Bodyguards Tome 4

Laura S. Wild · Chapitre 44 sur 48

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Bodyguards Tome 4

42 - Jaxon

42

 

Jaxon

 

Je dois admettre que le nouvel appartement dans lequel s’est installée Scarlett est plutôt sympa ; en tout cas, la literie est de bonne qualité. Malgré tout, je ne parviens pas à trouver le sommeil. Il est plus de minuit et je ne cesse de me retourner encore et encore en espérant enfin tomber de fatigue… mais c’est peine perdue. Toutes mes pensées sont tournées vers Billie, dont le visage baigné de larmes me hante depuis que je l’ai quittée hier. J’ai l’impression qu’un gouffre s’est ouvert dans ma poitrine : je me sens à la fois vide et à l’étroit dans mon propre corps.

Passant un bras derrière ma tête, je ferme les yeux et tente de m’apaiser en me remémorant des moments entre Billie et moi. Mais c’est alors que de violents coups sont frappés contre la porte d’entrée. En une seconde, je me redresse et bondis du lit. D’abord sur mes gardes, je traverse l’appartement à pas de loup. Cependant, avant que j’aie pu regarder à travers le judas qui est l’intrus, une voix que je connais bien s’élève.

– Jaxon ! s’écrie Lennon, avant de recommencer à marteler la porte.

Sourcils froncés, je tourne le verrou. Mon meilleur ami pénètre dans l’entrée comme une tornade.

– Où est-elle ? demande-t-il.

– Qui ça ?

– À ton avis ? Billie ! Billie, est-ce que tu…

– Mais enfin, qu’est-ce qui te prend ? Billie n’est pas ici, alors arrête de hurler, tu vas réveiller les voisins.

Lennon jette un œil par la porte de la chambre pour s’assurer que je lui dis la vérité, puis sa tête tombe entre ses épaules et il pousse un profond soupir.

– Lenny… je l’appelle.

– Billie est partie, lâche-t-il alors.

Immédiatement, mes muscles se tendent et mon sang se glace dans mes veines.

– Partie ? je répète, abasourdi.

Lennon se retourne et c’est seulement à ce moment que je réalise à quel point son visage est fatigué et inquiet.

– Elle est venue me voir à l’institut ce matin, m’explique-t-il en s’adossant au mur derrière lui. Elle était hors d’elle… Quand elle est partie, je me suis dit qu’elle aurait besoin d’être seule quelque temps, alors je n’ai pas cherché à l’embêter. Sauf que ce soir elle n’est pas descendue pour le dîner, donc j’ai fini par tenter d’aller lui parler. Comme elle ne répondait pas, je suis entré dans sa chambre. Son dressing était ouvert, et son sac de voyage n’était plus là.

Et merde.

Paniqué, je passe une main sur mon visage, puis dans mes cheveux, avant d’exploser :

– PUTAIN !

Tout ça, c’est ma faute. Si je ne l’avais pas quittée, si je m’étais battu pour nous, Billie serait restée au manoir… Et maintenant, où est-elle ? Est-ce qu’elle s’est enfuie pour de bon ? Est-ce qu’elle est seule quelque part, perdue ? Peut-être terrifiée ?

– J’ai cru qu’elle était venue te retrouver… ajoute Lennon.

– Et vu comme tu as débarqué ici, je suppose que tu étais prêt à la ramener à la maison de force ? Tu ne penses pas en avoir déjà assez fait ?

Je ne sais pas si c’est à cause de l’angoisse, mais toujours est-il que Lennon ne répond rien. À la place, il baisse la tête et pousse un profond soupir.

– Bon sang, Billie, où est-ce que tu as pu aller ? je marmonne en faisant les cent pas au milieu de l’appartement.

Je m’oblige à me concentrer, à réfléchir à ces dernières semaines, à ces dernières années, même, et à passer en revue toutes les discussions que nous avons eues, toutes les confidences que Billie m’a faites, pour espérer deviner où elle est partie.

