Bodyguards Tome 4

Laura S. Wild · Chapitre 4 sur 48

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Bodyguards Tome 4

2 - Billie

2

 

 

Billie

 

J’ouvre les yeux lorsque mon dos rencontre une surface moelleuse. Le visage de Jaxon apparaît au-dessus du mien, et pendant un court instant, je retiens mon souffle.

– Tout va bien, me dit-il, apaisant. Tu t’es endormie devant la télé et je viens de te ramener dans ta chambre.

Il attrape la couette duveteuse étendue sur mon lit et m’en recouvre doucement.

– Bonne nuit, Billie, chuchote-t-il avant de déposer un baiser sur mon front.

– Attends, je le retiens en attrapant son t-shirt. Tu… tu ne restes pas dormir ?

C’est pourtant ce qu’il fait depuis des semaines. Par le passé, nous partagions un lit de temps en temps, quand nos soirées discussion s’éternisaient et que nous finissions par littéralement tomber de sommeil. Mais depuis que mon père s’est fait agresser et que Michel, notre majordome, est mort, j’ai besoin de passer mes nuits avec Jaxon. Il apaise mes craintes comme personne d’autre ne parvient à le faire, il m’aide à ne pas céder à la panique dès qu’un bruit étrange résonne dans le manoir, et il sait trouver les mots pour me réconforter lorsque mes peurs prennent le dessus.

Jaxon serait le meilleur ami parfait… si seulement ce que je ressentais pour lui n’allait pas au-delà de la simple amitié.

Je n’arrive plus à le regarder dans les yeux sans que mon cœur s’emballe, je suis incapable de passer plus d’une journée sans avoir de ses nouvelles, sans entendre sa voix. Je ne me souviens plus exactement du moment où je suis tombée amoureuse de lui… Je crois que je l’ai aimé dès le jour où Lennon nous l’a présenté. Je l’ai vu évoluer, grandir, se muscler et devenir un homme aujourd’hui irrésistible.

J’aimerais tant que notre relation change, devienne… plus, mais je sais qu’il ne voit en moi qu’une petite sœur, même si nous ne partageons pas le même sang. Jusqu’à maintenant, je m’en suis contentée, simplement pour continuer à l’avoir près de moi. Nous sommes si proches l’un de l’autre, presque… fusionnels. Je ne veux pas risquer de perdre ce que nous partageons en lui avouant mes sentiments.

En plus, j’aime à penser que, bien que de nombreuses femmes le courtisent – comme celle qui a laissé une marque de rouge à lèvres sur sa bouche ce soir –, je suis celle auprès de qui il rentre le soir.

Parfois, je me demande comment je réagirais s’il venait à rencontrer quelqu’un avec qui il souhaiterait s’engager sérieusement…

Réflexion faite, il vaut mieux que je n’y pense pas.

Tandis que nous nous regardons, le sourire de Jax apparaît et la cicatrice sur son menton se transforme en une fossette craquante.

– Je crois que je vais profiter de mon lit, me répond-il.

– Peut-être que je peux en profiter aussi ? je tente.

Il sourit à nouveau avant de déposer un autre baiser sur mon front.

– Pas ce soir, murmure-t-il.

– Oh… d’accord, dis-je en tentant de masquer ma déception. Bonne nuit, Jaxon.

Il me détaille un instant, puis il se redresse et traverse la chambre. Je m’enroule dans ma couverture et me tourne dos à la porte au moment où elle se referme doucement. Ensuite, j’éteins la lumière et je ferme les yeux… mais je sais déjà que trouver le sommeil va me demander un très grand effort.

En tant qu’étudiante en psychologie, je devrais être capable d’appliquer les méthodes que j’ai apprises tout au long de mes études pour réussir à faire face à mes propres traumatismes. Mais s’il y a bien une chose que j’ai découverte de la plus rude des façons, c’est qu’il est toujours plus facile de trouver des solutions pour les autres que pour soi-même.

