Bodyguards Tome 4

Laura S. Wild · Chapitre 21 sur 48

Pages du PDF

Bodyguards Tome 4

19 - Jaxon

19

 

Jaxon

 

Je ne sais pas si c’est dû à la montée d’adrénaline que nous avons subie hier soir, mais ce matin, les triplés et moi nous sommes retrouvés en même temps dans la salle de sport de l’immeuble et nous nous entraînons depuis une heure déjà, tandis que les filles dorment encore… Même Eve, ce qui, selon Cruz, n’est pas surprenant, puisqu’elle a ruminé ce qui s’est passé au restaurant jusque tard hier soir. Sawyer et lui sont en train de soulever des haltères, pendant que Lennon enchaîne les pompes et que je m’épuise sur un tapis.

Les yeux rivés sur mes pieds qui martèlent le matériel de course, je laisse mon esprit divaguer vers les souvenirs de la nuit que j’ai passée avec Billie. Avoir pu la tenir dans mes bras a été un véritable bonheur. Dans des moments comme ceux-là, j’ai un aperçu de ce que pourrait être notre vie à tous les deux si j’acceptais de me jeter à l’eau avec elle… et bon sang, j’adore ça.

Mais chaque fois que je me laisse aller à l’espoir d’un avenir pour nous deux, la promesse que j’ai faite il y a quelques années à mes frères, ma famille, me revient immédiatement en mémoire.

Les triplés et moi sommes installés sur le sable, profitant de la chaleur écrasante du mois de juillet et de la fraîcheur de la mer, dont les vagues viennent lécher nos pieds. De temps à autre, nous jetons un regard aux filles dans leur maillot de bain qui bronzent tranquillement non loin de nous. Une banale journée de congé, en somme.

– Au fait, Sawyer, lance soudain Lennon, papa m’a dit qu’il t’a dégoté une nouvelle mission ?

– Ouais, et elle s’annonce plus risquée que toutes celles que j’ai faites jusqu’à maintenant, déclare l’intéressé en remontant ses lunettes de soleil sur son nez. Je vais devoir protéger une mère et ses deux enfants d’un cartel. L’aîné de la famille a trempé dans des affaires pas claires et il s’est fait choper par les flics. Résultat, en garde à vue, il a balancé les noms de membres du réseau, et maintenant, ils veulent lui faire la peau, à lui et à sa famille.

– Tu pars quand ? demande Cruz.

– Dans une semaine, le temps que les fédéraux finissent de créer une nouvelle identité à mes clients ainsi que…

Je me désintéresse de la conversation. Mon regard, qui jusque-là était rivé sur l’horizon, vient d’être attiré par un corps d’une perfection rare qui s’approche de nous. Mes yeux partent des jolis pieds pédicurés avant de remonter sur des jambes fuselées, un ventre plat et une poitrine généreuse… pour finir par croiser des iris bleus que je ne connais que trop bien.

Billie.

Bon sang, depuis quand est-elle si sexy en bikini ? Depuis quand son corps d’adolescente est-il devenu celui d’une femme ?

– Salut les garçons, nous lance-t-elle en posant sa serviette à côté de la mienne.

Elle relève ses cheveux noir ébène au-dessus de sa tête et les attache en un chignon lâche, tout en enchaînant :

– L’eau est bonne ?

– Un peu fraîche, répond Cruz.

– Tu vas la trouver parfaitement à ton goût, renchérit Lennon en lui faisant un clin d’œil.

Satisfaite, Billie ouvre son sac de plage et en sort un tube de crème solaire. À ma gauche, j’entends les triplés reprendre leur conversation, mais je suis trop obnubilé par le mouvement des mains de leur sœur pour les écouter.

– Tu peux m’en mettre dans le dos, Jax, s’il te plaît ? me demande-t-elle.

– Oh… oui… bien sûr.

Je me redresse d’un bond et me place derrière Billie, saisissant le tube qu’elle me tend. Je verse un peu de produit sur mes doigts et je commence à l’étaler méticuleusement sur sa peau douce. L’odeur de la crème, de l’air marin et de Billie forme un cocktail détonant, presque hypnotique.

Il se passe plusieurs secondes pendant lesquelles je laisse errer ma main sur le dos de la benjamine Westwood, jusqu’à ce que je réalise que le produit a depuis longtemps pénétré son épiderme et que je suis plus en train de la caresser que de la protéger du soleil.

– C’est bon, Billie, dis-je, la voix soudain rauque.

– Merci.

