Bodyguards Tome 4
4 - Billie
4
Billie
– Menteuse, m’accuse Austin tandis que nous prenons la direction de l’amphithéâtre où notre prochain cours doit avoir lieu. Je n’ai pas besoin de rentrer plus tôt chez moi.
– Mais moi, j’ai besoin de rentrer avec Jaxon, je réponds.
Mon ami redresse la tête, surpris.
– Tu comptes lui avouer ce que tu ressens ?
– Non ! je m’écrie. Ce n’est pas encore le bon moment. Il faut que je passe un maximum de temps avec lui pour l’amener à comprendre par lui-même.
– Je ne sais pas comment il fait pour ne pas réaliser que tu es amoureuse de lui, ni comment tes frères sont passés à côté de ça eux aussi.
– C’est psychologique, j’explique. Ils ne veulent pas voir, donc ils ont conditionné leur cerveau à se dire que c’est impossible.
Austin et moi nous installons dans l’amphi et commençons à sortir nos affaires en attendant que notre prof arrive.
– Tu penses que Jaxon a des sentiments pour toi, lui aussi ? me demande mon ami.
– Je l’espère… je soupire. On a toujours été très proches tous les deux, mais j’ai l’impression que les choses ont changé entre nous depuis un an. Je ne suis peut-être pas objective, mais j’ai la sensation que les gestes que nous avions l’un pour l’autre sont différents, même si, de l’extérieur, on pourrait croire que ce sont les mêmes… Je ne sais pas si ce que je dis a beaucoup de sens, mais c’est ce que je ressens.
Je pose mon ordinateur portable sur la table devant moi au moment où je termine mon monologue, et je remarque qu’Austin est figé à mon côté. Intriguée, je suis son regard… et je souris.
– Et toi ? Tu comptes lui dire un jour ? je lui lance.
– De quoi tu parles ? réplique-t-il en se rembrunissant.
Je soupire en secouant la tête.
– Ne joue pas les innocents. Depuis le jour où tu l’as rencontrée, tu flashes sur Ivy Willis.
Il n’est pas le seul, d’ailleurs. Grâce à son physique gracieux, à sa douceur et à sa voix délicate, Ivy fait facilement tourner des têtes… mais personne ne semble attirer son attention. Elle est obnubilée par les études, ce qui est tout à son honneur.
Austin ne me répond pas, mais je perçois une légère rougeur sur ses joues, ce que je trouve attendrissant.
– On sera diplômés dans un peu plus de six mois, j’insiste. Ce serait dommage que vos chemins se séparent sans que tu aies osé l’aborder, tu ne crois pas ?
Mon ami redresse la tête, me dévisage, puis affirme :
– Je lui parlerai quand tu auras tout avoué à Jaxon.
Je plisse les yeux puis me détourne en ronchonnant.
– Finalement, je pense que tu es un ami déplorable, je grogne. J’ai hâte que Logan revienne.
Austin éclate de rire. À cet instant, la professeure arrive et nous nous concentrons, bien décidés à mettre nos problèmes sentimentaux de côté le temps du cours.
– Vous devriez déjà vous être mis par groupes, soupire notre prof. Dépêchons, cette formalité va nous faire perdre de précieuses minutes.
Aussitôt, Austin et moi nous levons pour descendre quelques rangées plus bas et retrouver les deux autres personnes qui composent notre groupe de TD. Ensemble, nous avons choisi d’étudier la psychologie clinique, qui fait débat dans la profession, et dans quelques semaines, nous devrons présenter notre travail au reste de la promo. Tout le monde met la main à la pâte, et c’est plutôt agréable de savoir que nous pouvons compter les uns sur les autres.
Alors que nous faisons le point sur nos dernières avancées, une silhouette s’approche de notre petit groupe. Ivy Willis se poste devant nous, mains croisées, un sourire aux lèvres.
– Salut… dit-elle de sa voix douce. Est-ce que je peux me joindre à vous ?
Nous la dévisageons, surpris. D’un signe de tête, elle pointe une bande de garçons qui se sont tournés vers nous et qui nous dévisagent, moqueurs.
