Bodyguards Tome 4

Laura S. Wild · Chapitre 14 sur 48

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Bodyguards Tome 4

12 - Jaxon

12

 

 

Jaxon

 

Que Billie m’ignore m’est insupportable. Ce n’est pas comme ça que c’est censé se passer entre nous. J’aime la façon dont notre relation s’est formée au fil des ans, j’aime rentrer au manoir et l’entendre me parler de sa journée, lui raconter la mienne. J’aime passer du temps en sa compagnie, la laisser se blottir contre moi comme si c’était ce dont elle avait le plus besoin après des heures passées loin l’un de l’autre.

Mais elle semble décidée à me priver de ça, parce qu’elle est blessée de ce qui s’est passé hier soir avec Bianca. Je le comprends – enfin, je crois. Ce n’est pas la première fois que je présente Billie comme ma petite sœur. Toutefois, même si elle a au fil du temps commencé à montrer des signes d’agacement en m’entendant le dire, c’est bien la première fois qu’elle me le fait payer.

Scarlett et Sawyer sont sortis dîner en amoureux, ce qui a donné des idées à Cruz et Eve. Lennon, Billie et moi avons donc pris notre repas tous les trois dans une ambiance étrange, parce que Billie était visiblement contrariée et pensive. Après ça, elle a décidé d’aller se balader sur la plage, et pour la rejoindre, j’ai dû attendre que Lennon grimpe à l’étage afin de téléphoner à Dovie, Voldemort sur les talons. Mais enfin, ça y est, je peux aller la retrouver. Il faut que nous ayons une petite discussion elle et moi. Je ne pourrai pas supporter sa froideur plus longtemps…

J’ouvre l’une des baies vitrées de la pièce de vie, traverse la grande terrasse et atteins le petit escalier en pierre qui permet de descendre jusqu’à la plage. Je repère immédiatement Billie, assise au bout du ponton, les yeux rivés sur la mer dont les vagues, déchaînées par le vent, s’écrasent avec force contre le rivage. Plus je m’approche d’elle, plus mon corps s’impatiente. Les bruits autour de nous l’empêchent de m’entendre arriver alors, pour ne pas l’effrayer, je me racle la gorge. Elle se retourne, m’aperçoit… puis reporte son attention sur le paysage.

Pas un sourire, pas une invitation.

Agacé par son attitude, je m’installe juste derrière elle. Mon torse se plaque contre son dos, mes jambes entourent les siennes, pendant dans le vide, et le picotement au bout de mes doigts me pousse à passer mes bras autour de sa taille. Billie se fige – se tend, même – avant de se laisser aller contre moi. Savoir que, comme moi, elle est incapable de résister à notre proximité me rassure.

– J’ai planifié ma mission avec le maire, aujourd’hui, je commence doucement. J’ai repéré le lieu où se déroulera le débat, j’ai constitué mon équipe, assisté à une réunion, puis j’ai passé un peu de temps à l’atelier de réparation du parc automobile, avant de rentrer au manoir. Le meilleur moment de ma journée, ça a été quand, avec Paolo, on a réussi à trouver l’origine de la panne sur la Rolls, et le pire, ça a été de te voir partir ce matin sans me dire au revoir.

Billie reste silencieuse. Son ventre se soulève doucement sous mes mains à chacune de ses inspirations.

– J’ai passé la matinée à la fac, me dit-elle enfin. Ensuite, après le déjeuner, je suis allée rendre visite à Carmen à l’orphelinat. Puis je suis allée faire du shopping avec Eve et nous sommes rentrées au manoir. Le meilleur moment de ma journée, ça a été de voir Teddy et tous les autres enfants crier de joie lorsque je leur ai apporté des bonbons, et le pire, c’est quand tu as débarqué avec ta petite amie chez nous.

Je ferme les yeux tout en posant mon menton au sommet de la tête de Billie.

– Bianca n’est pas ma petite amie… je la corrige. Et ça ne peut pas être ton pire moment de la journée, puisqu’il s’est passé hier soir.

Je tente d’alléger un peu l’ambiance entre nous, mais lorsque Billie me répond, je comprends que ça n’a pas fonctionné :

– Il était une heure du matin, donc, techniquement, on était déjà aujourd’hui.