Son sourire a quelque chose d’innocent mais il est surtout éclatant. Elle s’éloigne en trottinant et plonge dans la mer sans hésiter. Billie n’a jamais été frileuse…

Je reprends place sur ma serviette ; toutefois, au moment où je me tourne vers les triplés pour rattraper les wagons de notre conversation, je les découvre en train de me dévisager d’un drôle d’air.

– Quoi ? je leur lance.

Sans crier gare, Lennon se redresse et, sourcils froncés, pointe un doigt menaçant dans ma direction :

– Pas touche à Billie, lâche-t-il.

– Pardon ?

– Tu m’as très bien entendu !

– Je ne lui ferai jamais de mal, je m’insurge.

C’est vrai : je l’aime beaucoup, leur petite sœur, et les quatre années de cohabitation au manoir qui viennent de s’écouler nous ont permis de créer une vraie amitié tous les deux.

– On ne te parle pas de ça, intervient Cruz. Ce qu’on veut te dire, c’est qu’elle t’est interdite… qu’on ne veut pas te voir lui tourner autour.

J’écarquille les yeux avant d’éclater de rire.

– Vous êtes sérieux ? Non mais, les mecs, vraiment, jamais il ne me viendrait à l’esprit de la draguer. Enfin… c’est la petite Billie, quoi.

– La petite Billie que t’étais en train de reluquer, gronde Sawyer. Elle aura dix-huit ans dans quelques mois et on a tous remarqué le changement qui s’est opéré chez elle. Elle est en train de devenir une… femme.

On dirait que le mot lui écorche la bouche.

– Et toi, t’as vingt-deux ans et tu sautes sur tout ce qui bouge, poursuit-il, alors on préfère te mettre en garde. Billie, tu l’oublies, elle ne sera jamais un nom de plus sur ta liste de conquêtes !

– Tu sais, reprend Lennon, tu n’en as peut-être pas le nom, mais depuis que tu vis avec nous, tu es devenu un Westwood. Il faut qu’on soit certains qu’on peut te faire confiance. Bientôt, Billie va vivre ses premières déceptions, ses premiers chagrins d’amour…

– Je buterai le premier qui lui brisera le cœur, crache Sawyer.

– Pareil, rebondit Cruz.

– Tu dois nous promettre que tu seras là pour elle quoi qu’il arrive, continue Lennon, que tu feras tout pour la protéger, mais que tu n’outrepasseras jamais ton rôle de grand frère.

Merde alors, c’est un véritable serment qu’ils me demandent de faire. Je les regarde dans les yeux. Lennon est mon meilleur ami, et Cruz et Sawyer sont comme mes frères. Très honnêtement, ce n’est pas parce que j’ai trouvé leur sœur particulièrement jolie aujourd’hui que je mérite un tel discours. Mais je sais à quel point Billie est importante pour eux – comme pour moi d’ailleurs –, alors je décide d’apaiser leurs craintes qui sont, de toute façon, totalement infondées. Je me redresse, tends la main et déclare :

– Je vous le promets, les gars : Billie est ma sœur et peu importe ce qui arrive, il ne se passera jamais rien entre nous.

Lennon m’observe un instant, avant d’annoncer :

– On te fait confiance, Jaxon. Mais si jamais tu trahis cette promesse, tu te prendras mon poing dans la gueule.

Je m’esclaffe, avant de réaliser qu’à nouveau il est on ne peut plus sérieux. Je me contente donc de hocher la tête, parce que je sais qu’ils n’ont aucun souci à se faire, étant donné que je ne serai jamais attiré par Billie Westwood.

– Tu comptes courir jusqu’où comme ça ? me lance soudain Sawyer, m’arrachant à mes souvenirs.

Je m’oblige à retrouver la concentration qui m’habitait tout à l’heure en me focalisant une fois de plus sur mes pieds qui martèlent le tapis de course.

– Jaxon ! insiste-t-il. Tu devrais t’arrêter, mon pote, tu n’as pas fait une seule pause depuis que nous sommes arrivés.

– Je n’en ai pas besoin, je siffle, entre deux lourdes respirations.

– C’est ta petite amie qui te met dans tous tes états ? me taquine Cruz.

Sa remarque a pour effet de me stopper net.

– Jax a une copine ? s’étonne Lennon.

– De qui tu parles, Cruz ? je lance en attrapant une bouteille d’eau.

– De la fille qui a passé la nuit dans ta chambre il y a quelques jours, répond-il en haussant les sourcils. Je ne sais pas qui elle est, mais une chose est sûre, depuis ce soir-là tu as changé, alors je crois qu’elle est différente des autres…

Cruz a raison, sauf sur un point : ce n’est pas à cause de la femme qui était dans mon lit que je suis dans tous mes états, mais plutôt à cause de celle qui n’y était pas.

