Bodyguards Tome 4
28 - Jaxon
28
Jaxon
– Ce soir, c’est Scrabble pour tout le monde !
Dovie dépose la boîte de jeu sur la table de la salle à manger qui vient d’être débarrassée après le dîner. Face à nos mines sceptiques, elle insiste :
– Oh, allez, ça va être marrant, vous allez voir. Avec mes pères, c’était notre rituel du vendredi soir quand j’étais plus jeune, pour fêter le début du week-end. On mangeait de la pizza devant un film, puis on terminait par des jeux et le Scrabble revenait souvent dans nos choix.
– Je crois que je devais avoir quatorze ans la dernière fois que j’ai joué à un jeu de société, déclare Eve. J’en suis.
– Chérie, on peut faire toutes sortes d’autres jeux qui ne concernent que nous deux, tu sais, intervient Cruz en posant une main sur la cuisse de la mannequin.
Personne ne prend la peine de protester.
– Pourquoi pas, dit Scarlett. Mais comme nous sommes nombreux, je propose que les filles fassent équipe contre les garçons.
– Vendu ! s’écrie Billie.
Puis elle se penche dans ma direction et me glisse :
– On ne va vous laisser aucune chance.
– Si tu crois qu’on sera cléments de notre côté, tu te fourres le doigt dans l’œil… je réplique en haussant les sourcils.
La tentation de l’attirer contre moi est forte. Heureusement, la table m’en empêche.
– Ce sera sans moi, nous lance Sawyer depuis le salon.
Il zappe à la télé sans s’attarder sur aucune chaîne. Ce soir, en quittant l’institut, il est allé rendre visite à Oscar et Ellen à la clinique – ce qui est toujours difficile pour lui même s’il a réussi à surmonter le traumatisme qui l’empêchait de venir voir sa mère –, et la discussion qu’il a eue avec le médecin concernant l’état de santé de son père l’a plongé dans une morosité dont il ne parvient pas à sortir. Oscar est toujours en état de mort cérébrale ; c’est le cas depuis son agression, mais nous avions l’espoir envers et contre tout qu’un miracle finirait par se produire.
Nous sommes tous très affectés de constater qu’il n’en est rien.
Alors ce soir, nous faisons tous semblant d’aller bien, et je crois que c’est aussi pour nous occuper l’esprit que Dovie propose cette soirée jeux de société. En temps de crise, on peut toujours compter sur le petit génie pour avoir de bonnes idées.
Scarlett se dirige vers le salon et prend place sur les genoux de Sawyer, qu’elle attire dans ses bras. Je ne sais pas ce qu’elle lui murmure à l’oreille, mais elle parvient à le convaincre et ils finissent par nous rejoindre tous les deux.
– C’est joué d’avance, râle Cruz. Avec Dovie dans l’équipe, les filles ont déjà gagné.
Sa réplique lui vaut des regards noirs de la part d’Eve, Billie et Scarlett.
– Juste pour être sûre de bien comprendre… tu es en train d’insinuer qu’on est stupides ? lâche la mannequin.
Penaud, Cruz dévisage sa petite amie.
– Évidemment que non… fait-il. C’est juste que Dovie est… Enfin, elle a un QI qui est… Bon, explique-leur, toi, Lennon.
– Sûrement pas ! Tu te sors de ton bourbier tout seul.
Nous ricanons avant de prendre place de part et d’autre de la table, selon nos équipes. Face à nous, les filles nous fusillent des yeux, les triplés et moi. Quelque chose me dit que cette partie de Scrabble va être mouvementée…
– Avec le mot compte triple, ça fait donc quinze points pour le « cul » de Cruz, annonce Dovie en prenant note sur un petit calepin.
Il était évident que nous trouverions une façon de pimenter ce jeu, mais je ne m’attendais pas à ce que nous nous engagions sur cette voie… Quoique : lorsque Cruz a commencé à former des mots en rapport avec l’anatomie, j’ai su que cette partie était vouée à déraper.
– C’est pas si mal, déclare Sawyer, qui s’est rapidement pris au jeu.
– Rappelle-nous les scores, ma puce ? demande Lennon.