– Billie… Pourquoi est-ce que tu m’en veux à ce point ? je lui demande. Tu m’as évité toute la journée et je sais que tu es en colère contre moi, mais j’ai besoin de comprendre ce qui te fait réagir ainsi.

– Je ne suis pas en colère, Jaxon, enfin, je ne le suis plus. Je me suis juste… résignée.

– À quoi ?

Billie inspire profondément. Même si notre conversation n’a rien de joyeux, le fait qu’elle reste appuyée contre moi me ravit.

– Disons juste que j’ai réalisé quelque chose et que… j’essaye de l’accepter, souffle-t-elle.

Je tente de comprendre la signification de ses paroles… en vain.

– Pourquoi est-ce que tu es si énigmatique ? je m’agace. Depuis quand on ne peut plus se dire franchement les choses ?

– Je ferais mieux de rentrer, me renvoie-t-elle en soupirant.

– Non, Billie, je veux que tu me parles, bon sang.

Mais elle quitte mes bras pour se redresser. Je passe une main dans mes cheveux en pestant tandis qu’elle s’éloigne. Je pourrais la laisser partir, mais putain, c’est plus fort que moi.

– Billie ! je m’écrie en m’élançant à sa poursuite.

– Laisse-moi, Jaxon.

– Hors de question !

Je me plante devant elle, l’empêchant de poursuivre sa route. La colère et la frustration se mélangent en moi.

– Qu’est-ce qui se passe ? j’insiste. D’accord, tu en as marre qu’on te rappelle si souvent que tu es la plus jeune de la famille, mais ce n’est pas à cause de ça que tu me fuis, quand même ? Ça fait neuf ans qu’on se connaît et jamais tu ne t’es comportée comme ça avec moi, alors j’ai droit à une explication.

– Tu ne peux pas me forcer à te dire quoi que ce soit, Jaxon.

– Mais pourquoi est-ce que tu refuses tout à coup de me parler ? Et pourquoi tu me repousses de cette manière ?

Je tente de passer un bras autour de sa taille pour la rapprocher de moi, mais elle se recule en criant :

– Parce que je ne veux plus de ça entre nous !

Sa réaction me fait l’effet d’une gifle. Notre relation n’a rien d’ordinaire et je l’ai toujours su, de même que j’ai toujours eu conscience du fait que notre proximité poserait sûrement problème un jour. Mais j’imaginais que ce serait parce que nous aurions tous les deux rencontré quelqu’un pour partager notre vie, pas parce que Billie déciderait spontanément de s’éloigner de moi.

Et si elle avait compris que j’ai des sentiments pour elle ? Et si ça lui avait fait peur et qu’elle préférait prendre ses distances avec moi ?

– Tu ne veux plus ? je reprends, la gorge serrée.

– Non, répond-elle en détournant les yeux. Je ne peux plus faire ça.

– Pourquoi ? Billie, bordel, pourquoi ?

– Parce que j’ai besoin que tu m’en donnes plus !

Je fronce les sourcils, complètement perdu.

– Je t’ai proposé de dormir avec toi ce soir mais tu as refusé, je lui rappelle. J’ai essayé de te parler durant tout le dîner, mais tu m’as ignoré.

– Tu ne comprends pas, Jaxon, gémit-elle en passant une main sur son front.

– Non, je ne comprends pas, alors explique-toi ! j’éructe, à bout de patience.

– Je suis amoureuse de toi.

Pendant un instant, je ne suis pas certain d’avoir vraiment compris ce qu’elle vient de me dire, le bruit des vagues étant venu assourdir ses paroles. Mais lorsque je plonge dans ses yeux bleus, je comprends que je n’ai pas eu d’hallucination et qu’elle a bien prononcé les mots que je crois avoir entendus.

– Non… je souffle. Tu ne peux pas.

– Et pourtant… Enfin, ne me dis pas que tu ne l’avais pas remarqué ?

– C’est impossible, Billie. Toi et moi, c’est…

Je secoue la tête, incapable d’accepter ce qu’elle vient de m’avouer. Le pire, c’est que mon cœur s’emballe déjà comme un fou quand je comprends que mes sentiments pour Billie sont réciproques. Mais en réalité, c’est une catastrophe. Parce que maintenant que je sais que nous voulons la même chose tous les deux, lui résister sera une torture de tous les instants.