Alors que je tente de faire le vide dans mon esprit et de me focaliser sur ma respiration pour espérer m’apaiser, j’entends la poignée de ma porte de chambre s’abaisser de nouveau. Je me fige dans mon lit, tandis que des pas discrets se rapprochent de moi… jusqu’à ce que mon cœur s’emballe lorsque le parfum masculin que je préfère au monde me parvienne. Je souris alors que Jaxon soulève ma couette, se faufile derrière moi et passe son bras par-dessus ma taille. C’est toujours ainsi que nous dormons ensemble : l’un contre l’autre.

– Je n’ai jamais su te dire non, me murmure Jax dans la pénombre.

– Hm… moi, je crois que si tu ne peux pas t’empêcher de revenir, c’est parce que tu aimes partager mon lit, je lui réponds, ce qui le fait rire.

Quelques secondes de silence passent, puis il me souffle :

– Je quitterai ta chambre avant que les triplés se réveillent.

– Pourquoi ? je demande, sans parvenir à cacher ma déception.

– Parce que j’ai l’impression que ça agace Sawyer de savoir qu’on dort ensemble.

– Jaxon, je soupire, tu penses encore à cette histoire ? Sawyer nous a surpris un matin en train de nous dire bonjour et il s’est fait des films…

– Tu avais tes bras autour de ma taille… et j’étais torse nu !

– Et alors ? Ce n’est pas la première fois. C’est lui qui devrait être gêné, pas nous. On n’a rien fait de différent de d’habitude.

– Je sais, mais quand même. Après tous les bouleversements que nous venons de vivre, je préfère ne pas prendre le risque d’en créer un autre.

L’idée que demain matin, quand je me réveillerai, Jaxon ne sera plus près de moi m’agace, mais je décide de lâcher prise pour commencer ma nuit avec lui au plus vite.

– Est-ce que c’est parce que tu as peur de refaire des cauchemars que tu veux que je reste près de toi ? chuchote-t-il alors.

Les jours qui ont suivi l’agression qui a eu lieu au manoir, j’ai été assaillie par les insomnies. Les corps ensanglantés de Michel et de mon père ne sortaient pas de mon esprit et je savais que, si je fermais les yeux, je revivrais la scène de leur découverte encore et encore. J’ai tenu bon, luttant contre la fatigue autant que je le pouvais… jusqu’à ce que, épuisée, je finisse par m’endormir pour me réveiller en hurlant quelques heures plus tard. Cette nuit-là ainsi que de nombreuses autres, Jaxon les a passées avec moi et, peu à peu, les mauvais rêves se sont estompés, jusqu’à totalement disparaître.

– Non… je réponds doucement. J’aime t’avoir près de moi, c’est tout.

– Ça veut dire que tu vas mieux ?

– J’essaye d’aller mieux. Je prends mon temps, j’y vais doucement, à mon rythme.

– Tu as raison : un pas après l’autre.

– Je n’en suis pas encore à compter mes pas… Pour l’instant, je me concentre sur le fait que mon cœur ne s’emballe plus au moindre bruit suspect.

Le bras de Jaxon se resserre doucement autour de mon ventre.

– Dans ce cas… un battement de cœur à la fois, me glisse-t-il.

– Oui… un battement de cœur à la fois, j’approuve.

Le silence s’installe doucement dans la chambre et mes yeux commencent à papillonner lorsque je sens que Jax dépose un baiser sur mon épaule avant de me murmurer :

– Fais de beaux rêves, ma Billie.

Même s’il ne me voit pas, je souris, parce que je sais que je vais dormir comme un bébé, enveloppée par sa présence.

