Bodyguards Tome 4
41 - Billie
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Billie
Il est rare que je me rende à l’institut deux fois en si peu de temps. Les entreprises familiales sont un pan de la vie de mes frères plus que de la mienne, alors je pénètre peu dans leur domaine.
Mais il faut que je leur parle, et maintenant. Alors s’ils pensent que se terrer ici m’empêchera de leur dire leurs quatre vérités, ils se trompent lourdement.
Je traverse le stand de tir vide à grandes enjambées pour échapper à la pluie torrentielle qui s’abat sur Cape Cod aujourd’hui. Il n’est que huit heures du matin, mais je sais que les triplés se trouvent déjà ici. Lorsque j’ai émergé de ma nuit sans sommeil et que j’ai réalisé qu’ils avaient tous fui avant d’avoir eu le cran de croiser mon regard, j’ai vu rouge. Aucun d’eux n’a eu le courage de venir voir comment j’allais après ma rupture avec Jaxon…
Ces lâches.
– Salut, Billie.
Je pivote en direction de la voix qui m’interpelle… et me fige.
– Alice ? dis-je, étonnée de voir un membre de la famille d’Austin ici.
– Comment vas-tu ? me demande-t-elle avec un sourire engageant.
– Je… qu’est-ce que tu…
Puis soudain, je comprends. Quand j’ai vu la jeune femme chez Austin, elle m’a paru familière, et pour cause. Elle travaille à l’institut, j’ai donc dû la croiser une ou deux fois lors de mes rares visites ici.
– Oh bon sang, Alice, excuse-moi, je n’avais pas saisi que tu…
– Que je travaillais avec tes frères ? complète-t-elle en souriant. Ne t’inquiète pas, c’est pas grave.
Quand même, le destin nous réserve parfois des coïncidences incroyables…
– Tu les as vus, d’ailleurs ? je m’enquiers. Je les cherche.
– Ils sont en réunion dans les bureaux, m’indique-t-elle avec un petit signe de tête en direction de l’aile est. Ils avaient l’air préoccupés : j’espère que tout va bien pour votre famille…
Je laisse échapper un petit rire.
Si seulement…
Je sers une réponse vague à Alice, puis je la remercie. Elle s’éloigne sous la pluie, qui n’a pas l’air de la déranger. À mon tour, je reprends mon chemin. Arrivée devant la porte de la partie privée, je sors le pass qui la déverrouille, puis je pénètre à l’intérieur. Je rejoins ensuite le bureau de Lennon et je ne prends même pas la peine de toquer : j’entre directement.
– … reprendrai contact avec vous dans la semaine.
En me voyant fulminante devant lui, mon frère abrège son appel téléphonique. À ses côtés, Sawyer et Cruz me dévisagent, inquiets.
– Billie… commence Lennon.
– Ça va ? T’es fier de toi ? j’attaque sans préambule.
– Écoute, je sais que tu ne comprends pas pourquoi j’ai frappé Jaxon, mais je t’assure que…
– Je ne te parle pas de ça ! je reprends, hors de moi. Oui, tu as déconné dans les grandes largeurs, mais ce n’est pas le sujet.
Je m’approche jusqu’à planter un doigt rageur contre le torse de Lennon. Peu importe qu’il mesure presque trente centimètres de plus que moi : je suis tellement révoltée et blessée que rien ni personne ne me fait peur aujourd’hui.
– Je t’ai toujours beaucoup estimé, je commence en détachant chaque syllabe pour qu’il intègre bien ce que je vais lui dire. Je croyais que tu serais toujours là pour me protéger, quoi qu’il arrive.
– C’est le cas, Billie.
– TAIS-TOI !
Je suis vraiment à bout de nerfs.
– Ma puce, essaye de te calmer, intervient Cruz en faisant un pas vers moi.
– Reste où tu es, Cruz, je l’arrête. Toute ma vie, vous trois avez essayé de me garder dans un cocon, et c’est en partie ma faute, parce que je vous ai laissés croire pendant trop longtemps que vous en aviez le droit. Mais c’est faux et tu es allé trop loin en poussant Jaxon à rompre avec moi, Lennon.
– Quoi ? s’écrie mon frère, sincèrement surpris.
– Ne joue pas l’étonné.
– Ma puce…
– La ferme, Sawyer. Cruz et toi non plus n’êtes pas exempts de tout reproches. Je sais qu’il vous a prévenus qu’il me quittait. Je sais que vous m’avez entendue pleurer hier soir, mais vous n’avez même pas daigné venir me réconforter.
– On pensait que tu avais besoin d’être seule… tente Cruz.
– Billie, je te jure que je ne savais pas ce qu’il avait en tête, plaide Lennon.
– Mais tu l’as rejeté ! Tu l’as traité comme un paria alors qu’il est l’homme le plus intègre que je connaisse.
Je recule et je dévisage les triplés tour à tour.
– Vous vous êtes retournés contre votre propre frère, et ça ne vous empêche pas de dormir la nuit ? je m’insurge.
– Sawyer et moi, nous vous avons donné notre bénédiction, se justifie Cruz.
– Et malgré tout, Jax a quitté le manoir hier parce qu’il ne s’y sentait plus désiré… Lequel d’entre vous l’a retenu, hein ? Aucun !
Furieuse, je relève mon pull pour faire apparaître le tatouage sur mes côtes.
– « Face à l’adversité, ensemble, toujours », je récite. Ça ne signifie donc rien pour vous ?
– Il a brisé une promesse, s’entête Lennon.
– Oh, j’emmerde ta promesse. Vous n’aviez pas le droit de sceller un pacte me concernant, pas plus que d’interdire quoi que ce soit à Jaxon. Peut-être que lorsque vous êtes ici, à l’agence, tout le monde vous obéit au doigt et à l’œil, mais je ne suis pas l’une de vos employées.
Je reprends mon souffle, puis j’ajoute :
– J’espère de tout mon cœur que jamais personne n’œuvrera pour vous séparer des femmes que vous aimez, mais si un jour c’est le cas, je serai là pour vous soutenir, parce que c’est ce qu’on fait quand on appartient à une famille. J’aurais aimé que vous vous en souveniez, que tu t’en souviennes, Lennon, au lieu de faire passer ton ego blessé avant mon bonheur.
Cruz tente de s’approcher pour me prendre dans ses bras mais je recule. Maintenant que j’ai dit ce que j’avais sur le cœur, j’ai besoin de m’isoler. Sans un mot, je quitte l’agence, retrouve ma voiture, puis je démarre et je commence à rouler sans but aucun. Aujourd’hui, je ne me sens pas d’aller à la fac, je n’en ai pas la force.
Alors que je traverse Cape Cod, ce petit coin de paradis que j’aime tant et qui m’a vue grandir, la seule chose à laquelle j’arrive à penser c’est que désormais, sans Jaxon, je ne m’y sens plus en sécurité. Je n’arrive pas, même une seconde, à imaginer vivre dans le même endroit que lui sans que nous puissions être ensemble. Être à la fois si proches et si éloignés sera une torture, je le sais déjà…
Les kilomètres défilent devant mes yeux. Je conduis de façon automatique, sans vraiment réfléchir à ma destination. Tout ce que je veux, c’est me retrouver seule avec moi-même, m’éloigner de la peine et de l’ambiance merdique qui sont en train de ronger notre famille.
Finalement, je décide de rentrer au manoir… mais seulement pour foncer à l’étage et remplir un sac de voyage de mes affaires. À cet instant, j’ai conscience que je laisse mes émotions me guider, mais tant pis : si Jaxon et moi sommes condamnés à être séparés, alors je n’ai plus d’autre choix que de partir…
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