– Quand l’accident de ma mère est survenu, commence soudain Lennon, me surprenant, j’ai su qu’il manquerait un repère à Billie et que grandir sans présence maternelle lui serait atrocement difficile. Ça l’a été pour nous aussi, mais Ellen et elle étaient fusionnelles. Et même si nous l’avons tous aimée aussi fort que nous l’avons pu, je sais que nous n’avons pas comblé le vide que maman a laissé dans son cœur. Quand papa a été agressé, j’ai eu peur qu’elle ne perde pied… mais elle est restée solide et je dois le reconnaître, c’est en grande partie grâce à toi.

Figé, je décide d’écouter mon meilleur ami, même si je ne sais pas où va nous mener cette histoire.

– Ils n’iront jamais mieux, reprend-il d’une voix rauque. Nos parents ne reviendront pas… Chaque fois que je vais les voir, je dois faire face au médecin qui me répète qu’une décision devra bientôt être prise. Dans ma tête, nos parents sont partis, alors je me dois de reprendre leur rôle pour Billie. J’ai toujours eu besoin de protéger cette gamine. Je sais qu’il en est de même pour Cruz et Sawyer, mais en ce qui me concerne, c’est l’une de mes priorités absolues. Parce que, même si nous n’avons pas le même ADN, pour moi, nous sommes du même sang. Alors quand je t’ai demandé de ne pas l’approcher, je l’ai fait parce que je connais les hommes. Je nous connais par cœur, Jaxon. Toi et moi avons eu d’interminables conversations sur tes conquêtes, et tu me partageais volontiers des détails intimes. Chaque fois, je priais pour que Billie ne tombe jamais amoureuse de quelqu’un qui n’aurait pas de scrupule à raconter de telles choses sur elle à ses potes.

– Lennon, je n’aurais jamais…

– Laisse-moi finir, s’il te plaît. Non, ce ne serait pas un drame si ma sœur te choisissait. Et c’est vrai, vous ne faites rien de mal… Billie est venue me remettre à ma place tout à l’heure et elle a dit quelque chose qui m’a interpellé : elle m’a accusé d’avoir fait passer mon ego blessé avant son bonheur. Et tu sais quoi ? Elle a raison. C’est exactement ce que j’ai fait. Jaxon, avant d’être mon frère, tu es mon meilleur ami, et avec Cruz et Sawyer, tu es l’une des personnes en qui j’ai le plus confiance. Alors, quand j’ai réalisé que tu m’avais trahi… C’est vrai, j’ai vrillé. Parce que la loyauté est pour moi au centre de notre famille et que j’ai eu l’impression de perdre un frère. Si toi, en faisant partie de mon clan, tu étais capable de briser un serment que tu m’avais fait, alors je ne pouvais accorder ma confiance à personne…

Lennon se passe une main sur le front, puis sur son petit bun au-dessus de la tête.

– Je veux que tu sois heureux et je veux plus que tout que Billie le soit aussi, conclut-il. J’ai compris… Le sermon de Billie, sa fuite, la peine que j’ai imposée à notre famille… Je suis désolé, Jax. Je ne vais plus m’opposer à votre relation.

J’ai l’impression de recevoir un autre coup de poing de sa part en plein visage… sauf que celui-là est loin d’être douloureux.

– Vraiment ?

– Je suis terrifié à l’idée de savoir Billie dehors, quelque part, et je la connais. Si elle s’est enfuie, c’est parce qu’elle t’aime vraiment et qu’elle ne renoncera pas à toi. Elle voulait me provoquer un électrochoc et elle a réussi.

– Je l’aime aussi, j’affirme avec véhémence. Merci, Lenny, de me faire confiance pour prendre soin d’elle.

À ces mots, mon meilleur ami s’approche de moi.

– J’ai quand même quelques mises en garde à te faire, lâche-t-il. Tu l’as laissée tomber hier et tu l’as brisée… Ne recommence jamais.

– Je n’en ai pas l’intention.

– Sache que si un jour vous vous séparez, je prendrai son parti.

– C’est noté.