– La prof m’a autorisée à quitter mon ancien groupe, nous explique-t-elle. Ça ne se passait pas très bien… Il reste encore quelques semaines avant la présentation de nos TD, alors j’espère que ça ne vous dérange pas si je prends le train en marche. Vous avez probablement déjà bien avancé dans vos recherches, mais j’apprends vite, et surtout, je n’ai pas peur de travailler dur.
Je hausse les épaules, indiquant je ne suis pas contre l’intégrer à notre groupe. À ma gauche, Austin est complètement figé. Je tente de le faire sortir de sa transe en lui mettant un discret coup de genou, sans succès.
– On a choisi de travailler sur la psychologie clinique, déclare Malcolm en remontant ses lunettes sur son nez.
– C’est parfait ! réagit immédiatement Ivy.
– C’est d’accord, tu peux nous rejoindre.
Austin paraît lui-même surpris par ce qu’il vient de dire. Il sourit à Ivy, incapable de détourner son regard d’elle.
– Merci, dit la jeune femme.
Elle contourne le groupe et s’installe pile à côté de mon pauvre Austin, qui semble être sur le point de se liquéfier devant la fille de ses rêves.
Apercevoir Jaxon parmi la foule d’étudiants qui se disperse à la sortie du campus fait naître une envolée de papillons dans mon ventre. J’ai attendu la fin de la journée avec une impatience folle en sachant qu’il serait là ce soir… Adossé à la Bugatti de Lennon, il a les bras croisés sur son torse et il jette des coups d’œil à ce qui l’entoure. Plus je m’approche de lui, plus je sens mon cœur palpiter, et lorsqu’il me remarque enfin, j’ai besoin de puiser dans ma force intérieure pour ne pas me jeter à son cou.
– Ma Billie, m’accueille-t-il de sa voix chaude.
Il m’ouvre ses bras dans une invitation irrésistible et je me blottis contre lui, profitant de notre proximité pour respirer son parfum et fermer les yeux un instant.
Trop vite, je m’écarte de lui et croise son regard noisette. Le sourire qu’il me sert fait apparaître l’une des choses que je préfère chez lui : sa fossette.
– Tu as passé une bonne journée ? me demande-t-il.
– Disons que je suis contente de l’avoir terminée, je réponds.
– Alors tu es prête à rentrer ?
– Évidemment !
Il m’ouvre la portière de la Bugatti, je m’installe à l’intérieur, puis je le regarde faire le tour de la voiture pour prendre place au volant.
Au début, nous roulons en silence. Toute la journée, j’ai imaginé ce trajet de près d’une heure jusqu’à la maison et, mes sentiments prenant le dessus, j’ai espéré que nous pourrions échanger quelques gestes tendres comme nous en avons l’habitude. Mon besoin de sentir la peau de Jaxon contre la mienne est chaque jour plus grand…
Du coin de l’œil, je le détaille, de sa main gauche qui tient le volant à la droite qui repose sur sa cuisse. J’ai toujours trouvé que Jaxon a les mains les plus sexy que j’aie jamais vues. Elles sont à la fois grandes et longues, et les nombreuses veines qui les parcourent, la chevalière à son index ainsi que la montre à son poignet droit me font beaucoup d’effet.
Austin a raison : comment Jaxon fait-il pour ne pas remarquer que je suis folle de lui alors que je suis capable de me délecter de la vue de ses mains pendant des heures ?
– Tout va bien, Billie ? me demande-t-il en me jetant un coup d’œil.
– Oui, pourquoi ?
– D’habitude, tu es beaucoup plus causante.
Entre Jaxon et moi, la connexion a toujours été naturelle, et les sujets de conversation ne nous ont jamais manqué. Sauf que là, c’est différent. Mon esprit est parasité par les paroles d’Austin. Est-ce que je ne devrais pas avouer mes sentiments à Jaxon dès maintenant ? J’ai l’impression que ce n’est pas encore le bon moment, mais après tout, est-ce qu’il y en a vraiment un quand il s’agit de se déclarer à la personne qu’on aime ?
Comme souvent, je finis par me dégonfler… Maintenant que je suis face à Jax, la peur qu’il ne me rejette est si forte qu’elle me muselle.
Il finira bien par découvrir tout seul ce que j’éprouve pour lui, n’est-ce pas ?
