Bodyguards Tome 4

Laura S. Wild · Chapitre 9 sur 48

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Bodyguards Tome 4

7 - Billie

7

 

Billie

 

Je me sers une seconde tasse de thé puis je retourne m’installer sur le canapé. Je relance l’épisode de ma série que j’avais mis sur pause et je me cale confortablement contre les coussins.

Il est minuit et demi et j’attends que Jaxon rentre.

Je sais qu’il m’a dit de ne pas le faire, mais c’est plus fort que moi… J’ai besoin de savoir que nous sommes sous le même toit, qu’il n’est qu’à quelques mètres de moi… J’ai besoin de le savoir ici et pas dehors avec je ne sais qui, à faire je ne sais quoi.

Tout le reste de la soirée, je n’ai été capable de penser qu’à sa réaction, à son regard brûlant lorsqu’il m’a demandé si je comptais sortir avec Austin. On aurait dit que cela lui faisait physiquement mal de penser que c’était une possibilité. Au fond, j’espère que s’il est parti en colère c’est parce qu’il ne supporte pas de m’imaginer avec un autre homme, parce que lui aussi ressent quelque chose pour moi mais qu’il refuse de se l’avouer… mais ensuite, je repense à ce qu’il m’a dit quelques secondes avant de grimper dans sa voiture.

« Je ne demande rien d’autre pour toi que quelqu’un qui t’aime et te respecte. Si un jour tu le trouves, alors je l’accueillerai les bras ouverts. »

Cette phrase, ce n’est pas celle d’un homme amoureux. S’il l’était, il refuserait jusqu’à l’idée même que je puisse rencontrer quelqu’un…

J’entends des pas juste derrière moi et je tourne la tête pour voir arriver Lennon. Je me suis toujours demandé quel plaisir mes frères pouvaient tirer du fait de se balader torse nu dans la maison. Comme c’est quelque chose que les triplés – et Jaxon, à mon grand dam et mon grand plaisir – font souvent, ils doivent forcément en ressentir une grande satisfaction.

– Qu’est-ce que tu fais encore debout ? me demande mon frère en nouant un petit chignon au-dessus de sa tête tandis qu’il prend place à côté de moi.

– Je ne trouve pas le sommeil, je lui réponds. Et toi ?

Lenny se cale contre le dossier du canapé et étend ses grandes jambes sur la table basse du salon.

– J’ai plein de choses dans la tête, m’avoue-t-il. L’institut, l’agence, papa et maman, Dovie qui me manque terriblement… Par-dessus le marché, Voldemort dort au pied de mon lit et il ronfle comme trois bulldozers…

Je ris en posant une main sur le bras de mon frère, puis je retrouve mon sérieux pour m’enquérir :

– Qu’est-ce qui se passe avec l’agence et l’institut ?

– Rien, c’est juste que… prendre la relève de papa a été plus difficile que je ne le pensais. Je veux dire, j’adore mon travail et j’ai toujours voulu me retrouver à la tête de l’entreprise un jour ou l’autre, mais la manière si brusque dont ça s’est passé fait que… je me demande parfois si j’étais prêt à gérer le business familial si tôt.

– Bien sûr que tu l’es, Lennon.

– Tu dis ça parce que tu es ma sœur, Billie…

– Non, je le dis parce que de vous tous, c’est toi qui avais les épaules les plus solides et qui étais le plus à même de faire vivre l’héritage de papa. Et lui aussi, il le pensait, sinon il ne t’aurait pas désigné comme gestionnaire de l’agence dans son testament. C’est normal que tu aies besoin de temps pour t’acclimater à tout ça, et ça l’est encore plus que tu te remettes en question… C’est justement ce qui fait de toi un bon leader. Tu imagines un peu si Cruz était devenu gérant ? Ou Sawyer ?

Mon frère s’esclaffe.

– Je les adore, je poursuis, mais à ta place, je crois que Sawyer aurait déjà cogné quelqu’un et que Cruz passerait son temps à se féliciter d’être le boss.

Nous rions à nouveau, avant que je ne reprenne :

– Lennon, depuis toujours, tu es le second de papa. Tu vas prendre tes marques et tu vas faire évoluer le business familial comme personne.

