Bodyguards Tome 4

Laura S. Wild · Chapitre 19 sur 48

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Bodyguards Tome 4

17 - Jaxon

17

 

 

Jaxon

 

– Eve, cet endroit est vraiment magnifique ! s’exclame Billie en dégustant une bouchée de son plat.

Assis face à elle, je ne peux m’empêcher de lui jeter des coups d’œil fréquents. Les mots qu’elle m’a dits sur le ponton continuent de résonner dans mon esprit, bien que plusieurs jours aient passé.

« Je suis amoureuse de toi. »

« Je t’aime depuis si longtemps… »

Encore aujourd’hui, je ne sais pas ce qui m’a le plus ébranlé : sa déclaration ? Ma prise de conscience que mes sentiments pour elle sont réciproques ? La façon dont elle a agrippé mon visage pour me dire ce qu’elle attendait de moi ?

« Tu n’imagines pas ce que ça m’a fait de te voir revenir avec Bianca hier soir. Te voir l’embrasser, la toucher, vous entendre tous les deux alors que vous vous dirigiez vers ta chambre… J’ai passé la nuit à imaginer ce que vous faisiez, à rêver que j’étais à sa place et que c’était moi qui avais le droit de te caresser. »

Jamais je n’aurais imaginé que Billie pourrait prononcer de telles paroles… Ma belle et tendre Billie, qui se dévoile passionnée et déterminée… Femme !

L’espace d’un instant, j’ai failli céder. Cesser de lui résister, bafouer la promesse que j’ai faite aux triplés.

Et puis je me suis ressaisi… Depuis, Billie s’éloigne de moi sans que je puisse faire quoi que ce soit pour l’en empêcher, puisque c’est moi qui ai mis de la distance entre nous.

– Je savais que ce restaurant vous plairait, commente Eve en souriant. Mon nouvel agent m’a emmenée ici pour la signature de mon contrat et je me suis dit que vous apprécieriez de le découvrir vous aussi.

Nous nous trouvons sur le rooftop d’un building de cinquante-huit étages. Autant dire que la vue que nous avons sur New York est à couper le souffle.

– Tu as très bien choisi, assure Cruz à sa petite amie, un bras autour de ses épaules.

Un sourire aux lèvres, elle se blottit contre lui.

– Au fait, j’ai une bonne nouvelle à vous annoncer, intervient Dovie. Enfin, je pense qu’elle te plaira surtout à toi, Lennon.

– Je t’écoute, déclare-t-il en jouant avec une mèche de cheveux de sa copine.

– J’ai fait pas mal d’heures sup’ ces dernières semaines et donc… je vais pouvoir prendre quelques jours de congé et rentrer avec vous à Cape Cod.

Les joues colorées d’excitation, Dovie dévisage Lennon les yeux brillants. La réaction de mon meilleur ami ne se fait pas attendre : d’une main, il agrippe le menton de la rouquine et l’embrasse à perdre haleine, ce qui déclenche des grognements autour de la table.

– Toujours en train de se manger le visage, ces deux-là, marmonne Sawyer.

Lorsque Lennon la libère, les joues de Dovie sont encore plus rouges. Après s’être recoiffée, elle ajoute :

– Avant que notre week-end se termine, j’ai prévu une activité sympa.

– La visite d’un musée de l’espace ? soupire Sawyer.

– Boucle-la, lui renvoie Lennon.

– Vous voulez visiter un musée sur le thème de l’espace ? s’exclame l’astrophysicienne, enchantée.

Les réactions mitigées lui font lever les yeux au ciel.

– Vous ne méritez pas la magnifique immensité qui se trouve au-dessus de nos têtes, proteste-t-elle. Quoi qu’il en soit, je ne vous dirai pas ce que j’ai préparé, vous le découvrirez le moment venu.

– Même à moi, tu ne révéleras rien ? lui demande Lennon.

– Hm hm.

– Vraiment ? insiste-t-il.