– C’est… Billie, pourquoi tu me fais ça ? je lâche, en reculant d’un pas.

– Je ne te fais rien, Jax, me répond-elle. Tu voulais savoir, maintenant tu sais. Je t’aime depuis si longtemps que je ne me rappelle même plus quand…

– Arrête ! je m’écrie. Ne dis pas un mot de plus.

– C’est trop tard, rétorque-t-elle, le souffle court, les yeux embués de larmes. Il fallait que ça sorte, ça me rongeait.

Elle se rapproche brusquement de moi et pose ses mains sur mes joues.

– Tu n’imagines pas ce que ça m’a fait de te voir revenir avec Bianca hier soir, ajoute-t-elle. Te voir l’embrasser, la toucher, vous entendre tous les deux alors que vous vous dirigiez vers ta chambre…

– Billie… je murmure, la gorge sèche.

– J’ai passé la nuit à imaginer ce que vous faisiez, à rêver que j’étais à sa place et que c’était moi qui avais le droit de te caresser.

– Stop… STOP !

Je retire rageusement ses mains de mon visage. La colère bouillonne en moi et je ne sais même pas si c’est vers elle ou vers moi qu’elle est dirigée.

– Tu es comme ma sœur ! je martèle.

– Sauf que je ne le suis pas. Tu es ma famille, mais tu n’es pas de mon sang. Cette histoire de quatrième frère m’a été imposée par Cruz, Sawyer et Lennon, mais je n’ai jamais voulu de toi dans ce rôle.

– Tu es comme ma sœur… je répète, incapable de dire quoi que ce soit d’autre.

– Merde, à la fin ! explose-t-elle. Tu te mens à toi-même, Jaxon. Tu sais qu’entre nous c’est différent, tu sais que tu as besoin de moi, que tu aimes être près de moi…

– Arrête, Billie…

– Et ce soir, alors que j’ai essayé de garder mes distances toute la journée, tu n’as pas pu t’empêcher de venir me rejoindre, de réclamer ma proximité.

– Billie, tais-toi, ça va mal se terminer…

– Non. Je ne veux plus me taire. Je suis amoureuse de toi, Jaxon, et je sais que tu ressens toi aussi quelque chose pour moi. Sinon, pourquoi est-ce que tu me tiendrais si souvent la main ? Pourquoi est-ce que tu viendrais me raconter ta journée dès que tu passes la porte du manoir ? Pourquoi est-ce que tu me serrerais dans tes bras à la moindre occasion ? Et bon sang, pourquoi est-ce que tu aurais passé presque toutes tes nuits dans mon lit ces dernières semaines ?

– Parce que j’avais de la peine pour toi ! je m’écrie.

Alors que les vagues et le vent n’ont cessé d’étouffer nos paroles jusqu’à maintenant, les miennes résonnent soudain clairement dans la nuit. Billie se fige, alors que je poursuis, toujours aussi remonté :

– Tu faisais des cauchemars. Tu étais fragile et tu avais besoin de quelqu’un.

– Fragile… répète-t-elle dans un murmure.

– Oui ! J’ai agi comme un frère envers sa sœur, rien de plus. Je t’ai réconfortée parce que c’est ce que je dois faire.

– Donc… tu avais pitié de moi ?

Elle souffre… et moi aussi. Je suis en train de lui mentir, de la blesser et je déteste ça, mais je n’ai pas le choix. Je dois parvenir à maintenir la distance entre nous, quoi qu’il en coûte.

– Oui ! j’affirme sans ciller.

Les yeux de Billie sont rivés aux miens. Je m’oblige à rester fort, à ne pas craquer devant la tristesse qui inonde ses iris.

– Tu ne ressens rien pour moi ? tente-t-elle. Rien du tout ?

– Tu es comme ma sœur…

Je suis incapable de répondre « non » à sa dernière question. Je lui mens déjà depuis plusieurs minutes, mais affirmer que je n’ai pas de sentiments pour elle est au-dessus de mes forces.

– D’accord, murmure-t-elle.

Elle inspire profondément, resserre les pans de son gilet autour d’elle, puis essuie une larme qui roule sur sa joue.

Ma Billie…

– Je suis déso…

Elle ne m’écoute plus. Elle quitte la plage, retournant vers le manoir, et je la laisse partir parce que c’est tout ce que je peux faire.

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