– Merci, Billie. Tu es vraiment devenue une… femme futée et tu feras une incroyable psychologue.

Mon frère passe un bras autour de mes épaules et dépose un baiser sur ma tempe. Il ne m’échappe pas qu’il a eu une seconde d’hésitation avant d’utiliser le mot « femme », mais je suis heureuse qu’il l’ait fait. Peut-être que s’il reconnaît que j’ai grandi, cela incitera les autres à suivre le mouvement…

– Tu sais, à propos de tout à l’heure… commence-t-il.

– Laisse tomber, Lennon, je lui renvoie en posant ma tasse de thé sur la table basse et en remontant mes genoux contre mon buste.

Mais il insiste :

– Je t’aime, Billie. Et c’est justement pour ça que je cherche à te protéger, que je veux ce qu’il y a de meilleur pour toi… C’est ce qu’on veut tous. Alors tu as raison, il y aura forcément des étapes de ton parcours qui seront douloureuses et qu’on ne pourra pas empêcher, mais sois certaine que si on peut t’éviter certaines souffrances, alors on le fera. Comme les hommes, au hasard, parce que nous sommes programmés pour merder à un moment ou un autre.

Il embrasse à nouveau mon front avant d’ajouter :

– Nous sommes tes frères, et je préfère t’annoncer tout de suite que tu pourrais bien te marier à un saint, on trouverait quand même qu’il n’est pas assez bien pour toi. Cela dit, je te promets qu’on fera des efforts.

– Merci, Lennon.

Je le serre dans mes bras pendant un instant. Je me sens si chanceuse d’avoir des frères si présents et si protecteurs, même s’ils sont parfois étouffants… Les triplés auraient pu se contenter du lien particulier qui les unit, mais non, ils ont toujours fait en sorte de m’inclure dans leur groupe et de me montrer que nous étions une famille, tous ensemble.

Lennon pose sa tête sur le dossier du canapé et se met à fixer le plafond. Je me colle contre lui et m’installe dans la même position.

– Qu’est-ce qu’on regarde ? je lui demande.

– Je suis presque sûr que je suis capable de désigner de quel côté se trouve la Grande Ourse. Un peu à droite du luminaire, tiens.

Je m’esclaffe.

– Dovie déteint sur toi.

Lennon pousse un soupir las.

– Je déteste que son travail soit à New York et que le mien soit ici.

– Et vous aimez tous les deux beaucoup trop vos jobs pour les quitter.

– Je détesterais qu’elle se sacrifie pour moi… Comme je l’ai dit tout à l’heure, je veux qu’elle soit heureuse.

Il ferme un instant les yeux avant d’ajouter :

– On y arrivera. Je sais qu’on y arrivera.

– Évidemment. Lennon, vous êtes faits l’un pour l’autre, Dovie et toi, c’est évident. Au fait… tu as déjà remarqué ce truc qu’elle fait avec ses yeux quand elle te regarde ? On dirait qu’elle te dévisage un peu comme…

– Une psychopathe, termine mon frère, l’air complètement charmé par cette idée.

Nous restons ainsi pendant un moment encore, jusqu’à ce que Lennon se décide à remonter dans sa chambre. Je jette alors un regard à la pendule suspendue au mur du salon et j’étouffe un bâillement.

Une heure du matin…

Mes yeux commencent à papillonner à cause de la fatigue qui se fait sentir. Je devrais aller me coucher, mais je sais que je serai incapable de fermer l’œil tant que Jaxon ne sera pas là.

Soudain, le bruit d’une clé qui tourne dans la serrure me pousse à me redresser. Rien qu’à l’idée de voir l’homme que j’aime, mon cœur s’emballe.

Mais des bruits étouffés me parviennent rapidement. Je me demande d’abord si Jaxon n’aurait pas un peu trop bu et ne serait pas en train de se parler à lui-même, jusqu’à ce que j’entende un gloussement féminin.

Je me fige.

Non…

Le rire reprend et la voix grave de Jaxon s’y mêle. À entendre les bruits qui retentissent désormais, je suis certaine que l’inconnue et lui sont en train de s’embrasser dans le hall d’entrée.

Je ne peux pas les voir… Je ne le veux pas…

Mais mon corps est complètement paralysé.

