Bodyguards Tome 4

Laura S. Wild · Chapitre 13 sur 48

Pages du PDF

Bodyguards Tome 4

11 - Billie

11

 

Billie

 

– Ça me fait plaisir que tu m’aies proposé cette virée shopping, Billie.

– À moi encore plus, je réponds. J’avais besoin de ton sens de la mode pour m’aider à choisir de nouvelles tenues avant notre week-end à New York.

Eve et moi parcourons côte à côte les rues de Cape Cod. Ici, pas de marques de luxe, ce sont plutôt de petites boutiques qui sont installées au centre-ville. Ce qui nous va très bien : dans ce cadre plutôt calme, la mannequin court peu de risques d’être soudain assaillie par une horde de fans. Jusque-là, personne ne l’a importunée.

Après avoir commencé par les chaussures, nous nous apprêtons désormais à choisir des sous-vêtements.

– Tu n’as pas besoin de mes conseils, tu t’en sors très bien sans moi, Billie, m’assure Eve.

– C’est gentil.

Entre Dovie et moi, le courant est passé immédiatement. Notre amour pour son chien Voldemort et Harry Potter nous a rapprochées, entre autres, et je crois que je suis bien partie pour m’en faire une meilleure amie. Scarlett, elle, a côtoyé notre famille pendant plusieurs années avant de disparaître. J’étais sceptique au départ lorsqu’elle est revenue dans la vie de Sawyer, terrifiée à l’idée qu’elle lui brise à nouveau le cœur. Mais le fait est qu’elle est bel et bien décidée à rester et entre nous renaît doucement la relation amicale que nous entretenions lorsque j’étais ado. Finalement, de toutes les petites copines de mes frères, Eve est celle avec qui j’ai pour l’instant le moins de lien, et je compte bien changer ça.

Tandis que nous marchons, je jette un rapide coup d’œil derrière nous puis je lui glisse, à voix basse :

– Comment est-ce que tu as réussi à te faire à l’idée d’être sans cesse suivie ?

Tony, le bodyguard envoyé par Cruz pour encadrer notre sortie shopping, maintient une distance avec Eve et moi, mais il n’est jamais très loin, sans cesse sur le qui-vive, prêt à intervenir au moindre mouvement suspect.

– Dis-toi que d’habitude, ils sont deux, soupire ma belle-sœur. Aujourd’hui, April est en repos…

Nous traversons la rue, puis Eve reprend :

– Ça fait dix ans que ma carrière de top model a débuté, et donc dix ans que je suis au contact de gardes du corps. Pour être honnête, je ne crois pas que je puisse parler d’habitude. C’est juste… mon quotidien. Et très franchement, je préfère être suivie par un service de sécurité que par des paparazzis, ces espèces de vautours.

– Tu peux être tranquille, ils ne viendront pas t’embêter à Cape Cod, je lui assure. Et si l’un d’eux décidait de s’y aventurer quand même, il serait accueilli d’une telle manière qu’il n’y mettrait plus jamais les pieds.

– Je sais : Cruz a tendance à en faire un peu trop lorsqu’il s’agit de ma protection, fait-elle avec une tendresse infinie dans la voix.

Je m’arrête pour lui faire face alors que nous nous apprêtions à entrer dans la boutique de lingerie.

– Il ne s’agit pas juste de Cruz, j’affirme. Tu fais partie de la famille, désormais. Si quelqu’un s’en prend à l’un de nous, nous faisons tous bloc pour lui faire face.

Eve détourne la tête, et ses yeux se mettent soudain à briller dangereusement.

– Tout va bien ? je lui demande. Désolée si j’ai dit quelque chose qui…

– Ne t’en fais pas, me rassure-t-elle. C’est juste que… ce que tu as dit, ça me touche beaucoup. Je ne m’attendais pas à être un jour totalement acceptée dans votre famille. Je sais que l’erreur que j’ai commise lors de ma rencontre avec Cruz vous a donné une piètre opinion de moi, alors…

– Ne t’inquiète pas. C’est pardonné.

Après avoir échangé un sourire, Eve et moi pénétrons dans la boutique. Derrière le comptoir, un jeune homme nous salue, et je remarque immédiatement son double coup d’œil lorsqu’il repère la mannequin. La présence de Tony semble le dissuader de nous approcher pour lui demander un selfie ou un autographe, mais ce n’est clairement pas l’envie qui lui manque.

– Alors ? Comment ça se passe entre mon frère et toi ? je reprends sur un ton plus léger.

Eve sourit tout en passant en revue les bodys en dentelle. C’est comme si elle s’attendait à cette question.

