Bodyguards Tome 4
39 - Jaxon
39
Jaxon
J’enchaîne les foulées sur le sable, escorté par Voldemort qui trottine, langue pendante, heureux que je l’ai choisi comme partenaire de course. Lorsque nous arrivons au bas de la colline en haut de laquelle trône le manoir, je me baisse, soulève le bouledogue dans mes bras, puis je le porte le long de l’escalier en pierre trop escarpé pour ses petites pattes. Après quelques minutes, j’accède à la terrasse, pose Voldi au sol et retire mon t-shirt pour éponger la sueur sur mon visage. Ensuite, je pénètre dans la pièce de vie de la demeure par la porte-fenêtre… et c’est là que je tombe sur Lennon, a priori tout juste rentré de l’institut.
– Je sais, Dovie… dit-il, dos à moi, le téléphone collé à son oreille. Si tu savais comme tu me manques, surtout en ce moment…
Bêtement, je me demande si je devrais quitter la pièce, mais l’envie d’avoir une discussion avec mon meilleur ami m’oblige à rester.
– C’est encore trop tôt pour ça, reprend-il. Non… Dovie, je…
Il se tait, écoute ce que sa petite amie lui dit à l’autre bout du fil, puis affirme :
– Je ne suis pas prêt à lui pardonner.
Au même moment, Lennon pivote et m’aperçoit. Je me fige instantanément et je remarque qu’il a le même réflexe ; mais il se reprend bien vite et annonce d’une voix plus grave :
– Je dois te laisser, je te rappelle plus tard… Je t’aime aussi, ma puce.
Puis, après avoir raccroché, il s’éloigne en direction de la cuisine. Pendant quelques secondes, je me demande quoi faire : cette situation est totalement inédite pour moi. Je ne me suis jamais senti rejeté par ceux qui sont devenus ma famille et cela m’oppresse. Sawyer et Cruz ont eu beau m’afficher leur soutien, sans Lennon, ce n’est pas pareil…
Sans mon meilleur ami, je ne peux pas être totalement heureux.
En silence, il se sert un verre de vin, bien décidé à me snober. Je sais que je devrais sûrement lui accorder la distance qu’il réclame, mais c’est plus fort que moi : j’ai besoin d’essayer de recoller les morceaux. Décidé, je marche dans sa direction et lui lance :
– Salut.
Sous mes yeux, Lennon s’empare une nouvelle fois de son portable et commence à pianoter dessus, m’ignorant royalement.
Quel enfoiré.
– Est-ce qu’on peut se parler ? je tente.
– Je n’ai rien à te dire, grogne-t-il.
– Lenny, putain…
– Je t’arrête tout de suite ! éructe-t-il en se redressant vivement. Ne commence pas à essayer de plaider ta cause ou de me faire entendre raison, parce que ça ne marchera pas. Tu m’as trahi, Jaxon et je n’ai plus rien à te dire.
– Donc c’est comme ça que ça va se passer désormais ? On ne va plus jamais s’adresser la parole ? On va rompre tout contact parce que tu refuses que je puisse aimer ta sœur ?
Il ricane comme si je ne comprenais rien à rien. Je ne l’ai jamais connu si froid, si dédaigneux. J’espérais qu’il se serait calmé une fois le choc initial passé, mais il semblerait que ce soit tout l’inverse…
– Lennon, j’aimerais que…
Il range son téléphone et pose brutalement son verre de vin dans l’évier avant de se planter devant moi et de siffler :
– La seule raison pour laquelle je ne t’ai pas chassé d’ici, c’est parce que ça m’obligerait à aller à l’encontre des dispositions définies par mon père dans son testament.
Il me fusille du regard, me bouscule en me dépassant, puis il quitte le manoir d’un pas furieux. Quant à moi, je reste paralysé avec, pour la première fois depuis neuf ans, le sentiment d’être un étranger et un orphelin.
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