Bodyguards Tome 4

Laura S. Wild · Chapitre 17 sur 48

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Bodyguards Tome 4

15 - Jaxon

15

 

 

Jaxon

 

Il est presque trois heures du matin, et Billie n’est toujours pas rentrée. Cela fait déjà plusieurs dizaines de minutes que je piétine dans le salon, inquiet et surtout dévoré par l’envie de trouver l’adresse du lieu où se déroule sa fête pour aller la chercher.

– Putain ! je grogne en passant et repassant une main dans mes cheveux.

La maison est silencieuse, tout le monde est profondément endormi… sauf moi. Si seulement Billie avait accepté que je l’accompagne, comme l’avait proposé Lennon… Je comprends qu’elle n’en ait pas eu envie après la façon dont je lui ai renvoyé ses sentiments à la figure, mais maintenant, je suis comme un lion en cage. Et je suis incapable de penser à autre chose qu’à elle, éméchée, peut-être même ivre, et tentée de m’oublier dans les bras du premier type venu.

C’est donc comme ça qu’elle s’est sentie chaque fois que je sortais et me dégotais une fille ? La pauvre…

Dans ma poche, mon portable se met à vibrer. Je m’empresse de décrocher. Vu l’heure tardive, cela ne peut être qu’un coup de fil important.

– Jaxon ? C’est Steve, j’entends à l’autre bout du fil.

Je fronce les sourcils. Pourquoi le nouvel agent de sécurité du manoir m’appelle-t-il ?

– J’ai tenté de joindre Lennon mais il doit dormir… poursuit-il.

– Qu’est-ce qui se passe ?

– Je crois qu’il faut que tu viennes rapidement au portail.

Sans qu’il ait besoin d’en dire plus, je sais que cela concerne Billie. Aussitôt, je me précipite hors de la maison et je dévale l’allée qui mène jusqu’à la grille. Là, je remarque sa voiture, dont les phares sont tournés en direction du manoir. Je remarque aussi, adossé à la portière côté conducteur, un jeune homme et, non loin… Billie, dont l’état d’ébriété ne fait absolument aucun doute.

– You are my sunshine, my only sunshine, you make me happy, when skies are grey…

– Qu’est-ce que…

– Elle chante depuis cinq minutes et refuse que son ami entre à l’intérieur du domaine, m’explique Steve, qui vient de sortir de sa cabine de surveillance pour me rejoindre.

– Bonsoir, lance alors l’ami qui s’approche de moi. Je suis Austin.

Il me tend sa main… que je refuse de prendre. Parce que sa présence et l’état de Billie représentent le cauchemar que je m’imaginais quelques minutes plus tôt.

Et si elle l’avait embrassé ? Si elle l’avait laissé la toucher ? Pire, et s’ils…

– Je n’y suis pour rien si Billie est ivre à ce point, se défend immédiatement Austin. J’ai tenté de freiner sa consommation, mais elle n’a pas voulu m’écouter.

– Tu l’as reconduite alors que tu as bu toi aussi ? je l’accuse sur-le-champ.

Il fronce les sourcils et carre les épaules.

– J’ai l’air d’être un connard ? me renvoie-t-il.

– Un connard ? réagit Billie. Qui est-ce qui…

À cet instant, elle se retourne, me voit et lâche :

– Oh non, pas lui !

Sympa.

– Eh si, il est temps que tu rentres chez toi, lui lance Austin en s’approchant d’elle.

Mais je le devance et je passe un bras autour de la taille de Billie.

– Oh la la, ne me touche pas. Arrière, fils du démon ! s’écrie-t-elle en tentant de m’échapper.

– Baisse d’un ton, Billie, tu vas réveiller tout le quartier.

– Bon, elle a l’air d’être entre de bonnes mains, donc je vous laisse… intervient Austin.

– C’est ça… je bougonne.

Il s’esclaffe, ce qui me surprend.

– Ce n’est pas contre moi que tu devrais être en colère, déclare-t-il. Parce que ce n’est pas ma faute si, je la cite, elle a décidé de « s’engourdir l’esprit et le cœur ».

Sur ce, Austin sort un téléphone portable de sa poche et passe un coup de fil tout en s’éloignant. Pour ma part, je déglutis difficilement, sous le choc de ce qu’il vient de me dire.

« S’engourdir l’esprit et le cœur »…

Si Billie se retrouve dans cet état, c’est entièrement à cause de moi.

– T’as déjà remarqué comme les cailloux font du bruit quand on marche dessus ? bafouille-t-elle, les yeux rivés sur ses pieds. C’est fascinant, tu ne trouves pas ?

– Fascinant… je répète, blasé.

Nous accédons au perron, et tout en resserrant ma prise autour de sa taille, je lui demande :

– Essaye de ne pas faire trop de bruit pendant que je t’emmène au lit, d’accord ?

– Au lit ? s’écrie-t-elle, les yeux exorbités. Ah non ! Tu ne rentres pas dans ma chambre, plus jamais. Jamais, jamais, jamais, jamais, jam…

– C’est bon, j’ai compris, Billie.

– Jamais !

Oh, bon sang !

Après avoir plaqué une main sur sa bouche, je nous fais pénétrer à l’intérieur du manoir et je referme doucement la porte derrière nous. C’est alors que je sens quelque chose d’humide contre ma paume.

– Qu’est-ce que… Billie, merde !

Elle est en train de me lécher ?

Son petit rire me fait craquer mais je m’oblige à rester sérieux.

