Bodyguards Tome 4

Laura S. Wild · Chapitre 40 sur 48

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Bodyguards Tome 4

38 - Billie

38

 

Billie

 

J’ai beau tenter de donner le change, malheureusement, je ne parviens pas à totalement me concentrer aujourd’hui. Ni pendant les cours, ni au moment du déjeuner, où je laisse Logan et Austin entretenir la conversation, et encore moins lorsque j’accompagne mon meilleur ami à son rendez-vous au salon de tatouage.

Toutes mes pensées sont tournées vers une seule personne : Jaxon.

Notre relation débutait si bien… Les instants volés que nous partagions étaient devenus mes préférés ; et que dire de la nuit dernière ? Avant que mes frères ne nous découvrent, nous avons vécu un moment hors du temps tous les deux, qui n’appartenait qu’à nous, et puis… tout a volé en éclats.

Je suis heureuse de voir que Cruz et Sawyer sont capables de mettre leur rancune de côté pour accepter mon bonheur avec Jaxon. En revanche, Lennon m’inquiète vraiment. J’aime profondément les triplés : je sais la chance que j’ai d’avoir des frères aussi protecteurs et attentifs qu’eux. Cependant, entre Lenny et moi, il y a toujours eu un lien un peu plus fort, un peu plus fusionnel, certainement parce que, depuis très longtemps, il a choisi de devenir pour moi un prolongement de nos parents. Alors oui, son rejet me blesse d’autant plus.

– … parce que tu ne m’écoutes pas du tout, Billie.

Je redresse la tête. Le tatoueur est en train de protéger ce qu’il vient d’encrer sur la nuque d’Austin, lequel semble ravi du résultat.

– Oh, excuse-moi, dis-je en me levant.

Je m’approche de mon meilleur ami, qui pivote pour me montrer l’inscription gravée sur sa peau. Je la lis à voix haute :

– Storm ?

Austin hoche la tête, tout sourire.

– Est-ce que tu vas m’expliquer ce que ça signifie ? je lui demande.

– Non.

Je m’esclaffe, et mon ami m’imite. Côte à côte, nous quittons le salon de tatouage pour rejoindre sa voiture.

– Sérieusement, j’insiste lorsqu’il démarre. C’est quoi, Storm ?

– Pas quoi, qui, rectifie-t-il.

Je hausse les sourcils alors qu’Austin retombe dans le silence. Je me prépare à dévier la conversation, certaine qu’il ne me révélera rien de plus, lorsqu’il m’avoue à voix basse :

– C’est la personne qui m’a sauvé la vie. Je lui dois tout.

Je détaille le profil de mon ami, en me demandant ce qu’il veut dire par là. Austin n’est pas du genre à se confier, et c’est justement cette particularité chez lui qui m’a fait supposer qu’il doit traîner derrière lui le poids d’un lourd passé. J’ignore quels traumatismes il a vécus et peut-être qu’il ne m’en parlera jamais. Mais le fait qu’il ait, comme moi, choisi des études qui lui permettront de travailler avec les enfants maltraités et abusés est, je crois, un début de réponse à mes interrogations.

Austin a une âme pure, il est foncièrement bon, humain, et c’est d’autant plus remarquable si, comme je le pressens, il a subi des horreurs.

– Au fait, lance-t-il pour changer de sujet, je crois que tu as fait bonne impression à ma famille. Ils m’ont demandé si tu voulais venir dîner chez nous un soir…

Je m’apprête à lui répondre, quand son portable sonne, le prévenant de l’arrivée d’un message. Étant donné qu’il conduit, je l’interroge du regard, et il m’autorise d’un signe de tête à regarder le nom de l’expéditeur… En le découvrant, je retiens un cri d’excitation.

– C’est Ivy ! je m’écrie.

Mains sur le volant, Austin reste muet.

– Hé, oh, tu as entendu ce que je viens de te dire ? j’insiste. La fille de tes rêves vient de t’écrire ! Mais d’ailleurs, comment ça se fait qu’elle ait ton numéro ?

