Bodyguards Tome 4
26 - Billie
26
Billie
Il est près de dix-huit heures lorsque je pénètre dans l’enceinte de l’orphelinat. Je passe voir Carmen pour lui proposer un premier planning d’intervention auprès des enfants, que nous pourrons, je l’espère, mettre en place au plus vite.
En grimpant les quelques marches qui mènent au porche, je capte du mouvement sur ma gauche. Teddy, installé sur le sol avec une ribambelle de petits soldats en plastique, lève son regard malicieux vers moi.
– Coucou, Billie.
– Coucou, Teddy. Qu’est-ce que tu fais dehors ? je lui demande en m’installant près de lui.
Le petit garçon me sert un sourire édenté.
– Je défends notre forteresse, me répond-il.
– Contre qui ?
– Des intrus ! Mon armée et moi, on est prêts à attaquer à n’importe quel moment.
Je souris et passe doucement une main dans ses cheveux en bataille. Un geste qu’il m’aurait interdit il y a encore un an… Les progrès qu’il fait semaine après semaine sont spectaculaires.
– Est-ce que Carmen est ici ? je lui demande.
– Oui, elle est à l’intérieur, avec des parents… Ils sont venus adopter un bébé.
En prononçant ces mots, la petite bouche de Teddy se froisse de contrariété.
– C’est toujours facile pour les bébés, ajoute-t-il.
Sa réaction me fait redouter que le couple qui était venu le rencontrer ait finalement fait marche arrière. Et lorsqu’il reprend la parole, il confirme mes craintes :
– La maman était jolie, elle avait des beaux cheveux. Le papa m’avait apporté un camion de pompier. On a passé la journée ensemble, et à un moment, la maman a voulu me faire un câlin, mais j’ai refusé. Je crois que c’est à cause de ça qu’ils n’ont pas voulu de moi.
Mon cœur se serre et je passe un bras autour des épaules du petit garçon.
– Teddy, tu n’y es pour rien, je te le promets.
– C’est pas grave, réplique-t-il.
La façon dont il se force à cacher ses émotions me bouleverse.
– Écoute-moi, mon grand, je t’assure que des parents t’attendent et qu’ils seront incroyablement chanceux de t’avoir, lui dis-je. Il faut juste que tu sois patient.
Teddy lève alors son regard innocent vers moi et me demande :
– Tu voudrais pas être ma maman, Billie ?
Waouh.
Je fixe un instant ce gamin, ne sachant quoi répondre à une question si déchirante.
– Oh, mon cœur, tu sais que je ne peux pas faire ça, finis-je par lui souffler.
– Pourquoi ?
– Parce que je suis encore très jeune et que je ne suis pas prête à être mère.
Teddy fronce les sourcils.
– Mais pourtant, tu es gentille, tu sens bon, tu es jolie et tu nous apportes toujours des bonbons.
Je m’esclaffe.
– Tu crois que ce sont les critères qui feraient de moi une bonne maman ?
Le petit garçon réfléchit un instant avant de hausser les épaules.
– Pour les autres enfants, je ne sais pas, mais pour moi, tu serais parfaite.
Fermant les yeux, je l’attire contre moi et je le serre doucement. Je sais que Teddy n’est pas fan des contacts physiques, mais pour une raison que j’ignore, il accepte souvent les miens et je lui en suis extrêmement reconnaissante.
Il y a tant d’enfants orphelins, tant de petits êtres qui ne demandent qu’à profiter d’un foyer aimant… C’est injuste pour Teddy comme pour tant d’autres que leurs espoirs soient brisés par des couples qui changent d’avis après leur avoir fait miroiter un avenir en commun. J’aimerais pouvoir faire plus, tellement plus… C’est pour cela que j’ai si hâte de pouvoir officiellement exercer en tant que psychologue pour enfin leur apporter mon aide.
Je tiens compagnie à Teddy pendant un instant encore. Nous restons ainsi sur le perron, à regarder à travers le portail de l’orphelinat les voitures qui passent et les gens qui déambulent sur le trottoir. Tandis que le petit garçon poursuit la création de son armée, je reçois un message de Jaxon que je m’empresse de lire :
Je quitte l’institut. On peut se retrouver quelque part ?
Je lui réponds immédiatement, ravie à l’idée de voler quelques heures en sa compagnie :
Je suis à l’orphelinat. Viens me rejoindre.
La porte s’ouvre au moment où je range mon téléphone dans mon sac, et un couple accompagné de Carmen apparaît sur le porche. La directrice raccompagne les futurs parents jusqu’à la sortie, puis elle revient près de Theodore et moi.
– Teddy, mon grand, lui dit-elle, Esther vient de sortir un gâteau au chocolat du four. Un morceau tout chaud t’attend dans la cuisine.
Alléché, l’enfant se précipite à l’intérieur de la bâtisse. Sans préambule, Carmen me demande alors :
– Il te l’a dit ?
Je hoche la tête en plissant les lèvres tandis qu’elle s’adosse à la barrière qui entoure le porche.
– Je suis effondrée, poursuit-elle. Si tu avais vu son visage quand je lui ai annoncé que le couple ne donnait pas suite… Il y a des jours où je me dis que je ne peux pas supporter d’imposer à ces enfants une déception de plus, avant d’avoir envie de me foutre des claques pour avoir osé me plaindre de ma situation alors que la leur est…
– Hé, hé, Carmen, respire.
La quinquagénaire passe distraitement une main dans ses longs cheveux gris, qu’elle finit par attacher en queue-de-cheval.
– Écoute, je reprends, je ne peux pas comprendre ce que tu ressens, mais ce qui est sûr, c’est que tu as le droit de craquer parfois toi aussi. Ce que tu vis au quotidien avec ces enfants, ce que tu fais pour eux, la pression de leur trouver un foyer qui pèse sur tes épaules… Tu es une femme fantastique, mais tu es un être humain avant tout et c’est normal que tu aies besoin de soutien, besoin de lâcher prise par moments et d’accepter que tu ne puisses pas toujours venir en aide à tes petits protégés, et ce malgré toute l’énergie que tu y mets.
Carmen baisse la tête et pousse un profond soupir.
– Teddy est un gamin adorable. Ils le sont tous, Billie.
– Je le sais, dis-je en posant une main sur son avant-bras.
Parfois, il n’y a rien à dire : il faut simplement être là pour les personnes qu’on aime et leur montrer notre soutien. Alors j’attends que Carmen reprenne ses esprits, qu’elle fasse redescendre la pression d’elle-même.
– Excuse-moi, je ne t’ai même pas demandé ce qui t’amenait, finit-elle par me glisser.
– J’étais venue établir un planning d’interventions avec toi, mais ne t’inquiète pas, je repasserai un autre jour.
– Non, reste. Ça me fera plaisir de bosser sur quelque chose qui sera bénéfique à ces gosses. Viens, allons parler de ça en mangeant un morceau de gâteau.
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