– 125 pour vous et 162 pour nous, lance Dovie avec un grand sourire.
Les filles se congratulent et je dois admettre qu’elles ont fière allure – Billie particulièrement, alors qu’elle porte mon sweat sur le dos. Sa façon de sourire est craquante. Au fond, je ne désire qu’une chose : que la partie se termine afin que je puisse me faufiler dans sa chambre pour y passer la nuit une fois tout le monde couché.
– Le jeu n’est pas encore terminé, je rappelle. Rien ne dit que vous allez gagner.
– Tu es sûr ? répond Billie.
Un sourire carnassier aux lèvres, elle s’empare de plusieurs lettres qu’elle dépose sur le plateau.
– Pas mal, Billie, commente Scarlett. « Abdos » en mot compte double, ça nous fait seize points supplémentaires.
Les filles exultent, Cruz et Lennon grognent.
– C’est l’une des choses que je préfère chez un homme, précise Billie alors que les garçons et moi tentons de former un autre mot.
– On ne veut pas savoir, lâche Lennon.
À cet instant, je sens la pointe d’un pied entrer en contact avec mon tibia. Je redresse la tête. Billie joue les innocentes en ne m’accordant pas un regard, mais je sais que ce geste vient d’elle.
– Sawyer a eu le droit de caser le mot « fellation », mais je n’ai pas le droit de parler d’abdos ? s’offusque-t-elle.
– Scarlett venait de faire un Scrabble avec « fessier », se défend l’intéressé, il fallait bien que je contre-attaque.
– C’est juste qu’on ne veut pas connaître les goûts de notre petite sœur en matière d’homme, ajoute Lenny.
En silence, je tente de suivre leur conversation, mais le pied de Billie qui ne cesse de monter le long de ma jambe n’aide vraiment pas.
– À ton tour, Jax, me lance Cruz. Lamine-les.
– Vraiment, chéri ? Tu ne veux pas nous laisser gagner pour me faire plaisir ? minaude Eve en se penchant sur la table, une position qui met sa poitrine en valeur.
Cette partie de Scrabble est en train de totalement nous échapper.
– Jamais, réplique Cruz. Chez les Westwood, on gagne honnêtement.
– Exactement, l’approuve Billie.
Sauf que son pied se trouve désormais au niveau de ma cuisse et se rapproche dangereusement de mon entrejambe.
Bon sang… Elle sait parfaitement ce qu’elle fait.
– Pas sûr que tous les Westwood partagent ces beaux principes, je grogne dans ma barbe.
– Bon, Jax, tu le poses, ton mot ? s’impatiente Lennon.
– Une seconde ! Laissez-moi réfléchir.
– Tu as besoin d’aide ? me demande Billie.
Je me contente de l’ignorer, mais au moment où je m’empare d’une lettre, son pied frôle mon sexe… et je me crispe soudain.
– Ça va, mon pote ? s’inquiète Sawyer à ma gauche.
Mes frères me dévisagent comme si j’étais dingue, ce que je suis en train de devenir à cause de leur démon de sœur.
– Oui, oui… Tout va super bien.
Pressé de mettre fin à la partie, je pose une lettre sur le plateau, ce qui provoque un silence de plomb.
– « OK » ? réagit Lennon. Elles ont près de cinquante points d’avance sur nous, et tu écris « OK » ?
– Les filles, je crois que Jaxon vient de sceller le score, jubile Dovie en griffonnant sur son petit carnet.
– Non mais franchement, c’est pas sérieux, éructe Cruz.
– Je savais que j’aurais mieux fait de rester sur le canapé, renchérit Sawyer.
– Pardon, mais je n’avais pas de quoi faire mieux, je proteste.
Il nous faut encore quelques tours pour poser nos dernières lettres, puis nous remballons le jeu alors que les filles exultent, officiellement grandes gagnantes de la partie. Après cela, les trois couples disparaissent presque immédiatement – et à cet instant, je suis plus qu’heureux que ce manoir soit si grand et que nos chambres soient éloignées les unes des autres.
Laissés seuls, Billie et moi nous dévisageons un instant.
– Tu as triché, je lui glisse.