– Pourquoi est-ce que je ne découvre ça que maintenant ? demande Lenny en se redressant.

– Parce que le business t’accapare, lui répond Sawyer. Mais t’inquiète, on t’aidera toujours à rattraper ton retard en ce qui concerne la vie sentimentale de Jaxon.

– Et si vous vous occupiez plutôt de vos affaires au lieu de fourrer votre nez dans les miennes ?

Je m’approche des triplés et je m’assieds sur l’un des bancs de muscu disponibles. Il est encore tôt, alors nous avons la chance de bénéficier d’une salle de sport vide pour l’instant.

– Et alors ? Comment elle s’appelle ? veut savoir mon meilleur ami.

– Ce n’est pas important, Lenny, je t’assure. Ces deux-là se font des films, comme d’habitude.

– Ah, vraiment ? ricane Cruz. Dans ce cas, pourquoi est-ce que t’es sur les nerfs depuis plusieurs jours ?

Feignant l’indifférence, je hausse les épaules.

– Parce que ma partie de jambes en l’air avec Bianca m’a laissé sur ma faim et que j’ai besoin de me trouver quelqu’un à ma hauteur.

OK. Je suis un connard.

Mais ma réflexion fait sourire mes frères, et je sais que j’ai réussi à faire diversion.

À cet instant, Sawyer reçoit un message de Scarlett lui indiquant qu’elle est réveillée. Il décide d’aller la rejoindre, et s’étant suffisamment entraîné, Cruz ne tarde pas à lui emboîter le pas, nous laissant seuls tous les deux, Lennon et moi.

Je considère les triplés comme mes frères, mais la relation que j’entretiens avec Lenny est différente. Avant tout, il est aussi mon meilleur ami. Je lui serai éternellement reconnaissant d’avoir pris ma défense lorsque les brutes du lycée ont voulu s’en prendre à moi peu après la rentrée. Lorsqu’ils ont compris que Lennon serait toujours là pour contrer leurs attaques, ils m’ont foutu la paix pour de bon.

Je ne remercierai jamais assez le destin de m’avoir permis de croiser sa route, ainsi que celle de l’ensemble des Westwood.

– Si tu me disais la vérité ? me demande-t-il.

Je me doutais qu’il ne serait pas dupe de mon mensonge…

– Lenny…

Tu ne comprendrais pas… Tu me détesterais si tu savais.

– Je crois savoir ce qui se passe, lâche-t-il alors.

Il étend ses bras sur une machine d’haltères et me dévisage de ses yeux perçants.

– Vraiment ? je lui renvoie.

– Ouais… Le fait que nous soyons tous en couple te perturbe, c’est ça ? Tu es en train de te demander si tu n’as pas envie de laisser tomber les coups d’un soir pour trouver la bonne.

Lennon n’est pas mon meilleur ami pour rien. Même s’il ne peut évidemment pas savoir ce qui se passe dans ma tête concernant Billie, il a quand même compris une partie du problème : je veux connaître la grande et belle relation que je mérite d’avoir.

Et je voudrais ça avec Billie.

– Tu sais, j’espère vraiment que tu la trouveras, mon frère, reprend Lennon. Je ne m’attendais pas à rencontrer Dovie, mais le destin a décidé que c’était le bon moment et, nom de Dieu, elle est devenue l’autre moitié de moi-même. Ensuite, la vie s’est occupée de Cruz, puis de Sawyer, et je sais que ce sera bientôt ton tour. La bonne est quelque part, elle t’attend.

Je déglutis. Profitant de ce moment confession, je tâte le terrain :

– Et si c’était une histoire compliquée ? Si elle demandait des sacrifices ?

Lennon fronce les sourcils en me détaillant.

– Si tu l’aimes comme un fou, que tu sais que tu ne pourrais pas vivre sans elle, alors ça en vaut la peine, non ? réplique-t-il.

Il n’en a pas conscience, mais chaque mot qu’il prononce me pousse dangereusement au bord du précipice. Si je franchis les derniers mètres et que je saute dans le vide, alors il n’y aura plus de retour en arrière : Billie sera mienne.

– Le principal, c’est que tu sois heureux, conclut mon meilleur ami. Qui qu’elle soit, elle sera accueillie dans la famille comme il se doit.

– Merci, Lennon, dis-je.

Il se lève et me donne une tape amicale sur l’épaule. Puis, côte à côte, nous quittons la salle d’entraînement.

OceanofPDF.com