un peu de ce film que tu regardais, dis-je à Billie pour briser le silence.

– C’est l’histoire de Zoe, qui est totalement accro à Noël et qui a créé son entreprise d’événementiel spécialisée dans les fêtes de fin d’année, m’explique-t-elle. Elle décore les plus beaux hôtels de luxe de Manhattan, et un jour, un grand magazine la contacte pour écrire un article sur elle. Le problème, c’est que le journaliste qui doit l’interviewer est un véritable Scrooge et qu’il se retrouve à l’accompagner dans sa ville natale pour… tu sais quoi ? C’est plus simple si je relance le film depuis le début.

Je m’esclaffe alors que Billie s’exécute. Elle se replace ensuite contre moi, j’embrasse le haut de sa tête comme j’ai pris l’habitude de le faire et je soupire, parce que je me sens bien. Comme je le disais plus tôt, j’aime ma vie telle qu’elle est. Il ne me manque absolument rien… à une exception près : parmi les milliards de femmes qui existent sur cette planète, j’ai décidé de désirer la seule qui m’est interdite. Billie est hors d’atteinte, intouchable. Je ne peux pas m’intéresser à elle, je n’en ai pas le droit : les triplés m’en voudraient à mort s’ils savaient qu’il m’arrive de fantasmer sur leur sœur.

Lorsque j’ai intégré la famille Westwood, j’ai promis de protéger Billie et de l’aimer comme un frère. Il est hors de question que je rompe cette promesse.

Cette famille m’a sauvé la vie, je lui dois une loyauté sans faille.

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