– Comment s’est passé ton rendez-vous de ce matin ? je m’enquiers pour cesser de tergiverser.
– Parfaitement bien, me répond-il. C’est une petite mission, pour une fois : je vais bosser pour le maire de Cape Cod le temps d’une journée.
– Ce qui veut dire que tu ne vas pas t’éloigner de la maison ! je m’exclame, soulagée.
Jaxon s’esclaffe en se tournant brièvement vers moi.
– Tu avais peur que je m’éloigne ? me taquine-t-il. Je sais que tu es perdue sans moi, mais quand même.
– Je déteste quand tu t’en vas… Tu me manques beaucoup trop quand tu es loin.
Je rougis brusquement en réalisant ce que je viens d’admettre à voix haute, encore plus lorsque Jaxon me dévisage, moins souriant tout à coup. Mes prunelles accrochent les siennes. Lentement, il approche sa main de mon visage et il caresse tendrement ma joue du bout de son pouce.
– Je reste, cette fois, affirme-t-il.
Mon souffle se bloque dans ma gorge mais je ne bouge pas un cil. Pendant une poignée de secondes, Jaxon semble ne pas pouvoir faire autre chose que laisser errer son pouce sur ma peau, puis soudain, il se concentre de nouveau sur la route, agrippant le volant à deux mains désormais. Sur mon épiderme, je ressens encore la trace brûlante de sa caresse pendant de longues secondes…
Durant le reste du trajet qui nous ramène à Cape Cod, nous évoquons des sujets superficiels, jusqu’à ce que nous arrivions au manoir. En entrant, nous tombons sur Scarlett et Sawyer qui échangent un baiser torride au milieu du salon.
– Hé, oh, doucement, les tourtereaux ! leur lance Jaxon.
Surpris par notre arrivée, mon frère et sa copine se séparent, bien que Sawyer garde Scarlett contre lui, refusant de la laisser s’éloigner.
– Vous êtes déjà là ? demande-t-il.
– On dérange ? lui répond Jaxon, goguenard.
Je m’approche de Scarlett et Sawyer pour les saluer, puis je pose mon sac sur le canapé et retire ma veste. Heureux de voir de nouvelles têtes, Voldemort déboule depuis la cuisine en gobant une dernière croquette, puis il fonce dans nos jambes pour nous saluer. Après de nombreuses caresses, je lui ouvre la porte-fenêtre, par laquelle il se précipite sur la terrasse. Un instant plus tard, Cruz et sa célèbre petite amie Eve DeLuca pénètrent dans le manoir main dans la main.
Être entourée de couples amoureux ne m’aide pas vraiment à gérer la situation avec Jaxon. J’aimerais que nous aussi, nous ayons nos moments heureux…
Alors que Cruz et Eve s’approchent de moi pour m’embrasser, Jax peste :
– J’espère que vous n’êtes pas venus ici pour vous rouler des pelles au milieu du salon, vous aussi. Billie et moi, on vient d’assister à la scène entre ces deux-là et ça nous suffit.
– On pensait être seuls pour encore un moment, grommelle Sawyer.
– Je ne veux même pas savoir ce qu’on aurait surpris si on avait débarqué quelques minutes plus tard… soupire Jaxon. La prochaine fois, faites ça dans votre chambre, pour éviter de choquer les plus jeunes d’entre nous.
Sur ce, il me désigne d’un signe de tête rapide, avant de s’esclaffer… sauf que moi, ça ne me fait pas rire du tout. Le fait qu’il dise tout haut qu’il me considère comme une enfant me blesse terriblement. Je n’en suis plus une, mais il semble déterminé à faire comme si c’était encore le cas… Vexée, j’attrape mon sac et lâche :
– Puisque c’est comme ça, la gamine vous laisse entre adultes.
Alors que je m’éloigne en direction de l’escalier, j’entends Jaxon tenter de me retenir :
– Billie, attends !
– Bien joué… soupire Cruz.
Mais je grimpe les marches sans me retourner. Si j’avais encore le moindre espoir quant à la possibilité d’une histoire entre le meilleur ami de mes frères et moi, il vient d’être réduit à néant.
Parce que si Jaxon est l’homme de mes rêves, pour lui, je serai éternellement la petite sœur du clan Westwood et rien d’autre.
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