Bodyguards Tome 4

Laura S. Wild · Chapitre 7 sur 48

Pages du PDF

Bodyguards Tome 4

5 - Jaxon

5

 

Jaxon

 

Eve et Scarlett s’éloignent vers la cuisine en discutant, tandis que Cruz et Sawyer s’approchent de moi, sourcils froncés. C’est fou comme ils se ressemblent lorsqu’ils arborent un air contrarié.

– Qu’est-ce qui t’a pris ? me lance Sawyer. Tu sais bien que Billie déteste qu’on la considère comme une gamine !

Parce qu’elle n’en est plus une. Je le sais, j’en ai même une conscience absolue.

Billie et moi sommes habitués à partager des instants complices, mais la manière dont elle m’a regardé alors que je la ramenais de la fac… elle était différente. Lorsqu’elle m’a dit que je lui manque beaucoup trop quand je suis loin, j’ai senti qu’elle tentait de me faire comprendre que notre lien est plus profond qu’il n’y paraît… et il est hors de question que je la laisse penser que ce genre de rapprochement peut avoir lieu entre nous. Ce serait une catastrophe.

Billie est comme ma petite sœur, et cette pique, c’est tout ce que j’ai trouvé pour le lui rappeler et m’en souvenir par la même occasion.

– Je faisais juste de l’humour, je ne pensais pas qu’elle prendrait la mouche, je prétends en retirant ma veste.

– Sérieusement ? réagit Cruz. Tu ne la connais pas ou quoi ?

Si, par cœur… Je la connais mieux que je ne me connais moi-même.

– Bon, et si on se faisait livrer, ce soir ? je propose. Je meurs de faim.

Sawyer et Cruz échangent un regard.

– Quoi ? je leur lance.

– Tu ne vas pas t’excuser auprès de Billie ? s’enquiert Cruz.

– J’ai fait une petite blague sans importance, je ne vois pas pourquoi j’irais m’excuser pour ça, je soupire.

– Parce que c’est ce que tu fais généralement quand tu contraries notre sœur, avance Sawyer.

– Bon, vous allez me lâcher ? J’ai encore le droit de penser que je n’ai rien à me reprocher, non ?

Sawyer lève les mains en l’air en signe de reddition.

– Pas besoin de t’énerver, dit-il. Je veux juste m’assurer que tout le monde va bien.

– C’est le cas, ne t’inquiète pas, je reprends, plus calme. Au fait, quelqu’un sait pourquoi Lennon n’est pas encore rentré ?

– Il a eu un rendez-vous de dernière minute, mais il m’a dit qu’il serait là pour le dîner, m’informe Cruz.

– Je me range du côté de Jax, je suis pour qu’on se fasse livrer ce soir, intervient alors Scarlett. Et j’ai une folle envie de manger indien, ça vous dit ?

– Je ne crois pas avoir déjà testé, déclare Eve.

Je hausse les sourcils. En tant que mannequin à la renommée mondiale, Eve s’est soumise pendant dix ans à un régime alimentaire strict. Depuis qu’elle a décidé de lever le pied professionnellement parlant, elle accepte de tester de nouvelles choses, bien que la nourriture reste un sujet sensible pour elle.

– Je pense que tu vas aimer, lui assure Cruz en déposant un baiser sur sa tempe. Si tu veux, on peut partager un repas pour deux.

– Je veux bien, répond-elle en le regardant, les yeux brillants d’amour.

Quand je les observe, j’ai encore parfois du mal à me dire que leur histoire a commencé par une agression : Cruz s’est fait poignarder par un dealer qu’Eve avait contacté et, parce que nous avions failli le perdre, nous avons tous mis un long moment avant d’accepter la jeune femme dans notre famille, jusqu’à ce que nous comprenions que notre frère était amoureux pour la toute première fois et qu’elle le rendait heureux. Depuis, les rapports entre Eve et le reste des Westwood s’améliorent de jour en jour. Parfois, il arrive que Sawyer soit encore sur la réserve, mais il fait beaucoup d’efforts et je crois que, même s’il a du mal à l’admettre, lui aussi a fini par apprécier la petite amie de Cruz.

Aujourd’hui, les compagnes de mes frères ont toutes intégré la famille avec succès. Je suis heureux de les voir en couple, de les savoir pleinement engagés et, plus que tout, amoureux…

Je retiens un juron lorsque dans mon esprit surgit soudain le visage de Billie. Le fait est que lorsque j’imagine à quoi pourrait ressembler ma propre moitié, c’est à elle que je pense…

Tandis que les autres discutent à propos du menu indien, je pars en direction de l’escalier.

– Où tu vas ? s’écrie Sawyer.

– Occupe-toi de ce qui te regarde, je lui renvoie.