Et finalement, ils apparaissent sous mes yeux. Je distingue une robe rouge, des cheveux blonds, de hauts talons… cependant, mon regard est obnubilé par les mains de Jaxon autour du visage de la femme, par la façon dont il lui sourit entre deux baisers, par sa bouche qui s’écrase sur la sienne. Ma gorge est si serrée face à ce spectacle que j’ai bien du mal à reprendre mon souffle.

Soudain, Jaxon m’aperçoit, et il se détache de la blonde si vite qu’elle en sursaute.

– Billie ? Qu’est-ce que tu fais là ? me lance-t-il, et je déteste entendre l’essoufflement dans sa voix.

Je suis incapable de lui répondre. Incapable de faire quoi que ce soit d’autre que le regarder. Ses cheveux châtains sont décoiffés à cause de la façon dont sa conquête les a agrippés et je remarque, comme la dernière fois, des traces de rouge à lèvres le long de sa mâchoire. À ses côtés, la blonde me dévisage et son regard passe de Jaxon à moi, incrédule.

Enfin, je ne sais par quel miracle, mes cordes vocales répondent de nouveau présentes.

– Je t’attendais, dis-je dans un murmure.

Je sens avec horreur mes yeux commencer à dangereusement me brûler. Heureusement, je parviens à ordonner à mon cerveau de ne surtout pas verser une larme… pas maintenant, en tout cas.

Jax est aussi figé que moi, à l’exception de sa tête, qu’il secoue légèrement sans que je sache ce que cela signifie.

– Je t’avais dit que je rentrerais tard, commence-t-il.

– Je sais, mais je voulais quand même te voir.

– Euh… Jaxon ? Qui est-ce ?

La voix de la blonde vient s’immiscer dans notre conversation. Jax revient à lui et reporte son attention sur elle… Lorsqu’il lui sourit et que sa fossette apparaît, je manque de m’effondrer.

– C’est Billie… Ma petite sœur, indique-t-il d’une voix claire.

Moi qui croyais que le voir embrasser une autre femme était douloureux, ce sont finalement ses mots qui font le plus mal. C’est comme s’il venait de me mettre un coup de poing dans l’estomac, et cette fois, en plus de peiner à reprendre mon souffle, j’ai envie de vomir.

Sa petite sœur…

– Oh, salut ! me lance la jeune femme, soudain plus enjouée. Désolée, on ne voulait pas te déranger.

Je ne sais pas comment je parviens à briser l’enveloppe de souffrance qui me paralyse pour lui répondre :

– Pas de problème.

Elle se tourne alors vers Jaxon, attendant certainement qu’ils reprennent là où ils s’étaient arrêtés. Les yeux toujours posés sur moi, il bredouille :

– Bon, alors… Bonne nuit, Billie.

J’arrive à peine à lui adresser un hochement de tête en retour. Il saisit la main de la blonde, et côte à côte, ils traversent la pièce de vie pour se diriger vers l’escalier. Je suis incapable de les suivre du regard, j’ai déjà assez mal comme ça.

Mais les gloussements retentissent à nouveau depuis l’étage et j’ai l’impression de recevoir un second coup de poing dans le ventre.

J’éteins la télé et me rends le plus vite possible dans ma chambre, ce qui m’oblige à passer devant celle de Jax – ce que je fais en me bouchant les oreilles pour être certaine de ne rien entendre de plus. Une fois ma porte refermée derrière moi, je me faufile dans mon lit et, seulement à cet instant, je libère mes larmes.

J’ai envie de croire que Jaxon ne savait pas que je serais encore éveillée à l’attendre, sauf que c’est ce que je fais depuis des semaines lorsqu’il rentre tard… alors, même s’il m’avait dit que ce n’était pas la peine ce soir, il ne pouvait pas ignorer que je serais quand même là et que j’assisterais à… ça. Pire encore, j’ai le sentiment qu’il voulait que je les voie, la blonde et lui. Il voulait me faire passer un message…

Qu’il se rassure, il a été reçu cinq sur cinq.

C’est maintenant clair : je me suis fait des films, j’ai espéré comme une idiote, fantasmé sur des gestes, des sentiments qui n’existent pas de son côté.

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