– OK, je t’avouerai tout, souffle Dovie.

La façon dont ils se dévorent des yeux me fait grogner à mon tour.

– Vous êtes en public, je leur rappelle.

Me retrouver face à ces trois couples est… frustrant. Et je suis persuadé que Billie ressent la même chose que moi. D’ailleurs, nos regards se croisent un instant.

Pendant le reste du repas, nous profitons du plaisir de nous retrouver tous ensemble. La vitesse avec laquelle notre famille s’est agrandie aurait pu être déroutante, mais je suis ravi de constater que, plus les jours passent, plus Scarlett, Eve et Dovie s’intègrent au clan.

Après le dîner, Sawyer émet l’idée d’aller prendre un verre dans un bar, ce que tout le monde accepte rapidement. Nous empruntons un ascenseur pour redescendre dans le hall du building… et là, nous nous rendons compte qu’une cohue monstre s’est massée devant les portes de l’immeuble. Des dizaines de personnes se tiennent là, dans une ambiance survoltée, et je repère même des hommes avec des appareils photo à la main. Eve pâlit soudain.

– Oh non… souffle-t-elle.

– Quelqu’un a indiqué que tu es là ? devine Cruz.

– Merde ! crache Sawyer.

C’est le cas de le dire. Face aux portes vitrées s’entassent de plus en plus de fans en délire, carnets et smartphones à la main. Deux agents de sécurité les empêchent d’entrer, mais soudain, quelqu’un repère Eve… et en quelques secondes, tous les regards se tournent vers nous dans un concert de cris et d’acclamations. Cruz s’empresse de se poster devant sa petite amie, à la fois dans un instinct de protection mais aussi pour empêcher les gens de la prendre en photo à son insu. Nous sommes quatre bodyguards présents pour gérer la situation, mais à cet instant, je regrette qu’il ait profité de notre venue pour donner quelques jours de congé à Tony et April, ses back-ups. Quelque chose me dit qu’ils n’auraient pas été de trop pour disperser la foule…

– Mais ils sont fous… déplore Scarlett.

– Non, ils sont fans, rectifie Dovie.

– Pourquoi est-ce qu’ils semblent si excités ?

– Parce que leur célébrité préférée est là et qu’ils espèrent tous avoir la chance de prendre un selfie avec elle, explique Sawyer à sa petite amie.

– Qu’est-ce qu’on fait ? demande Billie.

– On va devoir traverser, dis-je.

Et pour cause, nos voitures sont garées de l’autre côté de la rue.

– Et si on passait par le parking souterrain ? hasarde Sawyer.

– Impossible, répond Eve en montrant son téléphone.

Des photos d’autres fans apparaissent sur les réseaux sociaux, les montrant qui attendent du côté de l’autre sortie.

– Putain ! râle Lennon.

– D’une manière ou d’une autre, il faut qu’on s’en aille, je commence. Deux d’entre nous doivent aller chercher les voitures pour qu’elles soient prêtes à démarrer dès qu’on quittera l’immeuble.

– Cruz, Sawyer, allez-y, décide Lennon. Jax et moi, on s’occupe de sortir les filles d’ici.

Cruz grogne un peu de ne pas rester près d’Eve pour la guider à travers la foule, mais il finit par foncer hors du building avec Sawyer. Aussitôt, plusieurs personnes tentent de se précipiter par la porte ouverte, et spontanément, Lennon et moi nous rapprochons des filles. Bien sûr, seule Eve intéresse tous ces fans, mais nous savons l’un comme l’autre que les mouvements de foule peuvent créer des dégâts inimaginables.

– Eve… lui dis-je avec un sourire rassurant, en lui faisant signe d’approcher.

La jeune femme, lasse, me laisse attraper son bras pendant que je prends la main de Billie dans la mienne.