– Je savais que t’irais t’excuser, réplique-t-il en riant.

Cela lui vaut deux majestueux doigts d’honneur de ma part. Ensuite, je grimpe les marches en ronchonnant. Je suis incapable d’accepter que Billie puisse m’en vouloir…

Je déteste vraiment ça.

Arrivé devant la porte de sa chambre, je toque trois petits coups contre le battant et j’attends qu’elle vienne m’ouvrir… ce qu’elle ne fait pas. Alors je m’obstine et frappe à nouveau.

– Quoi ? lance-t-elle enfin.

Je prends ça pour une invitation et entre. Installée sur son lit, son ordinateur portable ouvert, Billie est concentrée.

– Jaxon, laisse-moi tranquille, s’il te plaît, lâche-t-elle sans m’accorder un regard.

Des documents qu’elle annote sont étalés sur la couverture. Des devoirs de fac, certainement.

– Je regrette ce que j’ai dit, Billie, je commence.

Comme si elle n’était pas concernée par mes propos, elle continue d’étudier les papiers devant elle.

– Tu as entendu ce que je t’ai dit ? je lui demande.

Sa façon de m’ignorer me pique là où ça fait mal. Je déteste qu’elle me refuse son attention… Sans un mot, je m’approche et m’assieds face à elle.

– Fais attention, tu vas froisser ces feuilles, réagit-elle immédiatement.

– Oh, mince alors…

Enfin, elle lève son regard bleu et pénétrant vers moi.

– Tu l’as fait exprès, devine-t-elle. Tu voulais que je te regarde.

– J’adore quand tu me regardes.

– Jax…

– Je suis vraiment désolé, Billie. Je reconnais que ma blague était nulle… mais je ne cherchais pas à te blesser, je te le promets.

Ses épaules s’affaissent et elle repose les documents qu’elle a dans les mains.

– Tu sais que je ne supporte pas quand quelqu’un utilise mon âge pour me rabaisser, déclare-t-elle.

– Jamais je ne te rabaisserais, je lui assure.

– Tu l’as fait, pourtant.

– Je te l’ai déjà dit, c’était juste une blague…

– Très bien, alors tu ne verras pas d’inconvénient à ce que je plaisante sur le fait que tu es plus petit que mes frères, la prochaine fois ?

Je plisse les yeux et détaille Billie. Pendant longtemps, j’ai comparé ma taille et ma corpulence à celle des triplés, jusqu’à ce que je comprenne que leurs gènes faisaient d’eux des forces de la nature et qu’arriver à leur niveau me serait difficile. Je n’ai pas à rougir de mon mètre quatre-vingt-dix… mais même si je suis au clair avec moi-même et que j’aime la façon dont j’ai transformé mon corps en machine à protéger, j’aurai toujours huit putains de centimètres de moins que Cruz, Lennon et Sawyer… Ça me pèse, et Billie le sait.

– Un point pour toi, je gronde.

Un petit sourire apparaît sur les lèvres de la benjamine des Westwood. Je lève les yeux au ciel et j’ouvre mes bras au moment où elle s’approche pour se blottir contre moi. Je referme mon étreinte autour de son dos et je dépose un baiser sur le sommet de sa tête.

– Jaxon ?

– Hm ?

Mais elle n’ajoute rien.

– Qu’est-ce qu’il y a, Billie ? j’insiste.

Elle reste encore quelques secondes dans mes bras avant de s’écarter et de me dire, souriant malgré ses joues rouges :

– Ça n’a pas d’importance.

Je la détaille attentivement, n’y croyant pas, mais puisqu’elle ne veut rien me dire, je ne peux pas l’y obliger…

– On va commander indien, je la préviens, pour changer de sujet. Tu devrais venir choisir ton menu.

Elle rattroupe les feuilles éparpillées sur son lit avant de se lever et de m’emboîter le pas.

– Jaxon… m’appelle-t-elle alors que je m’apprêtais à franchir la porte de sa chambre.

Encore ?

Je me tourne vers elle et je hausse un sourcil interrogateur.

– Je suis une femme, déclare-t-elle.

– Je n’ai jamais pensé que tu étais un homme… je rétorque, suspicieux.

– Non, écoute-moi : je suis une femme. J’aurai vingt-deux ans dans deux mois, je n’ai plus qu’un semestre d’études à faire avant de me lancer dans la vie active.

Déglutissant discrètement, je sens mon corps se raidir tandis que je demande :

– Pourquoi tu me dis ça, Billie ?

– Parce qu’il le faut.

Elle fait deux pas en avant et plonge son regard dans le mien. Nous sommes si proches que je peux sentir son souffle lorsqu’elle affirme :

– Je suis une femme, Jaxon. Et il est temps que tu en prennes conscience.

OceanofPDF.com