– À merveille, déclare-t-elle. Cruz est…

Elle me jette un petit coup d’œil avant d’admettre :

– … incroyable.

J’ai parfois du mal à me dire que j’ai face à moi Eve DeLuca, la top model la plus célèbre du moment. Alors c’est vrai, sa beauté est incomparable, mais elle est bien différente de l’image d’elle dépeinte dans les magazines. Eve est gentille, douce et patiente… En fait, elle est presque normale. Elle rougit un peu, sourit beaucoup lorsqu’elle parle de Cruz, comme n’importe quelle jeune femme amoureuse, et elle semble vraiment apprécier de passer du temps dans notre famille.

– Tu peux me le dire s’il joue les emmerdeurs parfois, je réplique. Je suis presque sûre que c’est le cas, je le connais bien.

Eve rit en se tournant vers moi.

– J’admets qu’il est un peu grognon le matin, lâche-t-elle, alors que moi, j’aime me lever tôt pour aller m’entraîner.

– Un peu grognon ? Tu es gentille… Cruz déteste quand le réveil sonne trop tôt.

– Il n’empêche qu’il m’accompagne toujours pour ma séance de sport. Il est si patient avec moi, si compréhensif quant à la vie que je mène. Et puis… je sais que je ne devrais pas te dire ça parce que tu es sa sœur, mais bon sang, il est tellement beau et sexy, tellement…

– OK, OK, j’ai saisi l’idée.

Eve rit à nouveau devant mon air gêné.

– Excuse-moi, mais c’est ta faute, tu m’as lancée sur mon sujet favori.

– Je comprends. Et je suis contente que Cruz t’ait trouvée. En fait, je suis ravie que tous mes frères soient heureux et amoureux.

Je me déplace d’un rayon à l’autre. Tony fait mine de s’intéresser lui aussi à ce qu’il voit dans la boutique et cela me fait rire de le voir planté dans le rayon des culottes.

– Et toi ? me demande alors Eve en me rejoignant.

– Moi ? je lui renvoie, surprise.

– Tu es heureuse ?

– J’en prends le chemin, en tout cas.

– Et… tu es amoureuse ?

Je sers un petit sourire à Eve avant de recommencer à inspecter les sous-vêtements. Elle se rapproche alors de moi et me glisse à voix basse :

– Ton secret est bien gardé avec moi.

Alors que je m’apprête à lui demander de quoi elle parle, elle ajoute :

– Si je peux te donner un conseil, Jaxon et toi devriez vous avouer ce que vous ressentez l’un pour l’autre.

Ma bouche s’entrouvre et mon cœur commence à s’emballer.

Comment…

– Il n’y a que tes frères pour ne pas voir ce qui se passe sous leur nez, répond Eve à ma question muette.

– Qu’est-ce que…

– Qu’est-ce qui m’a fait comprendre ? Les regards que vous échangez, vos gestes tendres, l’électricité qui crépite entre vous lorsque vous vous trouvez dans la même pièce… et puis, il y a aussi la façon dont Jaxon t’a demandé si tu comptais sortir avec Austin. Il n’y a qu’un homme amoureux pour réagir comme ça… Quant à toi, tu lui as couru après si vite quand il a quitté le manoir que ça ne pouvait pas être plus clair.

– Eve…

– Ne t’inquiète pas, me rassure-t-elle. Je te l’ai dit, je compte garder mes observations pour moi. Mais je pense quand même que tu devrais tout avouer à Jaxon. Si tu ne le fais pas, tes sentiments vont te ronger de l’intérieur.

– C’est déjà le cas depuis un moment… je soupire.

– Alors il est plus que temps que ça sorte.

– Et s’il me dit qu’il ne ressent rien pour moi ?

– C’est impossible, Billie, je t’assure que…

– Mais imagine ! Eve… Le voir avec une autre hier soir m’a déjà fait un mal de chien. Je l’ai évité toute la journée parce que j’essaye de me convaincre de garder mes distances. Si je lui avoue tout maintenant et qu’il me dit que ce n’est pas réciproque, j’aurai le cœur brisé.

– Peut-être… Cela dit, tu penses vraiment que tu es plus heureuse avec la situation actuelle ?

Elle pose doucement une main sur mon bras puis ajoute :

– C’est à toi de décider… Mais tu feras le bon choix, Billie, j’en suis certaine.

Il est près de dix-huit heures lorsque Eve et moi retournons au manoir. La conversation que nous avons eue n’a pas quitté mon esprit une seconde, si bien que j’ai passé le reste de notre session shopping plus vraiment concentrée. En moi, le pour et le contre s’affrontent. L’idée de révéler mes sentiments à Jaxon me terrifie, mais je me rends bien compte que notre relation telle qu’elle est actuellement ne me convient plus. Je le veux pour moi, avec moi. Je nous veux ensemble.