Lennon, accompagné de Dovie et Scarlett, s’élance le premier lorsqu’il repère nos voitures, nous ouvrant la marche pour créer un passage à travers la foule. Resserrant ma prise sur la main de Billie et le bras d’Eve, je lui emboîte le pas… et c’est là que je réalise que la foule est bien plus dense que nous ne le pensions : il y a des gens jusque sur la route. À cause d’eux, Cruz et Sawyer ont été obligés de s’arrêter au beau milieu de la circulation, créant le début d’un bouchon.

– EVE ! EVE, JE T’AIME !

Les cris me percent les tympans, les flashs m’aveuglent, les questions fusent de tous les côtés.

– EVE ! EVE, S’IL TE PLAÎT, UN SELFIE !

Tête baissée, la mannequin se faufile entre les corps comme elle le peut, le visage figé. À ma droite, je sens la main de Billie se resserrer autour de la mienne. La foule avance en même temps que nous et je crains qu’elle ne se fasse engloutir malgré elle.

Je vois Lennon mettre Scarlett et Dovie à l’abri ; immédiatement, la voiture conduite par Sawyer démarre. De son côté, Cruz bondit de son propre véhicule et s’empresse d’en ouvrir la porte arrière, avant de tendre la main vers Eve. Je parviens à la lui transférer avant de sentir soudain les doigts de Billie m’échapper.

– Jaxon !

Je pivote immédiatement, l’adrénaline explosant en moi. Sous mes yeux, Billie est en train de se faire engloutir par des dizaines de fans mêlés à des paparazzis qui n’ont qu’une idée en tête, capturer un cliché d’Eve. Ballottée, elle tente de rester stable sur ses pieds, mais la pression de la foule qui avance est trop forte. La main tendue dans ma direction, la peur dévorant ses yeux, elle m’appelle à nouveau et je m’empresse d’agir. À grands coups d’épaule, je fends la marée humaine pour la rejoindre, puis je me baisse pour l’attraper et la soulever dans mes bras.

– RECULEZ ! je hurle, Billie blottie contre moi.

Certains me traitent de connard, mais je n’en ai rien à faire. Je retourne à la voiture en bousculant à nouveau quiconque se trouve sur mon passage, jusqu’à ce que je parvienne à installer Billie à côté d’Eve. Ensuite, je bondis à l’avant, côté passager, et Cruz démarre en trombe avant que j’aie pu refermer ma portière.

Dans l’habitacle, tout le monde garde le silence alors que nous nous éloignons.

– Mais qu’est-ce qui vient de se passer ? réagit finalement Billie.

Elle se tourne ensuite vers Eve et ajoute :

– C’est ça que tu endures depuis des années ?

La mannequin reste silencieuse, les yeux rivés sur les immeubles qui défilent à travers sa vitre.

– Ce n’est pas ta faute, chérie, lui assure Cruz.

Voyant qu’elle ne répond pas, il répète :

– Eve ! Ce n’est pas ta faute !

– Ça va, Billie ? je demande. Aucune blessure ?

– Non, rien du tout. Merci, Jaxon.

À cet instant, le téléphone de Cruz s’anime sur la console de la voiture.

– Tout le monde va bien ? lance Lennon sans préambule dès que nous décrochons.

– Au top, je réponds.

– Parfait. Je propose qu’on rentre. Il est probable que des paparazzis vont nous suivre : aller dans un bar maintenant, ce serait se jeter de nouveau dans la gueule du loup.

– Je suis d’accord, dis-je en hochant la tête.

– Moi aussi, renchérit Billie, secouée.

– Alors on se retrouve chez Eve, conclut Lennon. Faites attention à vous.

 

Dès notre retour chez la mannequin, cette dernière s’excuse pour ce qui s’est passé à la sortie du restaurant, bien que personne ne l’en tienne pour responsable. Elle se retire ensuite dans sa chambre, accompagnée de Cruz. Lennon, Voldemort et Dovie décident de sortir faire une petite balade, histoire de dégourdir les pattes du bouledogue ; quant à Scarlett et Sawyer, ils se blottissent sur le canapé devant un film.