 

Alors que jusqu’à maintenant il ne m’avait jamais vraiment dérangé, ces derniers temps, je hais le silence. Quand on a grandi dans une famille nombreuse, le bruit devient familier, presque réconfortant. Mais depuis que notre majordome s’est fait assassiner et que notre père a rejoint notre mère sur un lit d’hôpital, les rires et les éclats de joie se font rares à la maison. J’aimerais tant que tout redevienne comme avant, que nous retrouvions nos moments insouciants, que cet endroit redevienne le foyer qu’il a toujours été…

Il est sept heures lorsque je pénètre dans la salle à manger, dans laquelle m’attend mon petit déjeuner posé sur la table. Un mug ainsi qu’un thermos de café chaud, des croissants et une corbeille de fruits sont disposés à la place que j’occupe habituellement, et je devine qui les a placés là.

– Ah, tu es enfin debout, lance la voix de Jaxon derrière moi. J’hésitais à venir te réveiller pour que tu ne te mettes pas en retard.

Je me retourne, espérant le voir apporter son propre petit déjeuner afin de se joindre à moi, mais malheureusement, il est en train de passer sa veste et semble pressé.

– Je n’ai pas eu le temps de faire réchauffer du lait pour accompagner ton café, mais je crois qu’à part ça, je n’ai rien oublié, me dit-il.

– C’est parfait, merci. Tu t’en vas déjà ?

– Lennon m’a dégoté un nouveau contrat, je rencontre mon client ce matin et tu sais comme j’aime être préparé pour mes rendez-vous.

– C’est génial, j’affirme, en m’efforçant de cacher ma déception.

Les missions des garçons les envoient souvent à l’autre bout du pays, et je déteste quand l’un d’eux – Jaxon encore plus que les autres – s’éloigne pour plusieurs jours, voire plusieurs semaines.

– Et toi ? me demande-t-il en attrapant son téléphone portable ainsi que ses clés de voiture. Quoi de prévu aujourd’hui ?

– Oh, tu sais, la routine. La fac, les cours, les cours et encore les cours.

– Tiens bon, c’est ton tout dernier semestre, m’encourage-t-il avec un sourire.

Après avoir pris tout ce dont il a besoin, il se dirige vers moi, m’atteignant en quelques enjambées. Chaque fois que Jaxon m’approche de cette façon, je sens mes jambes flageoler. Il a une façon si unique de se déplacer, avec assurance, évidemment, mais aussi très discrètement… Ses pas se font à peine entendre sur le marbre.

Parfois, il m’arrive d’imaginer qu’il continue d’avancer, me dévorant d’un regard brûlant, qu’il attrape mon visage et fonce sur mes lèvres pour m’embrasser, incapable de résister plus longtemps à la passion qui brûle entre nous… Mais comme tous les jours, Jaxon se contente de déposer un baiser sur mon front.

– Bonne journée, Billie, me dit-il.

– À toi aussi, Jax.

Il me fait un clin d’œil craquant à souhait puis s’éclipse rapidement. Le cœur battant, je me laisse tomber sur ma chaise et je soupire, à la fois frustrée d’être incapable de dévoiler ce que je ressens à Jaxon et dépitée à l’idée de prendre mon petit déjeuner seule sur cette grande table familiale. Lennon est déjà à l’institut, Cruz et Eve semblent vouloir s’octroyer une grasse matinée, quant à Sawyer et Scarlett, ils ont passé la nuit dans le nouvel appartement de cette dernière, situé au centre-ville. Elle a commencé récemment un nouveau job dans l’un des bars les plus fréquentés de Cape Cod, et comme son service se termine généralement tard, mon frère et elle en profitent pour s’octroyer des moments rien que tous les deux.

Tandis que je grignote une pomme sans entrain, mon téléphone vibre. Je souris en m’en emparant, parce qu’à cette heure-ci, il n’y a qu’une personne extérieure à ma famille qui puisse vouloir me joindre : Austin.

Je passe te prendre dans trente minutes.

Après avoir répondu à son message, je m’empresse d’engloutir mon petit déjeuner, puis je file me préparer pour ma journée. Une demi-heure plus tard, je passe les grilles du manoir et j’offre une accolade à mon ami qui m’attend là, près de sa voiture.