C’est d’ailleurs lui que je remarque en premier en pénétrant dans la demeure familiale. Il est installé au salon avec le reste de la tribu, et tous nous saluent chaleureusement lorsqu’ils nous voient… un peu trop d’ailleurs, en ce qui concerne Cruz. Il attrape Eve et la soulève dans ses bras avant de l’embrasser sous les rires de cette dernière. Je me détache de leur vision de bonheur pour m’approcher de Scarlett et Sawyer et les embrasser, ainsi que Lennon qui est rentré tôt ce soir, pour mon plus grand plaisir. Au loin, je sens les yeux de Jaxon posés sur moi, mais je m’assure que nos regards ne se croisent pas. D’habitude, je me serais dirigée vers lui, il m’aurait ouvert ses bras et je me serais blottie dans son étreinte, me délectant de son corps contre le mien. Puis il m’aurait attirée sur le canapé et m’aurait demandé de lui raconter ma journée point par point avant de me raconter la sienne… Mais étant donné le trouble de mes sentiments, je préfère l’ignorer.

– Alors, cette virée shopping ? me demande Lennon. J’ai appris que Tony vous avait accompagnées ?

– C’était génial ! je réponds en posant les paquets contenant mes achats par terre. Pour ce qui est de Tony, il a été très pro, il est resté discret et il n’a pas montré une seule fois de signe d’impatience.

– Oui, il a fait son job, quoi, réagit Cruz.

Je lève les yeux au ciel avant de me tourner vers Sawyer et Scarlett.

– Pourquoi est-ce que vous vous êtes faits beaux comme ça ? je les interroge. Vous sortez ?

– Figure-toi que ton frère m’invite au restaurant, m’apprend Scarlett, son sourire si large qu’il lui mange presque tout le visage.

– C’est qu’il est romantique, le petit Sawyer, roucoule Cruz.

– Fous-moi la paix, râle l’intéressé.

Sans grande conviction, cependant : il est bien trop occupé à dévorer Scarlett des yeux pour réellement s’offusquer. Il faut dire que la robe qu’elle a choisie met divinement en valeur le décolleté plongeant que sa poitrine généreuse remplit parfaitement.

– Vous pourriez penser aux âmes solitaires qui se languissent de leur moitié, leur lance Lennon en s’éloignant vers la cuisine.

Sa réplique me fait naturellement tourner la tête en direction de Jax… et nos regards s’accrochent. Gênée, je reporte immédiatement mon attention sur mon téléphone, qui m’apprend l’arrivée d’un message de la part de Carmen : elle me remercie encore pour ma proposition d’intervenir au sein de l’orphelinat. Cela me rappelle d’ailleurs l’idée que j’ai eue en quittant le ranch tout à l’heure.

– Lennon, est-ce que je pourrais te parler une minute ? je l’interpelle.

Immédiatement, les regards de Cruz, Sawyer et Jaxon se braquent sur moi.

– Bien sûr, répond mon frère en revenant près de moi.

– Est-ce qu’on peut aller dans le bureau… de papa ?

– Billie, qu’est-ce qui se passe ? s’enquiert Sawyer, sur la défensive tout d’un coup.

– Ma puce, si tu as le moindre problème, tu peux nous en parler, renchérit Cruz.

Jaxon, lui, fait naturellement quelques pas dans ma direction avant de s’arrêter brusquement.

– Je n’ai aucun problème, dis-je, abasourdie par leur réaction. Tout va bien, j’aimerais juste discuter de quelque chose avec Lennon.

– Et pourquoi pas avec nous aussi ? demande Cruz en croisant les bras.

Foutus frères surprotecteurs…

– Parce que c’est à Lennon que je… Vous savez quoi ? Je n’ai pas à vous répondre. J’ai le droit de m’entretenir avec l’un de vous trois sans que les deux autres flippent totalement. Je suis adulte, je vous rappelle.

– Allez, viens, fanfaronne Lennon en passant un bras autour de mes épaules. Ils sont jaloux parce qu’ils savent que j’ai toujours été ton préféré.

Nous nous éloignons dans le couloir jusqu’à rejoindre le bureau de notre père. Pénétrer dans cette pièce est douloureux : je reste quelques secondes figée sur le pas de la porte, à détailler la décoration qui est restée intacte et à me laisser envahir par l’odeur d’Oscar Westwood qui subsiste encore entre ces murs.

– Assieds-toi, Billie.

Je prends place où me l’indique Lennon et je l’observe un instant, carrant instinctivement mes épaules et me redressant.

