Bodyguards Tome 4
34 - Billie
34
Billie
Je ne sais pas combien de minutes se sont écoulées, mais après un moment qui semble durer une éternité, nous sommes toujours figés les uns devant les autres. Sawyer et Cruz sont tout bonnement médusés… mais c’est l’expression de Lennon qui m’inquiète. Il fusille Jaxon des yeux, posant sur lui un regard d’une noirceur que je ne lui avais encore jamais vue.
– J’ai compris que quelque chose clochait quand Hassan nous a dit que tu avais insisté pour que Diego et lui nous invitent à sortir… finit-il par articuler d’une voix rauque.
– On ne fait rien de mal, je rétorque immédiatement.
Ma tentative de défense est nullissime, mais au moins, j’essaye, parce que Jaxon semble complètement paralysé et incapable de réagir.
– Vous sortez ensemble ? demande Cruz.
Même si nos tenues et la teneur de notre conversation lorsque nous sommes entrés dans la pièce de vie ne laissaient aucun doute à ce propos, il semble ne pas y croire.
– Oui, affirme Jaxon d’une voix claire.
Je pousse un soupir malgré moi, heureuse de le voir reprendre ses esprits.
– Depuis quand ? lance Sawyer.
– Les garçons, s’il vous plaît… je tente.
– Depuis quand ? martèle Lennon.
La menace dans sa voix me fait sursauter.
– Depuis le week-end à New York, indique Jaxon en prenant ma main.
Mes frères ne perdent pas une miette de ce geste. Sans se laisser déstabiliser, mon petit ami reprend :
– En fait, c’est bien plus compliqué que ça… Écoutez, je sais que ça doit vous faire un choc, mais finalement, si vous y réfléchissez un peu, ce n’est pas si surprenant, non ? Billie et moi avons toujours été très proches, et nous avons développé des sentiments l’un pour l’autre au fil du temps. Voyez le bon côté des choses : au moins, vous connaissez déjà votre futur beau-frère.
La tentative d’humour de Jaxon tombe à plat : les triplés restent impassibles… avant que Sawyer n’explose :
– Parce qu’il faut qu’on vous félicite, en plus ?
– Vous n’avez aucune raison de ne pas le faire ! je gronde.
Je m’avance en direction de mes frères, mais Jax pose une main sur mon ventre pour m’en empêcher. Il semble déceler quelque chose que je ne perçois pas et qui l’inquiète. Le ricanement lugubre que Lennon pousse à cet instant me fait froncer les sourcils.
– Bon, écoutez, on ne va pas en faire un drame, dis-je, agacée de voir à quel point les triplés se sentent trahis pour aucune raison.
– Personne ne dramatise, Billie, rétorque Cruz, mais tu peux comprendre qu’on ne s’attendait pas à ça de la part de Jaxon.
– Comment ça ? je m’insurge en croisant les bras.
– Laisse, Billie, me souffle Jax.
– Non ! Je refuse que mes frères te reprochent quoi que ce soit. Tu as résisté aussi longtemps que tu l’as pu, c’est moi qui t’ai fait du rentre-dedans la première.
Me tournant vers les triplés, j’assène :
– Jaxon ne m’a jamais forcé la main pour qu’on se mette ensemble, bien au contraire.
– Alors, quand je vous ai surpris dans la chambre il y a quelques semaines… commence Sawyer.
– Tu les as surpris ? réagit Lennon.
– Ils étaient juste enlacés, se justifie mon frère, et même si j’ai eu un doute, finalement, je n’ai pas trouvé qu’il y avait matière à s’inquiéter.
– Tu n’as rien surpris du tout, Sawyer, intervient Jax. Comme je l’ai dit, nous ne sommes officiellement en couple que depuis New York.
Le silence retombe une nouvelle fois.
– J’aime Billie, lâche alors Jaxon. Je l’aime vraiment et…
– J’en ai assez entendu, crache Lennon avant de se diriger vers la porte d’entrée.
– Lenny, attends, le hèle Jax en s’élançant à sa suite. Écoute, mon frère, je sais que…
Sans crier gare, Lennon se retourne et décroche un violent coup de poing dans la mâchoire de mon petit ami, qui s’écrase au sol. Je pousse un cri d’effroi et me précipite vers lui… et ce qui me choque, c’est qu’il a l’air d’accepter cette violence. Pire : c’est comme s’il la comprenait.