– Je ne vois pas du tout de quoi tu veux parler.
– Donc tu nies m’avoir allumé pendant la partie ?
Billie contourne la table et s’approche de moi tout en me tenant en joue de son regard si bleu.
– Au risque de me répéter… je ne vois vraiment pas de quoi tu veux parler.
Elle s’apprête à me dépasser lorsqu’elle pose une main sur mon ventre et se penche à mon oreille pour murmurer :
– Mais c’est à tes abdos que je pensais lorsque j’ai placé ce mot.
Puis elle dépose un rapide baiser sur mon épaule et ajoute :
– J’ai envie de dormir dans tes bras ce soir. Tu me rejoins quand les triplés seront couchés ?
Sans attendre ma réponse, elle s’éloigne en direction de l’escalier, qu’elle grimpe en trottinant. Debout comme un con au milieu de la pièce de vie, je reste paralysé. Je me demande comment j’ai pu penser pendant si longtemps que Billie était l’innocence incarnée. Désormais, je suis incapable de voir autre chose que la sensualité et la confiance en elle dont elle déborde et dont je détournais le regard jusqu’alors. Enfin, je comprends ce qu’elle a tenté de me faire comprendre de nombreuses fois : elle m’a été imposée comme « petite sœur », mais la vérité, c’est qu’elle est une femme. Mieux, elle est la femme qu’il me faut et dont je suis fou amoureux.
Après avoir repris mes esprits et m’être assuré que mon érection naissante est à nouveau sous contrôle, j’éteins les lumières et grimpe à l’étage. Là, je prends le temps d’observer et d’écouter. Heureusement, tout me semble calme. Je me dirige vers la chambre de Billie, mais à l’instant où je pose une main sur la poignée de la porte, j’entends des pas à l’autre bout du couloir. Lennon apparaît en bas de survêtement, torse nu. Sourcils froncés, il s’approche de moi.
– Qu’est-ce que tu fais debout ? je lance, presque comme un reproche.
– Dovie voulait un verre d’eau, me répond mon meilleur ami. Et toi ?
Son regard va de la poignée de la porte à mon visage.
– Qu’est-ce que tu fais ? insiste-t-il.
– J’allais dormir avec Billie, je réponds en m’efforçant de garder un visage neutre.
Les sourcils de Lennon se froncent un peu plus, alors j’ajoute :
– Au cas où elle ferait à nouveau un cauchemar.
– Ce n’est pas arrivé depuis un moment maintenant, pourquoi est-ce qu’ils reviendraient tout à coup ? s’étonne Lenny.
Je me contente de hausser les épaules. Mon meilleur ami reprend :
– Je crois que ça ne sert à rien de trop la couver, mais si tu penses qu’elle en a besoin, alors d’accord. Bonne nuit, mon frère.
Incapable de dire quoi que ce soit, je hoche la tête. Lennon me sourit, puis il prend la direction de sa propre chambre. Dès qu’il disparaît, je pose mon front contre la porte de Billie et je pousse un long soupir.
J’ai le sentiment que notre petit secret ne tiendra pas longtemps, et je redoute déjà le moment où la vérité éclatera.
Après avoir retrouvé un souffle plus apaisé, j’ouvre doucement le battant et je me faufile à l’intérieur de la chambre plongée dans l’obscurité. Malgré cette pénombre, je parviens à distinguer la silhouette de Billie allongée sur son lit. J’avance vers elle à pas de loup, puis je retire mon t-shirt et me glisse sous la couette épaisse. Billie pivote immédiatement et se blottit contre moi, entremêlant nos jambes avant de déposer tendrement ses lèvres sur ma fossette au menton.
– J’ai cru que tu ne viendrais jamais, murmure-t-elle.
Je caresse ses cheveux sans lui répondre. Elle n’a pas besoin de savoir que son frère était plus proche que jamais de nous découvrir.
– Bonne nuit, ma Billie, je chuchote avant de l’embrasser sur le front.
– Maintenant, elle le sera, me répond-elle.
Et en sentant son corps détendu contre le mien, je me dis qu’elle vaut bien que je prenne tous les risques pour elle.
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