– Quand vous serez devant nous, essayez de ne pas vous dévorer le visage ou de vous peloter. Sinon, ça va m’agacer.

– Bien sûr.

– Et enfin… garde-la. Peu importent les obstacles que vous rencontrerez, garde-la près de toi, parce qu’elle est et sera pour toujours la plus belle chose qui te soit jamais arrivée.

Je déglutis et tends la main à mon meilleur ami, qui lève les yeux au ciel et m’attire dans une accolade virile. À cet instant, un poids monumental tombe de mes épaules et c’est alors qu’un éclair de lucidité monte jusqu’à mon cerveau.

– Je sais ! je m’exclame. Je sais où elle est !

Sans attendre, je me précipite dans la chambre pour passer un sweat et enfiler des chaussures avant de bondir sur mes clés de voiture.

– Je viens avec toi, décide Lennon en m’emboîtant le pas.

– Non ! je l’arrête. Ça doit être entre elle et moi. Juste nous deux.

Lennon ferme un instant les yeux avant de hausser les épaules en guise d’accord. Après avoir attrapé mon téléphone, j’ouvre la porte de l’appartement à la volée ; cependant, avant de m’éloigner, je me fige et pivote vers mon meilleur ami.

– Lennon, il faut que je te dise… Avec Billie, ce sera pour toujours, je lui affirme. Je ne vais pas juste la garder, je vais l’épouser, lui faire une tonne de bébés aux yeux bleus et vieillir à ses côtés. Billie n’est pas juste la femme qui partagera ma vie… Elle est la bonne.

– Amen, mon frère ! Maintenant, ramène ma petite sœur à la maison.

 

Il ne m’aura pas fallu longtemps pour repérer l’immense voilier amarré à la marina. Ellen est inscrit en larges lettres noires sur sa coque… Je bondis sur le ponton en m’écriant :

– BILLIE ! Billie, où es-tu ?

Un visage ne tarde pas à apparaître depuis l’intérieur de la cabine.

– Jaxon ! dit ma petite amie, perdue. Qu’est-ce que…

Je m’élance dans sa direction, agrippe son visage et fonce sur ses lèvres pour lui donner un baiser à la hauteur de ma joie.

– Raconte-moi ta journée, je lui demande lorsque je parviens enfin à me détacher d’elle.

– Quoi ? soupire-t-elle, les lèvres gonflées et les yeux brillants de désir.

– Ta journée… je répète.

– Mais c’est le milieu de la nuit ?

– C’est pas grave, raconte-moi tout.

Billie secoue la tête, à la fois pour reprendre ses esprits mais aussi pour dégager les mèches humides de pluie de son visage, puis elle commence :

– Aujourd’hui, je me suis levée épuisée, avec le cœur brisé, et après avoir crié sur mes frères, je suis venue ici parce que tu me manques et que je ne supportais pas d’être au manoir sans toi. Le meilleur moment de ma journée, c’est celui-ci, et le pire, c’est chaque seconde depuis que tu m’as quittée.

Je prends ses mains, dépose un baiser dans chaque paume, puis je me lance à mon tour :

– Aujourd’hui, je me suis levé avec le cœur brisé moi aussi, et j’ai erré dans Cape Cod sans but pendant un long moment. Mon pire moment de la journée, ça a été quand j’ai réalisé ce que j’ai fait hier… et le meilleur, c’est quand Lennon est venu me donner sa bénédiction.

Les yeux de Billie s’écarquillent.

– Quoi ? Tu… vraiment ?

– Oui. Ton discours et ta fuite lui ont donné à réfléchir.

– Oh mon Dieu, Jaxon… Ça veut dire que toi et moi, on…

Pour couper court à ses balbutiements, je plonge sur ses lèvres et je dévore sa bouche tout en plaquant mon corps contre le sien. La pluie s’abat sans relâche autour de nous, nos vêtements et nos cheveux sont trempés, mais ça n’a pas d’importance. Ce qui l’est, c’est la joie incommensurable qui nous parcourt et nos cœurs qui battent à l’unisson. C’est même tout ce qui compte.

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