– Je t’ai déjà dit des dizaines de fois que tu pouvais venir te garer dans la cour, Austin, lui dis-je. L’agent de sécurité te connaît, à force de te voir : il te laissera passer.

– Ça ne me dérange pas de te retrouver ici, me répond-il. En plus, d’après ce que tu m’as dit de tes frères, je ne crois pas qu’ils seraient heureux qu’un mec vienne sonner à ta porte. Je ne veux pas créer de conflit.

Les conflits, c’est ce qu’Austin déteste par-dessus tout. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un comme lui : nous nous connaissons depuis un an et demi maintenant et sa patience, sa douceur et sa bienveillance ne semblent avoir aucune limite. J’admets que la première fois que je l’ai vu, lors de notre entrée en seconde année à l’université, c’est son physique qui m’a frappée en premier : Austin est grand, a des cheveux noirs, des yeux tout aussi sombres, et des tatouages ornent ses bras. Au premier abord, on pourrait croire qu’il a un côté bad boy… mais en apprenant à le connaître, j’ai découvert un garçon posé, mature et drôle qui est devenu un ami précieux.

Je grimpe dans sa voiture et il démarre sans attendre, direction l’université. Je me tends imperceptiblement. Être en voiture avec Austin est une expérience… spéciale. Sa façon de conduire est brusque, ses gestes sont saccadés, comme s’il se trouvait en permanence sur un circuit de Formule 1.

– Tu vas me dire un jour où tu as appris à conduire comme ça ? je lui demande tout en ouvrant la boîte à gants dans laquelle je sais que je trouverai des barres énergétiques.

– Comme quoi ?

– Comme si tu avais la police à tes trousses !

Austin rit et secoue la tête, mais je fronce les sourcils, parce que j’ai l’impression d’avoir touché un point sensible.

– Au fait, j’ajoute pour changer de sujet, quand est prévu le rendez-vous pour ton prochain tatouage ?

– Dans trois semaines, me répond-il. Tu voudras venir avec moi ?

– Bien sûr !

– Et tu vas te laisser tenter ?

Je suis déjà tatouée moi aussi, même si beaucoup moins d’encre couvre ma peau que celle d’Austin. Comme mes frères et Jaxon, j’ai fait graver sur mon corps un W dans un cercle. Pour eux, c’est le symbole de l’institut et de l’agence Westwood ; pour moi, il représente notre famille. Juste en-dessous est inscrite la devise que nous partageons tous : « Face à l’adversité, ensemble, toujours ». Ils sont placés à droite sous mes côtes, et j’en suis très fière… mais je garde un souvenir douloureux du moment où je suis passée sous le dermographe, alors je ne suis pas pressée de recommencer.

– Non merci, je préfère assister à ta torture, je réplique, amusée.

– Tu es si attentionnée, Billie, me renvoie Austin, ironique.

– C’est pour ça que je suis ta meilleure amie. Au fait, est-ce que tu sais quand Logan sera de retour en cours ? Je lui ai écrit hier, mais je n’ai pas eu de réponse de sa part.

– Je suppose qu’il est encore cloué au lit par le virus qu’il a attrapé. Ou alors…

– Il s’est pris des vacances anticipées avec Tania, je termine.

Austin et moi hochons la tête, certains que Logan a préféré faire l’école buissonnière en compagnie de sa copine plutôt que de venir à la fac.

– Tu vas devoir te contenter de ma seule compagnie, Billie Westwood, ajoute Austin. Est-ce que tu survivras ?

Je détaille son profil, puis je pousse un soupir théâtral.

– Puisque je n’ai pas le choix…

Je ne tarde pas à regretter mon affront quand mon ami, un petit sourire aux lèvres, accélère soudain et que je me retrouve plaquée contre le siège passager.

Vraiment, la personne qui lui a appris à conduire devrait être arrêtée sur-le-champ…

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