– Laisse-moi t’enlever ton manteau, je murmure. Je vais te porter pour monter l’escalier et rejoindre ta chambre, d’accord ?

– Pourquoi tu ne m’aimes pas ?

Je me fige, pris de court. La tristesse perce les brumes de l’alcool dans les yeux de Billie et je me sens démuni. J’ai envie de l’attirer contre mon torse et de la serrer fort, de l’embrasser pour la réconforter, de tout lui dire, tout lui avouer…

– Qu’est-ce qui se passe ?

La voix de Lennon nous fait sursauter tous les deux.

– Billie ? appelle-t-il depuis le haut de l’escalier.

À ses pieds se tient Voldemort, qui semble nous juger du regard.

– Ooooh, Lenny, s’écrie Billie en se précipitant dans sa direction.

Elle trébuche sur les marches, ce qui m’oblige à lui prendre la main pour qu’elle ne fasse pas de mauvaise chute.

– Coucou Voldi, gazouille-t-elle en arrivant près du bouledogue. Oh, t’es beau, oui, t’es un beau toutou. Tu es… le chien dont on ne doit pas prononcer le nom.

Sur ces derniers mots, elle prend l’intonation de Dark Vador. Pourquoi ? C’est une véritable énigme.

– Ça alors, réagit Lennon. Je n’avais encore jamais vu ma petite sœur bourrée.

– Je vais aller la mettre au lit, dis-je en tentant de m’éloigner avec notre éméchée de la soirée.

– Ah non ! recommence l’intéressée en bondissant loin de moi comme si j’étais le diable en personne. Tu ne rentres pas dans ma chambre, plus jamais. Jamais, jamais, jamais, jamais, jam…

– Mais qu’est-ce que…

Je jure intérieurement en voyant Cruz s’approcher de nous, Sawyer quelques pas derrière lui.

Merde, merde, merde.

C’est une véritable catastrophe. Dans son état, qui sait ce que Billie peut dire ? Mon pouls commence à dangereusement s’emballer.

– Salut les gars ! clame-t-elle.

Elle plante soudain un doigt contre le torse de chacun des triplés, l’un après l’autre, tout en récitant :

– Toi t’es mon frère, toi t’es mon frère, toi aussi t’es mon frère, et toi…

Elle se tourne vers moi à cet instant, et je reste paralysé alors qu’elle termine dans un éclat de rire :

– Toi t’es pas mon frère. Toi, tu es… un briseur de culs. Non, cœurs ! Tu es un briseur de cœurs.

– OK… murmure Cruz, dubitatif.

– Bon, les gars, allez vous recoucher, je m’en occupe, je décide avant que la situation ne tourne à la tragédie.

– Tu es sûr ? s’enquiert Lennon. Je peux peut-être…

C’est alors que Billie se remet à chanter à tue-tête :

– You are my sunshine, my only sunshine, you make me happy, when skies are grey…

– Bon, ben, on va vous laisser, hein, lâche Sawyer, sourcils froncés.

À mon grand soulagement, les triplés s’éloignent en direction de leurs chambres, suivis par Voldi qui trottine derrière eux. Enfin, lorsque nous nous retrouvons seuls, je me tourne vers Billie, dont les yeux commencent à papillonner.

– Allez viens, tu as besoin de te reposer, je lui glisse.

Sans émettre de résistance, elle noue ses bras autour de ma nuque tandis que je passe l’un des miens sous ses genoux pour la soulever. Lentement, elle pose sa tête sur mon épaule et je la conduis jusqu’à sa chambre, le cœur battant. Une fois arrivé, je referme sa porte d’un discret coup du talon et je m’empresse de l’allonger sur le matelas. Je lui retire ses chaussures ainsi que son jean, mais je décide de lui laisser son pull, pour qu’elle ne panique pas de se voir nue si elle se réveille dans la nuit. Après quoi elle se tourne sur le côté et agrippe un oreiller, qu’elle serre fort contre son visage.

– Ma pauvre Billie… je chuchote en la regardant. Je suis désolé de t’infliger ça.

– Laisse-moi dormir, bafouille-t-elle dans l’oreiller.

– Je préfère rester près de toi au cas où tu te sentirais mal.

– Non ! réagit-elle avec véhémence. Non, non et non !

– D’accord, calme-toi, je réplique immédiatement.

Malgré ses protestations, je reste un moment assis à côté d’elle à lui caresser les cheveux et à la regarder. Je crois que je pourrais passer le reste de la nuit à enrouler ses mèches soyeuses autour de mes doigts et je me demande même si j’aurai le courage de quitter sa chambre avant l’aube…

– Je voudrais ne pas t’aimer.

Je fige mon geste.

Billie a prononcé ces mots sans bafouiller, sans hésiter. Et même si elle avait les yeux fermés, je sais qu’elle les pensait.

Je lui ai brisé le cœur, et à cause de cela, elle ne veut plus m’aimer.

La gorge serrée, je me lève et traverse sa chambre, incapable de rester plus longtemps près d’elle. J’ai si mal… parce que malgré toutes les protestations de ma conscience, laisser Billie se débarrasser de ses sentiments pour moi m’est insupportable. Ça peut paraître égoïste, mais je suis fou d’elle, et même si la situation est des plus complexes, j’ai besoin de savoir que c’est réciproque.

Je n’ai pas le choix : il va falloir que je trouve un moyen de préserver l’amour qu’elle me porte.

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