En ce qui me concerne, je ne tarde pas à retrouver Billie dans la chambre que nous partageons, inquiet qu’elle puisse être bouleversée par le bain de foule qu’elle vient d’expérimenter. Je la découvre dans le dressing, une serviette de bain à la main.

– Qu’est-ce que tu fais ? je lui demande.

– J’ai envie d’aller me détendre un peu dans la piscine, comme Eve a dit qu’on y avait accès…

– Je peux t’accompagner ?

C’est vrai, notre relation n’est pas au beau fixe, mais ce soir, je n’ai pas envie que nous restions éloignés…

Ma question surprend Billie, même si un petit sourire apparaît sur son visage. Cependant, au moment où elle s’apprête à répondre, mon téléphone s’anime dans mes mains, et nous jetons en même temps un regard en direction de l’écran. Voir le nom de Bianca s’afficher me donne envie de jurer à voix haute… En recroisant le regard de Billie, j’ouvre la bouche pour me justifier, mais elle me prend de vitesse :

– Vas-y, réponds. J’ai envie d’être seule, de toute façon.

Elle quitte le dressing, puis la chambre, et je décroche machinalement.

– Bianca… je lâche.

– Salut, Jaxon.

Le ton séducteur que la jeune femme emploie me fait grimacer. Je sais déjà que la conversation que nous allons avoir ne va pas être agréable.

– Je me demandais si tu étais disponible ce soir, pour qu’on se voie, me dit-elle.

– Désolé, mais je suis à New York pour le week-end, je l’informe.

– Oh, d’accord. Dans ce cas, on pourrait se donner rendez-vous la semaine prochaine ? Tu pourrais te libérer un soir ?

Et merde. J’étais certain que Bianca recherchait quelque chose d’éphémère, comme moi, mais j’ai l’impression que je me suis lourdement trompé.

– Malheureusement, je vais être pris par le travail… j’annonce.

Silence.

– Tu ne veux plus qu’on se voie, c’est ça ? déduit Bianca.

– Écoute, je…

– Laisse tomber, Jaxon, j’ai saisi. On a passé un bon moment ensemble, mais ça n’ira pas plus loin.

– Je suis désolé. J’espère que tu comprends…

Un soupir résonne dans le combiné, avant que Bianca ne déclare d’un ton résigné :

– Je m’en doutais. Quand je t’ai rencontré, j’ai tout de suite compris que tu n’étais pas à la recherche de quelque chose de sérieux. J’espérais juste que peut-être… Peu importe. Tu n’as pas à t’excuser.

– Merci.

Et parce que je suis admiratif de la façon dont elle prend les choses, je lâche spontanément :

– On pourrait quand même aller boire un verre entre amis, si tu veux ?

Mais je réalise au moment où elle me rit au nez que ma proposition est ridicule. Déjà parce que Bianca et moi ne sommes pas assez proches pour parler d’amitié entre nous, mais aussi parce qu’après avoir couché ensemble la gêne risque d’être palpable si nous nous revoyons.

– Je vais y réfléchir, dit-elle malgré tout.

Lorsqu’elle raccroche, je prends quelques instants pour faire le vide dans mon esprit. Je n’ai jamais voulu quoi que ce soit de sérieux avec Bianca, je savais depuis le départ que je ne lui accorderais que quelques heures de ma vie et je réalise que toutes ces inconnues aux visages flous ne me comblent plus désormais. Ça ne me suffit plus, je ne veux plus de la superficialité de ces rencontres d’un soir, je veux quelque chose de fort, de vrai, quelque chose qui durera une éternité et qui marquera mon âme comme rien d’autre auparavant. En fait… Je veux Billie. J’ai besoin d’elle. Mais je ne sais pas comment faire pour l’avoir, parce que je n’en ai pas le droit.

Malgré tout, poussé par l’envie d’être près d’elle, je bondis sur mes pieds et m’empresse d’aller la rejoindre à la piscine.

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