– Avant toute chose, je tiens à te prévenir que nous allons avoir une conversation professionnelle et que j’aimerais que tu prennes ma demande au sérieux, je lui annonce.

– Très bien, me répond Lennon avec un petit sourire. Que puis-je faire pour vous, mademoiselle Westwood ?

– Alors voilà… j’aimerais avoir une avance sur mon héritage.

Lennon hausse les sourcils. Manifestement, il ne s’attendait pas à ça.

– Je peux te demander pourquoi ?

– Tout à l’heure, je suis allée rendre visite à Carmen, j’explique. L’orphelinat se dégrade de plus en plus et chaque dollar qu’elle reçoit part dans la nourriture, les produits d’hygiène, les jouets pour les enfants… Elle n’a pas assez pour l’entretien du ranch. Alors je me suis dit que j’allais lui faire un don. J’ai d’abord pensé me servir de l’argent que papa virait tous les mois sur mon compte bancaire, mais je crains que ce ne soit pas suffisant. C’est pour ça que j’ai besoin de prendre dans ma part de l’héritage.

– Ils me semble que les parents avaient déjà fait des dons à l’orphelinat, fait remarquer mon frère.

– Pas récemment, je rétorque.

– C’est vrai… Cela dit, je comprends que tu sois attachée à cet endroit, Billie, mais je ne pense pas que tu devrais distribuer ton argent ainsi.

– Pourquoi donc ?

– D’abord parce que les notaires n’ont pas encore débloqué l’héritage qui doit nous revenir.

– C’est pour cela que je demande une avance.

– Et aussi parce que l’argent s’évapore plus vite qu’on ne le pense. Papa nous a laissé plusieurs millions de dollars chacun, c’est une somme importante, c’est vrai, mais tu vas devoir apprendre à la gérer en gardant la tête froide.

– Je connais la valeur de l’argent, Lennon, et tu sais aussi bien que moi que nous sommes loin d’être une famille en difficulté financière… contrairement à tous ces enfants qui souffrent. Je ne suis pas en train de dire que je vais faire don de tout mon héritage à Carmen, juste d’une somme qui lui permettra de faire des rénovations à l’orphelinat. Enfin, si on ne peut pas aider les gens qui en ont le plus besoin, à quoi nous sert tout cet argent ?

Lennon se redresse et croise les bras. À cet instant, j’entrevois le genre de leader qu’il est. Mon frère est bon, juste et respectueux… mais en même temps, il impressionne autant qu’il intimide, et j’imagine sans peine qu’il en impose auprès des recrues de l’institut et des bodyguards de l’agence.

– Combien voudrais-tu donner à l’orphelinat ? me demande-t-il après quelques secondes.

– Deux cent mille dollars.

Je m’attends à ce qu’il m’oppose un refus catégorique, mais à la place, il me dit :

– Bon… Voilà ce que je peux te proposer. Je ne vais pas te faire une avance sur ton héritage. L’agence Westwood va te faire un prêt et, comme tout prêt, tu devras le rembourser.

– Bien sûr, dès que j’aurai reçu ma part de…

– Non, m’arrête-t-il.

Lennon se lève, fait le tour du bureau et vient s’asseoir près de moi.

– J’ignore si tu le sais, mais le jour où Cruz, Sawyer et moi avons obtenu notre permis de conduire, les parents nous ont acheté une voiture à chacun… dont nous avons dû rembourser le prix d’achat, me raconte-t-il. Même s’il aurait pu nous les offrir, papa voulait que nous comprenions l’importance de l’argent et que tout ne nous était pas dû. Dès que nous avons commencé à travailler avec lui à l’agence, il a prélevé mensuellement une somme sur notre salaire, jusqu’à ce que les trois voitures aient été payées au centime près. J’aurais aimé que ce soient nos parents qui te transmettent cette leçon… mais je vais le faire à leur place. Billie, l’agence Westwood t’accorde un prêt de deux cent mille dollars que tu devras rembourser rubis sur l’ongle dès que tu commenceras à travailler en tant que psychologue, c’est non négociable.

Je regarde mon frère et je lui souris, malgré mes yeux qui commencent à me picoter. Le fait que Lennon soit obligé d’endosser à la fois le rôle du dirigeant des entreprises Westwood et du chef de famille me serre le cœur… mais il s’en sort à merveille.

– J’accepte, dis-je.

– Bien… Je peux te prendre dans mes bras ou on se serre la main comme deux professionnels ?

Je m’esclaffe, me lève et me laisse aller dans l’étreinte réconfortante que m’offre mon frère.

– Je suis fier de toi, murmure-t-il.

– Moi aussi… boss.

OceanofPDF.com