– Tu nous avais fait une promesse, putain ! s’écrie Lennon. Et je t’avais juré que si tu la brisais, je te casserais la gueule ! Tu n’es plus mon frère.
Sur ce, il quitte le manoir en claquant la porte derrière lui.
– Arrête de pleurer, murmure Jaxon en passant tendrement sa main le long de mon dos.
– Je ne peux pas. Ce qu’il t’a fait est monstrueux, il n’avait pas le droit de te frapper.
– Si.
Je secoue la tête tout en tapotant doucement un coton imbibé de désinfectant sur la mâchoire de mon petit ami, ainsi que sur sa lèvre inférieure coupée. Il ne s’est passé que quelques minutes depuis que Lennon lui a envoyé un coup de poing en plein visage, mais un hématome se forme déjà.
Je n’arrive pas à croire que mon frère ait pu faire ça…
– Essaye de le comprendre, Billie, me dit Cruz, installé sur le canapé avec Sawyer. Lennon a eu un choc, comme nous tous, et sa réaction est tout à fait légitime.
– Légitime ? je m’écrie. Qu’il frappe son meilleur ami, c’est légitime selon toi ?
– Jaxon vient de le trahir ! affirme Sawyer d’une voix rauque. Et s’il n’a pas répliqué, c’est parce qu’il le sait lui aussi.
Les remords qui inondent les iris de mon petit ami à cet instant me serrent le cœur. Je dépose un baiser sur son front avant de blottir sa tête contre ma poitrine.
– Je crois que je m’en doutais, nous annonce Cruz en nous dévisageant. Maintenant que c’est officiel entre vous, certaines de vos réactions et certains de vos regards font sens… Au fond, j’avais compris, mais je ne voulais pas l’admettre.
– Eh ben pas moi, déclare Sawyer. Franchement, vous me prenez de court.
Je me débarrasse du coton avant de m’installer sur les genoux de Jaxon, ce qui fait aussitôt réagir Cruz.
– Je ne sais pas si je vais me faire à l’idée, ricane-t-il.
– Il le faudra bien, pourtant, je lui renvoie. Parce que nous sommes ensemble, maintenant, et c’est tout.
Mes frères échangent un regard… amusé ?
– Eh bien, Billie Westwood, si tu es heureuse, moi, ça me va, déclare Cruz en se levant. J’aurais juste aimé que tu sois franc avec nous, Jaxon. Et j’espère que tu es sûr de toi, parce que si tu cherches à t’amuser ou à lui faire du mal…
– On fera en sorte que tu le regrettes, termine Sawyer. Je ne vais pas t’en coller une comme Lennon, mais je t’avoue que ça me démange. Comme l’a dit Cruz, la seule chose qu’on attendait de toi, c’était de l’honnêteté. En ce qui me concerne, tu seras toujours notre frère, mais il me faudra du temps pour retrouver confiance en toi.
Sur ce, mes deux frères quittent le salon d’un même mouvement, nous laissant seuls, Jax et moi.
– Bon… ça s’est plutôt bien passé, ironise-t-il.
– Je n’ai vraiment pas envie de rire de la situation, je réplique.
Il me serre contre son torse avant de me glisser :
– Ne sois pas en colère contre Lennon, Billie.
– Il t’a frappé ! je m’insurge.
– Et je ne lui en veux pas ! Écoute, tu devrais aller te coucher.
Je me tourne vers Jax pour plonger dans son regard… C’est alors que je comprends ce qu’il a en tête.
– Non ! je m’écrie en me levant. Non, Jaxon, n’y va pas.
– Il faut que lui et moi ayons une discussion.
– Mais il est fou de rage !
Bon sang, pourquoi est-ce que les hommes aiment régler leurs conflits avec les poings ? Ça me dépasse.
– Justement, il me dira ce qu’il a sur le cœur et on pourra ensuite passer à autre chose, argumente Jax. Billie, il est mon meilleur ami… Je dois aller le voir.
– Alors promets-moi que tu ne prendras pas les coups sans répliquer. S’il te plaît…
Un petit sourire triste apparaît sur ses lèvres alors qu’il affirme :
– Je ne frapperai jamais mon frère…
Ensuite, il embrasse mon front et attrape un sweat lui appartenant dans le placard à l’entrée, avant de partir se battre pour nous.
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