– Elle me l’a demandé quelques jours après avoir rejoint notre groupe de TD, me répond mon ami, la mâchoire crispée. Elle voulait qu’on puisse discuter du sujet de notre exposé.

– Hm… C’est bizarre, elle ne m’a pas demandé mon numéro, à moi… Alors ? Tu veux savoir ce qu’elle dit ?

– Oui, évidemment !

J’ouvre le message et lis à voix haute :

– Salut Austin, j’ai fait quelques recherches pour l’exposé et j’aimerais t’en parler. Est-ce que tu accepterais de venir boire un café avec moi ?

Je plisse les lèvres, parce que je suis à deux doigts de piailler de joie. Austin, lui, rougit légèrement, mais garde le silence. Je respecte son besoin de digérer l’info… jusqu’à ce que je ne puisse plus attendre.

– Bon sang, Austin, réagis ou je vais devenir folle ! je m’exclame.

– D’accord, du calme. Je… je réfléchis et je…

– Arrête de cogiter. Ivy Willis, la fille dont tu es tombé amoureux au premier regard, dont tu te languis depuis bientôt deux ans, celle qui ne s’intéresse à aucun garçon de la fac… vient de t’inviter à boire un café avec elle.

Je m’approche de mon ami et je glisse à son oreille :

– Elle veut t’attraper dans ses filets !

Austin secoue la tête, puis, enfin, un sourire étire ses lèvres.

– Ça paraît dingue, non ? lâche-t-il. Mais je ne dois pas m’emballer : elle me propose ce café pour qu’on discute de notre exposé, c’est tout… Ou alors, c’est un prétexte ? Billie, tu…

– Et voilà le travail !

Je repose le smartphone de mon ami et croise les bras, satisfaite.

– Comment ça, « et voilà le travail » ? s’insurge Austin. Qu’est-ce que tu as fait ?

– J’ai répondu à Ivy que tu serais ravi de la retrouver au centre-ville dans une heure.

– Oh, bordel.

– Respire, Austin. Tu verras, tout va bien se passer.

Je tapote son bras pour le rassurer, et il lâche alors :

– Tu vas me manquer, Billie Westwood, même si tu es une véritable chieuse parfois.

– Pourquoi est-ce que tu me dis ça tout d’un coup ? je lui renvoie, surprise.

– Parce que dans quelques mois, on aura terminé nos études, on va travailler, moins se voir et probablement s’éloigner un peu. C’est la vie.

Je fronce les sourcils et croise les bras.

– Qu’est-ce que tu me fais, là ? je lui lance.

– Rien, je dis simplement que…

– Que puisqu’on va quitter la fac, on ne sera plus amis ?

– Bien sûr que si, réplique Austin. Mais tu sais aussi bien que moi qu’on peut vite se retrouver débordé par le quotidien. En plus, tu vas certainement t’installer avec Jaxon, alors…

– Je pense que tu te trompes, je le coupe. Peut-être que la vie va nous emmener dans son tourbillon, et peut-être qu’effectivement on partagera moins de moments tous les deux, mais quoi qu’il se passe, où que tu sois, je resterai ton amie. Tu ne te débarrasseras pas de moi comme ça, Austin Pearce. En plus, je veux être invitée à ton mariage avec Ivy, donc je vais encore te coller aux basques un certain temps.

– Ivy et moi allons juste prendre un café, Billie. Tu as beaucoup trop d’imagination. C’est parce que tu files le parfait amour avec ton Jaxon que tu vois des couples partout, maintenant ?

Je souris amèrement. La relation que Jax et moi entretenons pourrait être parfaite et, lorsque nous sommes tous les deux, je suis la plus heureuse des femmes. Mais je redoute que Lennon ne fasse peser indéfiniment une ombre sur notre bonheur. Nous tenons beaucoup trop à lui pour accepter qu’il ne fasse plus partie de notre vie.

Bon sang… J’espère que je n’aurai jamais à choisir entre l’homme que j’aime et mon frère.

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